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4 policiers tués par un employé de la préfecture de police de Paris


Hommage national rendu aux policiers tués lors des attaques terroristes devant la préfecture de Paris, le 13 janvier 2015.
Hommage national rendu aux policiers tués lors des attaques terroristes devant la préfecture de Paris, le 13 janvier 2015.

Quatre policiers, dont une femme, ont été tués jeudi à coups de couteau dans la préfecture de police de Paris par un employé qui a été ensuite abattu par les forces de l'ordre, dans une attaque inédite aux motivations inconnues.

L'agression s'est produite à l'intérieur même de ce lieu emblématique qui regroupe plusieurs grandes directions de la police parisienne, situé dans le centre historique de la capitale française près de la cathédrale Notre-Dame.

"Nous déplorons le décès de quatre personnes, trois hommes et une femme. Trois fonctionnaires de police et un agent administratif", a déclaré à la presse le procureur de Paris, Rémi Heitz.

Il a précisé que "l'auteur présumé est un homme de 45 ans". L'assaillant "n'avait jamais présenté de difficultés comportementales", a souligné à ses côtés le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, qui a reporté un déplacement en Turquie et en Grèce pour se rendre sur les lieux.

Une autre victime a été évacuée et hospitalisée "en urgence absolue", selon une source proche du dossier.

Une enquête a été ouverte pour "homicides volontaires". Les enquêteurs explorent notamment la piste d'un conflit personnel, selon des sources concordantes. A ce stade, le parquet antiterroriste n'a pas été saisi.

Né aux Antilles, l'assaillant s'était converti à l'islam il y a 18 mois, a précisé à l'AFP une source proche du dossier.

- "Employé modèle" -

Il travaillait comme agent administratif à la Direction du renseignement de la préfecture de police, en tant qu'informaticien, et il souffrait d'un handicap de surdité.

L'homme a d'abord poignardé avec un couteau de cuisine trois personnes qui se trouvaient dans les bureaux de son service. Dans un escalier, il a ensuite mortellement touché une employée administrative.

Dans la cour du bâtiment, un policier lui a intimé l'ordre de lâcher son couteau, puis a fini par faire usage de son arme. Touché à la tête, l'assaillant a été tué.

"Employé modèle, sans histoire", l'agresseur avait "plus de 20 ans de maison", selon Loïc Travers, du syndicat de police Alliance.

Son épouse a été placée en garde à vue et son domicile en banlieue parisienne perquisitionné.

En fin d'après-midi, la préfecture de police était toujours placée sous haute sécurité: le périmètre était bouclé et une dizaine de camions de pompiers étaient sur place, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"J'ai entendu un tir, j'ai compris que c'était à l'intérieur", a témoigné Emery Siamandi, interprète présent à l'intérieur de la préfecture au moment de l'attaque. "Quelques instants après, j'ai vu des policières qui pleuraient. Elles étaient en panique".

- Malaise au sein de la police -

Le président Emmanuel Macron est venu sur place "témoigner son soutien et sa solidarité à l'ensemble des personnels".

"Voir un collègue s'en prendre à d'autres collègues, c'est du jamais vu de mémoire de policier", a commenté sur la chaîne BFMTV Denis Jacob, un responsable du syndicat Alternative police CFDT, qui a évoqué un contexte de "rupture du lien entre nous" et de "déshumanisation de l'institution".

Cette tuerie survient au lendemain d'une manifestation de milliers de policiers à Paris pour une "marche de la colère". Cette mobilisation inédite depuis près de 20 ans n'a pas été motivée par un fait divers sanglant, mais par une surcharge de travail et de tensions liée au mouvement social des "gilets jaunes", entrés en fronde contre la politique sociale et fiscale du gouvernement depuis près d'un an, et un bond des suicides au sein de la police (52 depuis janvier), un mal endémique dans l'institution.

Selon les organisations syndicales, 26.000 personnes participaient à cette mobilisation. Il y a près de 150.000 policiers en France.

"Il y a aujourd'hui des éléments qui s'ajoutent les uns aux autres: après la vague d'attentats terroristes, les forces de l'ordre ont dû faire face avec les gilets jaunes à une mobilisation dans la durée, avec des conditions d'intervention très difficiles. Il y a également la question des suicides qui ressurgit, mais aussi les relations détériorées avec la population", a expliqué Jacques Maillard, qui codirige un centre de recherches sur le droit et les institutions pénales.

Si les motivations de l'assaillant de la préfecture de police restent indéterminées, les forces de l'ordre figurent parmi les objectifs récurrents des organisations jihadistes, dont le groupe Etat islamique (EI), alors que la France est atteinte depuis 2015 par une vague d'attentats islamistes sans précédent qui a fait 251 morts.

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