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Algérie

Des étudiants à nouveau dans la rue malgré un fort dispositif policier

Etudiants manifestant à Alger le 10 avril 2019.

Des milliers d'étudiants manifestent mardi à Alger, scandant "silmiya" (pacifique) face à un important dispositif policier qui leur interdit l'accès au parvis de la Grande Poste, bâtiment devenu le point de ralliement de la contestation qui agite l'Algérie depuis le 22 février.

La police restreint de plus en plus la liberté d'action des manifestants, sauf le vendredi, jour de repos hebdomadaire en Algérie et de mobilisations monstres depuis près de deux mois.

Le mardi précédent, les policiers avaient, pour la première fois depuis le début du mouvement, tenté de disperser une manifestation d'étudiants, ne se contentant pas de l'encadrer.

"Libérez l'Algérie!", "Le peuple veut qu'ils partent tous", clament les étudiants à l'adresse des dirigeants algériens, issus de l'appareil mis en place par le président Abdelaziz Bouteflika dont la contestation a obtenu la démission.

Depuis la rentrée des vacances universitaires, début avril, des mouvements de grève ont débuté dans plusieurs campus.

Les étudiants de plus d'une dizaine d'universités ont indiqué à l'AFP que leur établissement était en grève, reconductible chaque fin de semaine, afin d'exiger le départ de l'ensemble du "système" au pouvoir.

"On termine ce qu'on a commencé", lance Linda, 20 ans, étudiante en télécommunications dans la principale université d'Alger, l'USTHB, présente dans le cortège mardi.

"Nous sommes en grève illimitée à l'USTHB jusqu'à ce que tout le +système+ dégage, à commencer par (le président par intérim, Abdelkader) Bensalah et (le Premier ministre Noureddine) Bedoui qui nous ramènent les policiers pour nous empêcher de manifester, alors que nous sommes pacifistes", précise-t-elle.

"Nous allons marcher jusqu'à la mise en place d'une période de transition dirigée par des personnalités propres", c'est à dire n'ayant pas participé au régime d'Abdelaziz Bouteflika, renchérit Mira Laifa, 20 ans, étudiante en médecine.

"Les étudiants algériens veulent un gouvernement de transition", peut-on lire sur une banderole.

Le président par intérim Abdelkader Bensalah a annoncé l'organisation d'un scrutin présidentiel le 4 juillet pour élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné le 2 avril sous la pression conjuguée de l'armée et de la rue.

Pour les contestataires algériens, le maintien à la tête de l'Etat des structures et personnalités issues du "système" mis en place par M. Bouteflika durant les 20 ans qu'il a passés au pouvoir ne permettent pas de garantir un scrutin libre et équitable.

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Nouvelles manifestations et arrestations à Alger

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Arrestations et nouvelles manifestations à Alger

Les Algériens protestent le 3 mai 2019

La police a arrêté vendredi des dizaines de personnes près de la Grande Poste à Alger, point de ralliement des manifestations hebdomadaires contre le pouvoir depuis le 22 février, ont rapporté des témoins et des journalistes sur les réseaux sociaux.

Un journaliste de l'AFP a vu une femme être interpellée près de la Grande Poste, où des palissades ont été érigées pour en interdire l'accès aux manifestants.

Plusieurs centaines de manifestants se sont néanmoins rassemblés près du bâtiment dont ils ont été tenus éloignés par une rangée de véhicules de police et un cordon policier fourni.

"Y en a marre des généraux !" et "Gaïd Salah dégage !", ont-ils scandé à l'adresse du général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et désormais l'homme fort du pays.

"J'ai observé que la police interpellait systématiquement toute personne portant une banderole", a déclaré à l'AFP un manifestant, Mehenna Abdeslam, enseignant à l'Université de Bab Ezzouar à Alger. Mais "nous ne nous arrêterons pas" de manifester.

A "Alger, la police opère des arrestations massives parmi les manifestants", indique le site d'information TSA (Tout sur l'Algérie) qui constate une forte présence des femmes policières, une première depuis le début des manifestants pacifiques en Algérie.

Sur son compte Facebook, le militant du Parti socialiste des Travailleurs, Samir Larabi, écrit, photo à l'appui, être "en compagnie d'une vingtaine de citoyens dans un fourgon cellulaire".

Le vice-président de la Ligue algérienne de Défense des Droits de l'Homme (LADDH), Said Salhi a fait état sur Twitter de "patrouilles sillonnant la ville et interpellant toute personne suspectée de rejoindre la marche. Il semble que (les autorités) veulent interdire la marche".

Sur Twitter, le journaliste Hamdi Baala du HuffPost Algérie, a dénoncé une "ville quadrillée par le régime qui souhaite l'arrêt des manifestations".

Pour le 14 vendredi consécutif, les Algériens vont continuer de réclamer le démantèlement du "système" au pouvoir, et le départ de ses figures, en tête desquelles le président par intérim Abdelkader Bensalah, le Premier ministre Noureddine Bedoui et le général Gaïd Salah, tous anciens fidèles du président Abdelaziz Bouteflika, contraint le 2 avril à la démission.

Le mouvement de contestation inédit exige également l'annulation de la présidentielle organisée le 4 juillet par le pouvoir intérimaire pour élire un successeur à M. Bouteflika, estimant que les personnalités du régime déchu ne peuvent garantir un scrutin libre et équitable.

Une présidentielle le 4 juillet est-elle encore possible ?

Des étudiants algériens scandent des slogans pendant une manifestation dans la capitale, Alger, le 21 mai 2019.

Le pouvoir algérien s'accroche à la présidentielle prévue le 4 juillet pour sortir de la crise. Mais, critiquée de toute part, sans candidat crédible déclaré et sans électeurs annoncés, sa tenue apparaît de plus en plus incertaine.

Pourquoi la date fait-elle débat ?

Avec la démission le 2 avril, sous la pression populaire, du président Abdelaziz Bouteflika, chef de l'Etat durant deux décennies, l'Algérie est entré dans une phase de transition.

Le pouvoir actuel et son président par intérim Abdelkader Bensalah, désigné conformément à la Constitution en tant que président de la Chambre haute, veut s'en tenir aux délais constitutionnels : l'élection d'un nouveau président dans les 90 jours suivant le début de l'intérim.

M. Bensalah, officiellement entré en fonctions le 9 avril, a donc fixé ce scrutin au 4 juillet.

Mais, pour le mouvement de contestation, il est hors de question que le pouvoir intérimaire et le reste de l'appareil hérité du président déchu organisent ou supervisent le scrutin, alors que de forts soupçons de fraude ont entaché toutes les élections durant deux décennies.

Mobilisés depuis le 22 février, les manifestants restent inflexibles et réclament, avant tout scrutin, des structures de transition ad hoc, chargées de démanteler l'appareil hérité de M. Bouteflika et d'élaborer une nouvelle loi électorale et une nouvelle Constitution.

Mais, pour l'heure, l'armée et son chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, redevenus les véritables centres de décision, refusent tout autre processus que celui prévu par la Constitution actuelle.

Le scrutin peut-il se tenir le 4 juillet ?

Techniquement, oui. Mais de nombreux doutes émergent, alors que les délais raccourcissent et que certaines échéances semblent incertaines.

Contrairement aux scrutins précédents, le Conseil n'a pas communiqué officiellement sur les procédures ou les délais de dépôt des dossiers de candidature qu'il est chargé de valider. Selon les calculs de l'AFP, la date-limite est le 24 mai -c'est à dire vendredi-, mais aucune des personnes contactées au sein du Conseil n'a pu confirmer.

Le pouvoir algérien assure vouloir maintenir le scrutin dans les délais constitutionnels, mais la date du 4 juillet n'est plus explicitement citée, ni par M. Bensalah ni par le général Gaïd Salah. Ce dernier a appelé à "accélérer" la mise en place de l'instance indépendante chargée de l'organisation et de la supervision du scrutin.

Au sein des partis de l'ex-coalition soutenant M. Bouteflika, l'idée d'un léger report et d'une entorse mineure au cadre constitutionnel fait son chemin, tant l'échéance semble compliquée à tenir.

Tout en rejetant la "transition" demandée par la contestation, Mohamed Djemai, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), parti -majoritaire- du président déchu, a suggéré un report, "mais pas de beaucoup", le temps notamment de modifier la loi électorale.

Cadre du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié du FLN, Seddik Chihab a indiqué à l'AFP que "l'idéal" serait un délai de "trois mois supplémentaires ou de six mois" maximum.

L'opposition est quasi-unanime à demander un report, avec des durées variables.

Autre obstacle : des maires et magistrats ont annoncé refuser de prendre part à l'organisation du scrutin, dont ils sont des maillons importants.

- Quels candidats possibles ?

Au 20 mai, le ministère de l'Intérieur a dit avoir reçu 76 actes de candidatures mais, contrairement à l'usage, il n'a dévoilé les noms que de trois petits partis, pas ceux d'individus.

Aucune personnalité d'envergure n'a fait publiquement acte de candidature et ni le FLN ni le RND n'ont désigné pour l'heure de candidat. Selon des observateurs, plusieurs figures sollicitées par le pouvoir ont décliné.

Plutôt effacé, M. Bensalah ne peut se présenter en vertu de la Constitution. Quant au général Gaïd Salah, il a assuré mercredi n'avoir "aucune ambition politique".

Enfin, les principaux partis d'opposition n'entendent pas participer, pas plus que la contestation, qui refuse même dans l'immédiat de choisir le moindre représentant.

- Le scrutin peut-il permettre une sortie de crise ?

Au vu de la détermination du mouvement, les électeurs ne devraient pas se bousculer dans les urnes, dans un pays où la participation est chroniquement faible.

Lors de la présidentielle de 2014, à peine plus de 50% des électeurs s'étaient déplacés, malgré les moyens de pression des autorités de l'époque sur les fonctionnaires, salariés d'entreprises publiques ou bénéficiaires de prestations sociales. Des chiffres en outre gonflés a posteriori selon les observateurs.

En l'état, il est par conséquent difficile d'imaginer que la présidentielle à laquelle s'accroche le pouvoir soit une réelle voie de sortie de crise.

"Si l'élection est maintenue le 4 juillet, le président n'aura aucune légitimité populaire" et "je crains (...) que nous entrions dans une spirale qui ferait perdurer la crise", a déclaré à l'AFP Zoubir Arous, professeur de sociologie à l'Université d'Alger II.

Manifestation étudiante après un discours du chef de l'armée

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L'armée algérienne appelle la population à la "vigilance"

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