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L'offensive judiciaire contre les riches hommes d’affaires continue

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Des milliers d'étudiants de nouveau dans la rue

Manifestations à Alger le 19 avril 2019.

Des milliers d'étudiants défilent à nouveau mardi à Alger, réclamant le départ du "système" au pouvoir et le jugement du "gang" de personnalités liées au président déchu Abdelaziz Bouteflika, a constaté un journaliste de l'AFP.

Cette manifestation a lieu alors que de puissants hommes d'affaires dont certains très proches de l'ex-président Bouteflika ont été arrêtés entre dimanche et lundi, selon les médias officiels algériens.

Aux cris de "Système dégage!", slogan fétiche des manifestants en Algérie, les étudiants se sont rassemblés comme chaque mardi depuis le début de la contestation le 22 février, devant le parvis de la Grande Poste, bâtiment emblématique du coeur d'Alger.

Ils ont ensuite défilé dans les rues adjacentes.

La police, déployée massivement le mardi précédent et qui avait tenté d'interdire l'accès à la Grande Poste aux étudiants, était discrète mardi dans le centre d'Alger et aux abords du bâtiment.

"Ou c'est nous, ou c'est vous; gouvernement dégage!", scandent en choeur les étudiants, la plupart parés du drapeau national.

Dans le carré de tête, des étudiants en architecture et en génie civil, portant des casques de chantier blancs et jaunes, brandissent une banderole sur laquelle on peut lire "Bâtissons une Algérie nouvelle".

Les étudiants ont à nouveau rejeté la présidentielle que veut organiser le chef de l'Etat par intérim Abdelkader Bensalah le 4 juillet pour élire un successeur à M. Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril, sous les pressions conjuguées de la rue et de l'armée.

"Nous réclamons le départ de tout le gang hérité du règne de Bouteflika, à leur tête Bensalah et Nourredine Bedoui" le Premier ministre, lance Hamza, étudiant en 3e année de génie civil à l'Université de Blida (35 km au sud d'Alger).

Les manifestants refusent que les structures et personnalités de l'appareil mis en place par M. Bouteflika gèrent la transition, estimant notamment qu'elles ne peuvent garantir un scrutin régulier.

"Nous voulons l'instauration d'un nouveau système qui s'engage à combattre la corruption ayant rongé le pays", renchérit Hamid, étudiant en finances à Alger.

Lundi, le PDG du principal groupe privé d'Algérie (Cevital) et première fortune du pays, Issad Rebrab a été arrêté puis placé en détention provisoire, selon l'agence de presse officielle algérienne APS.

Dimanche, quatre frères de la famille Kouninef, propriétaire d'un grand groupe de BTP et de génie civil vaient également été arrêtés, selon la télévision d'Etat.

La famille Kouninef est réputée proche de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président déchu, alors que M. Rebrab entretenait des relations tendues avec les autorités algériennes qu'il accusait de bloquer ses investissements dans le pays.

Issad Rebrab, 6ème fortune africaine, en détention provisoire

Issad Rebrab, président et propriétaire de Cevital à Abidjan le 8 juin 2012.

L'offensive judiciaire lancée en Algérie contre de puissants patrons depuis la chute du président Abdelaziz Bouteflika a fait une nouvelle victime: Issad Rebrab, PDG du principal groupe privé et première fortune du pays, a été placé en détention provisoire.

Le parquet a délivré un mandat de dépôt contre M. Rebrab, 74 ans, qui avait été arrêté lundi, a indiqué l'agence de presse officielle Algérie Presse Service (APS).

L'homme d'affaires est le fondateur de Cevital, un conglomérat affirmant employer 18.000 salariés sur trois continents, dans l'agroalimentaire, le BTP, la sidérurgie, la distribution, l'électronique et l'électroménager. Le magazine Forbes estime sa fortune à 3,8 milliards de dollars, la 1ere d'Algérie et la 6e d'Afrique.

Il est "soupçonné de fausses déclarations relatives à des mouvement de capitaux de et vers l'étranger, de surfacturation d'équipements importés et d'importation de matériel usagé malgré l'octroi d'avantages bancaires, fiscaux et douaniers" octroyés au matériel neuf, selon APS.

Depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, sous la pression d'un important mouvement de contestation populaire, la justice a ouvert des enquêtes contre plusieurs hommes d'affaires liés à l'ancien clan présidentiel.

M. Rebrab avait fondé Cevital en 1998, un an avant l'arrivée au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika, sur les bases d'une entreprise sidérurgique, Metal Sider, créée dix ans plus tôt, quand l'économie de l'Algérie était encore profondément étatique.

- Relations tendues -

Si ses activités ont prospéré sous la présidence Bouteflika (1999-2019), il entretenait cependant des relations tendues avec le clan présidentiel. Il était en conflit ouvert depuis 2015 avec les autorités, les accusant de bloquer ses investissements en Algérie.

Le ministre de l'Industrie de l'époque Abdeslam Bouchouareb l'avait accusé d'importer et de surfacturer du matériel d'occasion.

En 2016, l'enquête journalistique des "Panama Papers" avait affirmé que M. Rebrab possédait un compte offshore depuis le début des années 1990 - ce qui était strictement interdit par la loi algérienne. L'intéressé avait démenti.

Lundi, le PDG de Cevital avait, dans un tweet, nié avoir été arrêté, assurant s'être présenté à la gendarmerie dans le cadre d'une enquête sur le blocage, depuis près d'un an au port d'Alger par les autorités douanières, d'équipements industriels de son entreprise.

Cevital n'a pas réagi dans l'immédiat à l'incarcération de son patron.

Le site internet du quotidien algérien Liberté, propriété de Cevital, reste muet mardi sur le placement en détention de M. rebrab, mais a qualifié son défèrement de "scénario écrit d'avance" dont "l'objectif reste jusqu'ici ambigu et inexpliqué".

Cevital a notamment racheté en France le groupe électroménager Brandt (marques Brandt, De Dietrich, Sauter et Vedette) et le fabricant de portes et fenêtres Oxxo. Il y a également un projet de création d'usine de traitement de l'eau dans les Ardennes (nord-est).

En Italie, il a racheté en 2015 les aciéries de Piombino (ex-Lucchini) avant d'être contraint par le gouvernement italien, qui l'accusait de n'avoir pas honoré ses engagements, de les céder en 2018 à l'Indien JSW Steel.

- Accélérer les enquêtes -

L'Algérie est depuis le 22 février le théâtre d'une contestation inédite qui a contraint Abdelaziz Bouteflika à quitter le pouvoir. Mais les protestataires réclament toujours le départ de l'ensemble de la "mafia" au pouvoir, dénonçant un "système" basé sur la corruption ayant profité à des hommes d'affaires proches du clan présidentiel.

Mardi, une nouvelle manifestation d'étudiants a eu lieu au centre d'Alger, certains portant des casques de chantier et une banderole avec le slogan "Bâtissons une Algérie nouvelle".

Quatre frères de la puissante famille Kouninef, propriétaire de l'important groupe KouGC spécialisé notamment dans le génie civil, l'hydraulique et le BTP, ont également été arrêtés dimanche, selon les médias d'Etat.

La famille est réputée proche de Saïd Bouteflika, frère et puissant conseiller de l'ex-président.

Selon APS, les frères Kouninef sont soupçonnés de "non respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics, trafic d'influence avec des fonctionnaires publics pour l'obtention de privilèges et détournement de fonciers et de concessions".

Une source judiciaire a indiqué à l'AFP qu'ils n'avaient pas encore été déférés mardi devant le parquet.

Début avril, l'ex-patron des patrons algériens, Ali Haddad, propriétaire notamment du 1er groupe de BTP d'Algérie et proche de M. Bouteflika, a été écroué après son arrestation nocturne à un poste frontière avec la Tunisie en possession de devises non déclarées.

Le 16 avril, le chef d'état-major de l'armée, le général Gaïd Salah, de facto l'homme fort de l'Algérie depuis qu'il a contribué à pousser M. Bouteflika à la démission, a appelé la justice à accélérer "la cadence de traitement" des enquêtes visant des personnalités "ayant bénéficié indûment de crédits (...) causant un préjudice au Trésor public et dilapidant l'argent du peuple".

Boycott d'une réunion convoquée par le président par intérim

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Une réunion avec le pouvoir sur l'élection largement boycottée

Le chef de l'Etat algérien par intérim Abdelkader Bensalah

La majorité des partis politiques et l'ensemble des syndicats ont boycotté lundi une réunion convoquée par le chef de l'Etat algérien par intérim Abdelkader Bensalah pour préparer l'élection présidentielle du 4 juillet, a constaté un journaliste de l'AFP.

M. Bensalah, qui assure l'intérim à la présidence depuis que le chef de l'Etat Abdelaziz Bouteflika a été poussé à la sortie début avril par un vaste mouvement de contestation populaire, avait convié tous les partis politiques, syndicats, organisations de la société civile et des experts en droit constitutionnel à cette rencontre.

Le but : discuter des "mécanismes de la mise en place d'une instance nationale indépendante chargée de la préparation et de l'organisation" de la présidentielle.

Mais les Algériens, qui continuent de manifester chaque semaine, estiment que les personnalités issues du "système" mis en place par M. Bouteflika, ne permettent pas de garantir un scrutin libre et équitable. Ils réclament notamment le départ de M. Bensalah et du Premier ministre Noureddine Bedoui.

Lundi, les syndicats et les organisations de la société civiles proche de la contestation ont refusé de se rendre à la réunion convoquée par M. Bensalah, de même que la plupart des formations politiques.

"L'heure n'est pas aux consultations sur l'instance de préparation et d'organisation des élections", a déclaré Ali Benflis, chef du parti Talai El Houriyet et qui avait été candidat malheureux à la présidence en 2014 face à M. Bouteflika. Jugeant ces discussions "inopportunes", il a estimé qu'il fallait d'abord "un règlement global de la crise".

De son côté, le Parti des travailleurs a indiqué ne pas pouvoir "s'inscrire dans une opération de sauvetage du système et du régime".

Trois partis politiques qui avaient apporté leur soutien à un cinquième mandat de M. Bouteflika étaient présents.

M. Bensalah lui-même n'a pas assisté, comme il était prévu, à cette rencontre à laquelle il a été représenté par le secrétaire général de la présidence, Habba El Okbi.

Malgré la défection de la majorité des formations politiques, ce dernier a répété que "la présidentielle se tiendra à la date annoncée par le chef de l'Etat".

La nouvelle instance de préparation des élections proposée par la présidence par intérim, sera chargée de la "révision des listes électorales et du contrôle des conditions de déroulement de la campagne électorale jusqu'à l'annonce des résultats du scrutin", selon le document transmis aux invités vu par l'AFP.

Depuis l'instauration du multipartisme en 1989 en Algérie, l'opposition dénonce régulièrement des fraudes électorales.

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