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Les dates-clés d'une contestation populaire massive

Manifestations en Algérie le 9 avril 2019.

L'Algérie est secouée depuis février par une contestation massive déclenchée par la candidature à un nouveau mandat d'Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission et remplacé comme président par intérim par Abdelkader Bensalah, une figure du régime rejetée par la rue.

- "Pas de 5e mandat" -

Le 22 février, plusieurs milliers de personnes, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, manifestent dans plusieurs villes. "Pas de 5e mandat", "Ni Bouteflika, ni Saïd" (frère du président), scandent les protestataires à Alger, où les manifestations sont interdites depuis 2001. Au pouvoir depuis deux décennies, M. Bouteflika, très affaibli depuis un AVC en 2013, avait annoncé le 10 février qu'il briguerait un 5e mandat.

- Présidentielle reportée -

Le 1er mars, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent à Alger. "Le peuple veut la chute du régime", crient les manifestants. Des défilés sont recensés notamment à Oran et Constantine.

Le 3, M. Bouteflika s'engage, s'il est élu, à ne pas terminer son mandat et à se retirer après une présidentielle anticipée.

Le 8, une marée humaine envahit les rues d'Alger. Importante mobilisation dans d'autres villes.

Le 10, M. Bouteflika regagne l'Algérie après deux semaines d'hospitalisation en Suisse pour des "examens médicaux". Etudiants et enseignants occupent plusieurs universités.

Quelques jours après avoir présenté l'armée comme la "garante" de la stabilité du pays, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, déclare que celle-ci "partage" avec le peuple "les mêmes valeurs".

Le 11, M. Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat et reporte sine die la présidentielle, sans date pour son éventuel départ. Il indique qu'une élection aura lieu après une Conférence nationale, chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Le Premier ministre est remplacé par le ministre de l'Intérieur Noureddine Bedoui.

- "Dégagez tous !" -

Le 15, une foule impressionnante envahit Alger. Des manifestations ont lieu dans 40 préfectures sur 48, selon des sources sécuritaires. Des diplomates évoquent "des millions" d'Algériens dans les rues.

Le 22, les rues du centre d'Alger sont noires de monde. "Dégagez tous!", proclame une banderole. Manifestations dans de nombreuses autres villes.

Le 26, le général Gaïd Salah demande que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir, en vertu de la Constitution, ou qu'il démissionne.

Le lendemain, le Rassemblement national démocratique (RND) --principal allié du parti de M. Bouteflika, le Front de libération nationale (FLN)-- demande "la démission du président". La principale centrale syndicale apporte son soutien à l'appel du chef d'état-major.

Le 29, à Alger, la foule scande "le peuple veut que vous partiez tous!". Des sources sécuritaires évoquent des "centaines de milliers de manifestants" à Alger et des marches dans 44 préfectures.

Le 31, M. Bouteflika nomme un nouveau gouvernement, conduit par Noureddine Bedoui.

- Bouteflika démissionne -

Le 1er avril, la présidence annonce que M. Bouteflika démissionnera avant l'expiration de son mandat le 28 avril. Mais le 2, le général Gaïd Salah demande que soit "appliquée immédiatement" la procédure constitutionnelle permettant de l'écarter. Peu après, M. Bouteflika, 82 ans, informe le Conseil constitutionnel de sa démission.

- Se débarrasser du "système" -

Le 5 avril, les Algériens descendent dans la rue pour un 7e vendredi de mobilisation, déterminés à se débarrasser du "système". Le centre d'Alger est bondé et d'imposants cortèges défilent dans d'autres villes. Les protestataires appellent au départ des "3B", Abdelkader Bensalah, Tayeb Belaiz (président du Conseil constitutionnel) et Noureddine Bedoui.

Le 9 avril, Abdelkader Bensalah est nommé président par intérim. Il promet un scrutin présidentiel "transparent" d'ici trois mois. Les partis d'opposition ont boycotté la réunion du Parlement, refusant de valider sa nomination.

A Alger, des centaines de d'étudiants scandent "Dégage Bensalah" et "Système dégage". La police tire des grenades lacrymogènes et fait usage de canon à eau pour les disperser.

Le directeur de l'Agence France-Presse à Alger, Aymeric Vincenot, est expulsé par les autorités, qui ont refusé de renouveler son accréditation.

- Présidentielle le 4 juillet –

Le 10 avril, le général Gaïd Salah, tout en s'engageant à ce que l'armée veille à la "transparence" du processus de transition, écarte le principe d'un "vide constitutionnel".

Abdelkader Bensalah signe un décret selon lequel la présidentielle aura lieu le 4 juillet.

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Nouveau vendredi de manifestations contre le pouvoir

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26e vendredi de manifestations contre le régime

Des manifestants algériens scandent des slogans et brandissent des drapeaux nationaux dans les rues de la capitale, Alger, le 26e vendredi consécutif de manifestations du 16 aout 2019.

Les Algériens manifestent à nouveau massivement dans les rues du centre de la capitale, quadrillé par la police, pour un 26e vendredi consécutif d'un mouvement de protestation qui s'apprête à clore son 6e mois sans avancée vers une solution à la crise.

Malgré la forte chaleur estivale, la mobilisation, difficile à estimer précisément en l'absence de comptage officiel, semblait aussi importante que ces dernières semaines.

Amoindrie par les vacances scolaires par rapport aux premières semaines du "Hirak" (le mouvement de contestation né le 22 février), la mobilisation reste forte à Alger, où comme chaque vendredi, hommes, femmes et enfants de tous âges sont au rendez-vous.

"C'est ou nous ou ce pouvoir, on ne va pas s'arrêter", scandent les manifestants qui continuent de réclamer le départ du pouvoir de tous ceux ayant accompagné, durant ses 20 ans de présidence, Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril, sous les pressions conjuguées de la rue puis de l'armée.

Des dizaines de véhicules de police sont garés des deux côtés de la rue, sur une partie du parcours emprunté par la manifestation. Le dispositif semble toutefois avoir été légèrement allégé par rapport aux dernières semaines.

Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée devenu le véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, reste une cible principale des protestataires.

- "Experts de la triche" -

"Unis, on fera partir le +Gang+ (au pouvoir) puis Gaïd", scandent ces derniers.

Alors que le mouvement de contestation, qui s'apprête à fêter son 6e mois le 22 août, ne semble pas s'essouffler, aucune solution à la crise politique dans laquelle est plongée l'Algérie ne se profile.

Le "Hirak" continue de refuser la présidentielle que le pouvoir souhaite coûte que coûte organiser le plus rapidement possible pour élire le successeur de M. Bouteflika. Une élection convoquée le 4 juillet a dû être annulée, aucun candidat sérieux ne s'étant présenté.

"On ne veut pas d'élections organisées par ce gouvernement. Ils trouveront le moyen de frauder. Ce sont des experts de la triche. Qu'ils partent avant les élections", résume Mohamed Benouafek, 45 ans, ingénieur dans une entreprise privée, interrogé dans une rue d'Alger par l'AFP.

Chauffeur de taxi de 65 ans, Ahmed manifeste vendredi "pour redire à Gaïd que nos revendications n'ont pas été satisfaites", contrairement à ce que le chef d'état-major a assuré le 8 août, en dénonçant "certains groupes" qui "s'acharnent à rejeter toutes les initiatives présentées et tous les résultats obtenus".

Le "dialogue" proposé par le pouvoir à la classe politique et à la société civile pour définir les modalités de cette élection, censé en garantir l'équité, est également rejeté par les manifestants, et "l'Instance de dialogue" mise sur pied pour parler avec les divers acteurs, peine à asseoir sa légitimité à leurs yeux.

- "A la poubelle" -

Nommé à la tête de cette instance, Karim Younès, ex-président de la Chambre basse et ancien ministre de M. Bouteflika, est une fois encore conspué vendredi par les manifestants aux cris de "Karim Younès à la poubelle!".

"On reste avec des pratiques anciennes, ce genre d'instance va nous mener à l'impasse", a averti jeudi, dans un entretien au site d'information TSA (Tout sur l'Algérie), l'économiste Smail Lalmas, qui a démissionné de cette instance après le refus du pouvoir de prendre des mesures "d'apaisement" réclamées en signe de bonne volonté.

De leur côté, plusieurs partis politiques et organisations de la société civile ont été contraints de reporter une réunion prévue samedi, faute d'avoir obtenu - comme le veut la loi - une autorisation préalable des autorités.

"Au moment où le pouvoir fait la promotion de son offre de dialogue, la réalité est tout autre", s'insurgent les organisateurs dans un communiqué, dénonçant "le verrouillage du débat public, des médias, du dialogue dans la société".

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