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Bensalah nommé président par intérim, malgré l'opposition de la rue

Abdelkader Bensalah juste après sa nomination comme président par intérim à Alger, le 9 avril 2019.

Abdelkader Bensalah a été nommé mardi par le Parlement au poste de président par intérim, une semaine après la démission forcée d'Abdelaziz Bouteflika, en dépit du rejet par la rue de ce pur produit du régime algérien.

Les Algériens qui continuent de manifester en masse pour réclamer le départ du "système" avaient clairement affiché leur refus de voir le président du Conseil de la nation (chambre haute du Parlement), âgé de 77 ans, prendre l'intérim.

Mardi, des milliers d'étudiants ont crié "Dégage Bensalah!" et "Système dégage", devant la Grande poste, dans le centre d'Alger.

La police a tiré des grenades lacrymogènes et fait usage de canon à eau pour les disperser mais les manifestants étaient encore présents en fin d'après-midi, encerclés par les forces de l'ordre.

Abdelkader Bensalah nommé président par intérim en Algérie
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Après plus d'un mois d'une contestation massive et inédite à travers ce pays d'Afrique du Nord, M. Bouteflika a dû démissionner le 2 avril sous la pression conjuguée de la rue et de l'armée, qui a menacé de ne plus reconnaître son autorité.

Agé de 82 ans, affaibli par un accident vasculaire cérébral depuis 2013, M. Bouteflika était chef de l'Etat depuis 20 ans. Mais son souhait de briguer un 5e mandat lors de la présidentielle prévue en avril a provoqué de gigantesques manifestations, notamment à Alger, malgré l'interdiction des rassemblements depuis 2001.

- "Grande responsabilité" -

Comme le prévoit la constitution, les parlementaires de l'Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse) et du Conseil de la Nation se sont réunis mardi.

Le rapporteur de la commission parlementaire mixte a lu un rapport en plénière où il est dit que, selon l'article 102, le Parlement confirme la vacation du poste de président et que le président du Conseil de la Nation assume les fonctions de chef d'État pour une durée de 90 jours.

Durant cette période, une élection présidentielle, à laquelle M. Bensalah ne pourra être candidat, doit être organisée.

"Je vais travailler à concrétiser les intérêts du peuple", a réagi Abdelkader Bensalah devant le Parlement. "C'est une grande responsabilité que m'impose la Constitution", a ajouté cet homme qui a occupé les fonctions de député, ambassadeur, haut fonctionnaire ministériel, sénateur, et a présidé les deux chambres du Parlement.

Il a accédé à la présidence du Conseil de la nation trois ans à peine après l'arrivée de M. Bouteflika au pouvoir.

Les partis d'opposition, se basant sur les revendications de la rue, avaient boycotté la réunion du Parlement, refusant de valider cette nomination.

Vendredi dernier, jour traditionnel des manifestations, les Algériens avaient de nouveau défilé en masse pour exiger que soient exclus du processus de transition les hommes-clés de l'appareil mis en place par M. Bouteflika.

Outre M. Bensalah, deux autres responsables sont visés: le président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz et le Premier ministre Noureddine Bedoui.

Même le quotidien gouvernemental El Moudjahid, traditionnel vecteur de messages du pouvoir, avait suggéré mardi d'écarter Abdelkader Bensalah de la présidence par intérim.

"Cette personnalité (...) n'est pas tolérée par le mouvement citoyen, qui exige son départ immédiat, mais aussi par l'opposition et une partie des représentants des formations politiques de la majorité des deux Chambres du Parlement", avait écrit El Moudjahid.

- "Voix du peuple" -

Mais le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de facto nouvel homme fort du pays, exige que la succession de M. Bouteflika se fasse dans le strict respect de la Constitution.

"C'est là où il y a un vrai problème. L'armée tient à ce que cela (la transition) se fasse à l'intérieur de la Constitution et la rue veut que cela se fasse à l'extérieur de la Constitution. Si l'armée n'assouplit pas sa position, on va vers la rupture", a dit à l'AFP Rachid Grim, enseignant en Sciences politiques à l'Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d'Alger.

Le mouvement de contestation réclame de sortir de ce cadre pour mettre sur pied des institutions de transition permettant d'engager des réformes profondes et d'organiser des élections libres.

El Moudjahid a évoqué une piste de compromis avec la création d'"une commission indépendante" qui serait chargée de tout le processus électoral.

Interrogé mardi matin avant la réunion du Parlement, Mourad, un entrepreneur de 50 ans, a dit vouloir la démission de M. Bensalah. "C'est la voix du peuple et le peuple doit avoir raison", a déclaré ce père de famille qui va manifester le vendredi avec ses deux filles, âgées de six et neuf ans.

"Elles ne savent pas ce qu'est la démocratie (...). Je veux leur inculquer ce qu'est la liberté", a-t-il ajouté.

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Nouveau vendredi de manifestations contre le pouvoir

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26e vendredi de manifestations contre le régime

Des manifestants algériens scandent des slogans et brandissent des drapeaux nationaux dans les rues de la capitale, Alger, le 26e vendredi consécutif de manifestations du 16 aout 2019.

Les Algériens manifestent à nouveau massivement dans les rues du centre de la capitale, quadrillé par la police, pour un 26e vendredi consécutif d'un mouvement de protestation qui s'apprête à clore son 6e mois sans avancée vers une solution à la crise.

Malgré la forte chaleur estivale, la mobilisation, difficile à estimer précisément en l'absence de comptage officiel, semblait aussi importante que ces dernières semaines.

Amoindrie par les vacances scolaires par rapport aux premières semaines du "Hirak" (le mouvement de contestation né le 22 février), la mobilisation reste forte à Alger, où comme chaque vendredi, hommes, femmes et enfants de tous âges sont au rendez-vous.

"C'est ou nous ou ce pouvoir, on ne va pas s'arrêter", scandent les manifestants qui continuent de réclamer le départ du pouvoir de tous ceux ayant accompagné, durant ses 20 ans de présidence, Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril, sous les pressions conjuguées de la rue puis de l'armée.

Des dizaines de véhicules de police sont garés des deux côtés de la rue, sur une partie du parcours emprunté par la manifestation. Le dispositif semble toutefois avoir été légèrement allégé par rapport aux dernières semaines.

Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée devenu le véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, reste une cible principale des protestataires.

- "Experts de la triche" -

"Unis, on fera partir le +Gang+ (au pouvoir) puis Gaïd", scandent ces derniers.

Alors que le mouvement de contestation, qui s'apprête à fêter son 6e mois le 22 août, ne semble pas s'essouffler, aucune solution à la crise politique dans laquelle est plongée l'Algérie ne se profile.

Le "Hirak" continue de refuser la présidentielle que le pouvoir souhaite coûte que coûte organiser le plus rapidement possible pour élire le successeur de M. Bouteflika. Une élection convoquée le 4 juillet a dû être annulée, aucun candidat sérieux ne s'étant présenté.

"On ne veut pas d'élections organisées par ce gouvernement. Ils trouveront le moyen de frauder. Ce sont des experts de la triche. Qu'ils partent avant les élections", résume Mohamed Benouafek, 45 ans, ingénieur dans une entreprise privée, interrogé dans une rue d'Alger par l'AFP.

Chauffeur de taxi de 65 ans, Ahmed manifeste vendredi "pour redire à Gaïd que nos revendications n'ont pas été satisfaites", contrairement à ce que le chef d'état-major a assuré le 8 août, en dénonçant "certains groupes" qui "s'acharnent à rejeter toutes les initiatives présentées et tous les résultats obtenus".

Le "dialogue" proposé par le pouvoir à la classe politique et à la société civile pour définir les modalités de cette élection, censé en garantir l'équité, est également rejeté par les manifestants, et "l'Instance de dialogue" mise sur pied pour parler avec les divers acteurs, peine à asseoir sa légitimité à leurs yeux.

- "A la poubelle" -

Nommé à la tête de cette instance, Karim Younès, ex-président de la Chambre basse et ancien ministre de M. Bouteflika, est une fois encore conspué vendredi par les manifestants aux cris de "Karim Younès à la poubelle!".

"On reste avec des pratiques anciennes, ce genre d'instance va nous mener à l'impasse", a averti jeudi, dans un entretien au site d'information TSA (Tout sur l'Algérie), l'économiste Smail Lalmas, qui a démissionné de cette instance après le refus du pouvoir de prendre des mesures "d'apaisement" réclamées en signe de bonne volonté.

De leur côté, plusieurs partis politiques et organisations de la société civile ont été contraints de reporter une réunion prévue samedi, faute d'avoir obtenu - comme le veut la loi - une autorisation préalable des autorités.

"Au moment où le pouvoir fait la promotion de son offre de dialogue, la réalité est tout autre", s'insurgent les organisateurs dans un communiqué, dénonçant "le verrouillage du débat public, des médias, du dialogue dans la société".

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