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Trump et la question congolaise


Le président américain Donald Trump pose avec des dirigeants africains, de gauche, le président kenyan Uhuru Kenyatta, le président de l'Union africaine Alpha Condé, le président de la Banque africaine de développement Akinwumi Adesina, le vice-président nigérian Yemi Osinbajo et le premier ministre éthiopien Haile Mariam Desalegn, dans la ville sicilienne de Taormina, Italie, 27 mai 2017.

Donald Trump a affirmé plus d'une fois suivre de près la situation en RDC. Ce pays traverse une nouvelle crise politique suite à la non tenue des elections en 2016.

L'actuel président américain n’a pas hésité à exprimer sa préoccupation sur la crise congolaise quelques jours après son élection en 2016. Bien que critiqué au début pour le peu d’intérêt montré pour l’Afrique, le nouveau président américain semble faire de la RDC un des points d’articulation de sa politique africaine.

Le président Donald Trump parle lors d'un déjeuner avec les dirigeants africains au Palace Hotel lors de l'Assemblée générale des Nations Unies, New York, 20 septembre 2017.
Le président Donald Trump parle lors d'un déjeuner avec les dirigeants africains au Palace Hotel lors de l'Assemblée générale des Nations Unies, New York, 20 septembre 2017.

"Nous sommes profondément perturbés par la violence en cours au Soudan du Sud et au Congo [RDC] et surveillons étroitement la situation“, a déclaré Donald Trump lors d’une réunion de déjeuner le 20 septembre 2017 avec des dirigeants africains en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.

La visite de l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, à Kinshasa la semaine dernière, illustre cet intérêt américain en la matière. Les Etats-Unis ont, par la voix de Mme Haley, exigé que les élections se tiennent en 2018.

Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, confirme à VOA Afrique que l’intérêt de l’administration Trump est grand sur la question congolaise. Il estime que la politique de son pays en vers l’Afrique et en particulier envers la RDC n’a pas changé depuis le président Obama.

"Le Bureau des affaires africaines est dans les bonnes mains, ils ont donné des recommandations. Les sénateurs, aussi. Presque tout le monde dans le gouvernement des Etats-Unis, soit le parlement soit l’administration, est d'accord que le président Kabila doit partir, doit quitter le pouvoir. Il faut qu’il y ait une élection démocratique. La politique n’a pas vraiment changé depuis Obama," souligne M. Cohen.

Mme Haley a notamment discuté de la question avec le président Joseph Kabila, l’opposition politique, les évêques catholiques médiateurs au dialogue politique congolais et le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

L’ambassadrice américaine a même été plus précise en menaçant de couper toute assistance américaine au processus électoral si les élections ne sont pas tenues dans un délai réaliste en RDC.

Sa position ferme met la pression sur la Céni et les autorités congolaises qui, elles, avaient, quelques jours avant sa visite, indiqué avoir besoin de 504 jours à la fin de l’enrôlement en cours pour arriver au jour du scrutin. En d’autres termes, les élections devraient, selon elles, avoir lieu en mi-2019.

Mme Haley a, au nom de son pays et de la communauté internationale, demandé la mise en application de l’accord politique signé le 31 décembre 2016. Selon cet accord, le gouvernement et le Conseil de suivi dudit accord (CNSA) doivent être dirigés par l’opposition et les élections, tenues avant fin 2017.

Les Etats-Unis insistent sur l'application de l'accord bien que le président Kabila ait nommé Bruno Tshibala, comme Premier ministre et Joseph Olenghankoy, comme président du CNSA, tous deux débauchés de l'opposition qui n'est pas d'accord et accuse M. Kabila d'avoir violé l'accord.

Hasard ou juste un oubli ? La représentante américaine n'a pas, lors de sa visite, rencontré le Premier ministre et le président du CNSA.

L'accord politique de décembre 2016 permet une transition jusqu’aux élections qui n’ont pas pu se tenir en 2016 comme le prévoit la Constitution. Le mandat du président Kabila, au pouvoir depuis 2001, a expiré le 19 décembre 2016 et la Constitution lui interdit de se représenter pour avoir dirigé le pays pendant plus de deux mandats.

Réaliste, Mme Haley s’est tout de même montrée souple quant au respect de l’échéance de la fin de l’année pour les élections, tenant en compte des événements survenus au cours de l’année comme les violences qui ont retardé l’enrôlement dans le Kasaï.

Plus de 3.000 personnes ont été tuées dans cette région, selon l'Église catholique, plus de 80 fosses communes dénombrées et 1,4 million de déplacés enregistré, selon l’ONU.

Nikki Haley et Joseph Kabila, Kinshasa, RDC, le 27 octobre 2017 (VOA/Top Congo)
Nikki Haley et Joseph Kabila, Kinshasa, RDC, le 27 octobre 2017 (VOA/Top Congo)

Deux experts onusiens parmi lesquels un ressortissant américain ont également été tués.

Les Etats-Unis ont beaucoup critiqué les autorités congolaises à ce sujet, exigeant une enquête indépendante et complète alors que Kinshasa se cramponne sur des enquêtes de ses magistrats et le procès déjà en cours.

Mme Haley avait haussé le ton au Conseil de sécurité à ce sujet. Pour elle, il est inadmissible que l’assassinat de deux experts onusiens se termine dans un tiroir de la bureaucratie congolaise.

Elle est même revenue dessus après l’élection de la RDC au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Nikki Haly entourée des membres de l'opposition, de gauche à droite : Vital Kamrehe, Eve Bazaiba, Felix Tshisekedi et Pierre Lumbi, Kinshasa, le 27 octobre 2017
Nikki Haly entourée des membres de l'opposition, de gauche à droite : Vital Kamrehe, Eve Bazaiba, Felix Tshisekedi et Pierre Lumbi, Kinshasa, le 27 octobre 2017

Pour elle, l'élection de la RDC est "une preuve de plus du manque de crédibilité du Conseil des droits de l'Homme et de la nécessité de le réformer afin de le sauvegarder".

La RDC "connue pour sa répression politique, sa violence faite aux femmes et aux enfants, ses arrestations et détentions arbitraires, ses homicides et disparitions illégales, a été élu pour travailler au sein de l'institution la plus importante pour les droits de l'Homme", a-t-elle fulminé.

Mme Nikki a également interpelé les autorités congolaises à ce sujet lors de sa récente visite, leur demandant notamment de tout faire pour que des centaines des milliers déplacés qui vont d’un lieu à un autre depuis une vingtaine d’années regagnent leurs milieux d’origine en toute sécurité et sans craindre d’être à nouveau violées, pour les femmes.

La tenue des élections en est, selon elle, la principale partie de la solution.

Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies, rencontre les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) à Gombe, Kinshasa, 27 octobre 2017.
Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies, rencontre les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) à Gombe, Kinshasa, 27 octobre 2017.

"Chaque jour que les élections ne sont pas organisées, c’est les femmes qui sont violées, les enfants qui sont enrôlés dans les groupes armés. C’est important d’organiser les élections en 2018. Si les élections ne sont pas organisées en 2018, la RDC ne pourra pas compter sur l’appui de la communauté internationale et celui des USA," a martelé Mme Halley au sortir de sa rencontre avec Corneille Nangaa, président de la Céni.

Les déclarations de Mme Haley, porte-voix de Donald Trump, traduisent mieux la politique de Trump car elle a récemment déclaré à la presse américaine, dans une interview à CNN notamment, qu’elle devrait assumer des fonctions plus importantes au sein de l’administration actuelle.

L’administration Trump est aussi poussée par des Sénateurs et autres groupes de pression américains. Sept membres du Congrès américain ont récemment demandé à Trump de nommer un ambassadeur pour la RDC et plus de sanctions sur Kinshasa en vue des élections et du respect de l’accord politique.

La Ceni a publié le 5 novembre 2017 un calendrier électoral qui prévoit au 23 décembre 2018 l’élection présidentielle couplée aux législatives nationales et provinciales contrairement à sa déclaration précédente.

"Mme Haley a dit qu’il faut qu’il y ait l’élection dans l’année 2018. Comme c’est tard, c’est une déception. Je crois que Mme Haley a tracé une ligne rouge. Il faut qu’il y ait élections démocratiques. Il ne faut pas que le président Kabila se représente comme candidat. Et il faut que tout le monde soit éligible y compris les prisonniers politiques, les gens comme Moïse Katumbi qui sont en exil. Et s’il y a encore un glissement, il y aura des sanctions au plus haut niveau," précise à VOA Afrique M. Cohen.

Les États-Unis ont demandé mardi au président congolais Joseph Kabila de "quitter le pouvoir après les élections" annoncées pour décembre 2018, dans un communiqué du département d'État relayé par l'ambassade à Kinshasa saluant la publication de ce calendrier électoral.

"Les États-Unis notent qu'il importe au président Kabila de respecter la Constitution de la RDC, tel que réaffirmé dans l'accord de la Saint Sylvestre, de ne pas chercher à exercer un troisième mandat et de quitter le pouvoir après les élections", selon le communiqué dans une référence à l'accord pouvoir-opposition du 31 décembre 2016, qui prévoyait des élections d'ici décembre 2017.

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