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Trahies, battues, violées: l'enfer des prostituées nigérianes en France

Prostituées à Benin City, capitale de l'État d'Edo, dans le sud du Nigeria, le 29 mars 2017.

Dans les rues des grandes villes de France, elles sont aujourd'hui les plus nombreuses, devant les filles de l'Est ou les Chinoises, selon les autorités, et pratiquent les tarifs les plus bas, à partir de 10 euros la passe.

"Je croyais qu'une fois en France, j'allais étudier, que l'enfer allait s'arrêter", raconte Joy, forcée à se prostituer pour payer son exil. Comme elle, des centaines de jeunes Nigérianes en quête d'une vie meilleure finissent, après un voyage traumatisant, sous la coupe d'un réseau de prostitution.

La plupart arrivent d'Italie, où elles ont passé jusqu'à plusieurs années. "Les réseaux nigérians se déplacent vers la France en provenance d’Italie", confirme Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l’immigration et de l'intégration (Ofii). La lutte contre les mafias nigérianes engagée par le gouvernement italien a forcé ces réseaux à se déplacer vers le Sud-Est de l'Hexagone.

A Marseille (sud-est), où la part des prostituées nigérianes a nettement augmenté ces dernières années, Michel Martinez, chef de la brigade de répression du proxénétisme (BRP), a appris à connaître ces réseaux "très organisés": "Au pays, les filles sont recrutées par une 'madame', souvent une ancienne prostituée, qui les surveille et les met au travail, tandis que les hommes s'occupent du passage, de la logistique, de récupérer l'argent".

"Des invisibles"

Leur parcours -Niger, Libye puis Italie en général- dure 2-3 mois "pendant lesquels elles sont privées de nourriture, violées, et elles commencent à travailler car elles n'ont pas d'argent pour payer le voyage". Le prix de l'exode: 50.000 euros en moyenne, qu'elles doivent rembourser en se prostituant.

Happy, qui a aujourd'hui refait sa vie à Marseille, a par exemple laissé derrière elle deux enfants au Nigeria pour fuir un mari violent. Forcée à se prostituer par ses passeurs pour payer son voyage vers l'Europe, elle finit par fuir l'Italie, où elle était "persécutée par la police, les hommes", et traverse les Alpes, enceinte de 8 mois. "C'était terrible", raconte-t-elle en anglais, "j'ai dû grimper, sauter, courir avec mon gros ventre, mais j'y suis arrivée et j'ai sauvé mon bébé".

Les proxénètes sont très difficiles à "coincer", souligne Michel Martinez: "Ce sont des personnes très peu visibles: elles n'utilisent pas le téléphone, sont très mobiles, changent de perruque, d'adresse, de numéro... Parfois les +madames+ s'échangent même les filles pour brouiller les pistes".

Pour faire tomber les réseaux, la police s'appuie sur les associations, qui peuvent convaincre les filles de porter plainte. Une démarche "extrêmement délicate" selon Lionel Arsiquaud, éducateur spécialisé de l'association l'Amicale du Nid à Marseille, qui a vu "exploser" les arrivées de Nigérianes, qui représentent maintenant 80% de son public. "C'est d'autant plus difficile qu'elles ne se sentent pas victimes de traite humaine", développe ce travailleur social.

"Elles ont peur de tout, ce sont des invisibles", renchérit Elisabeth Moiron-Braud, secrétaire générale de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof). "Quand elles arrivent en France, elles ont un lourd passif, elles ont été traitées comme du bétail en Libye".

Joy, à qui on avait fait miroiter des études en France, a été recrutée à Benin City, plaque tournante de trafics en tous genres. "Dans mon pays, on ne parle pas de prostitution, on dit qu'on va 'se faire sponsoriser le voyage'", souligne-t-elle. Il y a 10 ans, cette coiffeuse "très pauvre", qui peine à manger chaque jour, a fait confiance à un homme qui disait vouloir l'aider.

Dans ses bagages, elle emmène tous les livres qu'elle possède pour ses futures études. Le voyage dure un an, durant lequel son "sponsor", qui l'avait recrutée, la force à se prostituer. "Je couchais avec des hommes arabes, souvent armés, j'étais tellement battue et violée que je ne pouvais plus marcher ni m'asseoir, mais j'étais sûre qu'en France tout s'arrangerait", affirme la jeune femme aux longs cheveux bouclés. Quand elle raconte à ses compagnes d'infortune qu'elle va étudier, "elles se moquent" d'elle.

Des dizaines d'arrestations de filles à Kinshasa (vidéo)
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Rituel vaudou

Arrivée en France, elle comprend que son calvaire ne fait que commencer: "La 'madame' du réseau m'a dit que je lui devais 40.000 euros et que pour ça je devais aller sur le trottoir".

Pour Lionel Arsiquaud, les réseaux ont d'autant moins de mal à tenir les filles sous leur coupe qu'il s'agit de personnes "conditionnées, dans leur pays, à être esclaves de maison ou dans les champs, à ne pas toujours être payées pour leur travail".

Les victimes peuvent être des jeunes filles, parfois mineures, issues de familles "malveillantes et maltraitantes, qui parfois les vendent aux passeurs et à la 'madame'". En général, explique Célia Mistre, directrice départementale de l'Amicale du Nid, "elles souhaitent arrêter parce qu'elles sont enceintes ou à cause des violences, pas tant à cause de la prostitution qu'elles ont intégré psychologiquement comme un poids à porter".

Un fardeau sanctuarisé par le rituel du "juju", un rituel vaudou qui lie les filles jusqu'à la mort à leur "madame". Joy se souvient d'une cérémonie "effrayante, où (elle) devai(t) donner du sang, des cheveux, une dent même". Quand elle a trouvé la force de quitter le réseau en 2015, sa "madame" a appellé ses parents au Nigeria pour les menacer d'activer le "juju" contre eux.

Aujourd'hui mère de deux petites filles nées à Marseille, Joy tente d'obtenir des papiers pour travailler légalement en France. Depuis qu'elle a porté plainte contre ses proxénètes, la trentenaire se sent "comme entre parenthèses", dans l'attente d'une nouvelle vie.

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Affaire Navalny: des experts réclament une enquête internationale

Le chef de l'opposition russe, Alexei Navalny.

Des experts de l'ONU ont dénoncé lundi la responsabilité de la Russie dans l'empoisonnement de l'opposant russe Alexeï Navalny et demandé une enquête internationale, tandis que l'UE a officialisé des sanctions contre de hauts fonctionnaires russes.


"La Russie est responsable de la tentative d'assassinat arbitraire de M. Navalny", a soutenu Agnès Callamard, Rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, en conférence de presse en référence à l'empoisonnement de l'opposant en août.

Celle qui a également enquêté sur l'affaire Khashoggi a fait valoir que dans l'affaire Navalny, seuls des acteurs étatiques pouvaient avoir eu accès au Novitchok (un agent innervant militaire Ndlr) tout en disposant du savoir-faire nécessaire pour développer la "forme nouvelle" du produit retrouvée dans les échantillons de l'opposant.

L'experte française, dont les avis n'engagent pas l'ONU, a également relevé que M. Navalny était sous la "surveillance intensive" des services de renseignement russes lors de son empoisonnement, ce qui rend à son avis, improbable qu'une tierce partie ait pu agir à l'insu des autorités russes.

Dans un communiqué, Mme Callamard, et Irene Khan, Rapporteure spéciale sur la promotion et la protection de la liberté d'opinion et d'expression, ont également demandé la "libération immédiate" d'Alexeï Navalny, et la mise en place d'une enquête internationale sur son empoisonnement.

"Avertissement clair et sinistre"

"Etant donné la réponse inadéquate des autorités nationales, l'utilisation d'armes chimiques interdites et le schéma apparent de tentatives d'assassinats ciblés, nous pensons qu'une enquête internationale devrait être menée de toute urgence afin d'établir les faits et de clarifier toutes les circonstances concernant l'empoisonnement de M. Navalny", ont-elles souligné, pointant du doigt "l'implication très probable de représentants du gouvernement, probablement à un niveau élevé".

Cette enquête internationale est "particulièrement cruciale" alors que M. Navalny est "détenu par le gouvernement russe".

A leurs yeux, cet empoisonnement a été commis pour envoyer "un avertissement clair et sinistre" à quiconque s'opposerait au gouvernement russe.

Cet agent innervant mis au point à des fins militaires à l'époque soviétique "a précisément été choisi pour susciter la peur", selon elles.

Interrogé par un média russe sur le fait que l'ONG Amnesty International ne considère plus l'opposant russe comme un "prisonnier de conscience" en raison de propos passés haineux, Irene Khan a eu un vif échange avec le journaliste, refusant de commenter les propos d'Alexeï Navalny.

"Permettez-moi de commencer par dire que les droits de l'homme nous appartiennent à tous", a-t-elle dit, soulignant par ailleurs que le soutien que les expertes de l'ONU lui apportent "est dû au fait que son droit à la vie a été violé, que son droit à ne pas être torturé a été violé".

Vers des sanctions américaines

A Bruxelles, les Etats membres de l'UE ont de leur côté officialisé lundi des sanctions contre quatre hauts fonctionnaires russes impliqués dans les procédures judiciaires engagées contre M. Navalny et dans la répression menée contre ses partisans.

Selon deux sources européennes, les personnalités sanctionnées sont Alexandre Kalachnikov, directeur des services pénitenciers, Alexandre Bastrykine, responsable du Comité d'enquête russe, Igor Krasnov, procureur général, et Viktor Zolotov, chef de la Garde nationale de Russie. Leurs noms doivent être publiés mardi au Journal officiel de l'UE.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a déclaré que son pays répondrait "bien sûr" aux sanctions de l'UE.

"L'Union européenne continue sur une voie absolument illégale, c'est une impasse absolue", a-t-il déclaré, cité par l'agence de presse russe Interfax.

Les Européens avaient déjà décidé mi-octobre de sanctionner six personnalités russes, dont des proches du président Vladimir Poutine, après l'empoisonnement d'Alexeï Navalny.

Selon la chaîne CNN qui s'appuie sur deux sources proches de la présidence américaine, les Etats-Unis se préparent également à imposer des sanctions à la Russie pour les mêmes motifs.

L'opposant russe de 44 ans est visé par de multiples procédures judiciaires depuis son retour en Russie en janvier de cinq mois de convalescence en Allemagne suite à un empoisonnement, dont il accuse le président Vladimir Poutine et les services secrets russes d'être responsables.

Il est arrivé dimanche dans une région à 200 kilomètres à l'est de Moscou pour purger dans une colonie pénitentiaire une peine de deux ans et demi de prison, que lui et ses soutiens dénoncent comme politique.

Son arrestation le 17 janvier a provoqué en Russie d'importantes manifestations, auxquelles les autorités ont répondu par plus de 11.000 arrestations, suivies généralement d'amendes et de peines de prison.

Le 18 janvier, Agnès Callamard et Irene Khan avaient salué le "courage" d'Alexei Navalny, et dénoncé son arrestation à son arrivée à Moscou.

Les Algériens "ne renonceront jamais" à leur mémoire

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune prononçant un discours télévisé le 18 février 2021 à Alger.

Les Algériens "ne renonceront jamais" à leur mémoire, a affirmé lundi soir le président algérien Abdelmadjid Tebboune, interrogé par des médias algériens sur le rapport de l'historien français Benjamin Stora concernant la réconciliation des mémoires entre la France et l'Algérie.


"Nous ne renoncerons jamais à notre mémoire mais il ne faut pas en faire un fonds de commerce", a expliqué M. Tebboune dans une interview télévisée préenregistrée.

M. Stora, spécialiste reconnu de l'histoire contemporaine de l'Algérie, avait été chargé en juillet par le président Emmanuel Macron de "dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie".

Diversement accueilli, son rapport, remis à M. Macron le 20 janvier, a soulevé de vives critiques, aussi bien en Algérie qu'en France, notamment pour ne pas avoir préconisé des "excuses" de Paris pour les crimes de la période coloniale (1830-1962).

"Nous n'avons actuellement aucun problème avec la France", a assuré M. Tebboune qui a qualifié les relations bilatérales de "bonnes".

Toutefois, "nous ne privilégierons pas de bonnes relations au détriment de l'histoire et de la mémoire, mais les problèmes se règlent avec intelligence et dans le calme, et non avec des slogans", a poursuivi le chef de l'Etat algérien.

M. Tebboune a de nouveau fustigé "de puissants lobbies en France (...) qui perturbent ces relations", en faisant allusion aux ancien partisans de l'Algérie française.

De son côté, le président français Emmanuel Macron est décidé à prendre des "actes symboliques" pour apaiser les mémoires sur la guerre d'Algérie (1954-1962) et tenter de réconcilier les deux pays, mais il a exclu toute "repentance" et "excuses".

M. Tebboune a déjà pris acte du "geste" de Paris qui a remis en juillet dernier à Alger les restes de 24 combattants nationalistes algériens tombés au début de la colonisation française au 19e siècle.

Parmi les autres gestes symboliques possibles, Benjamin Stora préconise notamment de faire entrer au Panthéon l'avocate Gisèle Halimi, figure d'opposition à la guerre d'Algérie, d'accorder une plus grande place à l'histoire de la France en Algérie dans les programmes scolaires ou encore de restituer à Alger l'épée d'Abdelkader, héros de la résistance à la colonisation française.

A l'approche du 60e anniversaire de la fin de la guerre et de l'indépendance de l'Algérie en 2022, la "réconciliation des mémoires" est un dossier prioritaire entre Alger et Paris.

MM. Macron et Tebboune se sont engagés à travailler ensemble sur ce dossier mémoriel.

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