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Tchad

L'état d'urgence prolongé de quatre mois dans le nord et l'est

Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad, à N'Djamena, le 19 mars 2018. (VOA/André Kodmadjingar)

Le parlement tchadien a prorogé l'état d'urgence instauré par le président Idriss Deby Itno de quatre mois dans des régions en proie à des combats meurtriers entre communautés, a indiqué vendredi à l'AFP le président d'une commission de l'Assemblée nationale.

Le ministre de la Justice, Djimet Arabi, avait annoncé à l'AFP mardi, le jour du vote, que le Parlement avait prolongé l'état d'urgence de trois mois dans les provinces du Sila et du Ouaddaï dans l'est et du Tibesti dans le nord.

"Initialement, le gouvernement a demandé une prorogation de trois mois mais, séance tenante, il a demandé qu'on ajoute un mois pour aller à quatre mois", a expliqué vendredi le président de la Commission de la politique générale, des institutions, des lois et des affaires judiciaires de l'Assemblée nationale, le général Routouang Yoma Golom. "Donc, nous avons accédé à cette demande de proroger l'état d'urgence pour quatre mois", a-t-il ajouté.

Le président Idriss Déby Itno l'avait décrété mi-août dans le Sila et le Ouaddaï, après des affrontements meurtriers entre communautés d'éleveurs nomades et de cultivateurs sédentaires, qui avaient fait plus de 50 morts en quelques jours.

Le chef de l'Etat avait également instauré l'état d'urgence dans le Tibesti, frontalier avec la Libye, où opèrent des orpailleurs illégaux et des rebelles tchadiens

L'accord du parlement, qui était nécessaire pour prolonger l'état d'urgence, et au sein duquel Idriss Deby dispose d'une écrasante majorité, a été obtenu mardi avec 115 voix pour, aucune contre et deux abstentions.

Une prolongation était nécessaire "compte tenu de la saison des pluies qui rend certaines zones non accessibles" pour l'armée et qui devrait s'apaiser à la fin du mois de septembre, avait indiqué à l'AFP le ministre Djimet Arabi.

Pour expliquer les violences qui secouent son pays, le président Déby avait incriminé notamment l'afflux d'armes venues de pays frontaliers du Tchad. En Libye, en Centrafrique ou au Soudan, de violents conflits engendrent la multiplication des armes.

Dans l'est, les tensions s'expliquent aussi par la sécheresse et la pression démographique.

Ces situations conflictuelles entre éleveurs et cultivateurs se retrouvent dans plusieurs autres pays africains, dont le Nigeria et la Centrafrique voisins du Tchad.

La mesure avait cependant inquiété des acteurs de la société civile et des défenseurs des droits humains.

"L'état d'urgence donnera un pouvoir illimité aux forces de l'ordre dont les abus de pouvoir et les violations des droits de l'Homme sont susceptibles de compliquer la situation", avait estimé le président du Centre d'étude pour la prévention de l'extrémisme au Tchad, Ahmat Yacoub Dabio.

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Les Tchadiens qui se rétablissent du coronavirus ont du mal à être acceptés

Un local d'un hôpital public de N'Djamena, le 27 juillet 2017. (VOA/André Kodmadjingar).

Les malades guéris de la maladie Covid-19 au Tchad sont marginalisés par leur entourage. Même certains agents de santé qui ont été contaminés en plein exercice de leurs fonctions ne sont pas épargnés. Des malades guéris sont rejetés par leur famille et trouvent refuge dans les lieux de culte.

Mathias Dourang, étudiant en 4e année de droit à l’université de N’Djamena, dit avoir été stigmatisé toutes les fois qu’il sort dans le quartier. On l’appelle "coronavirus", "Covid-19" en terme de moquerie alors qu’il avait été déclaré guéri par les autorités médicales.

Attestation en main, il devient sans domicile fixe. Rejeté par sa famille qui dit avoir subi beaucoup de préjudices et d’humiliation à cause lui, il trouve refuge à l’église depuis trois semaines. Mathias Dourang demande au gouvernement d’accorder une protection juridique aux personnes qui sont victimes de cette maladie. Il invite aussi ceux qui se sont rétablis à briser le silence afin que cette stigmatisation s’arrête.

Abba Zène, oncle du jeune étudiant guéri, affirme que sa famille était confinée, à cause de lui, pendant 14 jours et il considère cela comme une humiliation. Il dénonce la manière dont son neveu est parti se faire dépister et mettre en quarantaine et se dit découragé par son comportement.

Les Tchadiens guéris du coronavirus sont stigmatisés
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Profitant de la fermeture des lieux de culte, Mathias Dourang a élu domicile à l’église de l’Assemblée évangélique de Pentecôte du Tchad. Pour l’apôtre de l'église, Bamaré Jacques, il faut simplement avoir confiance aux médecins qui l’ont traité et ont attesté qu’il est totalement guéri. Il lance un appel à tous les Tchadiens afin qu'ils arrêtent de rejeter les malades guéris de la maladie covid-19.

Même le personnel soignant n’est pas épargné.

Manguelso Bang Beni, technicien supérieur en soins infirmiers, guéri après s’être infecté dans le cadre de la prise en charge d’un patient qui avait cette maladie, affirme à VOA Afrique qu’il est souvent stigmatisé par ses collègues.

Il témoigne que ses collègues se méfient de lui et le surnomment "corona". Il se dit choqué, et préfère ignorer ce surnom.

Pour Bessimbaye Nadlaou, chef de service du laboratoire à l’hôpital général de référence national, les personnes guéries ne présentent aucun risque pour leur entourage.

"En virologie, lorsque qu’un malade est guéri par réaction anticorps, il y a certains de ces anticorps qui circulent dans le sang après guérison. Même si quelques années après la même maladie va revenir, les anticorps sont là donc ils vont réagir automatiquement pour l’éliminer. C’est quand la personne devient de plus en plus vieille que les anticorps diminuent, c’est en ce moment qu’on est exposé. C’est ceux qui n’ont pas encore fait la maladie qui vont s’inquiéter", a-t-il déclaré.

Les Tchadiens guéris du coronavirus sont stigmatisés

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Covid-19: les autorités tchadiennes ont décidé d’alléger certaines mesures prises

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C'est la reprise!: témoignage d'une jeune couturière tchadienne en difficulté

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Les médias privés tchadiens plaident pour un plan de sauvetage

Les responsables des journalistes tchadiens demandent au gouvernement d'appuyer les médias privés à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Les mesures barrières prises par le gouvernement tchadien pour lutter contre la propagation du coronavirus ont un impact négatif sur les médias. Certains responsables des médias privés procèdent à la réduction de salaires de leurs employés et se débarrassent du personnel jugé non essentiel. Les responsables des radios et télévisions privées affirment qu’ils risquent de fermer si le gouvernement ne leur vient pas en appui.

Depuis l’avènement du nouveau coronavirus, avec son corollaire de mesures barrières, les journalistes tchadiens -- surtout ceux des médias privés -- broient du noir. Certains journaux revoient leur production à la baisse en raison de la mévente et réduisent de manière drastique les salaires de leurs employés, allant de 20 à 40%.

Coronavirus: la presse tchadienne en difficultés
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Des radios privées en revanche, augmentent leur temps d’antenne pour sensibiliser la population au respect strict des mesures barrières.

Dénémadji Yolande, chargée de programme à la radio Arc-en-ciel à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Dénémadji Yolande, chargée de programme à la radio Arc-en-ciel à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)


Pour Dénémadji Yolonde, chargée des programmes de la radio "Arc-en-ciel", une radio confessionnelle, la grille de programmes a été modifiée pour accompagner le gouvernement dans sa politique de sensibilisation, mais aucun financement n'a été débloquer pour combler ce vide. La rédaction fait le travail avec les moyens de bord.

Djimet Wiché, directeur de publication du journal "Alwhida", un média en ligne, lui, met une partie de son personnel au chômage technique. Il s'agit surtout les collaborateurs externes et du personnel non essentiel. Sur le plan financier, il déclare n’avoir pas reçu des annonces et des publicités qui constituent la force principale de chaque organe de presse. Ce qui affecte négativement les activités de sa rédaction, a t-il déploré.

Si quelques journaux tiennent encore le coup, c’est un travail de sacrifice estime Samory Ngaradoumbé, président de l’Association des éditeurs de la presse privée du Tchad.

"Si nous fermons les portes, qui va porter le message nécessaire à la population? Il y a un travail de sacrifice qui est là et c’est au mérite des journalistes qu’il faut reconnaître", a-t-il déclaré.

Leubnodji Tah Nathan, responsable d'une organisation des journalistes reporter à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Leubnodji Tah Nathan, responsable d'une organisation des journalistes reporter à N'Djamena, au Tchad, le 19 mai 2020. (VOA/André Kodmadjingar)


Pour Leubnodji Tah Nathan, qui dirige une organisation des journalistes reporters, la presse tchadienne est en train de mourir à petit feu.

Il explique que certaines rédactions sont menacées d’expulsion parce qu’elles n’ont pas payé le loyer. Il précise pour une dizaine de journaux, il est impossible d'aller à l’imprimerie parce qu’ils ont des dettes à payer.

Les responsables des télévisions et radios privées du Tchad demandent au gouvernement un appui financier à ces médias.

Selon Mekondo Sony, président de l’Union des radios privées du Tchad, les médias privés accordent un sursis de trois jours à compter du lundi 18 au nouveau Comité de gestion de la crise sanitaire pour répondre à leurs revendications. A défaut d’une réponse favorable, tous les médias privés se verront dans l’obligation d’engager des actions conséquentes, menace le patron des radios privées du Tchad.

Le président Déby vient de mettre sur pied, par décret, un Comité de gestion de crise sanitaire placé sous son autorité en lieu et place de la cellule de veille qui a montré ses limites dans cette lutte. Selon le communiqué officiel publié ce dimanche 17 mai, les autorités médicales parlent de 503 cas d’infection au Covid-19 et 53 de décès au Tchad.

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