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Tchad

Le blogueur tchadien Makaila N'Guebla poursuivi en France pour un article sur un neveu de Déby

Idriss Déby Itno, président de la république du Tchad, le 21 août 2019. (VOA/André Kodmadjingar).

Un journaliste et blogueur tchadien résidant en France depuis 2013 est convoqué mardi prochain devant la justice française pour "diffamation" après la publication en 2017 sur son site d'information d'un article sur un neveu du président tchadien. 

Makaila N'Guebla, 48 ans, est le rédacteur en chef du site d'information "Makaila.fr", créé en 2007 et qui se présente comme "un site d'informations indépendant et d'actualités sur le Tchad, l'Afrique et le monde".

Le blogueur est réfugié politique en France depuis 2013, "après avoir été expulsé du Sénégal", a-t-il dit jeudi à l'AFP.

"La vocation du site est de présenter des analyses personnelles et des billets de contributeurs basés au Tchad", explique M. N'Guebla. Le 10 novembre 2017, le site publie un billet envoyé par un contributeur à propos d'Abbas Mahamat Tolli, neveu du président tchadien Idriss Déby Itno.

Selon M. N'Guebla, dans cet article, le contributeur "révèle les pratiques de favoritisme récurrent au Tchad" et "impute à M. Abbas Tolli d'avoir placé des personnes à des postes à responsabilité lorsqu'il était successivement, ministre des Finances, directeur des Douanes, directeur de cabinet à la présidence et d'autres postes à responsabilités" au Tchad.

M. Tolli est actuellement gouverneur de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC).

Selon le blogueur, un droit de réponse émanant d'avocats de M. Tolli "a été publié quelques jours après ce billet" sur son site, et le billet et le droit de réponse ont été retirés définitivement du site trois mois plus tard.

Un cabinet d'avocats parisien a ensuite porté plainte au nom de M. Tolli devant la justice française contre le site de Makaila N'Guebla pour "propos diffamatoires".

Le journaliste affirme avoir depuis été "convoqué" en "novembre 2018 par la préfecture de police de Paris" et "le 3 juin 2019" puis "le 8 août 2019 par le tribunal de grande instance de Paris".

Il doit comparaître mardi pour une audience de procédure devant la chambre de la presse du tribunal correctionnel de Paris. Son procès pourrait être audiencé dans plus d'un an au vu des délais de cette chambre.

"Je suis serein car je suis en France et cela me donne le droit de m'exprimer, chose que je n'aurais pas pu faire au Tchad dans le contexte actuel", a-t-il dit à l'AFP.

Dans un communiqué, la Convention tchadienne de défense des droits de l'Homme (CTDDH) a dénoncé "le harcèlement judiciaire" dont fait l'objet, selon elle, en France ce journaliste tchadien. L'organisation se dit "solidaire" du blogueur qui "fait partie des journalistes à l'avant-garde du combat contre l'arbitraire, l'injustice et les méthodes mafieuses érigées en système de gouvernance au Tchad".

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De Brazzaville à Djibouti, les principales affaires des "biens mal acquis"

Manifestation contre le président Denis Sassou Nguesso à Brazzaville, République du Congo, le 27 septembre 2015 (LAUDES MARTIAL MBON / AFP)

Rappel des principales affaires des "biens mal acquis", après la condamnation lundi en appel de Teodorin Obiang, fils du président équato-guinéen, à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende.

- Premières plaintes -

Le 27 mars 2007, trois associations déposent des plaintes visant des chefs d'État africains accusés d'avoir acquis en France un patrimoine considérable avec de l'argent public détourné de leurs pays. L'enquête préliminaire est classée sans suite en novembre.

En décembre 2008, une nouvelle plainte vise le Gabonais Omar Bongo (décédé en 2009), le Congolais Denis Sassou Nguesso et l'Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema.

La Cour de cassation annonce, deux ans plus tard, que la justice peut enquêter sur le patrimoine des trois chefs d'État et de certains de leurs proches.

- Nombreuses saisies -

Le 28 septembre 2011, des voitures de prestige de la famille Obiang sont saisies dans un immeuble parisien appartenant à son entourage.

Un mandat d'arrêt international est lancé en 2012 contre Teodorin Obiang. La justice saisit son hôtel particulier à Paris, d'une valeur de 100 à 150 millions d'euros.

Il est mis en examen (inculpé) en mars 2014 pour blanchiment de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et abus de confiance.

En septembre 2015, les juges saisissent plusieurs propriétés, dont une luxueuse demeure dans la région parisienne, soupçonnant un neveu de Sassou Nguesso d'en être le propriétaire. Le président Sassou Nguesso contre-attaque en février 2016, portant plainte pour "escroquerie au jugement".

En avril 2016, sont saisis des biens immobiliers à Paris et Nice, sur la Riviera française, appartenant à la famille du président gabonais Ali Bongo - fils d'Omar Bongo -, ainsi que deux appartements à Paris au nom d'Antoinette Sassou Nguesso, l'épouse du président congolais.

- Mises en examen -

En juin 2016, Rifaat al-Assad, oncle en exil du président syrien Bachar al-Assad, soupçonné de s'être frauduleusement bâti un empire immobilier estimé à 90 millions d'euros en France, est mis en examen.

Le 5 septembre, Teodorin Obiang, vice-président de son pays depuis mai 2012, est renvoyé en correctionnelle.

Le 8 mars 2017, Wilfrid Nguesso, un neveu de Denis Sassou Nguesso, est mis en examen pour "blanchiment de détournement de fonds publics". La fille et le gendre du président, puis un autre neveu et la mère de ce dernier le sont quelques semaines plus tard.

Le 27 août, le juge d'instruction annonce son intention de clore le volet gabonais portant sur la fortune détenue en France par la famille Bongo, sans avoir prononcé aucune mise en examen, prélude donc à non-lieu. Mais quelques mois plus tard, un nouveau juge relance les investigations.

- Obiang condamné -

Le 27 octobre 2017, Teodorin Obiang est condamné à 3 ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende avec sursis. Il fait appel.

En décembre 2018, la justice ouvre une enquête visant l'entourage du président de Djibouti Ismaïl Omar Guelleh, à la suite d'une plainte déposée par l'ONG Sherpa et le Collectif européen de la diaspora djiboutienne (CEDD), sur l'acquisition de propriétés immobilières à Paris.

- Nouveaux procès -

Le 15 avril 2019, la justice renvoie Rifaat al-Assad en correctionnelle pour "blanchiment en bande organisée", fraude fiscale aggravée et détournements de fonds publics syriens. Quatre ans de prison, dix millions d'euros d'amende et la confiscation de ses biens immobiliers français sont requis lors de son procès, en décembre. Le jugement est fixé au 30 avril 2020.

Jugé en appel en décembre, Teodorin Obiang est condamné le 10 février 2020 à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende, cette fois ferme.

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Une manifestation d'étudiants tchadiens réprimée à N’Djamena

Perturbation des cours dans les campus université de N'Djamena, le 10 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).

Lundi au Tchad, les étudiants ont lancé un mouvement d’humeur après que les autorités n'aient pas réagi à leur ultimatum de trois jours visant à obtenir de meilleures conditions d’études. Une manifestation réprimée par la police.

Dix étudiants se sont évanouis sous le crépitement de gaz lacrymogènes tirés par la police, selon un étudiant rencontré à la faculté d’Ardep-Djoumal, dans le 3e arrondissement de N’Djamena, la capitale. Au moins un autre étudiant aurait été blessé.

A l'origine, les manifestants réclamaient le rétablissement des bourses d’études et de restauration, l’installation d'une connexion wifi dans les campus et l’augmentation du nombre de bus pour leur transport.

Aserpé Dickréo Amos président national de l'UNET, à N'Djamena, le 10 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).
Aserpé Dickréo Amos président national de l'UNET, à N'Djamena, le 10 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).

Déplorant "la violence" des agents de la police, Amos Aserpé Dickréo, le président de l’Union nationale des étudiants tchadiens, demande au gouvernement de prendre en charge les blessés et de libérer les étudiants qui ont été arrêtés.

"Le Tchad est un pays de droit, donc il faudrait que les gens commencent à respecter le droit", lamente Guirayo Jérémie, président du Syndicat national des enseignants et chercheurs du supérieur (SYNECS).

Guirayo Jérémie, président du SYNECS, à N'Djamena, le 10 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).
Guirayo Jérémie, président du SYNECS, à N'Djamena, le 10 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).

Il décrie la descente musclée des forces de l'ordre dans les locaux des universités "au mépris des textes" qui garantissent leur inviolabilité. Le SYNECS est logé dans l’un des bâtiments qui ont été investis par la police.Pour exprimer le mécontentement de ses membres, le syndicat entend organiser une journée de protestation dans la semaine.

Les tentatives de VOA Afrique d’avoir la réaction des autorités rectorales sont restées vaines.

Les responsables de la police affirment que dans de telles manifestations, la police ne peut pas faire la différence entre étudiants et enseignants-chercheurs. Et donc ces enseignants sont brutalisés par confusion.

Pour le réseau des associations qui œuvre pour la protection des enfants, la manière de réprimer les manifestations des étudiants, traumatise non seulement les enfants des établissements primaires et secondaires, mais enfreint au respect de leur intégrité physique et psychologique.

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