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Tchad

L'état d'urgence prolongé de trois mois dans le nord et l'est

Militaires au Tchad (VOA/André Kodmadjingar)

Le parlement tchadien a prorogé mardi l'état d'urgence de trois mois dans trois régions du pays en proie à des conflits armés, a annoncé à l'AFP le ministre de la Justice.

Le président Idriss Déby Itno l'avait décrété mi-août dans deux provinces de l'est, le Sila et le Ouaddaï, après des affrontements meurtriers entre communautés d'éleveurs nomades et de cultivateurs sédentaires, qui avaient fait plus de 50 morts en quelques jours.

Le chef de l'Etat avait également instauré l'état d'urgence dans une province du nord-est, le Tibesti, frontalière avec la Libye, où opèrent des orpailleurs illégaux et des rebelles tchadiens.

L'accord du parlement, qui était nécessaire pour prolonger l'état d'urgence de trois mois et dans lequel Idriss Deby dispose d'une écrasante majorité, a été obtenu avec 115 voix pour, aucune contre et deux abstentions, a précisé à l'AFP un député de la majorité.

Une prolongation était nécessaire "compte tenu de la saison des pluies qui rend certaines zones non accessibles" pour l'armée et qui devrait s'apaiser à la fin du mois de septembre, a affirmé à l'AFP le ministre de la Justice, Djimet Arabi.

Pour expliquer les violences qui secouent son pays, le président Déby avait incriminé notamment l'afflux d'armes venues de pays frontaliers du Tchad. En Libye, en Centrafrique ou au Soudan, de violents conflits engendrent la multiplication des armes.

Dans l'est, les tensions s'expliquent aussi par la sécheresse et la pression démographique.

Ces situations conflictuelles entre éleveurs et cultivateurs se retrouvent dans plusieurs autres pays africains, notamment au Nigeria ou en Centrafrique.

La mesure avait cependant inquiété certains acteurs de la société civile et des défenseurs des droits humains.

"L'état d'urgence donnera un pouvoir illimité aux forces de l'ordre dont les abus de pouvoir et les violations des droits de l'Homme sont susceptibles de compliquer la situation", avait estimé le président du Centre d'étude pour la prévention de l'extrémisme au Tchad, Ahmat Yacoub Dabio.

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Un militant des droits de l’homme détenu pour "activités subversives" sur Facebook

Max Loalngar, président de la Ligue tchadienne des droits de l'homme (à dr.), le 27 février 2020 à N'Djamena, au Tchad. (VOA/André Kodmadjingar)

Le responsable d’une organisation tchadienne pour la défense des droits humains est détenu au secret depuis plus d’un. Sa famille et ses compagnons de lutte sont sans nouvelle de lui. Une situation qui inquiète la société civile tchadienne et les organisations internationales pour la défense des droits humains.

Un militant tchadien arrêté le mois dernier pour avoir publié des messages "subversifs" sur les réseaux sociaux est toujours détenu, sans inculpation, au-delà de la durée légale de garde à vue, a-t-on appris.

Selon des témoins, des hommes armés et masqués ont débarqué le 24 janvier chez Baradine Berdei Targuio, président de l’Organisation tchadienne des droits humains, et l'ont conduit manu militari à la direction de l’agence nationale de sécurité (ANS).

Selon ses proches, l'arrestation de M. Targuio serait liée au fait qu'il avait publié sur sa page Facebook un message selon lequel le président du Tchad, Idriss Deby Itno, "serait gravement malade et évacué en France pour des soins". Un acte que les autorités de N’Djamena qualifient de "cybercriminalité".

Depuis, ni sa famille ni ses avocats n’ont pu entrer en contact avec M. Targuio. La société civile tchadienne qualifie sa détention d’illégale et arbitraire, de même qu'Amnesty International.

Un activiste Tchadien détenu au secret depuis plus d’un an
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"Nous demandons sa libération immédiate parce qu’il n’y a pas des raisons valables qui nécessitent une arrestation," souligne Mahamat Nous Ahmat Ibédou, secrétaire général de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l’homme. "Il avait simplement sur sa page Facebook fait allusion à la maladie qui, en fait, regarde tous les Tchadiens", précise l'activiste.

Mais le pouvoir ne l'entend pas de cette oreille.

"C’est une arrestation en bonne et due forme qui est supervisée par le procureur de la république," selon le ministre tchadien de la justice, Djimet Arabi.

"C’est une personne qui fait des activités subversives à travers les réseaux sociaux et donc il est du devoir de l’Etat de mettre fin à ces pratiques. C’est pour cette raison qu’il a été arrêté pour une enquête sur la cybercriminalité", ajoute le garde des sceaux.

Trois Tchadiens enlevés par Boko Haram apparaissent dans une vidéo

Des soldats camerounais patrouillent le lac Tchad le 1er mars 2013 près de Darak, à proximité de la frontière nigériane. (Patrick Fort /AFP)

Trois Tchadiens membres du personnel d'un hôpital --le médecin-chef, un infirmier et leur chauffeur-- kidnappés il y a quatre mois par le groupe jihadiste Boko Haram dans l'ouest du Tchad, sont apparus dans une vidéo non datée authentifiée jeudi par les autorités.

C'était la première fois que le groupe, originaire du Nigeria voisin, prenait des otages travaillant pour l'Etat tchadien, selon les autorités locales. C'est également la première fois qu'il enlève du personnel médical, selon les mêmes sources.

Boko Haram a multiplié ces derniers mois attaques et enlèvements de villageois dans le bassin du lac Tchad, une vaste étendue d'eau et de marécages truffée d'îles qui abritent des repaires de jihadistes, aux confins du Tchad, du Niger, du Nigeria et du Cameroun.

La vidéo de 6 minutes a été transmise à l'AFP à Lagos par le canal habituel utilisé par le groupe jihadiste.

Elle montre bien les trois Tchadiens enlevés le 30 octobre, a assuré à l'AFP le Secrétaire général de la province du Lac, Sadick Khatir. Une information confirmée par un responsable des autorités provinciales, qui a requis l'anonymat.

Assis devant le drapeau de Boko Haram, les trois hommes, qui parlent manifestement sous la contrainte, appellent le président Idriss Déby Itno à oeuvrer pour leur libération.

C'est la première fois qu'une vidéo montrant des otages tchadiens de Boko Haram est rendue publique, selon les autorités locales. Rien ne permet de dater cette vidéo, ni de savoir dans quel pays elle a été tournée.

"Nous avons eu connaissance de cette vidéo il y a un certain temps déjà. Elle a été exploitée par nos services de renseignements, qui l'ont authentifiée", a ajouté le responsable provincial.

L'insurrection de Boko Haram, qui a débuté en 2009 dans le nord-est du Nigeria, et sa répression par l'armée, ont fait quelque 35.000 morts et près de 2 millions de déplacés en dix ans dans ce pays, selon l'ONU. Le groupe jihadiste a étendu son action au Niger, au Tchad et au Cameroun voisins.

Depuis 2015, les pays de la région luttent contre ces jihadistes au sein de la Force multinationale mixte (FMM), une coalition régionale engagée autour du lac Tchad avec l'aide de comités de vigilance composés d'habitants.


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Le G5 Sahel se réunit à Nouakchott pour contrer le jihadisme

Les dirigeants du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie posent pour une photo au sommet du G5 Sahel à Niamey, le 15 décembre 2019.

Les dirigeants réunis pour un sommet du G5 Sahel à Nouakchott ont affirmé mardi la nécessité d'une intensification tous azimuts de l'effort de lutte contre la propagation du jihadisme et des violences dans la sous-région.

"Le Sahel requiert plus que jamais une attention accrue et coordonnée de la part des Etats de la région et de la communauté internationale pour endiguer la spirale de la violence", a déclaré le chef de l'Etat mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au cours de ce sommet où son pays recevait du Burkina Faso la présidence tournante du G5 Sahel.

Le G5 Sahel, qui inclut également le Mali, le Niger et le Tchad et qui fournit depuis 2014 un cadre de coopération entre les cinq pays pour la sécurité et le développement, tenait ce sommet ordinaire alors que le Sahel est confronté à une forte poussée jihadiste et une sévère dégradation sécuritaire, aggravées par une série de défis démographiques, économiques et environnementaux, sans solution apparente à court terme.

Parties du nord du Mali, les violences se sont propagées au centre du pays, et au Burkina et au Niger voisins.

Les violences jihadistes - souvent entremêlées à des conflits intercommunautaires -, ont fait 4.000 morts dans ces trois pays en 2019, cinq fois plus qu'en 2016, selon l'ONU, malgré la présence de forces africaines, onusiennes et internationales.

Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées. Le président du Burkina Roch Marc Christian Kaboré a parlé mardi de "crise humanitaire sans précédent au Sahel".

La possibilité d'une réduction des forces américaines antijihadistes à laquelle réfléchit le Pentagone en Afrique et dans le monde ajoute à la préoccupation.

"Nous avons un besoin pressant de victoires concrètes contre le terrorisme. Répondre à ce besoin existentiel est le vrai défi de ce sommet", a souligné le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat.

Il a fait valoir l'incompréhension des civils devant l'apparente impuissance à faire cesser les violences et réclamé une "montée en puissance" de la force conjointe transfrontalière du G5 Sahel, qui tarde à atteindre sa pleine mesure (5.000 hommes).

"Progrès importants"

"Je vous rejoins pour dire qu'un sursaut de mobilisation, de coordination ou de priorisation est nécessaire", a aussi affirmé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Il a noté que tel était l'objet du sommet sur le Sahel organisé par la France à Pau en janvier. Le sommet de Nouakchott était considéré par la France comme une occasion d'apprécier la mise en oeuvre des conclusions de Pau.

Le Drian a dit connaître les "frustrations" des dirigeants sahéliens. "Mais on ne peut nier le chemin parcouru depuis 2014". Et, depuis Pau, "des progrès importants ont eu lieu en un mois", a-t-il déclaré.

Il a évoqué le déploiement des unités dites "reconstituées" de l'armée malienne (incluant d'ex-rebelles) dans le nord du pays, l'arrivée annoncée prochaine d'un bataillon tchadien dans la région dite des trois frontières (Mali, Burkina, Niger), la livraison d'équipements européens, la mise en place d'un état-major conjoint à Niamey ou encore la décision française d'augmenter de 4.500 à 5.100 hommes les effectifs de la force antijihadiste Barkhane.

Les participants ont affirmé la nécessité d'une réponse non seulement militaire, mais aussi politique et sous forme d'aide au développement.

Avant le sommet, M. Le Drian a présidé la première assemblée générale de l'Alliance Sahel, créée en 2017 et visant à mobiliser l'aide internationale au développement.

Les engagements connus s'élèvent à 11,6 milliards d'euros, a dit M. Le Drian.

Mais "la question principale (...) ce n'est pas: est-ce qu'il faut rajouter à 11,6 milliards. Ils ne sont pas dépensés. C'est: comment est-ce que je fais pour dépenser sur des projets concrets qui servent aux populations du Sahel?".

Les pays du bassin du Lac Tchad face au défi de la réinsertion des repentis de Boko Haram

Des écolières nigérianes, ex-otages de Boko Haram, en visite au palais présidentiel d'Abuja, le 23 mars 2018. (AFP PHOTO / PHILIP OJISUA)

L'épineuse question de l’identification et la réinsertion sociale des anciens membres du groupe islamiste Boko Haram était au centre des discussions mardi à N’Djamena, à l’occasion de la publication d'un nouveau rapport du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme, en partenariat avec le comité interministériel des Etats membres de la Commission du bassin du lac Tchad.

Le rapport fait l’état des lieux sur l’identification, le profilage et l’enregistrement des désengagés de Boko Haram dans la province du Lac Tchad, frontalière du Cameroun, du Niger et du Nigeria. Il a pour objectif d’établir une base de données fiable sur les personnes qui sont sorties des rangs de Boko Haram dans la sous-région en vue de leur réinsertion sociale.

N’Djamena publie un rapport d’identification et d’enregistrement des désengagés de Boko Haram
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Selon des données datant de 2019, on estime à plus de 4.000 le nombre de personnes qui ont tourné le dos au groupe islamiste dans la province. A ce jour, 2.544 d’entre elles ont été répertoriées et profilées, selon le rapport.

Pour le président du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme, Ahmat Yacoub, les enfants et les femmes sont les plus nombreux dans ce groupe.

Ahmat Yacoub, président du cercle d’étude pour le développement et la prévention de l’extrémisme. (VOA/André Kodmadjingar).
Ahmat Yacoub, président du cercle d’étude pour le développement et la prévention de l’extrémisme. (VOA/André Kodmadjingar).

« Parmi les 2.544, il y a 54% de femmes », souligne-t-il. La présence des femmes s’explique par le fait que Boko Haram utilise la terreur comme mode de recrutement, ajoute M. Yacoub.

Bombe à retardement

Bien qu’ayant abandonné l’extrémisme, ces personnes constituent toutefois une bombe à retardement et le document interpelle les autorités à accélérer la procédure de leur réinsertion socioprofessionnelle.

Ahmat Mahamat Hindi, conseiller à la sécurité de la province du Lac, demande aux partenaires du Tchad d’aider ces désengagés à se prendre en charge. Plus précisément, souligne-t-il, il s’agit de les équiper de matériel de pêche, d’intrants, des matériels agricoles et de mettre à leur disposition des moyens pour leur faciliter l’élevage des petits ruminants, le commerce et développer l’artisanat.

Djimet Arabi, ministre tchadien de la Justice. (VOA/André Kodmadjingar).
Djimet Arabi, ministre tchadien de la Justice. (VOA/André Kodmadjingar).

Une analyse que partage le ministre tchadien de la Justice, Djimet Arabi. Pour lui, le combat n’est pas seulement militaire car à la base de toutes ces actions, il y a d’abord la pauvreté. C’est pourquoi, ajoute-t-il, il faut aussi assister ces populations en créant des emplois et en leur donnant des raisons de vivre.

La question du statut juridique

Le rapport indique également que ces désengagés n’ont aucun statut juridique. Selon le ministre Arabi, une mise à jour de la loi sur la lutte contre le terrorisme est déjà devant l’assemblée nationale du Tchad. L’objectif visé est d’accorder une amnistie aux désengagés de Boko Haram et leur permettre de regagner leurs pays respectifs avec un plan de réinsertion cohérent.

Créée en 1964, la Commission du bassin du lac Tchad est composée de six pays membres : le Cameroun, la Libye, le Niger, le Nigeria, la République centrafricaine et le Tchad. Son siège est à N'Djamena.

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