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Tchad

Le Tchad condamne plus de 240 rebelles après l'incursion stoppée par la France en février

Les rebelles tchadiens prisonniers dans la cour d'une prison de gendarmerie, à Ndjamena, 13 février 2008.

La justice tchadienne a condamné lundi à des peines d'emprisonnement de 10 à 20 ans plus de 240 rebelles, sept mois après l'avancée de leur colonne dans le nord-est du Tchad stoppée par des frappes françaises.

Début février, le groupe armé Union des forces de la résistance (UFR) emmené par Timan Erdimi, neveu du président tchadien Idriss Déby Itno, était entré sur le territoire depuis la Libye.

A la demande de N'Djamena, la France avait procédé à trois reprises à des frappes de Mirage 2000 contre la colonne qui voulait renverser le président tchadien.

Plus de 260 personnes avaient ensuite été interpellées par les autorités tchadiennes et transférées à Koro Toro, une prison de haute-sécurité située dans le désert.

Leur procès devant la Cour criminelle spéciale, ouvert il y a une semaine, a mené à la condamnation à des peines d’emprisonnement de 10 à 20 ans pour 243 d’entre eux accusés de "terrorisme" et "complicité de terrorisme", a indiqué à l’AFP le ministre de la justice du Tchad, Djimet Arabi. Parmi les accusés, 24 mineurs ont été relaxés, a-t-il ajouté.

Le Tchad a aussi condamné "à la perpétuité par contumace une dizaine de responsables se trouvant en dehors du Tchad", dont leur chef Timan Erdimi, a précisé le ministre. Ils ont été reconnus coupable de "terrorisme" et "enrôlement d'enfants".

Cette décision "montre que le Tchad est un état de droit (...) ils ont bénéficié d'un procès équitable, avec quatre avocats commis d'office qui sont partis les défendre", a déclaré mardi le ministre, joint au téléphone depuis Libreville.

Une colonne rebelle "complètement détruite", selon N'Djamena
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"Prisonniers de la France"

L'UFR a indiqué à l'AFP ne pas reconnaître ces condamnations : "il n'y a pas de droit dans ce pays", a affirmé son porte-parole Youssouf Hamid, qui dit "n'avoir jamais été contacté par des avocats". De même, le groupe armé ne reconnait pas le nombre "de 267 personnes interpellées" après l'intervention et parle "d'une centaine d'éléments".

Ils "devraient être prisonniers de la France, des prisonniers de guerre entre les mains des Français", a ajouté M. Hamid, dont le groupe armé avait dénoncé l'intervention française pour stopper leur avancée.

A l'époque, l'intervention avait été très critiquée par les partis d'opposition tchadiens et français, une "ingérence" de Paris selon eux dans les affaires internes tchadiennes.

Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, avait justifié l'intervention mi-février devant l'Assemblée nationale, arguant d'une menace de "coup d'Etat" et assurant qu'elle était "conforme au droit international". Il avait fait le parallèle avec l'intervention française Serval au Mali en 2013 quand une colonne de groupes jihadistes du Nord se dirigeant vers la capitale, Bamako, avait été bloquée.

L'UFR est un groupe armé né en 2009 dont la majorité des membres et des chefs sont à l'origine d'une tentative de putsch en 2008.

La voie des armes

A l'époque, venue de l'Est, la rébellion avait été stoppée in extremis aux portes du palais présidentiel de N'Djamena grâce à l'appui de l'allié français. Après cet épisode, M. Erdimi avait été condamné à mort par contumace par la justice tchadienne.

L'Est et le Nord-est tchadiens, régions désertiques frontalières du Darfour soudanais, ont été par le passé théâtres de nombreux affrontements entre rebelles tchadiens et forces loyales à N'Djamena.

Au Tchad, toutes les transitions politiques se sont faites par la voie des armes depuis l'indépendance, en 1960.

Depuis son arrivée au pouvoir en 1990 avec l'aide de Paris, Idriss Déby, qui avait renversé Hissène Habré, a toujours pu compter sur son allié français. Paris a installé en 2014, à N'Djamena, le QG de sa force antiterroriste Barkhane, destinée à contrecarrer l'expansion militaire des groupes jihadistes dans la zone sahélienne.

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Les pays du bassin du Lac Tchad face au défi de la réinsertion des repentis de Boko Haram

Des écolières nigérianes, ex-otages de Boko Haram, en visite au palais présidentiel d'Abuja, le 23 mars 2018. (AFP PHOTO / PHILIP OJISUA)

L'épineuse question de l’identification et la réinsertion sociale des anciens membres du groupe islamiste Boko Haram était au centre des discussions mardi à N’Djamena, à l’occasion de la publication d'un nouveau rapport du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme, en partenariat avec le comité interministériel des Etats membres de la Commission du bassin du lac Tchad.

Le rapport fait l’état des lieux sur l’identification, le profilage et l’enregistrement des désengagés de Boko Haram dans la province du Lac Tchad, frontalière du Cameroun, du Niger et du Nigeria. Il a pour objectif d’établir une base de données fiable sur les personnes qui sont sorties des rangs de Boko Haram dans la sous-région en vue de leur réinsertion sociale.

N’Djamena publie un rapport d’identification et d’enregistrement des désengagés de Boko Haram
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Selon des données datant de 2019, on estime à plus de 4.000 le nombre de personnes qui ont tourné le dos au groupe islamiste dans la province. A ce jour, 2.544 d’entre elles ont été répertoriées et profilées, selon le rapport.

Pour le président du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme, Ahmat Yacoub, les enfants et les femmes sont les plus nombreux dans ce groupe.

Ahmat Yacoub, président du cercle d’étude pour le développement et la prévention de l’extrémisme. (VOA/André Kodmadjingar).
Ahmat Yacoub, président du cercle d’étude pour le développement et la prévention de l’extrémisme. (VOA/André Kodmadjingar).

« Parmi les 2.544, il y a 54% de femmes », souligne-t-il. La présence des femmes s’explique par le fait que Boko Haram utilise la terreur comme mode de recrutement, ajoute M. Yacoub.

Bombe à retardement

Bien qu’ayant abandonné l’extrémisme, ces personnes constituent toutefois une bombe à retardement et le document interpelle les autorités à accélérer la procédure de leur réinsertion socioprofessionnelle.

Ahmat Mahamat Hindi, conseiller à la sécurité de la province du Lac, demande aux partenaires du Tchad d’aider ces désengagés à se prendre en charge. Plus précisément, souligne-t-il, il s’agit de les équiper de matériel de pêche, d’intrants, des matériels agricoles et de mettre à leur disposition des moyens pour leur faciliter l’élevage des petits ruminants, le commerce et développer l’artisanat.

Djimet Arabi, ministre tchadien de la Justice. (VOA/André Kodmadjingar).
Djimet Arabi, ministre tchadien de la Justice. (VOA/André Kodmadjingar).

Une analyse que partage le ministre tchadien de la Justice, Djimet Arabi. Pour lui, le combat n’est pas seulement militaire car à la base de toutes ces actions, il y a d’abord la pauvreté. C’est pourquoi, ajoute-t-il, il faut aussi assister ces populations en créant des emplois et en leur donnant des raisons de vivre.

La question du statut juridique

Le rapport indique également que ces désengagés n’ont aucun statut juridique. Selon le ministre Arabi, une mise à jour de la loi sur la lutte contre le terrorisme est déjà devant l’assemblée nationale du Tchad. L’objectif visé est d’accorder une amnistie aux désengagés de Boko Haram et leur permettre de regagner leurs pays respectifs avec un plan de réinsertion cohérent.

Créée en 1964, la Commission du bassin du lac Tchad est composée de six pays membres : le Cameroun, la Libye, le Niger, le Nigeria, la République centrafricaine et le Tchad. Son siège est à N'Djamena.

N’Djamena publie un rapport d’identification et d’enregistrement des désengagés de Boko Haram

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La voie militaire ne peut être la seule réponse aux attaques de Boko Haram (ministre)

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Les Tchadiens dénoncent la lenteur dans la délivrance des documents administratifs

File d'attente des usagers des documents administratifs à N’Djamena, au Tchad, le 18 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).

Lancée il y a environ un mois, l’agence nationale tchadienne des titres sécurisés peine à délivrer en un temps court, comme promis, les documents administratifs aux usagers. Les demandeurs des passeports et de cartes d’identité nationale éprouvent d’énormes difficultés à accéder à ces documents.

"Ils ont demandé d’aller d'abord verser l’argent à la banque, et ensuite tu viens te mettre en rang. Et pour avoir simplement la fiche tu peux passer toute une journée". C’est le cri d’alarme d’un demandeur de la carte d’identité nationale rencontré devant l’un des centres d’enrôlement de N’Djamena, la capitale tchadienne.

L’agence nationale des titres sécurisés peine à délivrer à temps
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Beaucoup sont dans la même situation. Certains quittent la maison tôt pour occuper une position plus avantageuse dans les rangs constitués. Mais là encore c’est peine perdue

"On vient à 2 heures du matin, espérant occuper une bonne place dans le rang mais, il y aura toujours plein de gens avant toi. D’autres par contre sont privilégiés. Ils peuvent avoir la fiche et se faire filmer le même jour", se plaint l'un des citoyens sur place.

"Je suis venu de très loin laissant mes enfants et maintenant j’ai fait deux semaines", a déclaré à VOA Afrique une infirmière venant de l’intérieur du pays.

Passeport tchadien, à N’Djamena, Tchad, le 18 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).
Passeport tchadien, à N’Djamena, Tchad, le 18 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).

Le directeur général de l’agence nationale des titres sécurisés, Fouyahta Moundaï, se veut rassurant. Pour lui, des démarches sont en cours pour accélérer le processus.

Il affirme que l’agence nationale des titres sécurisés est une grosse machine et on ne peut pas atteindre au premier démarrage la vitesse de croisière. "Mais nous sommes confiants que le système est à mesure de prendre en compte tout le monde", assure-t-il.

Le problème qui se pose en ce moment selon le directeur, c'est que les citoyens sont restés longtemps sans documents et il se trouve que tout le monde veut le document au même moment et cela crée des longues files d'attente.

M. Fouyahta Moundaï annonce également d’autres mesures pour pallier ces difficultés.

Fouyahta Moundaï, directeur général de l'ANATS, à N’Djamena, le 18 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).
Fouyahta Moundaï, directeur général de l'ANATS, à N’Djamena, le 18 février 2020. (VOA/André Kodmadjingar).


"Nous avons pris des dispositions, que désormais quand vous arrivez à la banque pour payer les frais afférents à l’établissement de titre que vous demandez, vous y trouvez directement la fiche. Nous sommes en train de multiplier les services en créant des nouveaux postes. En ce moment chaque centre que nous avons, dispose de cinq postes d’enrôlement. D’ici deux ou trois jours nous en aurons sept par centre", rassure-t-il. Pour lui, toutes ses souffrances ne seront qu’un mauvais souvenir dans les jours à venir.

Mais en attendant, d’autres usagers passent la nuit devant ces centres. Une stratégie qui semble être une solution pour certains.

"On était obligé de passer la nuit ici sous les moustiques et le froid. On a expliqué notre situation aux agents et ils ont fini par sortir les fiches", affirme un des usagers rencontrés.

Toutefois, les voleurs profitent de cette occasion pour arracher les téléphones portables et de l'argent des usagers qui passent la nuit à la recherche de ces documents.

L’agence nationale des titres sécurisés peine à délivrer à temps

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