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Tchad

Etat d'urgence dans l'est après des violences intercommunautaires

Des soldats tchadiens à N'jamena, le 20 mai 2009.

Le président tchadien Idriss Déby a déclaré dimanche l'état d'urgence dans deux provinces de l'est du pays et réclamé le désarmement des civils, après des affrontements meurtriers entre communautés qui sont, selon lui, liés à la crise au Soudan voisin.

L'état d'urgence est déclaré pour trois mois dans les provinces du Sila et du Ouaddaï, à la frontière entre le Tchad et le Soudan. Des affrontements entre cultivateurs et éleveurs y ont fait plus de 50 morts depuis le 9 août, selon la présidence qui ne dresse pas de bilan plus précis.

Depuis plusieurs dizaines d'années, la province du Ouaddaï, zone de transhumance, est en proie à des conflits entre éleveurs nomades arabes et cultivateurs autochtones ouaddaïens.

"S'il y a encore des conflits entre Arabes et Ouaddaïens, (...) vous en tuez dix de chaque côté afin de sauver la majorité. Vous avez l'autorisation", a lancé le président Déby aux autorités locales lors d'un déplacement dimanche dans le Sila, où le déploiement de "forces militaires qui vont assurer la sécurité de la population dans la zone" a été annoncé.

"Dès que je quitte la province de Sila, il faut désarmer tous les civils de la zone qui ont des armes entre les mains", a-t-il ordonné.

La Convention tchadienne de défense des droits humains (CTDDH) a aussitôt condamné dans un communiqué les consignes du président, "scandalisée par l'appel au massacre des civils".

L'ONG "exige l'arrêt immédiat de ces exactions et estime que la responsabilité du génocide qui se prépare incombera au président Déby".

Outre la saisie des armes et la présence de forces militaires, le président tchadien a annoncé l'interdiction de circuler à moto dans les deux régions, ainsi que la suspension des chefs des deux cantons à l'origine des affrontements.

Les violences avaient éclaté après la découverte des corps de deux jeunes éleveurs dans des villages.

"C'est une guerre totale que nous devons engager contre ceux qui portent des armes et sont à l'origine des morts d'hommes", avait averti le président Déby le 9 août lors d'une conférence de presse.

- Scénario récurrent -

A l'origine de ces éruptions de violences, on retrouve souvent les mêmes scénarios ou presque: un troupeau de dromadaires piétine le champ d'un agriculteur ou un jardin cultivé par une famille, déclenchant immédiatement la confrontation entre les hommes des deux communautés, la plupart du temps avec des armes à feu.

Le président tchadien a plus particulièrement incriminé l'afflux d'armes venues des pays frontaliers du Tchad en proie à de graves conflits comme la Libye, la Centrafrique ou le Soudan.

"La cause principale de ce conflit intercommunautaire est lié au désordre qui dégénère au Soudan", a-t-il insisté dimanche.

Outre le conflit du Darfour, dans l'ouest, un mouvement de contestation a mené au Soudan à la chute du président Omar el-Béchir et vient d'aboutir samedi, après huit mois de troubles, à un accord entre militaires et opposants.

Dans l'est du Tchad, la multiplication des tensions s'explique également par la sécheresse et la pression démographique.

Des changements structurels auxquels sont venus se greffer des problèmes ethniques: les troupeaux appartiennent en grande majorité aux Zaghawa, l'ethnie du président Déby, selon les agriculteurs autochtones qui dénoncent l'impunité dont les éleveurs bénéficient lorsqu'un différend éclate.

Ces situations conflictuelles entre éleveurs et agriculteurs se retrouvent aussi dans plusieurs autres pays africains, notamment au Nigeria ou en Centrafrique.

Avec AFP

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Incertitude sur l'organisation des législatives de 2019 au Tchad

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Les élections législatives jouent l'Arlésienne

Idriss Deby Itno, président du Tchad, à N'Djamena, le 18 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

La Constitution imposait leur tenue en 2015 mais les Tchadiens attendent toujours leurs élections législatives. Quatre ans après, le président Idriss Déby Itno leur a promis, sous pression internationale, qu'ils iraient aux urnes avant la fin 2019. Mais rien n'est moins sûr. 

La dernière fois que les Tchadiens ont voté pour élire leurs députés remonte à 2011. Depuis, l'Assemblée nationale, largement dominée par la majorité présidentielle, est restée la même. Pour justifier les reports successifs du scrutin, M. Déby, au pouvoir depuis près de 30 ans après un coup d'Etat en 1990, a invoqué la menace terroriste de Boko Haram - le groupe djihadiste nigérian qui multiplie les attaques meurtrières dans l'ouest depuis 2015 - et des difficultés financières.

Mais depuis deux ans, les bailleurs de fonds occidentaux et soutiens du Tchad, un pays stratégique en Afrique dans la lutte contre la menace des islamistes armés au Sahel, font pression sur le chef de l'Etat, Washington et Paris en tête.

Début juillet, M. Déby l'avait assuré: les élections se tiendront, "au pire, en décembre". Mais, à moins de quatre mois de cette échéance, aucune date n'est fixée.

Mercredi, le ministre des Affaires étrangères, Chérif Mahamat Zene, a assuré, devant le corps diplomatique à N'Djamena, que le gouvernement mettait tout en oeuvre pour respecter ce délai et a appelé ses partenaires à un "appui conséquent et multiforme" pour l'organisation des élections.

- "Impossible" d'ici à décembre -

L'opposition, elle, n'y croit pas: "le recensement biométrique n'a pas commencé, les listes électorales n'ont pas encore été publiées", affirme Mahamat Ahmat Alabo, secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement (PLD), dans l'opposition. "Objectivement, il est impossible d'organiser des élections en 2019".

"Le dernier recensement électoral remonte à 2015, les listes vont-elles être actualisées ?", s'interroge la chercheuse française spécialiste du Tchad, Marielle Debos. "Combien cela coûtera-t-il ? Comment le Tchad va-t-il financer les élections ? Il y a encore beaucoup de flou".

La société civile s'inquiète aussi, au moment où M. Déby a décrété fin août un état d'urgence dans l'Est, théâtre d'affrontements meurtriers entre cultivateurs et éleveurs, et dans le nord, repaire de groupes rebelles et d'orpailleurs illégaux.

"L'Etat sait qu'organiser des élections dans le contexte actuel, où l'état d'urgence dans certaines provinces impose une restriction des libertés publiques, est pratiquement impossible", estime le défenseur tchadien des droits de l'homme Jean-Bosco Manga. "Voter, c'est s'exprimer librement et pour cela, il faut que l'environnement et le contexte s'y prêtent", ajoute le fondateur du Mouvement citoyen pour la préservation des libertés (MCPL).

"La crainte légitime de l'interdiction des réunions publiques sera traitée avec toute l'attention requise" par le gouvernement, a déclaré mercredi le ministre Mahamat Zene, promettant "des conditions optimales de sécurité et de transparence pour (...) que les candidats puissent battre campagne en toute liberté et en toute sécurité".

- Un possible contre-pouvoir ?

Selon certains observateurs, les réticences du pouvoir à organiser jusqu'ici ces élections, ne s'expliquent pas par la peur de les perdre - le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), le parti au pouvoir, dispose d'un ancrage territorial très fort dans tout le pays et l'opposition reste profondément divisée.

En outre, "l'Assemblée nationale n'a jamais été un vrai contre-pouvoir au Tchad", relève Mme Debos. "Et depuis l'adoption d'une IVe République en 2018, qui a renforcé les pouvoirs du président, elle dispose d'un poids encore moins important", ajoute-t-elle

Pour Thibaud Lesueur, chercheur au centre d'analyse géopolitique International Crisis Group (ICG), "la question n'est pas tant de savoir quels peuvent être les résultats de ces élections mais plutôt si tous les partis seront en mesure de faire campagne, si les rassemblements seront autorisés et si cette séquence politique va entraîner une mobilisation de la société civile tchadienne plus largement".

D'autant plus que le scrutin ne semble pas passionner.

Dans les petits restaurants de N'Djamena, les clients préfèrent pester contre la vie chère, le manque de routes, d'hôpitaux ou d'écoles dans ce pays classé parmi les plus pauvres du monde.

"Les députés ne font rien pour aider les populations à réduire leur souffrance", s'énerve Abdelkerim Harba Ousma, 69 ans. Les élections ? "Elles n'ont pas la valeur des chaussures que je porte", rétorque cet homme pointant du doigt ses simples claquettes.

Avec AFP

Les funérailles de Lol Mahamat Choua ancien président tchadien

Les députés tchadiens en deuil, au Tchad, le 16 septembre 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

L’ancien président de la République et député à l’Assemblée nationale, Lol Mahamat Choua, est décédé dimanche 15 septembre 2019 à l’âge de 80 ans de suites de maladie.

Ses obsèques ont eu lieu lundi matin à la Place de la Nation de N’Djamena en présence du chef de l’Etat, Idriss Déby Itno.

En prononçant son oraison funèbre, le président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, a déclaré que l’ancien président de la République du Tchad Lol Mahamat Choua était un "véritable monument politique, mémoire vivante de la vie politique du pays".

Le président de l’Assemblée nationale a terminé ses propos en présentant au président Déby, à la famille biologique et politique du défunt, et au peuple tchadien, ses sincères condoléances pour la perte de ce grand homme d’Etat qui a profondément contribué au développement du Tchad.

L'ancien président tchadien Lol Mahamat Choua, au Tchad, le 16 septembre 2019. (VOA/André Kodmadjingar)
L'ancien président tchadien Lol Mahamat Choua, au Tchad, le 16 septembre 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Décédé à l’âge de 80 ans, Lol Mahamat Choua, originaire de la province du Kanem à l’Ouest, a consacré 40 ans de sa vie à la politique du Tchad. Après ses études primaires à Mao, sa ville natale, et secondaires à N’Djaména, il s’était envolé pour Paris, où il a obtenu un diplôme d’étude supérieure de recherche à l’Institut d’Etudes des Relation Internationales en 1973.

Pendant la guerre civile de 1979 au Tchad, Lol Mahamat Choua a été désigné à l’unanimité, par les différentes tendances politico-militaires, président de la République du 29 avril au 29 août 1979.

"Au moment où le Tchad a connu des soubresauts, Lol Mahamat Choua était déjà parmi ceux qui devaient décider pour le pays", affirme à VOA Afrique, Djongdélang Angobona, député à l’Assemblée nationale et membre de la majorité présidentielle.

L'opposant Ngarlejy Yorongar, au Tchad, le 16 septembre 2019. (VOA/André Kodmadjingar)
L'opposant Ngarlejy Yorongar, au Tchad, le 16 septembre 2019. (VOA/André Kodmadjingar)


L’opposant historique du régime au pouvoir et député à l’Assemblée nationale Ngarlejy Yorongar se rappelle encore de son incarcération en compagnie de Lol Mahamat Choua au lendemain de l’attaque de N’Djamena, les 2 et 3 février 2008, par des rebelles qui ont failli renverser le président Déby Itno.

L’après-midi du 3 février 2008, Lol Mahamat Choua, Ngarlejy Yorongar, et Ibni Oumar Mahamat Saleh avaient été arrêtés à domicile par les forces de l’ordre après que les rebelles s’étaient retirés de la ville.Depuis, on est toujours sans nouvelle d'Ibni Oumar Mahamat Saleh. Pour l’opposant Ngarlejy, les tortures infligées à Lol Mahamat Choua dans la nuit du 4 au 5 février 2008 étaient atroces.

"Lol est mort physiquement depuis cette date de suites des tortures, et ce dimanche, il a simplement rendu l’âme", a déclaré l’opposant Ngarley Yorongar.

Outre la présidence de la République, feu Lol Mahamat Choua fut le premier président du Conseil supérieur de transition, un organe qui a joué le rôle d'Assemblée nationale après la conférence nationale souveraine de 1993. Il aura aussi été maire de la ville de N’Djamena, puis candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1996 sous la bannière de son parti RDP entre autres.

Il était député de la troisième législature en cours et président du groupe parlementaire du RDP jusqu’à sa mort. Un deuil national de trois jours a été décrété par les autorités de N’Djamena à compter du lundi 16 septembre.

L'état d'urgence prolongé de quatre mois dans le nord et l'est

Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad, à N'Djamena, le 19 mars 2018. (VOA/André Kodmadjingar)

Le parlement tchadien a prorogé l'état d'urgence instauré par le président Idriss Deby Itno de quatre mois dans des régions en proie à des combats meurtriers entre communautés, a indiqué vendredi à l'AFP le président d'une commission de l'Assemblée nationale.

Le ministre de la Justice, Djimet Arabi, avait annoncé à l'AFP mardi, le jour du vote, que le Parlement avait prolongé l'état d'urgence de trois mois dans les provinces du Sila et du Ouaddaï dans l'est et du Tibesti dans le nord.

"Initialement, le gouvernement a demandé une prorogation de trois mois mais, séance tenante, il a demandé qu'on ajoute un mois pour aller à quatre mois", a expliqué vendredi le président de la Commission de la politique générale, des institutions, des lois et des affaires judiciaires de l'Assemblée nationale, le général Routouang Yoma Golom. "Donc, nous avons accédé à cette demande de proroger l'état d'urgence pour quatre mois", a-t-il ajouté.

Le président Idriss Déby Itno l'avait décrété mi-août dans le Sila et le Ouaddaï, après des affrontements meurtriers entre communautés d'éleveurs nomades et de cultivateurs sédentaires, qui avaient fait plus de 50 morts en quelques jours.

Le chef de l'Etat avait également instauré l'état d'urgence dans le Tibesti, frontalier avec la Libye, où opèrent des orpailleurs illégaux et des rebelles tchadiens

L'accord du parlement, qui était nécessaire pour prolonger l'état d'urgence, et au sein duquel Idriss Deby dispose d'une écrasante majorité, a été obtenu mardi avec 115 voix pour, aucune contre et deux abstentions.

Une prolongation était nécessaire "compte tenu de la saison des pluies qui rend certaines zones non accessibles" pour l'armée et qui devrait s'apaiser à la fin du mois de septembre, avait indiqué à l'AFP le ministre Djimet Arabi.

Pour expliquer les violences qui secouent son pays, le président Déby avait incriminé notamment l'afflux d'armes venues de pays frontaliers du Tchad. En Libye, en Centrafrique ou au Soudan, de violents conflits engendrent la multiplication des armes.

Dans l'est, les tensions s'expliquent aussi par la sécheresse et la pression démographique.

Ces situations conflictuelles entre éleveurs et cultivateurs se retrouvent dans plusieurs autres pays africains, dont le Nigeria et la Centrafrique voisins du Tchad.

La mesure avait cependant inquiété des acteurs de la société civile et des défenseurs des droits humains.

"L'état d'urgence donnera un pouvoir illimité aux forces de l'ordre dont les abus de pouvoir et les violations des droits de l'Homme sont susceptibles de compliquer la situation", avait estimé le président du Centre d'étude pour la prévention de l'extrémisme au Tchad, Ahmat Yacoub Dabio.

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