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CAN 2017 : "Fimbu !", la danse du fouet des Léopards congolais


Les Léopards de la RDC exécutent des pas de la danse "Fimbu" (chicotte) après le troisième but marqué contre les Eperviers du Togo lors d’un match de la CAN 2017 Groupe D au stade Port-Gentil, Gabon, 24 janvier 2017.

"Fimbu ! Fimbu ! Fimbu ! Chicotte !" Après la célèbre danse du derrière de leur ancien gardien Robert Kidiaba, les Léopards de la RDC font entrer au stade celle de la chicotte, fouet de triste mémoire au Congo.

Le rituel des joueurs de la République démocratique du Congo a déjà pu s'exprimer à six reprises pendant les poules de la phase finale de la CAN-2017 qui se joue au Gabon jusqu'au 5 février.

Dès qu'ils envoient le ballon dans les filets adverses, les joueurs congolais vont trouver des supporters pour exécuter avec eux, face à face, cette danse en fouettant l'air dans un mouvement diagonal de haut en bas avec leur bras droit.

"Tout est facile dans cette danse-là", dit à l'AFP le chanteur et compositeur congolais Félix Wazekwa, créateur du "Fimbu", "mais ce qu'elle exprime, par contre, est majeur: c'est le fait qu'on a gagné."

Fimbu, "ça veut dire chicotte ! Tout simplement, on chicotte nos adversaires", explique Neeskens Kebano, le numéro 10 des Léopards.

"Tout le monde se prend au jeu [...] on s'amuse beaucoup", renchérit son coéquipier Youssouf Mulumbu. Mais "dans ce geste il n'y a pas du tout d'arrogance, c'est bon enfant."

Dans l'espace francophone, la chicotte est surtout connue au Congo-Kinshasa. Dans la mémoire collective congolaise, ce fouet est associé aux violences coloniales du temps de l'État indépendant du Congo (1885-1908), quand le pays était propriété personnelle du roi des Belges Léopold II.

La chicotte ("fimbu" en lingala) était alors le moindre des châtiments administré aux autochtones lorsque n'étaient pas atteints les objectifs de récolte de caoutchouc imposés par l'administration coloniale d'un souverain ayant englouti sa fortune dans un investissement qu'il voulait voir fructifier.

- Contamination nationale -

Aujourd'hui, la chicotte est encore utilisée dans bien des écoles et des foyers en dépit de l'interdiction des châtiments corporels.

En matière de football, le "phénomène fimbu" est né lors du dernier CHAN (Championnat d'Afrique des Nations), début 2016 au Rwanda.

"Les Léopards étaient dans le doute", se souvient Kabulo mwana Kabulo, directeur des sports à la télévision nationale congolaise (RTNC), "on ne les attendait pas".

Mais dès son premier match, le onze congolais défait l'Éthiopie 3-0. Les joueurs se prennent au jeu des supporters et reprennent la danse en vogue dans leurs rangs. Les Léopards reviendront au Congo avec la coupe.

Depuis lors, le "fimbu" a "contaminé tout le pays", note M. Kabulo, jusque dans les cours de récréation. "Mais je commence à me rendre compte maintenant que ça prend une allure internationale."

"Vous avez des garçons comme Cédric Bakambu, qui joue à Villaréal, même là-bas en Espagne, quand il marque, il y a la chicotte", relève Wazekwa, "et j'étais très content de voir une vidéo où [l'international français Blaise] Matuidi est en train d'exhiber la danse fimbu".

Si le clip "Léopards fimbu na fimbu" loue les exploits des joueurs de la RDC au dernier CHAN, Wazekwa a lancé le premier "Fimbu" dans le cadre d'un conflit l'opposant au célèbre musicien congolais Koffi Olomide, rappellent M. Kabulo et le député Zacharie Bababaswe.

Ancien chroniqueur musical et présentateur vedette de télévision, M. Bababaswe revendique la paternité du "phénomène fimbu". "C'est une idée qui a germé dans ma tête en 1998 alors que j'étais basé en Belgique", dit-il.

- Obama, c'est du "fimbu" -

A l'époque, M. Bababaswe anime de Bruxelles une émission consacrée à la musique et lance "Fimbu !" qu'il emploie "comme une interjection dans le sens de vouloir défier, de vouloir corriger" des confrères avec qui il est en bisbille.

L'usage a fait florès et correspond à un art très prisé des Kinois (les habitants de Kinshasa) consistant à résumer une pensée ou à concentrer plusieurs idées en un seul "mot-slogan".

Mais comment peut-on en arriver là à partir d'un symbole de l'oppression coloniale ? Pour M. Bababaswe, c'est toute la force de l'humour kinois que de pouvoir opérer de tels détournements de sens.

Mais "c'est une façon de nous exorciser aussi [...] en voulant banaliser tout cela", reconnaît-il. "Nous voulons aussi rééquilibrer l'histoire [...] Aujourd'hui, qu'on ait eu un président américain qui soit noir, c'est une façon aussi de fimbu, de fouetter, de chicotter, de coloniser à notre manière".

M. Kabulo, lui, croit à l'effet "motivant" du "fimbu" : "Imaginez-vous en finale. Avec la chicotte, qu'est-ce que ça va donner comme résultat !"

Pour cela, il faut d'abord que les Léopards chicottent les Étoiles noires du Ghana dimanche en quarts de finale.

Wazekwa voit encore plus loin. "Je suis en pourparlers avec Maître Gims, avec Youssoupha, je verrai entre les deux qui sera disposé pour qu'on puisse faire la version internationale de fimbu, dit-il. "Parce que mon souci à moi, c'est que dans la prochaine Coupe du Monde (Russie-2018), il y ait encore la chicotte là-bas."

Avec AFP

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