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Mise en garde contre la vente de médicaments sans prescription dans le Nord-Kivu


Un vendeur dans une pharmacie à Goma, Nord-Kivu, RDC, 27 octobre 2017. (VOA/Charly Kasereka)

Les produits pharmaceutiques sont vendus sans ordonnance dans le Nord-Kivu, accroissant le risque d’automédication dans la province. L’inspection provinciale des pharmaciens promet un contrôle rigoureux. Et, une enquête de l’Association de tenanciers et propriétaires des officines pharmaceutiques à Goma, reconnaît que la population est exposée, au regard des conditions dans lesquelles les médicaments sont conservés.

La population, pour sa part, s’accroche à la pratique et la justifie par le manque de moyens suffisants pour aller consulter un médecin en vue d’une prescription médicale. Ils préfèrent le chemin le plus court : aller droit chez les pharmaciens.

Une officine pharmaceutique à Goma, Nord-Kivu, RDC, 27 octobre 2017. (VOA/Charly Kasereka)
Une officine pharmaceutique à Goma, Nord-Kivu, RDC, 27 octobre 2017. (VOA/Charly Kasereka)

"C’est mon activité principale, il n’y a pas de travail dans ce pays. Que voulez-vous que l’on fasse ? Quant à la question des ordonnances médicales, les gens n’en ont pas toujours. Si on l'exige, ils vont sûrement aller dans une autre pharmacie et c’est un manque à gagner pour moi!" explique à VOA Afrique Masi Kibengo, vendeur à la pharmacie à Goma.

La pratique est ancienne comme dans presque toutes les villes de la RDC, et s’est installée dans les habitudes avec des maladies fréquentes dans la région.

"Mais que ce que vous voulez ? Les gens n’ont pas de moyens pour aller voir un médecin. On essaye de les aider. Si ça passe, tant mieux. Si ça ne passe pas, tant pis…!" insiste l’homme derrière le guichet.

Elvis Kitenge, approchant la quarantaine, père de famille, trouvé devant une pharmacie au quartier populaire de Birere, en plein centre de Goma, soutient lui aussi qu’aller droit à la pharmacie est le moyen facile pour acquérir les médicaments et économiser.

"Pas besoin de payer des frais supplémentaires pour la consultation auprès du médecin," souligne M. Kitenge, sourire aux lèvres, au sortir de l’officine pharmaceutique. Il vient de s’acheter quelques flacons.

De petites officines comme celle où nous avons retrouvé M. Kitenge foisonnent. Elles se retrouvent presque sur chaque avenue. Et, peu d’entre elles sont tenues par des professionnels du domaine.

Certains tenanciers font de ce métier une activité commerciale. Ils admettent que parfois, des produits déjà périmés se retrouvent, par oubli, dans leurs rayons et "sont vendus par inadvertance," selon eux.

"Il m’est déjà arrivé d’en avoir sur mes étagères, c’est souvent par oubli, mais après je les écarte," reconnaît humblement M. Kibengo.

Une officine pharmaceutique à Goma, Nord-Kivu, RDC, 27 octobre 2017. (VOA/Charly Kasereka)
Une officine pharmaceutique à Goma, Nord-Kivu, RDC, 27 octobre 2017. (VOA/Charly Kasereka)

Dans ces officines, plus de 80 % de clients achètent leurs médicaments sans ordonnance médicale avec le risque d’une automédication, estime l’Union des tenanciers des officines pharmaceutiques du Congo (UTOPC).

Certains tenanciers des officines pharmaceutiques profitent, selon lUTOPC, du taux élevé d’analphabétisme et de l’absence d’un contrôle rigoureux pour vendre des médicaments ayant atteint la date de péremption.

L’UTOPC promet des sanctions contre ceux qui vont continuer à vendre des médicaments sans ordonnance.

Pour réduire les dangers de l’automédication, l’inspection provinciale de l’ordre des pharmaciens est, elle, en train d’intensifier des censures, souligne Henry Takenga, pharmacien inspecteur de la province du Nord-Kivu.

Plus de 40% de ceux qui vendent dans les pharmacies ne remplissent pas les conditions requises par la règlementation, selon une enquête de l’Association de tenanciers et propriétaires des officines pharmaceutiques à Goma.

L’enquête indique que certains produits pharmaceutiques vendus dans les rues et aux marchés, exposent la population à la mort, au regard des conditions dans lesquelles ils sont conservés.

Reportage de Charly Kaseeka à Goma pour VOA Afrique

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