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Mali

Manifestations de femmes et d'enfants de militaires tués dans le centre du Mali

Des militaires maliens transportent une victime d'une attaque dans la région de Gao, Mali, 1er juillet 2018. (VOA/ Sidi Elhabib Maiga)

Des centaines d'épouses et d'enfants de militaires maliens ont manifesté vendredi à Ségou et Sévaré pour dénoncer la mort de soldats dans des attaques jihadistes et réclamer davantage de moyens pour l'armée.

Les familles de soldats ont déjà exprimé leur ressentiment à la suite de l'attaque de Dioura (centre) le 17 mars, qui a fait 26 morts, selon un dernier bilan de source militaire. Elles ont ainsi éconduit jeudi à Nioro (ouest) le chef d'état-major de l'Armée de terre venu leur présenter ses condoléances.

Le gouvernement a décrété "un deuil national de trois jours" à partir de vendredi pour les "soldats lâchement assassinés à Dioura par des terroristes" et le président Ibrahim Boubacar Keïta a prévenu les chefs militaires qu'"aucune négligence ne saurait plus être tolérée", sans apparemment calmer l'ire des familles.

A Ségou, capitale d'une des dix régions du Mali, des femmes de militaires tués se sont assises sur le bitume pour bloquer la circulation, alors que des enfants de soldats brûlaient des pneus, selon des témoins.

"On nous a dit qu'on a acheté des hélicoptères pour l'armée. Où sont les hélicoptères, pourquoi on ne les utilise pas?", a déclaré une femme prénommée Fatoumata, se présentant comme veuve d'un militaire tué à Dioura.

"Elles sont des centaines de femmes et enfants de militaires à manifester ici à Ségou pour dénoncer le manque de moyens de l'armée", a indiqué Oumar Touré, un enseignant.

Une manifestation similaire de femmes et d'enfants de militaires s'est déroulée à Sévaré, près de Mopti, autre capitale régionale du centre du pays. "Nous ne voulons plus que nos maris meurent bêtement", ont scandé les participants, exigeant également "plus de moyens pour l'armée" ou encore "des explications."

Des appels à la démission du chef de l'Etat ont également été entendus à Sévaré, selon les mêmes sources.

A la suite de l'attaque de Dioura, les groupes pro-Bamako impliqués dans l'accord de paix de 2015 ont appelé les autres signataires, le gouvernement et l'ex-rébellion à dominante touareg, à "mettre de côté leurs dissensions et à conjuguer leurs efforts afin d'accélérer la mise en place des bataillons d'unités spéciales".

Le déploiement de ces unités spéciales prévues pour "lutter contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée" est urgent "pour faire face à l'insécurité grandissante dans les régions du Nord et du Centre", ont affirmé ces groupes dans un communiqué.

Auparavant, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, ex-rébellion) avait dénoncé dans une lettre au gouvernement le 15 mars de "récentes décisions unilatérales", dont la création de ces bataillons par arrêté du ministre de la Défense le 8 mars.

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Les leaders de la contestation arrêtés à Bamako sous haute tension

Choguel Kokalla Maïga, président du MPR. (VOA/ Bambara)

Le pouvoir malien a fait interpeller samedi des responsables et des membres de la contestation au lendemain de troubles quasiment insurrectionnels dans la capitale Bamako, où les tensions restent vives.

Après Issa Kaou Djim et Clément Dembélé la veille, deux autres leaders du mouvement dit du 5-Juin, Choguel Maïga et Mountaga Tall, ainsi que deux hommes décrits comme des têtes pensantes, Oumara Diarra et Adama Ben Diarra, ont été interpellés par les forces de sécurité, ont affirmé des responsables et des témoins.

Les autorités ont gardé le silence sur ces opérations.

Au même moment, la ville qui portait encore les stigmates de vendredi demeurait le théâtre de heurts et d'incidents qui y ont maintenu un climat de grande nervosité et d'incertitude quant à l'avenir.

Ces incidents sont allés en s'intensifiant à l'approche de la soirée, des groupes de jeunes continuant à dresser des barrages, à lancer des pierres et à défier les forces de sécurité.

Les forces anti-émeutes montées sur des pick-ups et soutenus par un véhicule blindé ont dispersé à coups de gaz lacrymogènes quelque 150 jeunes regroupés dans le quartier de Badalabougou aux abords d'un des trois ponts reliant les deux parties de Bamako de part et d'autre du fleuve Niger, a constaté un journaliste de l'AFP.

Des manifestants ont intercepté des véhicules pour les vider sous la menace de leur contenu de quelque valeur, a constaté un correspondant de l'AFP.

- Nouvelles barricades -

De nouvelles barricades ont commencé à se dresser dans la soirée, y compris sur la grande place de l'Indépendance.

Bamako a connu vendredi sa pire journée de turbulences civiles depuis des années, marquée par au moins trois morts et des attaques contre des symboles aussi éminents du pouvoir que le Parlement et la télévision nationale.

Le Premier ministre Boubou Cissé a fait état de quatre morts et d'une cinquantaine de blessés lors d'une visite à l'hôpital, mais des doutes sont ensuite apparus sur la réalité du nombre de morts.

Ces évènements aux perspectives imprévisibles ajoutent à la volatilité d'une situation qui alarme les alliés du Mali, inquiets d'un élément déstabilisateur de plus dans un pays confronté au jihadisme et à une série de défis majeurs, dans une région elle-même tou rmentée.

Le Premier ministre Boubou Cissé a renouvelé l'appel au dialogue réitéré dans la nuit par le président Ibrahim Boubacar Keïta et assorti d'un message de fermeté.

M. Cissé a indiqué qu'il formerait "très rapidement" un gouvernement "resserré" pour rétablir l'ordre "dans les meilleurs délais" et faire face aux défis maliens. Il a dit vouloir le faire "avec l'ensemble des forces vives".

Cependant, depuis le début de la crise il y a quelques semaines, aucune des ouvertures du président, y compris l'offre d'un gouvernement d'union nationale, n'a apaisé la contestation qui, au contraire, a pris sa tournure la plus violente vendredi.

- "Désobéissance civile" -

"Nous restons mobilisés parce que la répression renforce notre détermination et nous allons continuer avec notre mot d'ordre jusqu'à la fin du régime IBK qui est un cancer pour tout le Mali", a dit Kaou Abdramane Diallo, un porte-parole de la coalition hétéroclite de chefs religieux et de personnalités du monde politique et de la société civile qui mène le mouvement.

Comme annoncé par avance, certains leaders ont explicitement donné le signal de la "désobéissance civile" vendredi, après le rassemblement de milliers de personnes réclamant la démission du chef de l'Etat.

Des foules d'hommes ont alors attaqué l'Assemblée nationale, saccageant et pillant des bureaux. Ils s'en sont pris aussi au siège de la télévision nationale, qui a interrompu ses programmes.

"Le dégât matériel est considérable ici: six véhicules calcinés, sept véhicules dont les vitres ont été brisées. L’appareil de numérisation des archives volé (alors que c'était) un nouvel appareil, le serveur du journal télévisé et d’autres appareils endommagés", a dit samedi à l'AFP le directeur général de la radio-télévision, Salif Sanogo.

Des membres des forces de sécurité ont ouvert le feu pour dégager l'Assemblée et la radio-télévision.

Il s'agissait de la troisième manifestation depuis juin à l'appel de cette coalition qui canalise une multitude de mécontements dans l'un des pays les plus pauvres du monde: mécontentement contre la dégradation sécuritaire et l'incapacité à y faire face après des années de violence, le marasme économique, la défaillance des services de l'Etat, ou encore le discrédit répandu d'institutions suspectes de corruption.

Les élections parlementaires de mars-avril et l'invalidation d'une trentaine de résultats par la Cour constitutionnelle, accusée de collusion avec le pouvoir, passent pour avoir cristallisé les colères.

Au moins un mort lors de la manifestation de vendredi à Bamako

Les Maliens se rassemblent à Bamako lors d'une manifestation contre le président Ibrahim Boubacar Keita le 19 juin 2020. (Photo MICHELE CATTANI / AFP)

Bamako a connu vendredi sa journée la plus tendue en près d'un an, une nouvelle manifestation contre le président malien Ibrahim Boubacar Keïta ayant dégénéré, avec un bilan d'au moins un mort et 20 blessés et des attaques d'édifices publics, dont l'Assemblée nationale.

Il s'agissait de la troisième grande manifestation organisée en moins de deux mois par la coalition du Mouvement du 5 juin, formée de chefs religieux, d'hommes politiques et de la société civile, qui conteste le président Keïta, au pouvoir depuis 2013.

Ce mouvement de contestation, emmené par l'imam Mahmoud Dicko, considéré comme très influent, fait craindre aux partenaires du Mali une aggravation de l'instabilité d'un pays déjà confronté depuis 2012 à des attaques jihadistes, auxquelles se mêlent depuis cinq ans des violences intercommunautaires. D'autant plus que depuis 2015, le Burkina Faso et le Niger voisins sont en proie aux mêmes phénomènes.

Des milliers de Maliens dans les rues de Bamako
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"Nous avons enregistré 20 blessés (et) un mort à la morgue", a déclaré à l'AFP le Dr Yamadou Diallo, de service aux urgences de l'hôpital Gabriel Touré, dans la capitale. Le décès a été confirmé à l'AFP par un responsable de la Primature.

Après le rassemblement, des manifestants ont attaqué le siège l'Assemblée nationale.

"Plusieurs bureaux ont été saccagés, des documents détruits, des biens emportés", a déclaré à l'AFP un responsable de l'institution. "les forces de l'ordre ont été obligées de tirer", a-t-il ajouté.

Les deux chaînes de la télévision publique malienne ORTM ne diffusaient plus vendredi après-midi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les causes de cette interruption n'étaient pas connues dans l'immédiat, mais elle s'est produite après que des manifestants, à l'issue du rassemblement, se sont dirigés vers le siège de la radio et de la télévision publiques, dont ils ont occupé la cour, selon des journalistes de l'AFP.

D'autres protestataires bloquaient deux des trois ponts de la ville, ont constaté des journalistes de l'AFP. Des manifestants ont érigé des barricades sur un de ces ponts et des voitures étaient contraintes de dévier de leur itinéraire, selon les mêmes sources.

Des incendies sporadiques se sont déclarés en différents endroits où des pneus ont été brûlés.

"Désobéissance civile"

Auparavant, des milliers de manifestants s'étaient retrouvés vendredi après-midi après la grande prière musulmane, deux jours après un discours du chef de l'Etat visant à désamorcer les tensions.

"Le président de la République a déçu dans son dernier discours", a déclaré à l'AFP Nouhoun Sarr, un responsable du mouvement de contestation. "Nous ne voulons plus de ce régime", a de son côté affirmé une manifestante, Sy Kadiatou Sow.

"Tout le monde a parlé au président", a déclaré Issa Kaou Djim, un autre responsable de la contestation, pendant la manifestation. "Maintenant, on ne le considère plus comme président. Mais tout ce que nous allons faire se fera dans le cadre démocratique et républicain", a-il poursuivi.

Des responsables de la contestation ont par ailleurs réitéré vendredi leur appel à une désobéissance civile, dans un document en dix points dans lequel ils précisent les actions à mener.

Parmi celles-ci figurent le mot d'ordre de "ne plus payer aucune amende ou contravention pendant cette période" dont la durée n'a pas été précisée.

Le document mentionne aussi le blocage de l'entrée des services de l'Etat sauf ceux liés à la santé, l'occupation des carrefours et la mise en place de "brigades mobiles de communication pour le cas où internet serait coupé ou ralenti".

Le président Keïta a vainement tenté dans son discours mercredi soir un apaisement, en ouvrant la voie à un réexamen de l'inversion par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des législatives de mars-avril, considérée comme l'élément déclencheur de l'actuelle crise politique.

M. Keïta a laissé entendre qu'une Cour nouvellement formée pourrait revenir sur cette décision, qui a profité à une dizaine de membres de sa majorité, à commencer par celui qui allait ensuite être élu à la présidence du Parlement.

Le Mouvement du 5 juin réclame la dissolution du Parlement, la formation d'un gouvernement de transition dont il désignerait le Premier ministre, ainsi que le remplacement des neuf membres de la Cour constitutionnelle, accusée de collusion avec le pouvoir.

Dans un communiqué diffusé vendredi soir, il a tenu le pouvoir pour responsable des violences et exhorté les forces de l’ordre à protéger "les manifestants aux mains nues qui ne défendent que les valeurs démocratiques, laïques et républicaines".

Des milliers de Maliens dans les rues de Bamako

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Des milliers de manifestants maliens occupent des édifices gouvernementaux à Bamako

Des partisans de l'imam Mahmoud Dicko lors d'une manifestation exigeant la démission du président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, sur la place de l'Indépendance à Bamako, au Mali, le 19 juin 2020. (Photo: REUTERS/Matthieu Rosier)

Vendredi, des milliers de manifestants ont pris d’assaut des bâtiments du gouvernement à Bamako, la capitale du Mali, dans l’espoir de forcer l'éviction du président Ibrahim Boubacar Keïta, en proie à des contestations en série.

Depuis plusieurs semaines, les Maliens se rassemblent par milliers le vendredi sous la houlette du mouvement M5/RFP dirigé par l’imam Mahmoud Dicko.

"Les manifestants se sont divisés en trois groupes", explique Kassim Traoré, correspondant de VOA Afrique, qui était sur place.

Parmi les bâtiments occupés figurent le palais de l'Assemblée nationale, le complexe de la radio et de la télévision nationales ORTM et la primature.

A l'ORTM, les gardes se sont retirés et les manifestants ont occupé le bâtiment sans incident, selon notre correspondant.

"Du côté de l'Assemblée nationale et de la Primature, il y a eu des échauffourées. Des coups de feu ont été entendus", précise notre correspondant.

"Actuellement l'ORTM, l'Assemblée nationale et les deux ponts de Bamako sont occupés par les manifestants", précise Kassim Traoré. Ils veulent y rester jusqu'à 22 heures locales, ajoute-t-il.

Ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, "IBK", 75 ans, a été élu en 2013.

Selon ses détracteurs, il n'a pas su répondre aux nombreuses attentes du peuple malien. Il s'agit notamment de l'insécurité persistante dans la région de Mopti, au centre du pays, ainsi que le long de la frontière avec le Burkina Faso et le Niger.

Le mois dernier, des images de son fils en train de s’éclater dans des occasions festives ont circulé sur Internet, provoquant un tollé.

Des militants du mouvement du 5 juin sont descendus dans les rues de Bamako

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