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Paris a tué au Mali Djamel Okacha, un des principaux chefs djihadistes au Sahel

Des soldats français de l'opération Barkhane patrouillent à Timbamogoye, Mali, 10 mars 2016.

Les militaires français de l'opération Barkhane ont tué jeudi au Mali le chef d'un des principaux groupes djihadistes au Sahel, l'Algérien Yahya Abou El Hamame, a annoncé vendredi la ministre des Armées Florence Parly.

Chef de "l'émirat du Sahara" d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l'homme était le numéro deux de l'alliance jihadiste dirigée par le Touareg malien Iyad Ag Ghaly, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM).

"Djamel Okacha était une figure proéminente, un des membres fondateurs du JNIM (acronyme arabe du GSIM, ndlr). Il était très important au sein de l'organisation", confirme auprès de l'AFP Aurélien Tobie, chercheur sur le Sahel au Stockholm International Peace Research Institute (Sipri).

La ministre Florence Parly a évoqué une "action spectaculaire" qui porte "un coup très dur pour les groupes terroristes agissant au Sahel", soulignant que le GSIM "aura perdu trois de ses principaux chefs en l'espace d'une année, tous des adjoints proches de Iyad Ag Ghaly".

"C'est vrai que la France a réussi à éliminer la plupart des membres fondateurs du JNIM qui apparaissaient dans la vidéo de sa création il y a maintenant deux ans", admet M. Tobie. Mais le communiqué est "très optimiste" sur l'impact de cette frappe", nuance l'expert.

"Le JNIM jusqu'à maintenant a toujours réussi à se rétablir et à conduire encore des opérations très très significatives malgré la mort de ses chefs. Il faut aussi rappeler que la France avait aussi annoncé la mort d'Amadou Koufa il y a quelques mois mais qu'elle n'est toujours pas confirmée", a-t-il ajouté.

Jeudi, la force Barkhane a identifié Yahya Abou El Hamame dans un convoi de véhicules au nord de Tombouctou (nord-ouest), selon un porte-parole de l'état-major français.

Pour l'intercepter, les Français ont mobilisé des moyens terrestres et aériens, dont cinq hélicoptères et un drone de surveillance Reaper.

"Quand les commandos se sont approchés, les pickup ont ouvert le feu, déclenchant la riposte des hélicoptères", qui ont mis hors de combat 11 terroristes", dont Yahya Abou El Hamame, a détaillé le porte-parole.

- Combattant aguerri -

Natif de Reghaïa (préfecture d'Alger), Djamel Okacha (alias Yahya Abou El Hamame), était un combattant aguerri.

Ancien membre du Groupe islamique armé (GIA) puis du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, devenu Aqmi), Okacha était soupçonné d'implication dans l'assassinat en juin 2009 à Nouakchott d'un Américain, Christopher Logest, et dans l'attaque contre l'ambassade de France (deux blessés) en août de la même année dans la capitale mauritanienne.

En 2013, il a succédé à Abdelhamid Abou Zeïd, l'un des principaux chefs d'Aqmi tué par l'armée française lors de combats dans l'Adrar des Ifoghas (nord du Mali).

Il était apparu dans une vidéo publiée en novembre 2018 aux côtés d'Iyad Ag Ghaly, chef du GSIM, et d'Amadou Koufa, un prédicateur radical peulh éliminé par l'armée française fin novembre. Dans cette vidéo, les trois chefs islamistes appelaient à "poursuivre le jihad".

L'annonce de la mort de cette figure djihadiste au Sahel intervient quelques heures avant l'arrivée au Mali du Premier ministre français Edouard Philippe, accompagné par Florence Parly et le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Depuis 2014, la France a déployé quelque 4.500 hommes au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane qui vise à lutter contre les groupes djihadistes opérant dans la région et au Sahara.

En dépit du succès de l'intervention militaire française de 2013, qui a permis la reconquête du nord du Mali occupé par les jihadistes, des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères régulièrement visées par des attaques.

Les violences se sont progressivement propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis plus récemment au Niger ainsi qu'au Burkina Faso, où la situation est jugée la plus inquiétante.

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En Afrique de l'Ouest et au Sahel, la loi des colonels

Le capitaine Sidsoré Kader Ouedraogo lit le communiqué du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à Ouagadougou, Burkina, le 24 janvier 2022.

Et maintenant le Burkina Faso... Sahel et Afrique de l'Ouest sont le théâtre depuis un an et demi d'une série de coups de force que des colonels justifient par l'inaptitude des dirigeants civils face aux jihadistes ou le discrédit des pouvoirs en place.

Des militaires en uniforme se plaçant sous le commandement du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba ont annoncé lundi à la télévision burkinabè avoir renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, arrivé en 2015 à la tête d'un pays aspiré à son tour dans la tourmente sahélienne.

M. Kaboré aura connu le même sort que ses homologues malien Ibrahim Boubacar Keïta et guinéen Alpha Condé, que des colonels étaient venus cueillir en août 2020 et septembre 2021.

Le Mali a connu un nouveau putsch en mai 2021. C'est sans compter avec le fait accompli créé en avril 2021 au Tchad avec la prise de pouvoir du général Mahamat Idriss Déby Itno.

Entre Afrique de l'Ouest et Sahel, tous ces pays sont désormais sous la direction d'une junte.

Les putschistes disent de concert n'avoir pas eu d'autre choix que de prendre leurs "responsabilités" et se drapent dans la sauvegarde de la patrie. Ils observent ensuite une feuille de route se ressemblant d'un pays à l'autre.

En Guinée, après deux ans de crise politique, les forces spéciales derrière le colonel Mamady Doumbouya ont capturé le président Condé pour mettre fin à "la gabegie financière, la pauvreté et la corruption endémique" ou encore "le piétinement des droits des citoyens". Le pays est épargné par les actes jihadistes.

Plus à l'est, au Tchad, confronté aux attaques de rebelles et engagé dans le combat antijihadiste au Sahel, un fils a pris la place de son père pour, a-t-il dit, empêcher le pays de "sombrer dans le néant, la violence et l’anarchie".

Au Mali, le changement de régime a été précédé par des mois de contestation contre l'impuissance ou l'inertie des autorités devant la propagation des violences de toutes sortes, la pauvreté et la corruption.

Le Burkina Faso est en proie à une même exaspération devant l'incapacité à faire face aux agissements jihadistes.

Partis du nord du Mali en 2012, les groupes jihadistes aujourd'hui affiliés à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique ont étendu leur champ d'action au centre et au sud, et aux Niger et Burkina Faso voisins.

Malgré le soutien militaire et financier international, les Etats sahéliens, parmi les plus pauvres au monde, sont dépassés.

Les 6 exigences des militaires mutins du Burkina
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Une page se tourne

La prise du pouvoir par les militaires est le fruit d'une "très forte désillusion démocratique au sein des opinions publiques", dit Niagale Bagayoko, présidente du think-thank African Security Sector Network (ASSN).

"Aujourd'hui, qui considère, à part les partis politiques eux-mêmes, qu'aller voter va avoir un impact sur la situation, autant individuelle que sécuritaire au Sahel ?", interroge-t-elle.

Au Faso, M. Kaboré, réélu en 2020, promettait que la lutte antijihadiste serait la première des priorités de son second mandat. Les massacres et attaques se sont poursuivis, comme à Inata mi-novembre (57 morts, dont 53 gendarmes).

"La détérioration du contexte sécuritaire (...) a autant exaspéré les populations civiles que les forces de défense et de sécurité", explique Ornella Moderan, du think-thank Institut d'études de sécurité (ISS). Inata est "devenu le symbole (...) de l'idée que les politiques ont lâché les forces armées", dit-elle.

Les putschistes burkinabè ont dit lundi être passés à l'action devant la "dégradation continue de la situation sécuritaire qui menace les fondements mêmes de notre nation" et devant "l'incapacité manifeste du pouvoir" à y faire face.

Le chef des putschistes guinéens, le colonel Doumbouya, citait, après le coup d'Etat, le défunt président ghanéen Jerry Rawlings, lui-même arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1981, selon lequel "si le peuple est écrasé par ses élites il revient à l'armée de rendre au peuple sa liberté".

Arrivés par les armes ou par les urnes, des militaires ou ex-militaires sont au pouvoir dans quatre pays d'Afrique de l'Ouest: en Mauritanie, en Guinée-Bissau, en Guinée, au Mali.

Un fonctionnaire de l'ONU, travaillant dans la région sahélienne et s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, juge sèchement: "Il semble qu'une page est en train de se tourner pour les vétérans de la politique ouest-africaine aux politiques publiques non appliquées et aux promesses non tenues".

Mais, se demande-t-il, "est-ce que les militaires pourront faire mieux ?"

Les autorités maliennes exigent le départ des troupes danoises

Le colonel Assimi Goita, leader de la junte, à Bamako, au Mali, le 7 juin 2021.

La junte au pouvoir au Mali a demandé lundi au Danemark de retirer "immédiatement" la centaine de soldats arrivés récemment dans le pays en crise pour participer au groupement européen de forces spéciales Takuba initié par la France.

Le gouvernement malien dominé par les militaires arrivés au pouvoir à la faveur d'un putsch en août 2020 a indiqué dans un communiqué lu à la télévision nationale et publié sur les réseaux sociaux que "ce déploiement est intervenu sans son consentement".


Le Danemark a annoncé la semaine passée l'arrivée au Mali de 90 hommes, majoritairement des soldats d'élite et des chirurgiens militaires, censés participer au sein de Takuba à la protection des civils contre les jihadistes dans la zone dite des trois frontières (Mali, Burkina Faso, Niger) et être basés à Ménaka (est du Mali).

Regroupement de forces spéciales européennes destiné à accompagner les soldats maliens au combat face aux jihadistes, la task force Takuba a été lancée en mars 2020 à l'initiative de la France pour partager le fardeau avec les partenaires européens.

Exceptionnelle dans le contexte de crise sécuritaire et politique qui ébranle le Mali depuis des années, la demande de retrait de ce contingent danois survient en plein bras de fer entre la junte et une partie de la communauté internationale qui entend la voir tenir son engagement à rendre le pouvoir aux civils dans un avenir proche. Les relations avec la France en particulier se sont sévèrement détériorées.

Ouverture d'une enquête sur la mort de sept Mauritaniens au Mali

Un convoi de véhicules de la Coalition du peuple de l'Azawad (CPA) en patrouille près de la frontière Mali-Mauritanie pour protéger les populations locales confrontées à l'insécurité liée aux troubles causés par les bandits, à Soumpi, le 22 janvier 2020.

Le gouvernement malien a annoncé samedi l'ouverture d'une "enquête transparente et diligente" sur un incident sécuritaire ayant coûté la vie à sept Mauritaniens lundi près de Nara, localité frontalière avec la Mauritanie.

"Le gouvernement du Mali, à la suite d'une séance de travail avec une délégation mauritanienne, a décidé d'ouvrir une enquête transparente et diligente dont les résultats seront partagés avec la partie mauritanienne", a annoncé dans un communiqué Abdoulaye Maïga, le ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation.

Selon des médias mauritaniens, les victimes sont des éleveurs qui se rendaient au Mali pour y rejoindre leur troupeau en quête de pâturage.

"Le gouvernement décline toute responsabilité et souligne qu'à ce stade aucun élément ne met en cause" l'armée malienne, a souligné M. Maïga, assurant que "toutes les mesures seront prises pour arrêter et traduire en justice les auteurs de ces actes tragiques".

Une délégation ministérielle malienne termine sa visite en Mauritanie
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La présidence mauritanienne avait annoncé vendredi dans un communiqué l'envoi d'une délégation à Bamako pour "faire la lumière" sur la mort de ces Mauritaniens.

Cette décision faisait suite à une manifestation organisée le même jour à Nouakchott, la capitale, par des habitants du département de Adel Bégrou (1.100 km à l'ouest de Nouakchott), localité d'origine des victimes, à la frontière avec le Mali.

Les manifestants voulaient ainsi appeler le gouvernement à assurer la sécurité des citoyens et à faire la lumière sur cette affaire.

Cet incident coïncide avec la tentative des autorités maliennes de la transition d'obtenir le soutien de la Mauritanie pour briser l’embargo de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Une délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a achevé mardi une visite en Mauritanie.

"Face à l'adversité à laquelle notre pays fait face, le gouvernement trouve troublante la survenue de cet incident", a ajouté le communiqué.

La Cédéao et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) ont pris une batterie de mesures économiques et diplomatiques à l'encontre du Mali pour sanctionner les velléités de la junte de se maintenir au pouvoir encore plusieurs années.

La fermeture des frontières mais aussi un embargo sur les échanges commerciaux et les transactions financières hors produits de première nécessité sanctionnent l'engagement révoqué par les colonels d'organiser le 27 février des élections présidentielle et législatives qui auraient ramené des civils à la tête du pays plongé dans une grave crise sécuritaire et politique.

Dernier hommage à IBK au Mali

Dernier hommage à IBK au Mali
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Les Maliens rendent un dernier hommage à l'ex-président IBK

Une photo d'Ibrahim Boubacar Keita, alors président du Mali est affichée lors d'un meeting pour sa ré-élection à Bamako, Mali, le 3 août 2018.

Le Mali a rendu vendredi un dernier hommage à l'ex-président Ibrahim Boubacar Keïta, décédé cette semaine, un an et demi après avoir été renversé par les militaires.

La junte qui lui a succédé et qui tient tête aujourd'hui à une bonne partie de la communauté internationale a organisé dans un camp militaire de Bamako des obsèques nationales sous la présidence du Premier ministre dit de transition, Choguel Kokalla Maïga.

Le colonel Assimi Goïta, un des leaders du putsch de 2020 depuis investi président de la transition, était quant à lui absent.

Ibrahim Boubacar Keïta, décédé dimanche chez lui à l'âge de 76 ans après s'être tenu à l'écart de la vie publique, devait être enterré dans l'après-midi dans sa vaste résidence après une cérémonie à la fois plus populaire et privée.

Près de 2.000 personnes, y compris d'anciens adversaires, se sont pressées chez lui pour lui dire adieu.

Le colonel Goïta, qui avait pris part aux obsèques de deux autres anciens chefs de l'Etat malien décédés en 2020 après le putsch, a été officiellement "empêché" de participer à la cérémonie officielle.

Celle-ci a rassemblé devant le cercueil recouvert du drapeau national, sur la place d’armes du 34e bataillon du Génie militaire, de nombreuses personnalités, l'ancien président par intérim Dioncounda Traoré, d'anciens ministres, des dignitaires religieux, des diplomates et un des fils du disparu, Bouba Keïta.

La Guinée, également théâtre d'un putsch en septembre 2021 et partenaire privilégié de la junte malienne face aux pressions internationales, avait dépêché son ministre des Affaires étrangères Morissanda Kouyaté.

Baba Hakib Haïdara, au nom des collaborateurs de l'ex-président, a salué "un homme d’Etat ouvert au dialogue".

Il était "un homme d’esprit, un homme de culture, mais aussi, je dirais, un homme de cœur", a dit son ancien ministre de la Santé Michel Sidibé, "il s’est toujours battu pour ce pays, il avait ses forces et ses faiblesses mais ce qui le caractérisait c’était sa dignité et son patriotisme, et cela a été mentionné aujourd’hui".

IBK, comme il était couramment appelé, avait été renversé le 18 août 2020 par des militaires qui, après un deuxième coup d'Etat en mai 2021, invoquent aujourd'hui les maux accumulés par le passé pour justifier leur refus de rendre le pouvoir aux civils dans un avenir proche.

Entamée en 2013, la présidence a largement coïncidé avec la tourmente dans laquelle le Mali est pris depuis 2012 et le déclenchement d'insurrections indépendantiste et jihadiste dans le nord.

La chute d'IBK avait été précédée par des mois de mobilisation au sein d'une population exaspérée par les violences en tous genres - jihadistes, communautaires ou crapuleuses -, par l'inaction et la faillite de l'Etat et par une corruption réputée galopante.

La junte a décrété un deuil national de trois jours à compter de vendredi.

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