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L'ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo, un panafricaniste avant tout

Edem Kodjo, à Sokode, le 5 juin 2005.

Edem Kodjo, est décédé samedi à Paris à l’âge de 82 ans. L’ancien secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’ancêtre de l’UA, était à la fois un grand homme d’Etat, un écrivain et un panafricaniste hors-pair, selon les témoignages recueillis.

Deux fois Premier ministre du Togo, d’avril 1994 à aout 1996 puis de juin 2005 à septembre 2006, Edem Kodjo était un homme politique de consensus, mais également un panafricaniste revendiqué.

Candidat à l’élection présidentielle de 1993, l’homme se réclamait plutôt du centre. Ses positions politiques centristes lui ont valu d’être critiqué par l'opposition radicale de "trop proche du pouvoir". Pourtant, Edem Kodjo est considéré par l’ancien Premier ministre Togolais, Me Joseph Kokou Koffigoh, comme l’un des artisans du processus de démocratisation au Togo et père du concept du "grand pardon".

Me Joseph Kokou Koffigoh, ancien premier ministre togolais, Lomé, le 6 novembre 2019, à la foire du Livre. (VOA/Kayi Lawson)
Me Joseph Kokou Koffigoh, ancien premier ministre togolais, Lomé, le 6 novembre 2019, à la foire du Livre. (VOA/Kayi Lawson)


"Edem Kodjo estimait que la démocratie ne pouvait prospérer au Togo que s’il y avait une sorte d’entente ou de tolérance entre les tenants de l’ancien pouvoir et ceux qui sont les nouveaux acteurs du processus politique. Et c’est ce concept qu’il a appelé 'le grand pardon' ", a expliqué l’avocat Koffigoh à VOA Afrique.

"Il a apporté sa part. Il a contribué à la lutte politique pour l’avènement de la démocratie, jusqu’à sa candidature aux élections présidentielle de 1993", ajoute celui que le défunt appelait affectueusement "petit-frère".

L’ancien secrétaire de l’organisation de l’unité africaine (OUA), l’institution qui sera remplacée par l’Union africaine, était un panafricaniste dévoué. Il avait suivi les pas de Kwame Nkrumah et de Sékou Touré, en mettant à la disposition du continent un manifeste pour une réelle intégration, selon des contemporains.

"On lui doit la rédaction et le lancement de ce qu’on a appelé à l’époque, au milieu des années 1980, le 'Plan d’action de Lagos', qui devrait réaliser l’intégration africaine et l’unité africaine, bien avant la création de l’Union africaine", a fait noter Me Joseph Kokou Koffigoh, avant de souligner que "Edem Kodjo défendait, avec bec et ongle, l’idée du panafricanisme".

Kodjo était également un grand écrivain.

Quelques heures après l’annonce de son décès, le jeune poète Togolais, Armand Esso, lui dédie quelques vers. L’écrivain qui a cassé sa plume était la lanterne du jeune poète fait savoir ce dernier.

Armand Esso, poète togolais, à Lomé, le 11 avril 2020. (VOA/Kayi Lawson)
Armand Esso, poète togolais, à Lomé, le 11 avril 2020. (VOA/Kayi Lawson)


"J’ai rencontré Edem Kodjo, il y a de cela 1 an au-delà. Il m’a même donné 4 de ses ouvrages. Edem Kodjo est un mentor qui m’a promis de préfacer un de mes ouvrages, qui d’ailleurs le tapuscrit est actuellement sur sa table", a-t-il témoigné, regrettant que Edem Kodjo n’a pas pu préfacer son ouvrage avant de rejoindre l’autre rive. Pour Armand Esso, l’ancien Premier ministre est une réelle perte pour le Togo voire pour le continent africain.

"Le Togo a perdu un grand homme, un citoyen hors-pair, qui a un talent spécial et qui est une référence. Au-delà de ses écrits, c’est un panafricaniste", a commenté le poète Armand Esso.

Fondateur de l’ONG panafricaniste "Pax Africana", Edem Kodjo est auteur de plusieurs ouvrages. On peut citer entre autres "Et demain l'Afrique", "Au commencement était le glaive" ou encore "Lettre ouverte à l'Afrique cinquantenaire".

Il est également salué pour son rôle dans la médiation des conflits en Afrique.

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La pandémie fait tourner au ralenti le marché des bouteilles de Lomé

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Lancement d'une nouvelle raffinerie à Pointe-Noire

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Seules l’éwé et le kabiyè ont statut de langue nationale

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Les langues nationales ne pèsent pas dans le système éducatif togolais

Entrée principale de l’Université de Lomé. Lomé, 15 février 2021.

Chaque 21 février, le monde célèbre la journée internationale de la langue maternelle. Le thème de cette année est "Promouvoir le multilinguisme pour l'inclusion dans l'éducation et la société".

Sur la trentaine de langues locales qui existent au Togo, seules deux sont véritablement équipées. De plus, au niveau national, l’éducation formelle se fait en français de la maternelle au supérieur. Une stratégie qui ne favorise pas une acquisition des nouvelles connaissances auxquelles l’enfant est exposé à l’école, selon les experts.

"C’est bien prouvé au niveau de la psychopédagogie que l’acquisition des éléments linguistiques de base de chaque apprenant constitue les fondamentaux qui permettent à l’enfant d’asseoir ses compétences avant de s’ouvrir à une autre valeur linguistique ou une langue étrangère", rappelle le Professeur Essodina Péré, enseignant chercheur en linguistique à l’université de Lomé.

L'éwé et le kabiyè, seules exceptions

C'est en 1975, dans le cadre d'une réforme de l’enseignement, que le Togo élève deux langues locales au statut de langue nationale et qui sont enseignées dans les écoles. Il s’agit de l’éwé, la langue la plus véhiculaire du pays et majoritairement parlée au sud Togo mais aussi au Ghana et au Bénin. La seconde langue nationale est le kabiyè, parlée dans une partie du nord du pays.

Ainsi l’éwé et le kabiyè disposent d’une académie. Ces académies ont pour, entre autres mandats, de contribuer à la codification de ces langues mais aussi de soutenir leur enseignement à travers la production de manuels didactiques.

Atinédi Gnassé, secrétaire général de l’académie de langue Kabiyè. Lomé, 18 février 2021.
Atinédi Gnassé, secrétaire général de l’académie de langue Kabiyè. Lomé, 18 février 2021.

Atinédi Gnassé, secrétaire général de l’Académie de langue kabiyè, parle des réalisations de cette académie.

"L’année dernière, l’académie a sorti des livres d’enseignement dont L’orthographe et grammaire kabyè et Mon livret de vocabulaire kabyè", fait savoir l’académicien. "Cette année 2021, il est prévu le renouvellement du syllabaire kabiyè, en même temps qu’il est prévu la mise à jour des différents manuels d’enseignement et la reprise et l’agrandissement du dictionnaire kabyè-français, français-kabyè", ajoute-t-il.

"Si on nous avait enseigné les mathématiques dans nos langues, nous n’aurions pas des problèmes", approuve le Professeur Essodina Péré.

"Nous avons honte de nos propres langues"

Parler plusieurs langues permet à une personne de s'enrichir culturellement. Mais dans certaines familles togolaises, il est interdit aux enfants de s’exprimer en langue locale. Une aberration qui retarde le développement, estime Antoine Kossi Aféli, professeur titulaire de linguistique à la retraite.

"C’est par les langues maternelles et nationales que les enfants d’un pays peuvent d’abord être scolarisés et donc participer plus activement au processus de développement", fait noter le Pr Afeli.

Pr Antoine Kossi Aféli, enseignant chercheur à la retraite. Lomé, 19 février 2021.
Pr Antoine Kossi Aféli, enseignant chercheur à la retraite. Lomé, 19 février 2021.

Pourtant, explique-t-il, une bonne politique linguistique est non seulement salutaire sur le plan éducatif mais contribue aussi à enraciner les valeurs et la culture."Nous avons honte de nos propres langues et cultures et nous ne pensons qu’à la culture de l’autre comme étant celle qui doit apporter le salut et la promotion sociale", déplore le Pr Afeli.

"Même ceux qui maîtrisent très mal le français, parlent le français à leurs enfants à la maison, ce qui est extrêmement dommage", regrette-t-il.

L'éducation, fondée sur la première langue ou la langue maternelle, doit commencer dès la petite enfance, recommande l’UNESCO, Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

Le covid freine le recyclage des bouteilles et appauvrit les petits commerces de Lomé

Un taxi chargé de bouteilles en direction d’un marché périphérique. Lomé, 22 janvier 2021.

Le marché de bouteilles de Kodomé, à Lomé, s’anime tous les vendredis. Dans cet espace commercial assez particulier, tous types de bouteilles sont proposés.

Qu’elles soient en plastique ou en verre, issues du milieu hospitalier, du cosmétique ou de l’alimentation... Des contenants d’antibiotique injectable aux liqueurs en passant par des bouteilles d’eau minérale, des déodorants, ou encore les bidons et les tonneaux, vous y trouverez tout.

"Nous sillonnons les différents quartiers de la capitale, en faisant du porte-à-porte pour acheter les bouteilles vides. Le travail de collecte fini, nous les ramenons ici au marché pour les revendre. Nous avons aussi des fournisseurs qui nous les ramènent aussi directement sur le site ici", explique Justine Atindogbé, présidente des commerçantes du marché des bouteilles.

Justine Atindogbé, présidente des commerçantes du marché des bouteilles. Lomé, 22 janvier 2021.
Justine Atindogbé, présidente des commerçantes du marché des bouteilles. Lomé, 22 janvier 2021.

D'ordinaire, leurs clients viennent non seulement des marchés périphériques de la capitale togolaise, mais aussi du Bénin et du Ghana voisins. Mais avec la pandémie de Covid-19 et la fermeture des frontières terrestres, les activités au marché des bouteilles tournent au ralenti.

Une thèse qu’approuve Akossiwa Agbodjan, la cinquantaine à peine entamée, le regard vers l’horizon.

"Rien ne va dans le marché. Depuis plus de 5 mois que j’ai ce stock, j'ai du mal à l'écouler. La pandémie ne nous a pas fait de cadeau", se lamente-t-il. "Nos clients habituels se plaignent de la mévente. Tant qu’ils n’écoulent pas leurs marchandises et ils ne peuvent pas revenir en acheter. Pire, nos clients de l’extérieur ne viennent plus", témoigne la commerçante.

Effet de chaîne

Le rôle crucial que ce marché joue dans la protection de l’environnement et l'assainissement de la ville pourrait être perturbé par la période de mévente causée par le coronavirus.

"Ces bouteilles vont se retrouver sur les dépotoirs à ciel ouvert. Elles seront soit brûlées ou enfouies, polluant ainsi l’environnement", s'alarme Justine Atindogbé.

Au-delà de la protection environnementale, le marché des bouteilles de Kodomé est un maillon clé de la chaîne des activités économiques. Les bouteilles achetées sur le site servent dans d’autres domaines, permettent à d'autres commerces d'exister et à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins.

Un étalage d’amuse-gueules dans des bouteilles recyclées au marché de Hédzranawoé. Lomé, 10 février 2021.
Un étalage d’amuse-gueules dans des bouteilles recyclées au marché de Hédzranawoé. Lomé, 10 février 2021.

"Les bouteilles en plastique servent de contenant pour les détaillants d’huile végétale, pour les jus faits maison. Pour les bouteilles en verre, elles servent dans la pharmacopée, dans la vente illicite de carburant et aussi de contenant pour des amuse-gueules", indique Marie Anakpo, revendeuse de bouteilles au marché d’Adidogomé Assiyéyé, dans la périphérie nord-ouest de Lomé.

Kayi Ameh, la trentaine, a pris le relais de ce commerce familial, il y a 12 ans. Elle constate une dégradation de ses revenus.

"Nous achetons 12 bouteilles vides d’eau minérale de 1,5 litre à 1000 francs CFA que nous revendons à 1200 francs. C’est dans ces 200 francs que nous devons enlever les frais de transport avant de dégager notre bénéfice", décrit la vendeuse. "Ce commerce n’est plus rentable. Nous sommes en survie", lâche-t-elle.

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