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CAN-2019: le stade de foot, laboratoire politique de la contestation algérienne

Des supporters algériens, le 30 juin 2014.

Slogans percutants, chants politiques, et expériences de groupes : les manifestations en Algérie, qui ont poussé l'ex-président Abdelaziz Bouteflika à la démission le 2 avril, ont pris racines dans les stades de foot, rares espaces de liberté dans un pays verrouillé.

"Qu'ils partent tous": pour avoir brandi dans un stade de la CAN-2019 une pancarte comportant l'un des messages phares du mouvement de contestation en Algérie lors du match contre le Kenya, un supporter des "Fennecs" a été expulsé d'Egypte puis condamné à un an de prison ferme.

La raison ? "Avoir exposé aux regards du public des tracts de nature à nuire à l'intérêt national", selon une source judiciaire, alors que les manifestations hebdomadaires débutées fin février, exigent désormais le départ de tous les dirigeants ayant eu des responsabilités durant la présidence de M. Bouteflika.

Cela n'a pas empêché les milliers de supporters encore présents au Caire d'entonner un des couplets de "La Casa del Mouradia" -- chanson composée par un groupe de supporters de l'USM Alger devenue l'un des hymnes du "hirak" (mouvement) --, l'espace de quelques secondes lors de la demi-finale contre le Nigeria.

Mardi lors de l'entraînement des "Fennecs", ouvert un quart d'heure au public, la centaine de supporters présents ont fait un pied de nez encore plus explicite à trois jours de la finale : après avoir mis l'ambiance et entonné l'hymne national, ils ont repris "La Liberté", tube engagé du rappeur-star Soolking... qui résonne habituellement lors des "vendredire", néologisme inventé par les contestataires pour désigner les manifestation chaque vendredi et signifiant "manifester joyeusement".

- Plus qu'un simple "défouloir" -

"Depuis les années 1970-80, le stade a toujours été un espace d'expression politique en Algérie, peut-être plus que dans les autres, où il pouvait y avoir plus de contrôles, de censures. C'est l'endroit où l'on peut défier l'+establishment+, déconstruire les tabous de la nation algérienne", explique à l'AFP Mahfoud Amara, professeur de sciences sociales et de management du sport à l'Université du Qatar.

"Les supporters utilisent des méthodes de provocation, où la vulgarité peut avoir un sens politique. Vu qu'il n'y a pas de débat, on rejette l'ordre moral qui a été imposé par les institutions de l'Etat", ajoute le chercheur algérien, auteur en 2012 d'une étude sur le sujet.

Un "défouloir" qui peut aussi créer des incidents diplomatiques, à l'image d'un tifo grimant en 2017 le roi Salmane d'Arabie saoudite et Donald Trump comme "les deux faces d'une même pièce" lors d'un match du championnat local, ou sombrer dans la violence, parfois meurtrière, lors d'affrontements entre supporters ou contre les forces de l'ordre...

Mais depuis le 22 février, la violence brute a laissé place à l'humour et à la créativité, avec des pancartes pleines de métaphores footballistiques.

- Avant-garde -

"Ce n'est pas un match, non aux prolongations !", "Peuple 3 - 0 Pouvoir"... Même des membres de groupes "ultras" des différents clubs algérois, habituellement "ennemis", ont manifesté main dans la main dans les rues de la capitale.

De quoi rappeler le phénomène "Istanbul United", quand les groupes rivaux des clubs de Besiktas, Galatasaray et Fenerbahçe avaient participé ensemble aux manifestations place Taksim en 2013, ou l'alliance déterminante des supporters cairotes d'Al-Ahly et de Zamalek dans le soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011 ?

"Je ne sais pas si on peut faire le parallèle", explique à l'AFP Maher Mezahi, journaliste spécialiste du football maghrébin. "C'est très commun de voir des supporters provenant de groupes différents être côte à côte. Mais cela ne se produit qu'à l'échelle individuelle et non au nom du groupe en lui-même."

A défaut d'avoir réellement apporté aux manifestants leur expertise en matière d'organisation, "les ultras algériens ont davantage donné un genre artistique aux forces d'expression", complète Mahfoud Amara.

"Ils ont contribué, un petit peu, à être la voix du peuple à un moment où il y avait une lassitude de la politique, admet le chercheur. Le stade a été pendant ce temps l'endroit où il y a eu cette continuité."

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Algerie: 27e vendredi de manifestation

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Votre page des sports du 21 août avec Yacouba Ouédraogo

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Nouveau vendredi de manifestations contre le pouvoir

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26e vendredi de manifestations contre le régime

Des manifestants algériens scandent des slogans et brandissent des drapeaux nationaux dans les rues de la capitale, Alger, le 26e vendredi consécutif de manifestations du 16 aout 2019.

Les Algériens manifestent à nouveau massivement dans les rues du centre de la capitale, quadrillé par la police, pour un 26e vendredi consécutif d'un mouvement de protestation qui s'apprête à clore son 6e mois sans avancée vers une solution à la crise.

Malgré la forte chaleur estivale, la mobilisation, difficile à estimer précisément en l'absence de comptage officiel, semblait aussi importante que ces dernières semaines.

Amoindrie par les vacances scolaires par rapport aux premières semaines du "Hirak" (le mouvement de contestation né le 22 février), la mobilisation reste forte à Alger, où comme chaque vendredi, hommes, femmes et enfants de tous âges sont au rendez-vous.

"C'est ou nous ou ce pouvoir, on ne va pas s'arrêter", scandent les manifestants qui continuent de réclamer le départ du pouvoir de tous ceux ayant accompagné, durant ses 20 ans de présidence, Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril, sous les pressions conjuguées de la rue puis de l'armée.

Des dizaines de véhicules de police sont garés des deux côtés de la rue, sur une partie du parcours emprunté par la manifestation. Le dispositif semble toutefois avoir été légèrement allégé par rapport aux dernières semaines.

Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée devenu le véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, reste une cible principale des protestataires.

- "Experts de la triche" -

"Unis, on fera partir le +Gang+ (au pouvoir) puis Gaïd", scandent ces derniers.

Alors que le mouvement de contestation, qui s'apprête à fêter son 6e mois le 22 août, ne semble pas s'essouffler, aucune solution à la crise politique dans laquelle est plongée l'Algérie ne se profile.

Le "Hirak" continue de refuser la présidentielle que le pouvoir souhaite coûte que coûte organiser le plus rapidement possible pour élire le successeur de M. Bouteflika. Une élection convoquée le 4 juillet a dû être annulée, aucun candidat sérieux ne s'étant présenté.

"On ne veut pas d'élections organisées par ce gouvernement. Ils trouveront le moyen de frauder. Ce sont des experts de la triche. Qu'ils partent avant les élections", résume Mohamed Benouafek, 45 ans, ingénieur dans une entreprise privée, interrogé dans une rue d'Alger par l'AFP.

Chauffeur de taxi de 65 ans, Ahmed manifeste vendredi "pour redire à Gaïd que nos revendications n'ont pas été satisfaites", contrairement à ce que le chef d'état-major a assuré le 8 août, en dénonçant "certains groupes" qui "s'acharnent à rejeter toutes les initiatives présentées et tous les résultats obtenus".

Le "dialogue" proposé par le pouvoir à la classe politique et à la société civile pour définir les modalités de cette élection, censé en garantir l'équité, est également rejeté par les manifestants, et "l'Instance de dialogue" mise sur pied pour parler avec les divers acteurs, peine à asseoir sa légitimité à leurs yeux.

- "A la poubelle" -

Nommé à la tête de cette instance, Karim Younès, ex-président de la Chambre basse et ancien ministre de M. Bouteflika, est une fois encore conspué vendredi par les manifestants aux cris de "Karim Younès à la poubelle!".

"On reste avec des pratiques anciennes, ce genre d'instance va nous mener à l'impasse", a averti jeudi, dans un entretien au site d'information TSA (Tout sur l'Algérie), l'économiste Smail Lalmas, qui a démissionné de cette instance après le refus du pouvoir de prendre des mesures "d'apaisement" réclamées en signe de bonne volonté.

De leur côté, plusieurs partis politiques et organisations de la société civile ont été contraints de reporter une réunion prévue samedi, faute d'avoir obtenu - comme le veut la loi - une autorisation préalable des autorités.

"Au moment où le pouvoir fait la promotion de son offre de dialogue, la réalité est tout autre", s'insurgent les organisateurs dans un communiqué, dénonçant "le verrouillage du débat public, des médias, du dialogue dans la société".

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