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Algérie

Après la fête du foot, les Algériens de retour dans la rue contre le régime

Un manifestant a tenté de s'immoler par le feu pour protester contre l'élite dirigeante à Alger le 12 juillet 2019.

Les Algériens ont encore manifesté en très grand nombre vendredi, pour la 21e semaine consécutive contre le régime, à l'issue d'une longue nuit de célébrations de la qualification de l'équipe nationale pour les demi-finales de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN-2019).

Ce vendredi de manifestations massives était le premier depuis l'expiration, le 9 juillet, du délai d'intérim à la tête de l'Etat, confié par la Constitution, durant 90 jours maximum, au président de la Chambre haute Abdelkader Bensalah.

Celui-ci a fait savoir qu'il resterait néanmoins chef de l'Etat par intérim, hors du cadre constitutionnel, jusqu'à l'élection d'un nouveau président à une date indéterminée, la présidentielle convoquée le 4 juillet pour élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika ayant été annulée faute de candidats.

Mercredi, le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, véritable homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika le 2 avril, a réaffirmé le soutien du haut commandement militaire au président Bensalah et souhaité l'organisation d'une présidentielle "dans les plus brefs délais" via un "dialogue national".

Une partie de la nuit, de nombreux Algériens ont fêté la qualification de leur pays en demi-finale de la CAN-2019.

Jeudi soir, un immense cri de joie a retenti dans Alger, à la fin de la séance des tirs au but contre la Côte d'Ivoire, auquel ont rapidement succédé klaxons et youyous dans divers quartiers de la ville.

Malgré cette nuit de fête et un impressionnant quadrillage policier dès les premières heures de la journée, une foule immense a envahi les rues du centre d'Alger, noires de monde toute l'après-midi.

Des manifestations massives ont également eu lieu à Oran, 2e ville du pays, à Béjaia et Tizi-Ouzou (Kabylie, Nord), selon des journalistes locaux, ainsi qu'à Constantine (3e ville d'Algérie), selon les médias algériens et les réseaux sociaux.

A Alger, les manifestants ont répondu au chef d'état-major en réclamant à nouveau "un Etat civil, pas militaire" --faisant fi des mises en garde du patron de l'armée contre ce "slogan mensonger"-- et en affirmant n'avoir "pas confiance" en lui.

- Police et huile de moteur -

Pour un passant ironique, "Alger la Blanche" --traditionnel surnom tiré de la couleur des immeubles du centre-ville-- était devenue, vendredi, "Alger la Bleue" --couleur de la police.

Des files ininterrompues de camionnettes des forces de l'ordre sont restées garées des deux côtés des rues --et parfois même sur les trottoirs-- empruntées par le cortège, réduisant sérieusement l'espace pour les manifestants.

De l'huile de moteur a également été versée sur des escaliers, des parapets de bouches de métro ou des lampadaires sur lesquels ont l'habitude de se jucher des manifestants, selon des journalistes de l'AFP qui ont également vu, comme à plusieurs reprises les semaines précédentes, une dizaine de personnes être interpellées dans la matinée, sans motif apparent.

Sur Twitter, Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), a dénoncé un "dispositif sécuritaire" montrant "une volonté manifeste d'empêcher les marches pacifiques à Alger". "Barrages filtrants", "policiers en civils", "fouilles des passant-e-s", "interpellations", a-t-il détaillé.

- Exaspération -

Le cortège algérois a commencé à se disperser dans le calme en fin d'après-midi. Aucun incident n'a été signalé à travers l'Algérie.

Parmi les manifestants d'Alger, Aïcha Sahli, la soixantaine, s'est dit "exaspérée par un gouvernement qui s'impose au peuple", alors que le délai d'intérim est dépassé. "Le pouvoir doit comprendre que nous refusons des élections avec les rois de la fraude", a-t-elle expliqué à l'AFP.

Le "Hirak" (mouvement de contestation) refuse que les anciens hauts responsables de la présidence Bouteflika, M. Bensalah et le général Gaïd Salah en tête, organisent le scrutin et exige leur départ du pouvoir et la mise en place d'institutions de transition avant toute élection. Une revendication catégoriquement rejetée par les autorités.

M. Bensalah a proposé début juillet la création d'une instance de dialogue pour préparer la présidentielle, sans participation des autorités civiles et militaires, mais son cadre flou laisse sceptique les manifestants.

Pour Abdelhak, chauffeur de taxi, les dirigeants algériens "gagnent du temps en cherchant comment faire pour nous faire avaler des couleuvres".

De précédentes propositions de "dialogue" formulées par le pouvoir ont été rejetées par les figures de la contestation, qui dénoncent essentiellement un ordre du jour --l'organisation de la présidentielle-- imposé et non négociable.

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Le journal de la CAN-2019 du 17 juillet

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CAN-2019: pour ou contre l'Algérie, le dilemme égyptien

Des supporters algériens, le 30 juin 2014.

"Viva l'Algérie" ou "tout sauf l'Algérie": les supporters égyptiens sont partagés entre ceux qui soutiennent leurs "frères arabes" pour la finale de la CAN-2019 au Caire, et les irréductibles qui perpétuent la rivalité historique entre les deux pays.

Dix ans après le caillassage du bus des joueurs algériens au Caire, la haine a-t-elle quitté les deux camps ? Dimanche lors de la demi-finale Algérie - Nigéria, le soutien ostentatoire de certains supporters égyptiens aux Super Eagles a déclenché quelques accrochages avec des Algériens.

"En termes de performance, ils méritent d'être en finale et de la gagner contrairement à notre propre équipe", concède Mohamed, alors que l'Egypte, pays-hôte, a été éliminée dès les huitièmes de finale.

"Mais j'espère qu'ils ne vont pas remporter la compétition", s'empresse d'ajouter ce comptable de 32 ans, en évoquant de vieilles "querelles".

L'origine de cette inimitié ? L'attaque du bus des joueurs algériens, faisant plusieurs blessés avant un match de qualification au Mondial-2010, qui avait dégénéré en violents affrontements entre supporters, puis en crise diplomatique.

A la suite de ces événements, qui se sont répétés à plusieurs reprises depuis, les appels aux calmes de part et d'autre n'ont pas empêché les accusations tous azimuts par voie de presse, convocations de diplomates et protestations formelles des deux pays.

- "Aucun problème sécuritaire" -

Depuis le début de la CAN-2019, la présence des forces de l'ordre s'est renforcée dans les rues et surtout autour des stades, dans un pays où l'enjeu sécuritaire restait le défi majeur de l'organisation de la compétition, notamment face à l'afflux progressif des supporters des "Fennecs".

"Jusqu'à présent, il n'y a ni problèmes, ni différends, ni crises d'ordre sécuritaire", assure un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur qui a requis l'anonymat.

"Les célébrations (des supporters algériens) dans les rues se sont déroulées en présence d'Egyptiens sans mécontentement ou problème", a-t-il assuré.

Car, en dépit des anciennes tensions footballistiques entre les deux pays, de nombreux Egyptiens se tiennent derrière les Algériens, dans les stades ou dans les rues, au nom de l'unité arabe.

"Je vais les supporter car nous sommes tous arabes mais en temps normal je ne les soutiens pas vraiment après ce qu'il s'est passé", confie sans grand engouement Ali, un étudiant de 23 ans.

"A l'époque j'avais 13 ans. Je m'en souviens à peine, beaucoup de choses se sont passées", raconte ce fan du club d'Al-Ahly, qui refuse de tourner complètement la page des affrontements.

- "Débat nouveau et positif" -

"Après les événements de 2009, les gens soutenaient n'importe qui contre l'Algérie", se souvient Hatem Maher, journaliste sportif. Mais, selon lui, le fait que la question se pose désormais de supporter ou non les Fennecs est "un débat nouveau et positif".\

"La tension a diminué de manière notable", observe-t-il, mettant en avant l'absence de matches à enjeu au cours de la dernière décennie, l'émergence d'une nouvelle génération de fans mais aussi les "changements politiques".

"Après la révolution de janvier 2011, beaucoup de gens ont commencé à revenir sur ce qui s'était passé et ont accusé Hosni Moubarak (l'ex-président déchu lors de ce soulèvement populaire, ndlr), ses fils et ses médias, d'être les vrais responsables des tensions entre les deux pays et leurs supporters", observe-t-il.

"Entre l'Algérie et l'Egypte, à l'époque, il y avait aussi une rivalité politique pour savoir qui historiquement était le leader du monde arabe", ajoute Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques et auteur de "Géopolitique du sport".

"Les deux régimes étaient en difficulté et comptaient un peu sur l'équipe nationale pour redorer leur blason", explique-t-il.

Aujourd'hui, pour certains Egyptiens, les Fennecs doivent l'emporter. "Les Algériens sont en fête. Pourquoi ne serions-nous pas heureux pour eux ?", se demande Mohamed, ancien entraîneur de foot à la retraite.

CAN-2019: le stade de foot, laboratoire politique de la contestation algérienne

Des supporters algériens, le 30 juin 2014.

Slogans percutants, chants politiques, et expériences de groupes : les manifestations en Algérie, qui ont poussé l'ex-président Abdelaziz Bouteflika à la démission le 2 avril, ont pris racines dans les stades de foot, rares espaces de liberté dans un pays verrouillé.

"Qu'ils partent tous": pour avoir brandi dans un stade de la CAN-2019 une pancarte comportant l'un des messages phares du mouvement de contestation en Algérie lors du match contre le Kenya, un supporter des "Fennecs" a été expulsé d'Egypte puis condamné à un an de prison ferme.

La raison ? "Avoir exposé aux regards du public des tracts de nature à nuire à l'intérêt national", selon une source judiciaire, alors que les manifestations hebdomadaires débutées fin février, exigent désormais le départ de tous les dirigeants ayant eu des responsabilités durant la présidence de M. Bouteflika.

Cela n'a pas empêché les milliers de supporters encore présents au Caire d'entonner un des couplets de "La Casa del Mouradia" -- chanson composée par un groupe de supporters de l'USM Alger devenue l'un des hymnes du "hirak" (mouvement) --, l'espace de quelques secondes lors de la demi-finale contre le Nigeria.

Mardi lors de l'entraînement des "Fennecs", ouvert un quart d'heure au public, la centaine de supporters présents ont fait un pied de nez encore plus explicite à trois jours de la finale : après avoir mis l'ambiance et entonné l'hymne national, ils ont repris "La Liberté", tube engagé du rappeur-star Soolking... qui résonne habituellement lors des "vendredire", néologisme inventé par les contestataires pour désigner les manifestation chaque vendredi et signifiant "manifester joyeusement".

- Plus qu'un simple "défouloir" -

"Depuis les années 1970-80, le stade a toujours été un espace d'expression politique en Algérie, peut-être plus que dans les autres, où il pouvait y avoir plus de contrôles, de censures. C'est l'endroit où l'on peut défier l'+establishment+, déconstruire les tabous de la nation algérienne", explique à l'AFP Mahfoud Amara, professeur de sciences sociales et de management du sport à l'Université du Qatar.

"Les supporters utilisent des méthodes de provocation, où la vulgarité peut avoir un sens politique. Vu qu'il n'y a pas de débat, on rejette l'ordre moral qui a été imposé par les institutions de l'Etat", ajoute le chercheur algérien, auteur en 2012 d'une étude sur le sujet.

Un "défouloir" qui peut aussi créer des incidents diplomatiques, à l'image d'un tifo grimant en 2017 le roi Salmane d'Arabie saoudite et Donald Trump comme "les deux faces d'une même pièce" lors d'un match du championnat local, ou sombrer dans la violence, parfois meurtrière, lors d'affrontements entre supporters ou contre les forces de l'ordre...

Mais depuis le 22 février, la violence brute a laissé place à l'humour et à la créativité, avec des pancartes pleines de métaphores footballistiques.

- Avant-garde -

"Ce n'est pas un match, non aux prolongations !", "Peuple 3 - 0 Pouvoir"... Même des membres de groupes "ultras" des différents clubs algérois, habituellement "ennemis", ont manifesté main dans la main dans les rues de la capitale.

De quoi rappeler le phénomène "Istanbul United", quand les groupes rivaux des clubs de Besiktas, Galatasaray et Fenerbahçe avaient participé ensemble aux manifestations place Taksim en 2013, ou l'alliance déterminante des supporters cairotes d'Al-Ahly et de Zamalek dans le soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011 ?

"Je ne sais pas si on peut faire le parallèle", explique à l'AFP Maher Mezahi, journaliste spécialiste du football maghrébin. "C'est très commun de voir des supporters provenant de groupes différents être côte à côte. Mais cela ne se produit qu'à l'échelle individuelle et non au nom du groupe en lui-même."

A défaut d'avoir réellement apporté aux manifestants leur expertise en matière d'organisation, "les ultras algériens ont davantage donné un genre artistique aux forces d'expression", complète Mahfoud Amara.

"Ils ont contribué, un petit peu, à être la voix du peuple à un moment où il y avait une lassitude de la politique, admet le chercheur. Le stade a été pendant ce temps l'endroit où il y a eu cette continuité."

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