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Mali

Deuil national et destitution du gouverneur de Mopti

Le premier Ministre du Mali, Boubou Cissé et le président Ibrahim Boubakar Keita.

Le gouvernement malien a révoqué le gouverneur de la région de Mopti (centre) et décrété trois jours de deuil à compter de jeudi à la suite d'une tuerie dans un village dogon, lors du Conseil des ministres mercredi.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a proclamé un deuil national de trois jours "en hommage aux victimes de l'attaque terroriste perpétrée le 10 juin 2019 contre les populations du village de Sobane Da", selon le communiqué du Conseil des ministres, lu au journal du soir de la télévision publique ORTM.

"Tirant les leçons de ce drame, le Conseil des ministres a procédé à la révocation du gouverneur de la région de Mopti", le général Sidi Alassane Touré, selon le texte.

Le gouvernement avait annoncé auparavant mercredi que cette attaque dimanche soir, non revendiquée, avait fait 35 morts, dont 24 enfants.

Les violences intercommunautaires dans le centre du Mali ont culminé le 23 mars avec le massacre à Ogossagou, près de la frontière burkinabè, de quelque 160 villageois peuls, attribué à des chasseurs dogons.

Les villages de Sobane Da et d'Ogossagou se trouvent tous les deux dans la région de Mopti, où se concentre l'essentiel des violences au Mali.

Depuis l'apparition en 2015 dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense".

Avec AFP

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38 morts et de nombreux blessés" dans une attaque contre deux villages

Quelques personnes regardent au loin le lieu d’une attaque-kamikaze dans la région de Gao, dans le centre-nord du Mali, 1er juillet 2018. (VOA/ Sidi Elhabib Maiga)

Une nouvelle tuerie dans le centre du Mali a fait "38 morts et de nombreux blessés", a indiqué mardi soir le gouvernement malien, selon un bilan encore provisoire.

Dans le même temps, une embuscade contre une patrouille de l'armée plus au nord a occasionné des "pertes humaines et matérielles", selon les Forces armées maliennes.

Des bilans antérieurs avaient évoqué entre une vingtaine et une quarantaine de morts lors de cette attaque survenue lundi dans deux villages dogons de cette région du centre du pays, où un massacre commis dans village dogon proche de Bandiagara le 9 juin avait fait 35 morts, dont 24 enfants.

"Des attaques terroristes ont visé hier lundi 17 juin 2019, dans la soirée, les localités de Gangafani et Yoro dans le cercle de Koro, non loin de la frontière avec le Burkina Faso. Le bilan provisoire officiel est de 38 morts et de nombreux blessés", précise le gouvernement dans un communiqué publié dans la soirée.

"Des forces de défense et de sécurité a été dépêché sur les lieux pour sécuriser les populations et leurs biens et traquer les auteurs de ces attaques", selon le texte.

"Une patrouille des FAMa (Forces armées maliennes) est tombée dans une embuscade des terroristes à Banguimalam, au sud-ouest de Gossi (nord). Des renforts ont été dépêchés pour secourir les éléments victimes d'attaque terroriste et sécuriser la zone", ajoute le communiqué du gouvernement.

"Les #FAMa sont tombées dans une embuscade dans la journée du mardi 18 juin 2019. C'était dans la localité de #Gossi. Au cours de cet accrochage, les FAMa ont enregistré des pertes humaines et matérielles", ont confirmé sur Twitter les Forces armées maliennes.

Violences au Mali : l'analyse d'Ibrahim Yahaya Ibrahim

Dans la ville de Sobane Da, le 11 juin 2019.

Le cycle de violences dans le centre du Mali, comme la tuerie de Sobane Da la semaine dernière, se nourrit de la peur qu'inspirent à chaque communauté les groupes armés des autres et seul le dialogue permettra d'en sortir, selon Ibrahim Yahaya Ibrahim, analyste à l'ICG.

Cet expert basé à Dakar est l'un des auteurs du rapport de l'International Crisis Group publié en mai qui recommande au gouvernement d'ouvrir des canaux de communication avec la "katiba Macina", le groupe du prédicateur radical Amadou Koufa dans le centre du Mali, et ses partisans.

Déplacement du président IBK à Sobane Da
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Les critiques contre la lenteur de l'armée sont-elle justifiées?

"Au Mali, comme au Burkina Faso, ce sont des armées qui ont des capacités très limitées.

En général, ça prend beaucoup de temps pour organiser une sortie militaire, une patrouille, aller d'un endroit à un autre, pour s'assurer qu'on ne va pas tomber dans une embuscade.

Par ailleurs, ce sont des crises qui ont lieu dans des petits bourgs, parfois des hameaux, ou des grands villages, éparpillés sur des dizaines de milliers de km2. Donc être partout à la fois, c'est très difficile, et les forces internationales sont confrontées aux mêmes problèmes".

Faut-il attribuer l'attaque de Sobane Da aux jihadistes ?

"Ce n'est pas le mode opératoire des jihadistes. Ils n'ont pas l'habitude de s'attaquer à des communautés, ils l'ont dit clairement dans leurs discours.

Depuis Ogossagou (massacre de quelque 160 villageois peuls attribué à des chasseurs traditionnels dogons dits +dozos+, le 23 mars, NDLR), il y a eu beaucoup d'accrochages entre les jihadistes et les dozos, ce qui était assez rare avant.

Mais de là à attaquer toute une communauté, des femmes et des enfants, ça nécessiterait un grand changement dans leur discours et leur tactique. Sans oublier qu'il y a des Dogons jihadistes, donc il serait difficile pour eux de justifier qu'on attaque leur communauté de manière indiscriminée.

Cela dit, il y a des milices peules dans cette zone qui ont demandé aux jihadistes leur bénédiction ou leur appui pour faire face aux violences perpétrées par les dozos.

Donc, il se pourrait que des milices peules, en particulier celles dont les villages ont récemment été victimes des violences des dozos, soient responsables, tout comme il se pourrait que certains éléments jihadistes qui n'agissent pas au nom de la katiba Macina y aient participé. Seule l'enquête nous dira exactement qui en sont les vrais responsables".

Sobame Da après la tuerie
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Comment cet engrenage s'est-il déclenché ?

"Les tensions entre Peuls et Dogons se sont surtout exacerbées à partir de 2015, quand la katiba Macina est apparue et que des jihadistes qui accusent certains éléments dogons et bambaras de collaborer avec l'armée ont commencé à les éliminer.

Même si ces attaques étaient très ciblées, les milices ont considéré que chaque Dogon ou chaque Bambara touché, c'est comme si c'était la communauté qui était attaquée, donnant lieu à des représailles contre les communautés peules, soupçonnées de collaborer avec les jihadistes.

Aujourd'hui, c'est une situation qui est alimentée par la peur, la peur que ce soit l'autre qui attaque le premier, et un sentiment de vengeance. Il y a aussi un élément de banditisme et un désir de s'accaparer des terres".

Comment en sortir ?

"Cette violence communautaire est dérivée de l'insurrection jihadiste mais elle dépasse le cadre de l'insurrection jihadiste elle-même.

Le problème n'a pas commencé avec une tension entre des communautés, mais par des groupes armés de part et d'autre, les jihadistes d'un côté et les milices dozos de l'autre. On ne peut pas faire la paix sans impliquer ces groupes armés-là.

Parler entre les communautés en excluant les jihadistes ne marchera pas. Il va falloir parler avec les jihadistes, les amener à la table des négociations. Quand deux groupes se font la guerre, vous ne pouvez pas désarmer un groupe et laisser l'autre avec ses armes.

Mais les options ne sont pas nombreuses. Lorsque le président malien (Ibrahim Boubacar Keïta, NDLR) dit que la survie du Mali est en jeu, je crois qu'il a raison".

Retour des islamistes dans la région de Tombouctou

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Deux soldats et un gendarme maliens tués dans le nord et le centre

Des membres de l'Armée malienne (FAMA), du Groupe Autodefense Touareg Imghad et Alliés (GATIA) et du Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA) sont observés lors d'une patrouille mixte dans les environs du district du nord du Mali.

Deux gendarmes maliens ont été tués dimanche par une mine artisanale à l'entrée d'un poste militaire dans le centre du pays, et un soldat lors d'une embuscade plus au nord qui a également fait un blessé, ont annoncé lundi les forces armées maliennes (FAMa).

"Deux #FAMa de la Gendarmerie ont trouvé la mort lorsqu'un engin explosif improvisé ( #EEI) a explosé à leur passage à pied" dimanche à Sokolo, "à l'entrée du site du nouveau poste FAMa", a indiqué l'armée sur Twitter. Sokolo est situé dans le cercle de Niono, dans la région de Ségou (centre).

Plus de 10 civils peuls avaient été tués à la mi-mai dans cette région, dans le hameau de Heremakono, situé à 8 km de Niono.

A la limite du centre et du nord du Mali, un détachement de l'armée en mission d'escorte civile est par ailleurs tombé au retour dans une embuscade entre Niafounké et Tonka (à environ 100 km au sud de la ville de Tombouctou), ont également indiqué lundi les Forces armées, toujours sur Twitter.

"Au cours de cet accrochage, les FAMa ont enregistré un mort et un blessé", précise l'armée.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France. Cette intervention se poursuit avec l'opération française Barkhane.

Mais des zones entières du Mali échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, malgré la signature en 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes.

Depuis 2015, les violences se sont propagées du Nord vers le centre, voire parfois le Sud. Elles se mêlent très souvent à des conflits intercommunautaires, un phénomène que connaissent également le Burkina Faso et le Niger voisins.

Le village dogon de Sobane Da, près de Bandiagara (centre), a été le théâtre d'une attaque dans la soirée du 9 juin qui a fait 35 morts, dont 24 enfants.

Les violences dans le centre du pays avaient culminé avec le massacre le 23 mars, attribué à des chasseurs dogons, de quelque 160 Peuls, dans le village d'Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso.

Les camps de l'armée malienne, critiquée pour son manque d'efficacité, sont également régulièrement l'objet d'attaques dans le centre. Onze soldats avaient été tués en avril par des jihadistes présumés qui ont attaqué un de ses postes à Guiré, un mois après un assaut contre le camp militaire de Dioura au cours duquel près de 30 soldats avaient péri.

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