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La "survie" du pays en jeu, selon le président malien IBK

Le président du Mali Ibrahim Boubacar Keita , le 31 août 2018.

Un bilan estimé à une centaine de morts, des maisons incendiées, des animaux abattus: une attaque a ravagé un village dogon du centre du Mali, où le cycle d'atrocités entre communautés désormais antagonistes menace l'existence même du pays, a affirmé lundi le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Cette attaque, dans la nuit de dimanche à lundi, contre un village de la zone de Bandiagara, à l'est de Mopti, fait suite au massacre le 23 mars à Ogassogou de quelque 160 Peuls attribuée à des chasseurs dogons dans cette région, proche de la frontière avec le Burkina Faso, devenue la plus violente du pays.

Depuis l'apparition en 2015 dans la région du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense".

"Ce n'est pas à un cycle de vengeance, de vendetta, que ce pays doit être conduit", a déclaré à la télévision publique ORTM le président malien, en Suisse pour le centenaire de l'Organisation internationale du travail (OIT), annonçant qu'il écourtait son séjour.

"IBK" (ses initiales) a appelé au contraire à des "retrouvailles" entre Maliens, "qui seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre. Car nous sommes en question de survie", a-t-il estimé.

"Des hommes armés, soupçonnés d'être des terroristes, ont lancé un assaut meurtrier contre le paisible village de Sobame Da", avait auparavant annoncé le gouvernement.

"Le bilan provisoire établi par une mission du poste de sécurité de Diankabou", dans les environs, "fait état de 95 morts et de 19 portés disparus", a précisé le gouvernement, dénonçant un "carnage".

Un nouveau massacre endeuille le centre du pays
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"Barbarie inqualifiable"

Un élu local a évoqué des "corps calcinés". Selon un rescapé, Amadou Togo, les assaillants "une cinquantaine d'hommes lourdement armés, venus à bord de motos et de pick-up", ont "d'abord encerclé le hameau avant de lancer l'assaut".

"Certains ont été égorgés et éventrés, des greniers et du bétail ont été brûlés. Personne n'a été épargné: femmes, enfants et vieilles personnes", a-t-il raconté à l'AFP, évoquant, outre le bilan de 95 morts, 38 blessés.

Le chef de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), Mahamat Saleh Annadif, a condamné cet "acte d'une barbarie inqualifiable".

Ce drame rappelle "que dans cette spirale de la violence, il n'y a pas les méchants d'un côté et les gentils de l'autre. Tout le monde est responsable. Le seuil de l'intolérable est atteint et le temps d'un sursaut national s'impose", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé les protagonistes à "s'abstenir de représailles". Il "exhorte le gouvernement et tous les acteurs à engager un dialogue intercommunautaire pour résoudre les tensions et les différends".

L'association de chasseurs dogons Dan Nan Ambassagou, officiellement dissoute au lendemain du massacre d'Ogossagou, a condamné un "acte terroriste et génocidaire intolérable", indiquant qu'elle "considère cette attaque comme une déclaration de guerre".

Le groupe avait démenti toute implication dans la tuerie d'Ogossagou mais rejeté sa dissolution et refusé de "déposer les armes".

Peuls stigmatisés

Le ministère de la Justice a annoncé pour sa part "l'ouverture d'une enquête préliminaire par le procureur du pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée".

Dans un rapport publié la semaine dernière sur une attaque de chasseurs dogons présumés le 1er janvier ayant fait 39 tués peuls, la Minusma et le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH) avaient souligné l'exacerbation des tensions dans la région depuis deux ans.

"En l'absence des Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM), des soi-disant groupes d'autodéfense et autres milices se sont formés sur base communautaire", face aux Peuls, souvent assimilés aux extrémistes, selon ce rapport sur l'attaque contre le village de Koulogon.

Dans son dernier rapport sur le Mali, en vue de l'examen par le Conseil de sécurité le 27 juin du renouvellement du mandat de la Minusma, le secrétaire général de l'ONU met en garde contre de nouvelles "atrocités" dans le centre du pays.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, malgré la signature en 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes, dont l'application accumule les retards.

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Déplacement du président IBK à Sobane Da

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Sur le lieu d'une tuerie, le président malien récuse tout "conflit interethnique"

Le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, examine les dégâts après l'attaque par des hommes armés à Ogossagou, au Mali, le 25 mars 2019.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a récusé toute notion de "conflit interethnique" et promis la confiscation des armes illicites dans le centre du pays ensanglanté par les violences entre communautés, lors d'un déplacement dans un village dogon frappé par une tuerie.

Depuis l'apparition en 2015 dans cette région du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense".

"Il n'y a aucune espèce de conflit interethnique dans notre pays", a déclaré le président Keïta, lors de sa visite dans le hameau de Sobane Da, près de Bandiagara, où une attaque dans la soirée du 9 juin a fait 35 morts, dont 24 enfants.

Il a en revanche reconnu "des manipulations et des actes odieux aux fins de déstabiliser le Mali", appelant à un "sursaut salvateur" de tous les Maliens.

Les violences dans le centre du Mali avaient culminé avec le massacre le 23 mars, attribué à des chasseurs dogons, de quelque 160 Peuls, dans le village d'Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso.

Lors d'une rencontre avec les habitants, M. Keïta a annoncé le "désarmement de tous ceux qui détiennent illégalement les armes", sous peine de sanctions. Il a mis en garde les jeunes contre la tentation de la vengeance. "N'acceptez pas de vous enrôler dans une milice quelconque", leur a-t-il lancé.

L'attaque n'a pas été revendiquée, mais des habitants ont dit soupçonner des Peuls venus de localités voisines et présumés appartenir à des groupes jihadistes.

Arrivé à bord d'un hélicoptère de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), avec notamment la cardinal Jean Zerbo, archevêque de Bamako, et plusieurs ministres, dont celui de la Défense, M. Keïta s'est aussitôt dirigé vers la fosse commune où les 35 corps ont été inhumés.

Là, Mgr Zerbo a prié pour les victimes, en présence du chef de l'Etat. La population du village se compose essentiellement de catholiques, portant le même nom de famille, "Dara", alors que les Maliens, toutes communautés confondues, sont très majoritairement musulmans.

Enquêteurs de l'ONU sur place

Selon un enseignant de la localité voisine de Sangha, qui assistait à la visite, Moussa Touré, la population a été "bouleversée" par l'attaque des "terroristes". "Mais là où ils ont échoué, c'est qu'il s'attendaient à déclencher une guerre civile", a-t-il dit à l'AFP.

Par ailleurs, la Minusma a annoncé jeudi soir avoir dépêché dans le village "une équipe composée d'enquêteurs de sa division des droits de l'homme et de la protection, mais aussi de la police des Nations unies et de son unité de police technique et scientifique".

Le gouvernement a proclamé mercredi un deuil national de trois jours et révoqué le gouverneur de la région de Mopti (centre), où se concentre l'essentiel des violences dans le pays, le général Sidi Alassane Touré.

Quelques heures auparavant, une nouvelle attaque visant deux villages essentiellement dogons du secteur de Bankass, plus au sud, a fait au moins deux morts et des blessés, selon un élu local et une source de sécurité malienne.

Lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi, le chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif, a jugé que "le cycle infernal de la violence devait être arrêté" afin d'éviter que "chacun ne se fasse justice par lui-même".

Le ministre malien des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé, a pour sa part réclamé "une présence accrue" des Casques bleus dans le centre du pays. "Cette présence accrue est la condition du succès du processus politique que nous allons engager dans les prochains jours", a-t-il ajouté, sans autre précision.

Mais il a demandé que ce redéploiement ne se fasse pas "au détriment des régions du Nord" où les opérations militaires, notamment de la force française Barkhane, continuent à se dérouler.

Le nord du Mali était tombé en 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, malgré la signature en 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes.

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