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Tuerie au Mali: une milice de chasseurs dissoute, l'état-major limogé

Le présiden malien, Ibrahim Boubacar Keita, dans le nord du Mali, le 19 mai 2017.

Le gouvernement malien a prononcé dimanche la dissolution d'une milice de chasseurs dogons et limogé les chefs de l'armée, au lendemain du massacre de plus de 130 Peuls dans le centre du pays, l'attaque la plus meurtrière qu'ait connue le Mali depuis au moins six ans.

Cette tuerie est la plus sanglante depuis la fin des principaux combats de l'opération lancée en 2013, à l'initiative de la France, pour chasser les groupes jihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays. Elle s'est produite en pleine visite du Conseil de sécurité de l'ONU au Mali et au Burkina Faso voisin.

Depuis l'apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture. Les Dogons ont créé leurs propres "groupes d'autodéfense", dont l'association "Dan Nan Ambassagou".

Ces violences avaient coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l'ONU.

Dans la soirée, la télévision publique ORTM a annoncé un "bilan provisoire" de 136 tués pour cette attaque, dans le village d'Ogossagou-Peul, dans la zone de Bankass, près de la frontière avec le Burkina Faso. La télévision a montré des images de cases incendiées, de bétail brûlé et de douilles de fusil dans le village.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a réuni dimanche un Conseil des ministres extraordinaire qui a prononcé "la dissolution de l'association +Dan Nan Ambassagou+ pour dire clairement aux uns et aux autres que la protection des populations restera le monopole de l'Etat", a expliqué le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga.

"Depuis un certain temps", a affirmé le gouvernement dans un communiqué, l'association "s'est écartée de ses objectifs initiaux, en dépit des mises en garde répétées des autorités administratives locales".

Le gouvernement a également annoncé le remplacement des chefs d'état-major des armées, de l'armée de Terre et de l'armée de l'Air.

Ces limogeages au sommet de la hiérarchie militaire interviennent également après l'attaque jihadiste le 17 mars contre un camp de l'armée à Dioura (centre), au cours de laquelle 26 soldats ont péri.

La principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda, à laquelle appartient le groupe d'Amadou Koufa, avait d'ailleurs justifié vendredi l'opération de Dioura par de précédents "crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre nos frères peuls".

- Inédit, "pas imprévisible" -

Une délégation gouvernementale conduite par le ministre de la Justice, Tiéna Coulibaly, s'est rendue dimanche sur les lieux de la tuerie. Cette délégation a été envoyée par le président Keïta pour "dire aux populations d'Ogossagou que ce qui s'est passé ici est inacceptable, que ce qui s'est passé ici ne restera pas impuni", a assuré le ministre.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'était déclaré samedi soir "choqué et outré", appelant "les autorités maliennes à enquêter rapidement sur cette tragédie et à traduire ses auteurs en justice".

L'Union européenne a appelé dimanche à des "mesures immédiates", dont "le désarmement et le démantèlement de l'ensemble des milices qui sévissent" dans le centre du Mali. La France également "salue l'engagement du gouvernement malien à dissoudre les milices qui alimentent la terreur dans cette région et qui doivent être désarmées".

Parmi les tués d'Ogossagou-Peul figuraient "des éléments peuls du DDR cantonnés dans le village", avait indiqué samedi le préfet de Bankass, Boubacar Kané. Il faisait référence à l'extension au centre du pays depuis le début de l'année du processus de "désarmement, démobilisation et réinsertion" (DDR) prévu par l'accord de paix de 2015 pour les combattants de groupes armés du Nord, censé justement mettre fin à la prolifération de milices.

Pour Baba Dakono, chercheur à Bamako pour l'Institut d'études de sécurité sur l'Afrique (ISS), "le drame d'Ogossagou-Peul est certes inédit mais il n'était pas imprévisible".

"L'ampleur dépasse l'entendement, mais les conditions pour qu'il arrive existaient et étaient connues", a-t-il souligné, évoquant les carences de l'Etat, "l'accès facile aux armes" et "l'instrumentalisation du facteur +terroriste+" par l'ensemble des protagonistes.

Dans un rapport publié le 5 mars, le secrétaire général de l'ONU saluait de récentes avancées dans l'application de l'accord de paix de 2015, mais regrettait que "la menace, qui continue de se propager du nord vers le centre du Mali, détourne l'attention de l'Accord et en complique la mise en oeuvre".

Il citait ainsi "l'expansion des groupes extrémistes, qui exacerbe les violences intercommunautaires, la multiplication des explosions touchant les forces de sécurité et les civils et l'accroissement du nombre de personnes déplacées".

Avec AFP

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Crise malienne: les leaders de la contestation relâchés

Issa Kaou Djim membre du M5 RFP. (Kassim Traoré/VOA)

Les leaders de la contestation qui réclame un changement de pouvoir au Mali arrêtés en fin de semaine dernière ont été relâchés, ont indiqué leurs avocats lundi.

"Mes trois clients Choguel Maïga, Kaou Djim et l'imam (Oumarou) Diarra viennent d'être libérés. D'autres ont été libérés hier soir déjà, de manière désordonnée", a dit à l'AFP un de leurs avocats, Me Alifa Habib Koné. Ils avaient été arrêtés alors que la capitale Bamako connaissait ses plus graves troubles depuis des années.

"Nous avons appris que ceux qui étaient au commissariat du troisième arrondissement ont aussi été libérés. Tous sont libres", a ajouté l'avocat.

Un autre avocat, Abdrahamane Ben Mamata Touré, ainsi que Boulan Barro, un responsable du mouvement dit du 5-Juin qui porte la contestation, ont également fait état de leur libération auprès de l'AFP.

En tout, une vingtaine d'opposants et de leaders de ce mouvement avaient été arrêtés depuis vendredi, avait indiqué dimanche Me Koné.

Les représentants de l'Union africaine, de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), de l'ONU et de l'UE au Mali avaient réclamé leur libération dans un communiqué commun. Ils la disaient nécessaire au dialogue entre le pouvoir et la contestation après trois jours de violences qui ont fait au moins 11 morts et des dizaines de blessés.

La communauté internationale demande la libération des leaders de la contestation malienne

Des partisans de l'opposition brandissent des pancartes lors d'une manifestation à Bamako, au Mali, le 11 août 2018. REUTERS / Luc Gnago - RC1F5FAB3060

La communauté internationale exhorte le pouvoir malien sous pression à libérer les leaders de la contestation pour tenter de mettre fin aux troubles qui ont conduit à l'instauration d'un climat semi-insurrectionnel à Bamako au cours du week-end.

Bamako a connu des incidents épars dans la nuit de dimanche à lundi. Lundi matin, des policiers affichaient une forte présence près de deux des trois ponts qui enjambent le fleuve Niger, axes cruciaux de circulation entre les deux parties de la capitale.

Toutes les banques sont restées fermées.

Mais, indice possible d'une précaire baisse de tension, le trafic a repris sur les ponts qui avaient été coupés par la contestation.

Les incidents de la nuit ont aussi été sans commune mesure avec les émeutes qui ont fait au moins onze morts entre vendredi et dimanche midi, selon un responsable des urgences d'un grand hôpital.

La contestation fait, elle, état d'un bilan plus lourd. Deux personnes blessées lors des affrontements de Badalabougou, quartier où la confrontation entre Bamakois et forces de sécurité tirant à balles réelles a donné lieu à des images de scènes de guerre samedi soir, ont succombé, ont annoncé leurs parents lundi.

Au centre des évènements de Badalabougou, l'imam Mahmoud Dicko, qui prêche là et que ses fidèles disaient vouloir protéger d'une arrestation, avait lancé dimanche un appel au calme qui paraît avoir été au moins partiellement entendu.

- Condamnation vigoureuse -

La capitale, préservée en temps normal par les violences jihadistes et intercommunautaires qui endeuillent le nord et le centre du pays, a été la proie vendredi, samedi et une partie de dimanche de ses troubles civils les plus graves depuis des années.

La tension demeure, ainsi que la pression sur le président Ibrahim Boubacar Keïta, qui focalise la colère et dont la contestation réclame le départ.

L'escalade en cours alarme les alliés et les voisins du Mali, inquiets d'un élément déstabilisateur de plus dans un pays confronté au jihadisme et à une série de défis majeurs, dans une région elle-même tourmentée.

Dans un communiqué commun, les représentants de l'Union africaine, de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), de l'ONU et de l'UE au Mali ont exprimé leur préoccupation et appelé à la retenue toutes les parties prenantes à la crise.

Ils ont condamné "avec vigueur" la violence, mais aussi, à l'adresse directe du pouvoir, le recours à la force létale par les forces de sécurité. Ils ont aussi demandé la libération des leaders de la contestation.

Une vingtaine d'opposants, dont plusieurs chefs de file du Mouvement dit du 5-Juin, ont été arrêtés depuis vendredi, a déclaré un de leurs avocats, Alifa Habib Koné.

Le Mouvement dit du 5-juin, coalition hétéroclite de leaders religieux, de personnalités du monde politique et de la société civile, s'est aggloméré autour de l'imam Dicko, éminente personnalité publique et bête noire du pouvoir.

- Exigences radicales -

Le Mouvement a fait descendre des milliers de Bamakois dans la rue à trois reprises depuis juin. Frustré de ne pas voir ses exigences satisfaites par le pouvoir, il est entré vendredi en "désobéissance civile". Les tensions qui se sont intensifiées depuis les législatives contestées de mars-avril ont alors dégénéré.

Le mouvement canalise une multitude de mécontentements dans l'un des pays les plus pauvres du monde: contre la dégradation sécuritaire et l'incapacité à y faire face, le marasme économique, la défaillance de l'Etat, ou le discrédit répandu d'institutions suspectes de corruption.

Le mouvement dit être pacifique et accuse le pouvoir des violences.

Ses exigences radicales placent le chef de l'Etat dans une situation très compliquée: dissolution du Parlement, démission des juges de la Cour constitutionnelle, formation d'un gouvernement dont il nommerait le Premier ministre et, au bout du compte, départ du président.

M. Keïta, 75 ans, président depuis 2013 réélu en 2018, a proposé un gouvernement d'union nationale. Il a annoncé la dissolution de la Cour constitutionnelle. Il a ouvert la voie à des législatives partielles là où la Cour a invalidé les résultats des élections de mars-avril.

La décision de la Cour constitutionnelle passe pour un élément déclencheur de la crise.

Aucune des ouvertures de M. Keïta n'a jusqu'alors fait retomber la fièvre, au contraire. Ce qui reste du Mouvement du 5-Juin maintient ses revendications. A l'exception de l'imam Dicko, un certain nombre de ses chefs non arrêtés semblent se tenir à l'abri.

L'imam Mahmoud Dicko explique le sens du combat qu'il mène

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