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Sur le lieu d'une tuerie, le président malien récuse tout "conflit interethnique"

Le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, examine les dégâts après l'attaque par des hommes armés à Ogossagou, au Mali, le 25 mars 2019.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a récusé toute notion de "conflit interethnique" et promis la confiscation des armes illicites dans le centre du pays ensanglanté par les violences entre communautés, lors d'un déplacement dans un village dogon frappé par une tuerie.

Depuis l'apparition en 2015 dans cette région du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense".

"Il n'y a aucune espèce de conflit interethnique dans notre pays", a déclaré le président Keïta, lors de sa visite dans le hameau de Sobane Da, près de Bandiagara, où une attaque dans la soirée du 9 juin a fait 35 morts, dont 24 enfants.

Il a en revanche reconnu "des manipulations et des actes odieux aux fins de déstabiliser le Mali", appelant à un "sursaut salvateur" de tous les Maliens.

Les violences dans le centre du Mali avaient culminé avec le massacre le 23 mars, attribué à des chasseurs dogons, de quelque 160 Peuls, dans le village d'Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso.

Lors d'une rencontre avec les habitants, M. Keïta a annoncé le "désarmement de tous ceux qui détiennent illégalement les armes", sous peine de sanctions. Il a mis en garde les jeunes contre la tentation de la vengeance. "N'acceptez pas de vous enrôler dans une milice quelconque", leur a-t-il lancé.

L'attaque n'a pas été revendiquée, mais des habitants ont dit soupçonner des Peuls venus de localités voisines et présumés appartenir à des groupes jihadistes.

Arrivé à bord d'un hélicoptère de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), avec notamment la cardinal Jean Zerbo, archevêque de Bamako, et plusieurs ministres, dont celui de la Défense, M. Keïta s'est aussitôt dirigé vers la fosse commune où les 35 corps ont été inhumés.

Là, Mgr Zerbo a prié pour les victimes, en présence du chef de l'Etat. La population du village se compose essentiellement de catholiques, portant le même nom de famille, "Dara", alors que les Maliens, toutes communautés confondues, sont très majoritairement musulmans.

Enquêteurs de l'ONU sur place

Selon un enseignant de la localité voisine de Sangha, qui assistait à la visite, Moussa Touré, la population a été "bouleversée" par l'attaque des "terroristes". "Mais là où ils ont échoué, c'est qu'il s'attendaient à déclencher une guerre civile", a-t-il dit à l'AFP.

Par ailleurs, la Minusma a annoncé jeudi soir avoir dépêché dans le village "une équipe composée d'enquêteurs de sa division des droits de l'homme et de la protection, mais aussi de la police des Nations unies et de son unité de police technique et scientifique".

Le gouvernement a proclamé mercredi un deuil national de trois jours et révoqué le gouverneur de la région de Mopti (centre), où se concentre l'essentiel des violences dans le pays, le général Sidi Alassane Touré.

Quelques heures auparavant, une nouvelle attaque visant deux villages essentiellement dogons du secteur de Bankass, plus au sud, a fait au moins deux morts et des blessés, selon un élu local et une source de sécurité malienne.

Lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi, le chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif, a jugé que "le cycle infernal de la violence devait être arrêté" afin d'éviter que "chacun ne se fasse justice par lui-même".

Le ministre malien des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé, a pour sa part réclamé "une présence accrue" des Casques bleus dans le centre du pays. "Cette présence accrue est la condition du succès du processus politique que nous allons engager dans les prochains jours", a-t-il ajouté, sans autre précision.

Mais il a demandé que ce redéploiement ne se fasse pas "au détriment des régions du Nord" où les opérations militaires, notamment de la force française Barkhane, continuent à se dérouler.

Le nord du Mali était tombé en 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, malgré la signature en 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes.

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Neuf soldats tués et des dizaines blessés dans le centre du Mali

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Neuf militaires maliens tués dans le centre du pays

Un engin blindé est garé devant la base militaire française à l'aéroport malien de Gao, le 9 mars 2013.

Au moins neuf militaires maliens ont été tués jeudi soir dans une attaque contre la gendarmerie dans le centre du Mali, où sévissent des groupes jihadistes, a indiqué vendredi une source militaire, alors que de premiers bilans faisaient état de huit gendarmes tués.

"Le nouveau bilan est de neuf morts dans nos rangs", a dit à l'AFP cette source militaire ayant requis l'anonymat.

Une source militaire avait indiqué auparavant qu'il y avait "eu une attaque contre le détachement de la gendarmerie de Bandiagara par les individus armés non identifiés" entre 21H00 et 22H00 jeudi. "Le bilan provisoire est de huit morts et neuf blessés, dont cinq graves", avait-elle précisé.

L'attaque a visé un petit bâtiment abritant l'escadron de la gendarmerie à la sortie de la ville, sur la route de Bankass, selon cette source. Un autre responsable sécuritaire a pour sa part évoqué une attaque "simultanée" contre trois positions de la gendarmerie à Bandiagara.

"Les coups de feu ont duré (une partie) de la nuit", a déclaré à l'AFP un élu de Bandiagara.

Selon le porte-parole d'un collectif d'associations du pays dogon, Adama Dionko, "les échanges de tirs ont duré parce que les assaillants étaient en nombre important". Il a aussi évoqué des "dégâts matériels considérables".

Depuis 2012 et le déclenchement de rébellions, indépendantiste puis jihadiste, dans le nord, le Mali est plongé dans une tourmente multiforme qui a fait des milliers de morts, civils et combattants, et des centaines de milliers de déplacés, malgré le soutien de la communauté internationale et l'intervention de forces de l'ONU, africaines et françaises.

Les violences se sont propagées vers le centre du pays, qui en est devenu un des principaux foyers, et vers le Burkina Faso et le Niger voisins.

Les groupes armés apparus en 2015 dans le centre du Mali ont prospéré sur les anciens antagonismes liés à la terre, entre éleveurs et agriculteurs et entre ethnies peul, bambara et dogon. Ils attaquent tout ce qui reste de représentation de l'Etat et fomentent ou attisent ces tensions. Des "groupes d'autodéfense" communautaires sont également accusés d'exactions.

L'ONU accuse des Maliens d'avoir violé ses sanctions

Cérémonie de signature du cessez-le-feu entre l'ex-rébellion à dominante touareg dans le nord du Mali et les groupes armés soutenant le gouvernement à Bamako, Mali, 20 septembre 2017. (Facebppk/Azawad)

Des sanctions individuelles imposées par l'ONU à des Maliens accusés d'entraver le processus de paix au Mali ont fait l'objet de violations en 2020, indiquent dans un rapport publié jeudi les experts indépendants chargés de leur application, en regrettant des entraves onusiennes à leur travail.

"Le groupe d'experts a reçu des informations selon lesquelles des personnes inscrites sur la liste relative aux sanctions imposées par la résolution 2374 auraient continué de se déplacer pendant la période considérée, en violation de l'interdiction de voyager", indique leur document.

Les experts évoquent notamment un voyage en octobre en Mauritanie de Mohamed Ould Mataly, qui figure parmi les personnes sanctionnées par l'ONU. Ils précisent avoir rappelé aux autorités mauritaniennes qu'elles sont tenues de demander une dérogation avant d'accepter de telles personnes sur leur sol.

Le groupe d'experts a aussi demandé des éclaircissements aux autorités maliennes sur des fonds versés par l'Etat malien à huit personnes, frappées de gels d'avoirs suite à leur inscription sur la liste des sanctions, qui "sont restés sans réponse".

Le rapport cite notamment le cas de Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune, secrétaire général de la Coalition du peuple de l'Azawad, qui a été nommé membre du Conseil national de transition au Mali début décembre. Ce responsable avait été placé sur la liste de sanctions de l'ONU en décembre 2018 pour avoir pris des mesures faisant obstacle à la mise en oeuvre de l'accord de paix au Mali de 2015.

Les experts disent par ailleurs regretter les obstacles qui ont été opposés à leur travail par l'ONU. Depuis leur nomination en octobre 2020, ils indiquent n'avoir pas été en mesure de se rendre au Mali ni ailleurs.

En particulier, ils précisent n'avoir pu se rendre dans plusieurs capitales européennes "en raison de (leur) nomination tardive par le secrétaire général" de l'ONU, Antonio Guterres. Ils ajoutent que la mission de paix onusienne Minusma "a refusé" aux experts de réduire de 14 à 7 jours la quarantaine qu'elle s'est imposée elle-même au Mali ou de leur accorder une exemption.

Entre octobre et décembre, leur voyage au Mali a dû être reporté à trois reprises pour finalement être annulé au dernier moment, précise leur rapport.

VOA60 Afrique du 25 février 2021

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