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Mauritanie

Sécurité et développement: le G5 Sahel en appelle aux bailleurs de fonds

Un soldat de l'armée malienne monte la garde devant le poste de commandement du G5-Sahel, à Sevare, 30 mai 2018.

L'organisation G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) espère lever 1,9 milliard d'euros jeudi pour des projets de développement, en particulier dans les régions frontalières où les jihadistes tirent parti des carences des Etats pour s'implanter.

A Nouakchott, la capitale mauritanienne, siège du secrétariat du G5 Sahel, les présidents de ces pays, parmi les plus pauvres du monde, vont présenter 40 projets couvrant la période 2019-2021 devant bailleurs de fonds et partenaires internationaux, dont l'Union européenne et la France - représentée par son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

"Les Etats membres ont sécurisé 13% de l'objectif de la levée de fonds", a indiqué dans une tribune publiée à quelques jours de la conférence, le président en exercice du G5 Sahel, le Nigérien Mahamadou Issoufou.

"Partout où c'est possible, il faut accroître au plus vite l'accès aux services de l'Etat lorsqu'ils sont insuffisants", a-t-il dit.

"La sécurité avait pris le dessus sur le développement au sein du G5 Sahel", relève une source diplomatique française, en référence à la force conjointe antijihadiste créée en 2017 par l'organisation. "Avec cette conférence, il montre sa volonté de remettre le développement au centre."

Les zones reculées, délaissées ou abandonnées par le pouvoir central, sont au coeur des préoccupations, notamment dans les secteurs frontaliers.

En construisant des écoles, des centres de soins ou en offrant un accès à l'eau, les gouvernements espèrent fidéliser des populations déshéritées susceptibles de céder sinon aux sirènes jihadistes.

"Un des vecteurs principaux de la radicalisation, c'est le sentiment d'injustice et de marginalisation. Si on veut stabiliser des zones, il faut pouvoir les développer", souligne-t-on de source diplomatique.

Mais dans un rapport publié mercredi, Action Contre la Faim, Oxfam et Save The Children pointent les risques du "lien entre sécurité et développement" qui "est au coeur de la nouvelle approche prônée dans le Sahel par les Etats et les bailleurs de fonds, notamment l'Union européenne et la France".

Selon ces trois ONG, "il est inquiétant de voir que la réponse se focalise sur le développement économique sans prendre autant en compte les griefs légitimes de la population autour des problèmes de gouvernance, d'inégalités, de distribution des richesses et de justice de genre".

- "Climat de confiance" -

De plus, le poids croissant des dépenses militaires des pays concernés pourrait les amener à considérer "que c'est aux partenaires techniques et financiers d'assumer les dépenses sociales et de développement", une "déresponsabilisation" qui risquerait "d'aggraver la crise de confiance existante entre les citoyens de zones marginalisées économiquement et les Etats du Sahel", selon le rapport.

Les groupes jihadistes, en grande partie chassés du nord du Mali par l'intervention militaire lancée par la France en 2013, ont depuis regagné du terrain, en particulier dans le centre du pays, et le phénomène s'étend au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires.

Cette dégradation de la situation a conduit le G5 Sahel à réactiver en 2017 son projet de force conjointe. En plus d'un an et demi, cette force a mené une dizaine d'opérations avec l'appui direct de l'opération française Barkhane, sans réel impact sur le terrain, où elle n'a pas encore croisé le fer avec les jihadistes.

La pauvreté et les changements climatiques qui réduisent l'accès aux ressources naturelles alimentent aussi les tensions intercommunautaires. Les forces armées sont par ailleurs régulièrement accusées d'exactions.

"Il reste d'importants progrès à faire pour protéger les civils et instaurer un climat de confiance entre forces de sécurité et de défense et populations", concède Mahamadou Issoufou.

Dans ce contexte, le G5 Sahel a défini un "programme de développement d'urgence" axé sur trois priorités, l'hydraulique, la gestion des conflits intercommunautaires et la sécurité intérieure.

L'accent est mis sur le nord du Burkina Faso, le centre du Mali, la région des Hodh en Mauritanie ainsi que celles de Tillabéri au Niger et Kanem au Tchad.

Les interventions à financement modeste (moins de 500.000 euros) vont cohabiter avec des projets d'infrastructures (jusqu'à 100 millions d'euros), visant l'accélération de l'intégration régionale.

La question du financement pérenne de la force conjointe, qui peine à devenir pleinement opérationnelle malgré des engagements de quelque 420 millions d'euros, sera très probablement abordée de façon informelle entre les chefs d'Etat du G5 Sahel, selon des sources diplomatiques.

Avec AFP

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Présidentielle: de joyeuses soirées sous la tente rythment la campagne

Aminetou Mint Yarg avec des membres de sa famille, Dar El Barka, Mauritanie, le 20 octobre 2018.

La campagne pour l'élection présidentielle du 22 juin en Mauritanie permet aux habitants de cet immense pays sahélien de renouer avec la tradition des soirées électorales sous la tente, événements festifs où les candidats défendent leur programme au son de la musique des griots.

Ils sont six à espérer succéder au président Mohamed Ould Abdel Aziz, au pouvoir depuis 10 ans et interdit de troisième mandat par la Constitution.

Un favori émerge: l'ex-général Mohamed Ould Ghazouani, compagnon de toujours du président sortant, crédité samedi de 29,5% des intentions de vote par un sondage du Centre mauritanien des études et des recherches stratégiques (Cmers) réalisé à Nouakchott, où vit près d'un quart de la population.

Le candidat du pouvoir est suivi par l'ancien chef de gouvernement de transition (2005-2007), Sidi Mohamed Ould Boubacar, crédité de 23%, qui espère le pousser au moins à un second tour, le 6 juillet.

M. Ould Boubacar est soutenu par une coalition comprenant le parti islamiste Tewassoul, principale force d'opposition, et par l'homme d'affaires franco-mauritanien en exil Mohamed Ould Bouamatou, bête noire du régime.

Comme eux, le militant antiesclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid (9,5% dans le sondage), l'opposant historique Mohamed Ould Moloud (3,7%), le journaliste Baba Hamidou Kane (2,6%) et le néophyte Mohamed Lemine El-Mourteji El-Wavi (2,1%) se sont lancés dans la campagne pour le premier tour du 22 juin.

- "Plaisirs partagés" -

A Nouakchott, les partisans de Mohamed Ould Ghazouani ont dressé leur tente traditionnelle à côté de celle des soutiens de Sidi Mohamed Ould Boubacar.

Une occasion pour les deux camps d'attirer du monde et de faire passer leur message, alors qu'aucun débat télévisé n'est prévu jusqu'au premier tour.

Vêtue d'un "voile de campagne" aux couleurs de son candidat, Salka Mint Cheikh raconte que les militants de la tente d'à côté "ne se privent pas d'assister à nos soirées dansantes". "Nous ferons sans doute la même chose s'ils organisent la leur".

Nagi Ould Ahmed, jeune partisan du candidat du pouvoir, affirme ne rater aucun de ces rendez-vous électoraux nocturnes, les qualifiant de "belles occasions de plaisirs partagés, qui ont fait notre spécificité depuis belle lurette".

"C'est aussi l'occasion d'une redistribution d'argent dont seule la campagne électorale possède le secret", relève l'étudiant, adossé au mât de la tente, au milieu d'un assourdissant concert de musique.

"Tous y trouvent leur compte", poursuit-il, en citant les "restaurateurs qui alimentent les lieux, les griots et les chanteurs qui les animent" et tous les "petits travailleurs" chargés de l'organisation. Et c'est sans compter les "calligraphes, photographes et imprimeurs", dont les affaires prospèrent également.

- Chefs de tribus très courtisés -

Avant de terminer leur campagne jeudi à Nouakchott, les candidats ont sillonné le pays, en commençant par les régions pastorale de l'Est et agricole du Sud-Ouest, viviers convoités d'électeurs dans ce pays de 4,5 millions d'habitants deux fois grand comme la France.

Dans ces régions, les chefs de tribus et de clans sont particulièrement courtisés. Agissant comme des "grands électeurs", ils peuvent mobiliser autour d'un candidat, tant dans les villes que dans les campagnes, souvent pauvres et désoeuvrées.

Les prétendants ont promis une amélioration des conditions de vie, alors que la croissance économique, de 3,6% en 2018, continue sa reprise progressive tout en restant insuffisante comparée à la croissance démographique, selon la Banque mondiale.

Dans le camp du candidat du pouvoir, qui jure de "ne laisser personne au bord de la route", on estime que l'affluence à ses meetings a "constitué un plébiscite" et démontré sa "force de conviction".

L'un de ses porte-parole, Saleh Ould Dehmache, a toutefois dénoncé la diffusion sur les réseaux sociaux d'enregistrements "peu scrupuleux" mettant en cause la moralité du candidat, les qualifiant de "montages grossiers".

L'opposition a mis en garde contre un "hold-up" électoral, réclamé en vain la présence d'observateurs étrangers et accusé la Commission électorale nationale indépendante (Céni) d'être "totalement acquise au candidat du pouvoir".

Le président de cette institution assure toutefois que "tout sera fin prêt" pour une élection "dont la transparence sera assurée, même en l'absence d'observateurs".

Avec AFP

Coup d'envoi de la campagne électorale en Mauritanie

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Mauritanie: six candidats en campagne pour succéder au président Aziz

Mauritanie: six candidats en campagne pour succéder au président Aziz
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Mauritanie: six candidats en campagne pour succéder au président Aziz

Le président mauritanien sortant Mohamed Ould Abdel Aziz, dont le second mandat s'achève en août et qui ne peut se représenter.

La campagne officielle pour l'élection présidentielle du 22 juin en Mauritanie s'est ouverte vendredi, à deux semaines d'un scrutin censé consolider la démocratie dans ce vaste pays d'Afrique de l'Ouest, mais dont les préparatifs inquiètent l'opposition.

Depuis minuit (00H00 GMT), les six candidats déclarés à la succession du président Mohamed Ould Abdel Aziz, dont le second mandat s'achève en août et qui ne peut se représenter, ont le droit de tenir des meetings.

Ils devraient sillonner le pays jusqu'à la fin de la campagne le 20 juin, à deux jours du premier tour, mais aucun débat télévisé entre les candidats n'est prévu.

En cas de second tour, celui-ci se tiendra le 6 juillet.

Pendant la précampagne, l'opposition s'est inquiétée d'un prémice de "hold-up électoral", dénonçant notamment la composition de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), dont elle juge les membres trop proches du pouvoir.

Ce scrutin devrait néanmoins marquer la première passation de pouvoirs entre un président sortant et son successeur élu dans ce pays désertique de 4,5 millions d'habitants, qui a connu de nombreux coups d'Etat de 1978 à 2008.

- "Dialogue stratégique" -

"Je vous appelle à prouver, de nouveau, votre attachement à la patrie et à la démocratie, votre maturité politique et à aborder ces élections dans un esprit de compétition responsable et dans un climat de tolérance, de fraternité", a déclaré dimanche 2 juin le président sortant, ancien général arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2008, élu en 2009 puis réélu en 2014.

Son parti a désigné comme candidat un autre ex-général, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, dit Ould Ghazouani. Ce compagnon de toujours du président Aziz, avec lequel il a participé à deux putschs, en 2005 et 2008, date à laquelle il est devenu chef d'état-major, fut ministre de la Défense de novembre 2018 à mars 2019.

"Je vous convie à une campagne centrée sur les programmes", a déclaré M. Ould Ghazouani en début de semaine. Il a promis, s'il est élu, de "promouvoir un dialogue permanent avec les forces politiques sur les questions stratégiques", ce qui lui a valu le ralliement de plusieurs figures de l'opposition.

M. Ould Ghazouani a également mis en tête de ses priorités "la sécurité et la stabilité" du pays, alors que la Mauritanie avait été durement frappée par les attentats jihadistes et les enlèvements d'étrangers dans les années 2000. Depuis lors, le pays a engagé une politique volontariste: remise sur pied de l'armée, surveillance accrue du territoire et aide au développement des zones les plus reculées, en particulier aux abords des frontières avec le Mali.

Face à lui se présente notamment l'ancien chef de gouvernement de transition (2005-2007), Sidi Mohamed Ould Boubacar. Soutenu par une coalition comprenant le parti islamiste Tewassoul, principale force d'opposition, et par l'homme d'affaires franco-mauritanien en exil Mohamed Ould Bouamatou, il est onsidéré comme l'adversaire le plus sérieux de M. Ould Ghazouani.

- Séquelles de l'esclavage -

Le militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid, arrivé en deuxième position avec seulement quelque 9% des voix lors de la présidentielle de 2014, boycottée par les principaux partis d'opposition, est de nouveau candidat. Il a promis d'appliquer une série de 12 recommandations d'Amnesty International en faveur des droits humains, et notamment de combattre les séquelles de l'esclavage et les violences faites aux femmes.

La population mauritanienne se compose de communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes (Peuls, Soninkés et Wolofe).

Jusqu'à 43.000 personnes étaient encore réduites en esclavage en 2016, soit environ 1% de la population totale, selon des estimations d'organisations spécialisées citées par Amnesty.

La liste des candidats comprend également Mohamed Ould Moloud, chef du parti de l'Union des forces du progrès (UFP, gauche), Baba Hamidou Kane, journaliste et candidat malheureux à la présidentielle de 2009 (moins de 2%), ainsi que le néophyte Mohamed Lemine El-Mourteji El-Wavi, expert financier et haut fonctionnaire au Trésor mauritanien.

Avec AFP

Présidentielle en Mauritanie: Amnesty demande aux candidats de s'engager pour les droits de l'homme

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz à Bamako, le 2 juillet 2017.

Amnesty International et des ONG actives en Mauritanie ont appelé lundi les six candidats à la présidentielle à signer un manifeste contenant 12 engagements en faveur des droits humains, et notamment de combattre l'esclavage et les violences faites aux femmes, à trois semaines du scrutin.

"Il faut que le prochain président mauritanien s'attaque de toute urgence à la situation déplorable du pays en matière de droits humains", ont déclaré dans un communiqué Amnesty International, le Forum des organisations nationales de droits humains (FONADH) et 31 organisations locales de défense des droits humains.

Six candidats, dont celui du parti au pouvoir, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, compagnon de toujours du président Mohamed Ould Abdel Aziz (dont le mandat s'achève en août et qui ne peut se représenter au terme de son second mandat), sont en lice pour le premier tour de la présidentielle, prévu le 22 juin.

Ce scrutin devrait marquer la première passation de pouvoir entre un président sortant et son successeur élu dans ce pays désertique d'Afrique de l'Ouest, qui a connu de nombreux coups d'Etat de 1978 à 2008 et où la charia est la source du droit.

Dans leur communiqué, ces organisations appellent tous les candidats à "signer un manifeste contenant 12 engagements en faveur de la promotion et de la protection des droits humains en Mauritanie".

Le prochain président devra adopter "une position plus ferme à l'égard de l'esclavage, de la traite des êtres humains et des attaques contre le droit à la liberté d'expression, y compris les manoeuvres d'intimidation et le harcèlement visant les défenseurs des droits humains qui dénoncent la discrimination", estime ces organisations.

Le point 3 du manifeste proposé à la signature des candidats stipule qu'une "loi pour lutter contre la violence faite aux femmes sera adoptée dès la première année du mandat", alors qu'une loi visant à mettre fin aux "discriminations liées au genre" a été rejetée par deux fois --janvier 2017 et décembre 2018-- par l'Assemblée nationale.

Officiellement, l'esclavage a été aboli en 1981 en Mauritanie. Mais le phénomène persiste, selon des ONG, notamment sous la forme de cession gratuite par les descendants d'esclaves d'une partie de leur récolte à leurs maîtres traditionnels, de mariage forcé d'esclaves et même de vente.

En août 2015, la Mauritanie a adopté une nouvelle loi faisant de l'esclavage un "crime contre l'humanité", réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison.

La population de ce pays de 4,5 millions d'habitants se compose de communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes (Peuls, Soninkés ...).

Jusqu'à 43.000 personnes en Mauritanie étaient encore réduites en esclavage en 2016, soit environ 1% de la population totale, selon un rapport d'Amnesty publié le 22 mars, citant des estimations d'organisations spécialisées.

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