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Crise malienne: 3 autres présidents africains viennent en appui à Goodluck Jonathan

Les présidents des pays membres de la CEDEAO lors du lancement d'Eco monnaie à Abuja, au Nigéria, le 21 décembre 2019 (Twitter / Présidence de la Côte d'Ivoire)

Quatre chefs d'État des pays d'Afrique de l'Ouest sont attendus jeudi à Bamako pour tenter de trouver une issue à la crise socio-politique que traverse le Mali.

Mahamadou Issoufou (Niger), Alassane Ouattara (Côte d'Ivoire), Macky Sall (Sénégal) et Nana Akufo-Addo (Ghana) "sont attendus jeudi à Bamako", a déclaré un responsable de la présidence malienne sous le couvert de l'anonymat. La durée de cette mission n'a pas été précisée.

Ces présidents de la Cedeao iront dans la capitale malienne pour tenter de trouver une issue à la crise socio-politique que traverse le Mali, après plusieurs semaines de contestation du pouvoir du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Lundi, alors que quelques barricades érigées dans les faubourgs de Bamako par des opposants au président Keïta, alias "IBK", ont été rapidement démantelées par les forces de l'ordre, les pourparlers diplomatiques se sont poursuivis en coulisses.

L'imam Mahmoud Dicko, sorte d'autorité supérieure, à la fois politique et spirituelle de la contestation, a reçu en fin d'après-midi les ambassadeurs au Mali de la France, des Etats-Unis et de l'Union européenne, a-t-on appris de sources diplomatiques.

L'imam, l'une des personnalités les plus influentes du pays et bête noire du régime, a déclaré aux diplomates que les portes du dialogue n'étaient pas fermées mais que la gouvernance au Mali devait radicalement changer, selon des participants à la rencontre interrogés par l'AFP.

- Montée en puissance -

La venue à Bamako en fin de semaine des quatre chefs d'Etats marque la montée en puissance de la médiation menée depuis des semaines par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), dont la présidence tournante est actuellement assurée par le président nigérien Mahamadou Issoufou.

Jusqu'ici, les efforts diplomatiques de l'organisation ouest-africaine n'ont pas permis d’apaiser une situation qui inquiète les partenaires du Mali, pays pauvre confronté depuis des années à des violences multiformes, notamment jihadistes et intercommunautaires, malgré la présence de forces françaises, africaines et de l'ONU.

Les pourparlers menés de mercredi à dimanche à Bamako par une délégation de diplomates et d'experts, conduite par l'ex-président nigérian Goodluck Jonathan, n'a pas permis d'aboutir à une solution de consensus.

La mission a recommandé la mise sur pied "de toute urgence" d'un gouvernement d'union nationale, comme l'a déjà suggéré le président Keïta, et la nomination d'une nouvelle Cour constitutionnelle chargée d'examiner en priorité le litige électoral autour des résultats des législatives de mars-avril, considéré comme l’élément déclencheur de la crise actuelle.

Mais ces recommandations se sont heurtées, avant même leur publication officielle, au refus des dirigeants du M5-RFP, alliance hétéroclite de chefs religieux et de personnalités du monde politique et de la société civile à l'origine des manifestations contre le pouvoir, qui réclame en priorité le départ du président Keïta.

Or, les envoyés de la Cédéao, s'ils prônent un partage des responsabilités gouvernementales entre la majorité présidentielle, l'opposition et la société civile, ont souligné dans leur communiqué qu''aucune forme de changement non constitutionnel d'accession au pouvoir ne sera acceptée par la Cédéao".

- "Dialogue pas rompu" -

La médiation a produit "des résolutions importantes", avait estimé dimanche Jean-Claude Kassi Brou, président de la Commission de la Cédéao. "Malheureusement, nos frères du (...) M5 n'ont pas accepté ce plan, mais le dialogue n'est pas rompu. Nous allons continuer à travailler", avait-il confié à l'AFP.

Au pouvoir depuis 2013, le président Ibrahim Boubacar Keïta est massivement contesté dans la rue depuis juin.

Au climat d'exaspération nourrie depuis des années par l'instabilité sécuritaire dans le centre et le Nord du pays, le marasme économique ou une corruption jugée endémique, est venue s'ajouter l'invalidation par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des législatives.

Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir à l'appel du M5-RFP, a dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012, qui ont fait au moins 11 morts.

Les dirigeants de la Convergence des Forces républicaine (CFR), proche du pouvoir, se sont dits lundi "d'accord avec les recommandations de la Cédéao".

Le Comité stratégique du M5-RFP, l'instance dirigeante de la contestation, a pour sa part tenu une réunion dont les conclusions n'étaient pas encore connues lundi en début de soirée.

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Dans l'est malien, les groupes armés occupent le vide laissé par l'Etat

Un soldat britannique de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fait une ronde sur une tour de guet à Ménaka, au Mali, le 22 octobre 2021.

Sur une colline de sable surplombant Ménaka dans le nord-est du Mali, un officier de l'ONU s'approche d'un pick-up garé à l'ombre d'un arbre. Cinq hommes assis sur une natte font du thé, leurs armes à côté d'eux.

"Capitaine Charlie", du contingent britannique de la force de l'ONU au Mali (Minusma), entame la conversation, leur demande leur permis de port d'armes et à quel groupe armé ils appartiennent. Il veut "comprendre qui ils sont et quelles sont les dynamiques".

Dans cette zone désertique, entre Sahel et Sahara, les hommes en armes se ressemblent beaucoup, qu'ils se déplacent en pick-up, à moto ou en blindé. La région est la seule du Sahel où opèrent quasiment tous les acteurs du conflit, à l'exception des milices autoproclamées d'autodéfense du Burkina Faso et du centre du Mali.

Il y a là les groupes jihadistes qui ont prêté allégeance à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique, les ex-rebelles touaregs et arabes et les groupes armés pro-gouvernementaux également à dominante touarègue, les Français de l'opération Barkhane, les Européens de la force Takuba, des Nigériens, des Togolais et des Britanniques de la Minusma, et des soldats de l'armée nationale malienne.

Aucune statistique fiable n'est disponible sur les effectifs de chaque entité. Mais, du haut de la colline de sable, nul besoin de froncer les sourcils pour apercevoir au loin un pick-up armé ou un blindé.

Le chef du contingent anglais, le lieutenant-colonel Will Meddings, parle de "puzzle". Les hommes en armes sont partout présents, ce qui n'est pas sans risques. Début novembre, des soldats d'élite estoniens de Takuba ont par erreur ouvert le feu sur des Casques bleus britanniques.

Les hommes en armes sous l'arbre au-dessus de Ménaka racontent au "Capitaine Charlie" qu'ils tiennent un check-point et font partie d'un groupe armé assurant la sécurité de la ville, pour "éviter que des jihadistes ne viennent".

"Double casquette"

Les Britanniques de l'ONU "sécurisent" eux aussi, mais autre chose: en ville se tient la réunion hebdomadaire mettant en présence tous les acteurs "légaux" de la sécurité. Ils ont laissé leurs blindés et leurs pick-ups surmontés de mitrailleuses lourdes devant l'entrée du gouvernorat où ils discutent.

Cette réunion est le seul moment où les acteurs "partagent des informations", explique le gouverneur, Mohamed Maïga. Sinon, chacun opère sur le terrain sans partager l'information, ou si peu, disent plusieurs acteurs.

Certains acteurs ont "une double casquette", explique le chef régional de l'ONU Francesco Osler De Almeida. Les frontières entre certains groupes armés légaux et jihadistes sont poreuses.

Chacun tente de comprendre qui contrôle quel territoire dans une région immense de moins de 60.000 habitants (deux par km2), qui a prêté allégeance à quel groupe ou qui fricote avec les jihadistes.

En ville, groupes armés et soldats patrouillent conjointement dans le cadre de l'opération "Ménaka sans armes"; les brousses sont "contrôlées par les groupes armés et les jihadistes, principalement de l'EI", note le gouverneur.

Après l'attaque de ses deux camps dans les brousses de la région, l'armée malienne s'est repliée sur Ménaka début 2020 et y est toujours.

Aucun fonctionnaire n'est déployé hors de Ménaka, et les troupes de l'ONU n'ont jamais mis le pied dans une grande partie de la région. "En brousse, il n'y a plus que les jihadistes", assure Oumar, originaire d'un village avoisinant Ménaka mais qui a trouvé refuge en ville et s'exprime sous le couvert de l'anonymat.

Une première depuis 1960

Les civils sont livrés à eux-mêmes. Sur la frontière Mali-Niger, sous emprise de l'EI, ils paient la zakat, l'impôt islamique. S'ils refusent ou résistent, les villages sont rasés. Les morts se comptent par centaines.

Début novembre, 69 civils ont été tués du côté nigérien de la frontière, à Banibangou.

Dans une région aussi reculée et négligée, des incidents sécuritaires passent inaperçus.

"Il y a tellement de choses que nous ne voyons pas", reconnaît un haut représentant de la Minusma sous couvert d'anonymat. "Le vide a toujours été là, dans les brousses, il n'y a jamais eu d'Etat", dit-il.

L'ONU tente d'aider l'Etat à prendre pied. Dernièrement, elle a permis au gouverneur de se rendre dans un village à 28 km de Ménaka qui n'avait jamais vu d'autorité légale depuis l'indépendance en 1960.

Nul ne sait quand il pourra y retourner, ni s'il pourra aller un jour dans les dizaines d'autres villages totalement à l'écart du regard de l'Etat.

"Plus l'Etat mettra de temps à s'implanter", prévient M. Osler De Almeida, "plus les problèmes seront difficiles à résoudre".

Manifestations contre le convoi de l'armée française au Sahel: 3 morts au Niger

Des manifestants tiennent une pancarte sur laquelle on peut lire "Non à la France" lors d'une manifestation à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 16 novembre 2021.

Un convoi militaire français se rendant à Gao, au Mali, déjà bloqué plusieurs jours par des manifestations au Burkina Faso, a de nouveau fait l'objet de contestation samedi à Téra, dans l'ouest du Niger.

Ces heurts ont fait "3 morts et 18 blessés dont 4 évacués sur Niamey", a affirmé le maire de la ville, Hama Mamoudou, qui était dans la capitale au moment des manifestations contre le passage du convoi militaire français.

L'état-major français n'était "pas en mesure de confirmer ce bilan à ce stade", et tentait de faire la lumière sur ces chiffres avec les autorités nigériennes. Par ailleurs, "aucun soldat français n'a été blessé", mais "deux conducteurs civils du convoi ont été blessés par des pierres et des camions civils endommagés", a précisé à l'AFP son porte-parole, le colonel Pascal Ianni.

Le convoi s'est arrêté vendredi soir à Téra, selon le porte-parole. Samedi matin, quand ils ont voulu reprendre leur progression vers Niamey, à 200 km de là, ils ont été arrêtés par un millier de manifestants et "un groupe violent parmi eux a tenté de s'emparer des camions", a-t-il affirmé.

Les gendarmes nigériens et les soldats français ont "effectué des tirs de sommation", a poursuivi le porte-parole français.

Le convoi a finalement pu quitter Téra à la mi-journée et reprendre sa progression vers Niamey.

Contestés de toutes parts

Les critiques à l'égard de la présence militaire française se multiplient au Niger, au Mali et au Burkina Faso.

A son entrée en territoire burkinabè la semaine dernière, le convoi avait d'abord été ralenti dans sa progression par des manifestants à Bobo Dioulasso (sud-ouest), dans la capitale Ouagadougou (centre) puis à Kaya, à une centaine de km au nord-est de la capitale. Quatre manifestants avaient été blessés par balle dans des circonstances indéterminées.

Plusieurs manifestants accusaient les soldats français de transporter des armes pour les groupes jihadistes qui terrorisent depuis des années plusieurs pays du Sahel.

L'ONU insiste sur le retour des civils au pouvoir en Guinée et au Mali

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La CEDEAO sanctionne une centaine d'autorités maliennes dont le Premier ministre

Le Premier ministre de transition au Mali, Choguel Kokalla Maïga.

Le Premier ministre de transition malien Choguel Kokalla Maïga et la quasi totalité de son gouvernement figurent parmi environ 150 personnalités visées par des sanctions individuelles infligées récemment par la Cédéao, révèle un document officiel de l'organisation régionale ouest-africaine obtenu mercredi par l'AFP.

Le colonel Assimi Goïta, président de transition et chef de la junte au pouvoir depuis le coup d'Etat du 18 août 2020, en est en revanche absent.

Autre absent notable de cette liste sur laquelle se trouvent 27 ministres en plus du chef du gouvernement: le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. Aucune explication n'est fournie à leur absence dans le document obtenu par un correspondant de l'Agence France-Presse.

En outre, les 121 membres du Conseil national de la transition, qui fait office d'organe législatif, sont sanctionnés.

Les avoirs financiers de tous ceux qui se trouvent sur la liste sont gelés et ils ont l'interdiction de voyager au sein de la Cédéao. Ces sanctions frappent aussi les membres de leur famille.

Les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), réunis en sommet le 7 novembre, avaient décidé d'infliger des sanctions individuelles à ceux qui, après deux coups d'Etat en un an dans le pays plongé dans une crise profonde, retardaient selon eux la tenue d'élections pour un retour des civils au pouvoir.

La Cédéao avait indiqué lors de ce sommet avoir reçu la confirmation officielle de la part des autorités maliennes qu'elles ne seraient pas en capacité d'organiser des élections présidentielle et législatives en février 2022, comme la junte s'y était préalablement engagée.

Le gouvernement malien invoque l'insécurité persistante dans ce pays pauvre et enclavé, livré depuis 2012 aux agissements de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, et aux violences de toutes sortes perpétrées par des milices autoproclamées d'autodéfense et des bandits. Les forces régulières sont elles-mêmes accusées d'exactions.

Les deux tiers du pays échappent au contrôle des autorités.

Dans le document consulté par l'AFP, la Cédéao constate "l'absence de progrès dans la préparation des élections, notamment l'absence d'un calendrier détaillé" en vue de la tenue de ces élections "aux dates convenues".

Le non-respect de l'échéance est "constitutif de la remise en cause des fondements essentiels" de l'organisation, dit la Cédéao.

La Cédéao note que les "incertitudes politiques accrues" au Mali contribuent à la "détérioration de la situation sécuritaire", elle-même de nature à compromettre la stabilité de la région selon elle.

Les sanctions de la Cédéao pourraient servir de référence à un certain nombre de partenaires qui soutiennent le Mali dans la crise.

La France, engagée militairement au Mali et au Sahel, plaide pour l'adoption de sanctions européennes dans le sillage de la Cédéao, avait indiqué dimanche la porte-parole de la diplomatie française.

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