Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Sénégal

Promiscuité et manque de moyens: la dure vie des étudiants

Une chambre incendiée de l’université Cheikh Anta Diop, Dakar, 18 janvier 2018. (VOA/ Seydina Aba Gueye)

Confrontés à des amphis et des logements universitaires surpeuplés malgré quelques progrès récents, les étudiants continuent à avoir la vie dure au Sénégal, où le prochain président devra miser sur une jeunesse mieux formée pour assurer le décollage économique du pays.

Comme tous les soirs, Saliou Sambe prépare le petit lit qu'il partage avec un camarade dans une chambre défraîchie de 10 m2, garnie de trois lits d'une personne où logent six étudiants, sur le campus de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, la plus grande du pays.

"Je suis prêt à passer la nuit dans le couloir ou à 100 dans une même chambre s'il faut en passer par là pour réussir mes études", explique à l'AFP le jeune homme, en dernière année de droit.

Avec une population de près de 16 millions d'habitants, dont 42% a moins de 15 ans, le Sénégal pourrait voir le nombre d'étudiants - 160.000 actuellement - doubler dans les prochaines années.

Un pays ayant atteint "l'émergence", comme y aspire le Sénégal, "doit commencer à être très bon dans l'enseignement supérieur, car il doit innover" et ne peut donc pas se contenter de développer l'école primaire, déclare l'économiste Moubarack Lô, conseiller auprès du Premier ministre.

La formation d'une main d'oeuvre et de cadres qualifiés sera d'autant plus importante que le pays, qui s'est doté d'infrastructures modernes, veut à présent se renforcer dans les secteurs de la logistique, de l'agro-industrie, du numérique ou encore des hydrocarbures, dont la production à grande échelle doit débuter dans deux ou trois ans.

Mais la vénérable Ucad, fondée en 1951, accueille ses près de 80.000 étudiants dans des conditions indignes du XXIe siècle, selon des étudiants et responsables syndicaux interrogés par l'AFP.

"Les amphis sont bondés, certains étudiants prennent des notes à même le sol. Et nous devons parfois parcourir l'université pendant une heure pour trouver une salle libre", déplore le syndicaliste et professeur de philosophie Oumar Dia.

- Manifestations étudiantes -

Si quelque 5.000 lits supplémentaires ont bien été créés grâce à la construction de nouveaux pavillons ou à la rénovation d'anciens bâtiments, cela reste "insuffisant", estime un autre responsable syndical, Mouhamadou El Hady Ba.

De plus, regrette l'étudiant Saliou Sambe, les nouvelles chambres sont attribuées au mérite. "On vous demande d'être excellent. Or, en réalité, les conditions ne sont pas réunies. Pour avoir une moyenne de 12, il faut être un génie", affirme-t-il.

A Saint-Louis (nord), sur le campus de l'université Gaston-Berger, les étudiants continuent à réclamer une amélioration des conditions de vie, après des manifestations contre les retards de paiement des bourses qui ont coûté la vie à l'un des leurs en mai 2018.

Et à Bambey (centre), une bagarre entre étudiants de l'Université Alioune Diop et ceux d'un institut de formation agricole voisin a fait cinq blessés légers dimanche lorsque les premiers ont tenté d'accéder au restaurant des seconds.

Un sombre tableau que nuancent les responsables de l'université dakaroise: un centre médico-social est en construction et le restaurant universitaire a une capacité de 4.500 couverts par repas, relève le responsable des résidences de l'Ucad, Khalifa Babacar Diagne.

Tout en reconnaissant la nécessité de progrès supplémentaires, le recteur, Ibrahim Thioub, explique que l'Ucad, qui comptait encore quelque 100.000 étudiants en 2014,est en voie de "désengorgement" grâce à l'ouverture de nouvelles universités en régions et au succès de l'Université virtuelle du Sénégal (UVS).

Sept nouveaux amphithéâtres, un bâtiment pour le rectorat et des laboratoires sont sortis de terre à l'Ucad et les étudiants "peuvent dorénavant suivre les cours en streaming grâce à un bon débit de wifi gratuit", ajoute-t-il.

Si la France a longtemps fait rêver les étudiants sénégalais, l'annonce d'une augmentation des frais d'inscription pour les non-Européens à partir de la rentrée prochaine a douché les espoirs des moins nantis.

"Mon rêve d'aller étudier en France tombe à l'eau", déplore Alioune Fall, étudiant à Thiès (ouest). "Mon oncle homme d'affaires, qui pensait m'aider, m'a dit de déchanter car ce n'est plus possible pour lui", explique-t-il.

Un représentant des étudiants de Bambey, Mamadou Alpha Diallo, regrette également cette décision. "Nos cadres et dirigeants pour la plupart sont formés en France", affirme-t-il, en référence notamment à certains des principaux candidats à la présidentielle de dimanche.

Avec AFP

Toutes les actualités

Mystérieuse maladie de peau: toujours pas d'explications

Mystérieuse maladie de peau: toujours pas d'explications
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:04 0:00

Une maladie mystérieuse frappe les pêcheurs sénégalais

Le ministre de la pêche Alioune Ndoye au chevet des malades au Sénégal, le 20 novembre 2020.

Depuis l’apparition d’une mystérieuse maladie dans plusieurs villages de pêcheurs traditionnels au Sénégal, les autorités ne donnent aucune cause exacte.

Les premiers examens n’ont pas permis d’élucider l’origine de cette maladie qui cause une grande anxiété au sein des populations. Par peur, beaucoup de Sénégalais ont décidé de ne plus toucher au poisson alors que le plat national, le célèbre Thiebou Dienn, est fait à base de riz et de poisson.

Les autorités ont très tôt pris les devants pour éviter que la psychose ne s’installe. Après une visite dans le villages de pêcheurs touchés par la maladie, le ministre de la pêche, Alioune Ndoye, s’est voulu rassurant disant que la mise en circulation des poissons est réglementée pour protéger le consommateur.

"Nous confirmons une prompte réaction du ministère de la santé et de toutes ses équipes et le professionnalisme des médecins qui ont permis tout de suite d’isoler et de les prendre en traitement avec des résultats probants car au bout de deux jours certains sont rentrés chez eux donc cela est rassurant", a d’emblée souligné le ministre.

Ila aussi précisé qu’il parlait pour rassurer au niveau de tout ce qui se dit quant au fait de manger ou non du poisson. Le ministre de la pêche est ainsi revenu sur l’origine de la maladie.

"Les poissons déversés sur le marché font d’abord l’objet d’analyses et de certification quant à leur caractère consommable. Donc nous rassurons de ce point de vue-là", a-t-il dit.

Des assurances qui ne semblent pas convaincre les Sénégalais. Beaucoup d’entre eux ont préféré opter pour la prudence.

Pour Khady Sow, femme au foyer, il est tout simplement exclu d’aller acheter du poisson au marché où à la plage: "Nous n’allons plus au marché et nous n’allons plus prendre des risques par rapport à ça. On fait maintenant le menu et on change de repas parce que c’est plus sûr ", précise-t-elle. "La plage, c’est fini jusqu’à nouvel ordre".

Ces craintes ne se limitent pas aux ménagères.

Abdoulaye Camara est un sportif habitué de la plage. Il juge qu’il il est pour le moment plus raisonnable d’éviter les plages et la mer. "Ca me pose problème et j’ai complètement arrêté mes activités sur la plage vu qu’il a problème. Une maladie dont tu ne connais pas l’origine ni l’infection, je ne vois pas pourquoi risquer d’aller à la plage alors qu’on peut faire nos activités dans les salles de sport et dans les terrains de football", affirme-t-il.

Les premiers résultats des examens effectués sur l’axe maritime Dakar-Popenguine n’ont pas permis de lever les équivoques.

Après analyse d’échantillons d’eau de mer, d’équipement de pêcheurs et de poissons, les experts ont relevé la présence de plusieurs composantes chimiques. Ils ont suggéré la remise des résultats à des toxicologues et l’orientation des recherches vers les filets utilisés par les pêcheurs.

Pour le moment, cette maladie qui se caractérise par des pustules et des abcès qui envahissent tout le corps, garde encore tous ses mystères.

Les Sénégalais se méfient du poisson depuis l’apparition d’une mystérieuse maladie
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:21 0:00

Les Sénégalais se méfient du poisson depuis l’apparition d’une mystérieuse maladie

Les Sénégalais se méfient du poisson depuis l’apparition d’une mystérieuse maladie
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:21 0:00

Des centaines de pêcheurs sénégalais touchés par une mystérieuse maladie cutanée

Des bateaux de pêche se tiennent dans les eaux de Ndiebene-Gandiol près de la ville de Saint-Louis au nord du Sénégal, le 8 août 2018.

Au moins 300 pêcheurs sénégalais présentent à leur retour sur terre les symptômes d'une maladie cutanée dont la cause demeure inconnue , mais qui pourrait avoir une "origine toxique", a indiqué jeudi le ministre de la Santé.

"Depuis deux jours, nous avons vu effectivement apparaître au niveau de Thiaroye (un port au sud de Dakar) une maladie dite mystérieuse qui attaque les pêcheurs qui reviennent de mer, qui souvent ont des lésions", a déclaré à la presse le ministre, Abdoulaye Diouf Sarr.

Les médias ont montré des hommes, tous des pêcheurs, au visage, à la bouche ou aux membres atteints de nombreux boutons, parfois impressionnants.

"A ce jour, nous avons identifié plus de 300 cas et l'identification se poursuit au fur et à mesure que les pêcheurs reviennent de mer. Parmi ces cas, on en a 18 qui sont hospitalisés et les autres sont pris en charge dans des endroits dédiés", a expliqué le ministre.

L'Institut Pasteur et le centre anti-poison du ministère ont été sollicités pour analyser les causes de la maladie, a-t-il dit.

"Ce que nous pouvons dire aujourd'hui, c'est que ce n'est pas du tout lié à la Covid parce que les tests Covid ont été négatifs, et on n'a pas non plus vu la présence de virus, ce qui bien sûr peut nous faire penser à une origine toxique", a dit M. Sarr.

Les services de l'Environnement vont analyser de l'eau de mer, a-t-il ajouté.

Selon lui, "il n'y a pas de soupçon" que cette maladie soit contagieuse puisque "seuls les pêcheurs qui reviennent de la mer sont touchés" et qu'il n'y a pas de propagation au domicile.

Les Sénégalais en "deuil virtuel" à la mémoire des migrants morts en mer

Des migrants attendent des secours, alors que 193 personnes et deux cadavres ont été récupérés le 13 janvier 2017 dans la mer Méditerranée en Libye. Ces migrants, principalement originaires du Nigéria, la Gambie et le Sénégal, devraient débarquer en Italie. AP/Sima Diab

Les internautes au Sénégal ont lancé un deuil virtuel vendredi, en hommage aux migrants morts en mer sur le chemin de l'Europe et en réaction au silence observé par l'Etat, selon les instigateurs de l'initiative.

Un grand nombre de Sénégalais ont péri ces dernières semaines en tentant de gagner en pirogue l'archipel espagnol des Canaries, porte d'entrée à l'Europe, au cours d'une nouvelle vague de départs des côtes d'Afrique de l'Ouest.

L'Organisation internationale des migrations (OIM) a fait état de 140 morts au cours d'un seul naufrage au large du Sénégal fin octobre, bilan contesté par le gouvernement sénégalais.

Le sort de ces Sénégalais a suscité un vif émoi dans l'opinion et sur les réseaux sociaux.

"Nous, jeunesse sénégalaise, avons décidé d'organiser une journée de deuil et de prière ce vendredi pour les victimes de l'immigration clandestine", relate une vidéo diffusée sous le hashtag #LeSenegalEnDeuil, "nous allons observer une minute de silence numérique entre 20H00 et 20H10 (locale et GMT) pendant laquelle un seul message sera diffusé sur tous les réseaux sociaux en hommage aux victimes".

Les Sénégalais étaient invités à publier une photo d'eux sur les réseaux sociaux habillés en noir ou en blanc avec le hashtag #LeSenegalEnDeuil.

Une idée de Pape Demba Dione

Pape Demba Dione en est l’initiateur. "J’avais juste fait un tweet où je soulignais que j’étais attristé par la situation des migrants qui ont perdu la vie en mer. Après, le silence radio de l’État aussi m’a beaucoup dérangé et ça m’a aussi interpellé", explique-t-il. Suite à cela, Papa Demba se lance: "je me suis dit pourquoi pas faire bouger les choses en essayant de lancer un hashtag qui pourra éventuellement rendre hommage aux victimes" de l’émigration clandestine.

Papa Demba lance ainsi un hashtag dénommé #LeSenegalendeuil. Il est rapidement partagé des milliers de fois et devient le top des tendances sur la twittosphère sénégalaise. Galvanisé par cet engouement et soutenu par d’autres activistes, Papa Demba concrétise son initiative avec un programme devenu viral sur la toile.

"De 8h à minuit, nous allons tous changer nos photos de profils et couvertures avec une photo commune et une couverture commune. Après ceux qui le peuvent vont s’habiller en noir durant la journée d’hommage et de 8h à 19h45 aussi nous allons publier des vidéos et des messages d’hommages mais aussi des témoignages des parents des victimes. Et de 20h à 20h10 nous allons observer une minute de silence numérique", détaille-t-il.

Papa Demba met en avant l’harmonie des internautes: "nous allons tous publier le même message. À part ce message, personne n’a le droit de faire une autre publication", conclut-il.

Les familles reconnaissantes

Touchées et reconnaissantes, les familles des victimes et les rescapés voient en cette journée de deuil numérique, une manière de rendre hommage aux disparus mais aussi d’alerter les autorités pour qu’elles se prononcent sur le drame de l’émigration clandestine.

Ahmed Fall est un rescapé.

"Pour nous qui avons perdu des parents, amis et compagnons de voyages, pour nous qui avons passé plusieurs jours en mer et vu des dizaines de personnes périr sans pouvoir les assister, pour nous rescapés et familles des victimes, cet hommage est important même s’il se limite à internet", souligne-t-il.

Ahmed affirme que les victimes et leurs familles ont aussi "souffert du silence de l’État, donc voir des Sénégalais penser à rendre hommage aux victimes ça nous touche énormément et on espère qu’après cette journée les autorités vont enfin se prononcer et surtout agir".

Agir c’est le maître mot d’après Jules Souleymane Ndiaye, journaliste au quotidien L’Observateur.

Celui qui a été l’un des premiers à relayer l’initiative dans la presse estime que cet engagement des internautes doit continuer et passer du virtuel au réel. "Au-delà de la dénonciation, au-delà de déplorer le mutisme de l’État face à cette vague déferlante, il faut aussi la sensibilisation", conseille-t-il.

Pour Jules Souleymane, il faut aussi sensibiliser les jeunes qui ne sont pas sur les réseaux sociaux. "La sensibilisation doit continuer au niveau des quartiers, au niveau des villes, au niveau des marchés pour essayer de dissuader ces jeunes pour dire que même ici on peut réussir".

Le gouvernement a reconnu une hausse des départs de bateaux de migrants et annoncé un renforcement des contrôles en mer.

Plus de 1.500 migrants ont été interceptés sur les côtes sénégalaises ces derniers jours, dont 29 convoyeurs, a indiqué mercredi la police dans un communiqué.

Voir plus

XS
SM
MD
LG