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Première tournée au Proche-Orient sous tension pour Mike Pence

Le vice-président américain Mike Pence à Washington,18 janvier 2018.

Le vice-président américain Mike Pence entame samedi au Caire son premier déplacement au Proche-Orient, une tournée marquée par les vives tensions nées de la décision controversée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

Initialement prévu fin décembre, le déplacement de M. Pence avait été repoussé après la décision unilatérale du président Trump qui a rompu avec des décennies de diplomatie américaine et avec le consensus de la communauté internationale.

Cette fois, malgré la persistance des crispations doublée d'un contexte politique explosif aux Etats-Unis, la visite a été maintenue.

>> Lire aussi : Les dirigeants palestiniens pour une suspension de la reconnaissance d'Israël

"Les rencontres du vice-président avec les dirigeants d'Egypte, de Jordanie et d'Israël font partie intégrante de la sécurité nationale de l'Amérique", a fait valoir vendredi son porte-parole.

Accompagné notamment de son épouse Karen, M. Pence doit rencontrer dans l'après-midi le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, avant de se rendre en Jordanie puis à partir de dimanche soir en Israël, dernière étape de sa tournée.

Sa visite au Caire survient au lendemain de l'annonce par le président Sissi, un allié des Etats-Unis qui dirige l'Egypte d'une main de fer, de son intention de briguer un nouveau mandat en mars 2018.

>> Lire aussi : Trump menace de couper l'aide financière aux Palestiniens

Mais la toile de fond reste avant tout l'annonce américaine sur Jérusalem, qui a provoqué un tollé général dans la région et la colère des Palestiniens.

En réaction, ces derniers clament que les Etats-Unis ne peuvent plus prétendre à un rôle de médiateur dans le processus de paix que Donald Trump rêvait de relancer.

Le statut de Jérusalem est l'une des pierres d'achoppement du processus de paix avec Israël, au point mort depuis 2014. Les Palestiniens entendent faire de Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

Donald Trump a aussi annoncé son intention de transférer à Jérusalem l'ambassade des Etats-Unis en Israël, qui se trouve à ce jour à Tel-Aviv, comme c'est généralement le cas des missions diplomatiques étrangères.

Les relations entre Washington et les Palestiniens ont encore été aggravées par la décision des Etats-Unis, cette semaine, de "geler" plus de la moitié de leurs versements prévus à l'agence de l'ONU pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). Elle concerne une grande partie des plus de cinq millions de Palestiniens enregistrés comme réfugiés dans les Territoires palestiniens, en Jordanie, au Liban ou en Syrie.

- 'Sentiments' -

Les Palestiniens ont fait savoir qu'ils boycotteraient la visite de Mike Pence qui ne rencontrera donc pas le président Mahmoud Abbas, contrairement à ce qui était initialement prévu en décembre.

>> Lire aussi : Abbas prévient qu'il n'acceptera "aucun plan" de paix américain

La décision du président Trump sur Jérusalem avait provoqué des manifestations dans de nombreux pays arabes et musulmans, dont l'Egypte, où le grand imam d'Al-Azhar a annoncé en décembre son refus de recevoir M. Pence. "Al-Azhar ne peut pas s'asseoir avec ceux qui falsifient l'histoire et volent les droits des gens", a-t-il affirmé.

Le pape des coptes (chrétiens) d'Egypte, Tawadros II, a lui aussi exprimé son refus de rencontrer le vice-président américain, en arguant que M. Trump a "fait fi des sentiments de millions d'Arabes".

Mais les régimes arabes alliés de Washington sont tiraillés entre leur opinion publique hostile et leur puissant partenaire américain. C'est le cas notamment de l'Egypte et de la Jordanie, qui ont établi des liens géopolitiques ou de dépendance financière vis-à-vis de Washington.

>> Lire aussi : Appel du Fatah palestinien à manifester contre la visite de Mike Pence

Dans un pays qui a connu la destitution de deux présidents depuis 2011 et se trouve en proie à une crise économique aiguë, tout facteur d'instabilité potentiel est regardé de près par Abdel Fattah Al-Sissi, qui a pris le pouvoir après le renversement du président islamiste Mohamed Morsi à l'été 2013.

L'aide militaire américaine, qui atteint 1,3 milliard de dollars par an, est jugée cruciale par le régime sécuritaire de M. Sissi, d'où la réaction prudente du Caire à l'annonce d'un futur transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem.

>> Lire aussi : Le vice-président américain maintient son voyage au Moyen-Orient

L'Egypte avait alors estimé que ce choix risquait de "compliquer" la situation.

Après l'Egypte, et la Jordanie, M. Pence doit se rendre en Israël les 22 et 23 janvier pour des entretiens qui s'annoncent chaleureux avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Reuven Rivlin.

Au-delà d'un discours au Parlement, il doit également se rendre au Mur des Lamentations dans la Vieille ville de Jérusalem et au mémorial de l'Holocauste Yad Vashem.

AVec AFP

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Au Mur des Lamentations, Pompeo offre à Netanyahu une image symbolique

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo devant le Mur des Lamentations

Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo est devenu jeudi le premier haut responsable américain à visiter le Mur des Lamentations avec un Premier ministre israélien, une image symbolique et un coup de pouce à Benjamin Netanyahu, engagé dans une bataille incertaine pour sa réélection.

L'administration américaine de Donald Trump semble vouloir mettre tout son poids dans la balance pour soutenir le Premier ministre d'Israël à l'approche des élections législatives du 9 avril.

En plein déplacement de son secrétaire d'Etat, M. Trump s'est prononcé sur Twitter pour la reconnaissance de "la souveraineté d'Israël" sur la partie du Golan syrien occupée en 1967 par Israël puis annexée.

"Merci président Trump!", a aussitôt réagi Benjamin Netanyahu sur Twitter, en saluant une décision "courageuse".

Le chef du gouvernement israélien avait encore réclamé la veille, en présence de Mike Pompeo, que la communauté internationale fasse ce pas au nom de sa sécurité. Reconnaître formellement l'annexion du Golan serait une nouvelle entorse à la tradition diplomatique américaine et au consensus international.

Mike Pompeo a en tout cas rompu avec la pratique lors de sa visite à Jérusalem. Devant les caméras, il s'est recueilli avec Benjamin Netanyahu face au Mur des Lamentations, le site de prière le plus sacré pour les juifs. Les deux hommes ont ensuite, chacun à leur tour, glissé leur prière inscrite sur un petit papier entre les pierres de l'imposante muraille.

"Il est important" et "symbolique qu'un haut responsable américain s'y rende avec un Premier ministre d'Israël", a expliqué le chef de la diplomatie américaine, évoquant un "lieu très important pour de nombreuses religions".

- Une aura -

Mais ce geste apparaît surtout comme une nouvelle étape dans la révision de la position américaine à l'égard de Jérusalem engagée par Donald Trump, qui avait lui-même été en 2017 le premier président des Etats-Unis en exercice à se rendre au Mur des Lamentations.

Ce site se trouve en effet à Jérusalem-Est, dont Israël s'est emparé en 1967 avant de l'annexer.

La communauté internationale juge illégale cette annexion, et renvoie le statut final de la Ville sainte à des négociations de paix.

Mais Donald Trump a lui reconnu unilatéralement fin 2017 Jérusalem comme capitale d'Israël, ce qui lui vaut les remontrances de nombreux autres pays, la colère des Palestiniens, mais aussi une aura particulière auprès des Israéliens.

Le sort de la ville est une des clés de toute résolution du conflit israélo-palestinien, puisque l'Etat hébreu la considère comme sa capitale "indivisible" alors que les Palestiniens revendiquent sa partie orientale comme capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

- Netanyahu à Washington -

Tous ces gestes américains "devraient être accompagnés de déclarations montrant que les Etats-Unis envisagent aussi qu'à l'issue d'éventuelles négociations, la capitale d'un Etat palestinien puisse voir le jour dans Jérusalem-Est", estime Dan Shapiro, ambassadeur en Israël de l'ex-président Barack Obama. Ce qui n'est pas le cas.

Aaron David Miller, ancien diplomate américain, juge que la visite Pompeo-Netanyahu au Mur des Lamentations vise à montrer clairement "que cette administration est la plus pro-israélienne de l'histoire".

"A moins de trois semaines des élections israéliennes, pas besoin d'être un grand spécialiste du Moyen-Orient pour comprendre que l'administration fait tout son possible, en surfant sur la popularité de Trump en Israël, pour démontrer que Netanyahu est indispensable", dit à l'AFP cet expert du cercle de réflexion Wilson Center à Washington.

Le Premier ministre israélien, au pouvoir depuis une décennie, multiplie de son côté les occasions de s'afficher auprès des dirigeants américains, et se rendra la semaine prochaine à Washington auprès du locataire de la Maison Blanche. Ce nouveau voyage sera aussi l'occasion pour Benjamin Netanyahu de s'afficher à la grand-messe du puissant lobby pro-Israël Aipac.

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