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Tunisie

Chambardement politique en vue à la présidentielle

Des électeurs, faisant la queue pour accomplir leur devoir de citoyen, le dimanche 15 septembre 2015.

Un publicitaire en prison contre un universitaire sans parti politique: les deux premières places de l'élection présidentielle en Tunisie ont été revendiquées par des candidats "anti-système", mais les résultats n'ont pas été confirmés officiellement.

Si le scenario se confirme, il s'agit d'un coup de tonnerre qui sanctionne la classe politique tunisienne au pouvoir depuis la révolution de 2011 et ouvre une période d'immense incertitude dans le pays pionnier du printemps arabe.

Le scrutin, pour lequel s'affrontaient 26 candidats, s'est déroulé sur fond de grave crise sociale et économique, et dans une atmosphère de rejet des élites politiques.

Nabil Karoui, homme d'affaires en prison sous le coup d'une enquête pour blanchiment et fraude fiscale, et Kais Saied, commentateur politique et constitutionnaliste, deux outsiders se présentant comme des candidats "anti-système", ont revendiqué leur qualification dimanche soir, sur la foi de deux sondages d'instituts privés tunisiens.

Mais l'Isie, l'instance des élections, n'a pas donné de chiffres officiels, prévus au plus tard mardi. Elle n'a fourni que la participation, 45,02%, un faible taux au regard des 64% du premier tour de la présidentielle en 2014.

Selon les instituts privés Sigma Conseil et Emrhod, Kais Saied est arrivé en tête avec environ 19% des voix devant Nabil Karoui, crédité de quelque 15% des suffrages. Le candidat du parti d'inspiration islamiste Ennahda, Abdelfattah Mourou, est donné troisième avec 11 à 12,5% des voix.

Ennahda a souligné que seule l'Isie était habilitée à donner des résultats. "Nos propres résultats diffèrent, mais nous allons attendre d'en être sûrs", a déclaré dimanche soir le député d'Ennahdha Samir Dilou.

Le Premier ministre Youssef Chahed, qui s'annonce comme un des grands perdants du scrutin, s'est inquiété pour sa part de la faible participation, "mauvaise pour la transition démocratique", et a mis en cause la fragmentation de son camp libéral et centriste.

- Scènes de liesse -

Des scènes de liesse se sont déroulées peu après la fermeture des bureaux de vote devant le quartier général de M. Karoui. Sa femme, Salwa Smaoui, a lu une lettre du candidat incarcéré, saluant "un jour exceptionnel pour la démocratie et pour l'histoire du pays".

"Nous espérons qu'il sera libéré demain et qu'il pourra mener campagne de façon équitable", a ajouté Mme Smaoui.

M. Karoui, 56 ans, est derrière les barreaux depuis le 23 août, et la justice a refusé par trois fois ses demandes de libération. Si sa qualification au 2e tour se confirme, il s'agira d'une situation sans précédent dans le monde pour une présidentielle.

Fondateur de la chaîne privée Nessma, taxé de "populiste" par ses détracteurs, il a bâti sa popularité en organisant des opérations caritatives dans les régions défavorisées du pays, abondamment relayées par Nessma.

Autre ambiance du côté du QG de Kais Saied, 61 ans, surnommé "Robocop" en raison de sa diction rigide et de son visage impassible. Réuni avec son équipe de campagne dans un petit appartement du centre de Tunis, M. Saied s'est dit conscient d'avoir "une grande responsabilité". "Je suis le premier du premier tour, et si je suis élu président j'appliquerai mon programme", a-t-il déclaré à l'AFP.

Ce constitutionnaliste très conservateur, connu des Tunisiens pour avoir commenté la scène politique sur les plateaux de télévision depuis la révolution de 2011, n'a aucune structure pour le soutenir et n'avait jamais participé à une campagne électorale. Il a multiplié les déplacements dans le pays au cours des dernières semaines.

- "Où sont les jeunes ?" -

Le scrutin semble notamment avoir été marqué par une désaffection des jeunes, un électorat crucial que le président de l'Isie, Nabil Baffoun, avait exhorté à se rendre aux urnes, dans une déclaration véhémente une heure avant la fin des opérations.

"Mais où sont les jeunes ? Il s'agit de leur patrie, de leur avenir", s'était ainsi énervé un électeur sexagénaire, Adil Toumi, dans un bureau de Tunis.

"C'est le signe d'une désaffection très profonde vis à vis d'une classe politique qui n'a pas répondu aux attentes économiques et sociales", a déclaré à l'AFP le politologue Hamza Meddeb. "Le dégoût de la classe politique semble se traduire par un vote pour des outsiders", a-t-il ajouté.

Les Tunisiens sont avant tout préoccupés par la crise sociale dans un pays sous perfusion du Fonds monétaire international (FMI), où le chômage est de 15% et l'inflation frôle les 7%.

Le scrutin s'est déroulé dans le calme. Des milliers d'observateurs ont été déployés par les partis et des institutions internationales dans les bureaux de vote. Ils n'ont pas fait état d'infractions majeures dimanche soir.

Avec AFP

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Des milliers de membres du principal parti tunisien dans la rue

Des partisans du parti Ennahdha brandissent des drapeaux nationaux et du parti lors d'une manifestation de soutien au gouvernement tunisien le 27 février 2021 dans la capitale Tunis.

Le principal parti au pouvoir en Tunisie a mobilisé des milliers de partisans samedi, une démonstration de force qui risque d'accentuer les tensions en plein bras de fer entre cette formation islamiste, Ennahdha, et le président de la République.

Cette manifestation, l'une de plus importantes de ces dernières années, intervient alors que la crise sociale accentuée par la pandémie se double de difficultés budgétaires grandissantes. Certaines entreprises publiques peinent à payer les salaires, et les bailleurs s'inquiètent de voir grimper la dette tunisienne.

Le Fonds monétaire international (FMI) a alerté dans un communiqué samedi sur l'urgence des réformes pour diminuer le déficit. Il a appelé à réduire la masse salariale publique et les subventions sur l'énergie, soulignant que "la dette publique deviendrait insoutenable à moins d'adopter un programme de réformes solide".

Le président Kais Saied, qui jouit d'une importante popularité, a rejeté fin janvier un remaniement voulu par Ennahdha pour assurer au gouvernement le soutien de sa coalition parlementaire.

En l'absence d'une cour constitutionnelle, le conflit s'éternise, paralysant le gouvernement depuis six semaines.

"Le peuple veut l'unité nationale" ont scandé des partisans d'Ennahdha, alors que le chef de file du parti, Rached Ghannouchi, a pris la parole pour appeler au dialogue.

"Nous demandons le respect de la Constitution et de la démocratie", souligne Mohamed Khlif venu de Sfax en dépit des restrictions de déplacements en vigueur en raison de la pandémie: "Nous sommes dans un système parlementaire, ce n'est pas au président de décider tout seul qui peut gouverner ou pas!"

Le Premier ministre Hichem Mechichi, qui avait limogé onze ministres parmi lesquels celui de la Santé ou de l'Intérieur, a fini par confier ces ministères à d'autres membres du gouvernement déjà en place.

L'instabilité politique qui a entravé les réformes de fond depuis la révolution de 2011 s'est accentuée depuis l'arrivée au pouvoir en 2019 d'un Parlement morcelé et profondément divisé.

Lancement d'une nouvelle raffinerie à Pointe-Noire

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En Tunisie, la double douleur des familles des victimes du Covid-19

Le Dr Mohamed Salah Siala joue du violon pour les patients des services COVID de l'hôpital Hedi Chaker à Sfax, dans l'est de la Tunisie, le samedi 20 février 2021.

Près de l'ambulance transportant la dépouille de son frère Salah, décédé du coronavirus à Tunis, Lotfi prononce la prière du mort en direction de La Mecque. Mais d'autres proches ne pourront participer à aucune cérémonie de deuil à cause des restrictions sanitaires.

"La douleur de la séparation est double. Mon frère Salah est mort sans que sa fille ni sa femme n'aient pu lui dire adieu", confie en pleurant Lotfi Jlassi dans le grand cimetière du Jellaz, à Tunis.

Les victimes du coronavirus sont transférées directement de la morgue au cimetière, sans passer par le domicile familial où se déroule habituellement la toilette funéraire à l'eau de rose, ni par la mosquée pour la "Janaza", la traditionnelle prière du mort.

Or c'est à la maison que les femmes de la famille disent adieu à leur proche, car la cérémonie au cimetière est le plus souvent réservée aux hommes.

M. Jlassi assiste à l'inhumation de son frère avec trois autres hommes de la famille. Les agents des pompes funèbres, en blouses et équipés de masques, gants et bottes, se joignent au dernier hommage.

Le défunt est enterré dans un nouveau carré de terre consacré aux morts de la pandémie, où environ 2.000 tombes ont fleuri en quelques mois.

"Pas assez d'expérience"

Les sépultures numérotées côtoient des trous préparés à l'avance sur le terrain arboré surplombant Tunis.

La Tunisie a officiellement recensé près de 8.000 décès liés au coronavirus, la plupart depuis septembre, pour une population de plus de 11 millions d'habitants.

Avec les mesures spéciales pour enterrer les morts du virus, la plupart des membres de la famille ne peuvent voir le visage des défunts une dernière fois, ni les embrasser sur le front comme cela se fait d'habitude.

"C'est difficile, insupportable", martèle M. Jlassi, la gorge nouée.

L'organisation des enterrements est "très délicate", reconnaît Mehdi Dellaï, responsable des pompes funèbres pour la mairie de Tunis.

Ses services tentent de minimiser les risques de contagion "tout en prenant en considération l'état psychologique" des familles.

Parfois, l'ambulance passe à proximité du domicile de la victime, pour permettre un dernier adieu sommaire à sa famille et ses amis.

"Nous leur expliquons que leurs morts sont des martyrs", dit-il, et qu'à ce titre ils peuvent être enterrés sans toilette rituelle et méritent le paradis.

Au début de la pandémie, seul un membre de la famille pouvait assister à l'inhumation, à bonne distance, contre quatre aujourd'hui.

Certains enterrements ont eu lieu sans aucun proche, les agents prenant de petites vidéos à la demande des familles.

"On avait peur d'être contaminés par ce nouveau virus et on n'avait pas assez d'expérience dans la gestion de telles situations", avoue M. Dellaï.

Au cimetière du Jellaz, Aya, 16 ans, se recueille devant la tombe de son père, décédé il y a quatre mois.

Vêtue de noir, une récitation du Coran sur son téléphone, elle pose des grains de blés sur la sépulture pour que les oiseaux rendent visite à son père.

"La douleur de la séparation va peut-être s'atténuer, mais jamais nous n'oublierons que nous ne lui avons pas dit adieu."

A la rencontre de l’unique fabricant de pipes en Tunisie

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Reprise des manifestations dans le Sud de la Tunisie

De jeunes Tunisiens brûlent des pneus et bloquent les routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021, pour protester contre le non-respect par le gouvernement de sa promesse de fournir des emplois.

Quelques dizaines de jeunes ont bloqué vendredi des routes à Tataouine dans le sud de la Tunisie pour dénoncer les promesses non tenues du gouvernement qui s'était engagé à fournir des emplois et des investissements.

En novembre 2020, le gouvernement de Hichem Mechichi a conclu un accord avec des responsables syndicaux et des membres d'une coordination qui avait bloqué des semaines durant la production pétrolière pour réclamer des fonds pour cette région marginalisée.

Trois mois après, rien ne s'est concrétisé selon la coordination, qui a donc relancé des protestations au moment où M. Mechichi est en plein bras de fer avec le président Kais Saied au sujet d'un remaniement ministériel.

Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.
Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.

Des protestataires ont incendié des pneus et d'autres ont obligé des commerçants à fermer leurs boutiques pour participer au mouvement de protestation, critiqué par certains habitants, a constaté un correspondant de l'AFP.

La veille, l'armée était intervenue pour empêcher une dizaine de membres de cette coordination d'accéder au site pétrolier d'El-Kamour où ils menaçaient de fermer un pipeline, a indiqué la coordination sur sa page Facebook.

Ce pipeline transportant la moitié de la production pétrolière de la Tunisie a été bloqué à plusieurs reprises, notamment en 2017 par des sit-ins qui ont dégénéré en heurts avec les forces de sécurité.

Le taux de chômage à Tataouine dépasse les 30%, l'un des plus élevés dans le pays, et le taux de pauvreté atteint 17,8%. La crise sanitaire qui a fait disparaître des milliers d'emplois a entravé les petits boulots transfrontaliers faisant vivre de nombreuses familles.

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