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Tunisie

Le premier satellite tunisien sera lancé par une fusée russe en 2020

Un satellite de la télévision RTI, à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 26 octobre 2017.

Le premier satellite tunisien "Challenge ONE" sera lancé par une fusée russe Soyouz en 2020, a annoncé lundi l'agence spatiale russe Roskosmos dans un communiqué.

Un contrat approprié a été signé lundi entre le groupe tunisien TELNET et l'opérateur russe de lancements commerciaux GKLaunchServices, lors d'une cérémonie au Centre de recherche en numérique de Sfax, en Tunisie, selon la même source.

"TELNETGroup et GKLaunchServices ont signé un contrat pour le lancement du premier satellite tunisien "Challenge ONE" par la fusée russe Soyouz-2.1a avec le bloc de propulsion Fregat en 2020", précise le communiqué.

"Challenge ONE" est un projet de recherche scientifique et d'innovation visant à proposer une nouvelle approche dans le domaine des technologies d'information et de leur application pratique, selon Roskosmos. Il doit notamment servir de base pour la création d'une constellation de 30 satellites.

Appel à réformer les institutions pour tourner la page des dictatures en Tunisie

Les familles de victimes de la révolution tunisienne assistent à un procès au nom de leurs proches au palais de justice de la ville de Kasserine, au centre de la Tunisie, le 13 juillet 2018.

L'instance chargée de tirer les leçons des dictatures en Tunisie a appelé dans son rapport final publié mardi, à réformer les institutions marquées par la corruption et la répression, et demandé que le chef de l'Etat présente des excuses aux victimes.

Créée en 2014, dans le sillage de la chute de Ben Ali en 2011, l'Instance Vérité et Dignité (IVD) a achevé son mandat fin 2018, et pu finalement publier ses recommandations visant à asseoir le démocratisation de la Tunisie, seule rescapée du Printemps arabe.

Les principaux dirigeants tunisiens, chargés dans le cadre du processus de justice transitionnelle de faire appliquer ces recommandations, ont néanmoins rechigné à recevoir publiquement ce rapport, après s'être opposés aux travaux de l'IVD.

Dans son volumineux rapport, l'IVD appelle notamment à des réformes afin de "démanteler un système de corruption, de répression et de dictature" au sein des institutions de l'Etat, afin de s'assurer qu'il n'y ait "pas de reproduction des violations des droits humains".

Elle réclame ainsi un renforcement de l'indépendance des magistrats et des tribunaux administratifs, ou encore une protection légale pour les témoins et victimes dans les cas de corruption.

L'IVD appelle à une restructuration des forces de sécurité afin "d'introduire plus de transparence et de contrôle, et des pratiques respectueuses du droit", et de s'assurer que ces forces restent "loin de toute instrumentalisation politique".

Elle suggère la création d'une "instance de contrôle de la police indépendante" des forces de sécurité, et d'une agence de renseignement dépendant directement du président de la République, soumise à un contrôle parlementaire. Cela vise à prévenir les dérives des services sécuritaires et "leur implication dans la protection de systèmes corrompus et dans des violations graves".

L'IVD appelle le président de la République Béji Caïd Essebsi en tant que "symbole de l'Etat" à présenter des excuses à toutes les victimes ayant subi des violations commises par des représentants de l'Etat dans la période concernée, entre 1955 et 2013.

Cela couvre la présidence de Habib Bourguiba (1957-1987), de son successeur Zine el Abidine Ben Ali (1987-2011), mais aussi les troubles post-révolutionnaires.

L'IVD recommande des excuses sous forme d'un discours à l'adresse des victimes, et qu'un monument soit érigé sur un lieu qui serait baptisée "place des excuses".

Tunis souhaite juger Belhassen Trabelsi, figure du clan Ben Ali

Le Premier ministre tunisien Habib Essid avec le ministre tunisien de la Justice Amor Mansour, le ministre de la Défense Farhat Horchani, le ministre de l'Intérieur Hedi Majdoub ainsi que d'autres membres non identifiés, assistent à une séance plénière de

Tunis a souligné mardi sa volonté de juger Belhassen Trabelsi, au lendemain de l'annonce de l'incarcération en France de cette figure du régime tunisien déchu, beau-frère de l'ex président Zine el Abidine Ben Ali.

"La Tunisie veut vraiment qu'il soit jugé ici pour pouvoir répondre des infractions commises en Tunisie", a déclaré à l'AFP Nabil Nakkach, directeur général des affaires pénales au ministère tunisien de la Justice.

Symbole de l'affairisme de l'entourage de l'ancien dictateur, M. Trabelsi a été condamné par contumace à de lourdes peines, notamment pour trafic de devises, de métaux précieux et d'alcool ou encore détention de pièces archéologiques.

Le ministre de la Justice Karim Jammoussi a souligné qu'il serait jugé de façon "équitable".

"Nous traitons ce dossier sans préjugé", a-t-il déclaré sur une radio privée.

Le frère aîné de Leïla Trabelsi, ex-première dame tunisienne honnie, a été arrêté la semaine dernière dans le sud de la France, dans des circonstances encore inconnues.

Il a été inculpé et incarcéré lundi à Marseille après trois ans de cavale depuis sa fuite du Canada en 2016.

Tunis est en train de transmettre une demande formelle d'extradition aux autorités françaises, qui n'ont jusque-là jamais extradé d'ex-responsables du régime.

De source tunisienne, cette demande ne peut être examinée qu'une fois achevée la procédure pénale concernant les faits commis en France.

"Nous avons un certain pourcentage de chances que cette demande aboutisse", a néanmoins estimé M. Jammoussi, rappelant que Belhassen Trabelsi est visé par 43 mandats d'amener internationaux.

Après la chute du régime de Ben Ali, deux autres proches de l'ex régime tunisien, Saïda Agrebi et Moncef el Matéri, avaient été arrêtés en France, puis relâchés.

Mme Agrebi, ex-bras droit de Leïla Trabelsi, avait été placée en 2012 sous contrôle judiciaire en France, où elle habite toujours et dirige une association selon son profil Facebook.

Une cour d'appel du sud-est de la France s'était prononcée en 2018 contre l'extradition vers la Tunisie de Moncef El Materi, 83 ans, père d'un gendre de Ben Ali.

"A la réception de la demande d'extradition tunisienne par la voie diplomatique, celle-ci sera transmise au ministère de la Justice", a indiqué lundi le ministère français des Affaires étrangères.

Des chiffonniers de Tunis s'organisent pour sortir de la misère

Un des "Barbechas", les fouilleurs de poubelles, à Tunis, le 6 janvier 2019 ( AFP / FETHI BELAID )

En Tunisie, on les appelle les "Barbechas", les fouilleurs de poubelles. Dans un petit hangar d'un quartier populaire de Tunis, une balance industrielle et une machine à broyer le plastique sont à l'oeuvre pour tenter de les faire sortir de la misère, sous la houlette d'une association.

Vaccins, gants, et peut-être un jour une vraie fiche de paie: "l'association des Barbechas" aide les chiffonniers de Tunis à s'organiser pour essayer de transformer leur activité de survie en un vrai métier.

Le petit hangar blanc et vert, difficile à trouver dans les méandres d'Ettadhamen - un quartier d'habitat informel de 100.000 habitants -, n'a rien de révolutionnaire à première vue.

Mais les lieux sont gérés par une association rassemblant 75 chiffonniers qui ont élu leur président. Et, contrairement aux industriels, cette structure ne cherche pas tant à maximiser les bénéfices qu'à améliorer la vie quotidienne des Barbechas.

Lancée il y a cinq ans, elle a ouvert son premier point de collecte en décembre 2018, avec l'aide de l'ONG International Alert.

Le plastique y est acheté aux chiffonniers près de 800 millimes le kilo (23 centimes d'euro), contre 550 à 600 sur le marché (16-17 centimes), et on y propose des formations et des équipements de sécurité, tels que des gants ou des chaussures.

"A 800 millimes et avec une bonne balance, je gagne 200/250 millimes (6/7 centimes d'euro) de plus par kilo", explique à l'AFP Mohamed Alaoui, 61 ans, pro de la poubelle depuis plus de 20 ans.

"Si j'ai 30 kilos (par jour), je gagne environ 7 dinars supplémentaires (environ 2 euros). Et 7 dinars font vivre mes enfants."

- Vaccin -

Mais surtout "ici, on s'occupe de nous -- ils nous ont fait un vaccin, une piqûre vraiment importante pour nous protéger de la rouille: parfois on se blesse et ça dure deux mois", lance le vaillant sexagénaire, bonnet sur la tête et chaussures de sécurité flambant neuves aux pieds.

"Nous faisons un travail compliqué et repoussant - il faut partir travailler à 4 heures du matin dans le froid, puis recommencer l'après-midi", reconnaît Mohamed, équipé d'une caisse en bois montée sur des roues de vélo.

Il s'y est mis après une opération à la hanche qui l'a empêché de porter trop de poids et donc de travailler sur les chantiers comme il le faisait plus jeune.

"C'est mieux que de tendre la main, mais j'ai beaucoup souffert avec cette brouette. Vous n'imaginez pas ce qu'on trouve dans les poubelles: du verre, des seringues, des microbes, de la ferraille rouillée...", raconte-t-il.

Le plastique acheté aux collecteurs par l'atelier autogéré d'Ettadhamen est broyé sur place puis revendu 1 à 1,3 dinar le kilo (30 à 40 centimes d'euros). Cette valorisation devrait permettre d'ici quelques mois de financer de façon autonome les trois emplois créés pour gérer le point de collecte et les différentes initiatives de soutien.

Deux mois après son lancement, l'association, qui visait le traitement d'une tonne de déchets par semaine, en traite déjà plus du double.

Résultat: certains jours, le local déborde de bouteilles vides, bidons souillés, chaises cassées et les responsables envisagent déjà d'acquérir un broyeur plus puissant.

- Recyclage -

Plus de 8.000 Barbechas sillonnent la Tunisie, dont 800 à Ettadhamen, collectant bouteilles de boissons, bidons de produits ménagers, boîtes de conserve et canettes, ou encore du pain et du cuivre, estime International Alert, qui espère pouvoir ouvrir d'autres points de collecte autogérés.

Ces chiffonniers, dont de très nombreuses femmes, assurent ainsi les deux tiers du recyclage du pays, selon International Alert, dans des conditions harassantes et sans aucun cadre formel.

A pied ou à moto, à dos d'homme ou avec une brouette, ils effectuent des kilomètres pour collecter chacun quelques dizaines de kilos par jour au mieux - 10 kg maximum en hiver, jusqu'à 50 kg l'été.

Mais comme les centaines de milliers de Tunisiens travaillant dans le secteur informel, ils vivent dans une grande précarité, avec peu de perspective d'avenir et pas d'autre filet de secours que la solidarité familiale.

International Alert s'efforce avec l'association des Barbechas d'en faire un véritable métier: obtenir une reconnaissance officielle de la municipalité; permettre aux chiffionniers d'effectuer des paiements par virement postal; et à terme, créer les conditions pour qu'ils reçoivent une fiche de paie en bonne et due forme, sésame ouvrant notamment la voie à une assurance maladie.

"Ce qui manque dans le secteur, c'est un cadre juridique", explique Maher Omrani, coordinateur du projet Barbechas pour International Alert.

Un projet sur l'économie sociale et solidaire est depuis un an dans les tiroirs du Parlement, pris dans un embouteillage législatif.

"Ce n'est pas encore passé au Parlement", relève M. Omrani, qui espère une loi qui "protègera les Barbechas et leur permettra d'avoir une carte de soins pour qu'ils puissent se soigner dans les hôpitaux publics."

Avec AFP

En Tunisie, une exposition pour immortaliser une révolution 2.0

Des personnes en train de nettoyer les débris de la rue suite à une crue mortelle dans la ville de Dar Chaabane, en Tunisie, le 23 septembre 2018.

Une exposition à Tunis retrace actuellement le renversement du régime de Ben Ali, l'une des premières "révolutions Facebook", grâce à des centaines de vidéos amateurs, pages de blogs, caricatures et autres documents numériques évanescents sauvegardés par un collectif d'institutions et ONG.

Dans le célèbre musée du Bardo résonnent les cris qui ont eu raison de la dictature, il y a déjà plus de huit ans: "Travail, liberté et dignité!"

Les vidéos des manifestants criant leur colère sous des tirs massifs de gaz lacrymogènes sont tremblotantes: ce sont les premières images du soulèvement et de la répression, souvent prises à la va-vite avec un téléphone portable.

Un enregistrement sonore restitue la folle ambiance, s'achevant par un hurlement "Ben Ali a fui!"

Certains documents sont historiques, comme l'interview intégrale de la mère du marchant ambulant Mohamed Bouazizi. Elle y explique le calvaire du jeune homme, dont l'immolation par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid fut le déclencheur de la révolte.

A l'époque, la diffusion par des chaînes étrangères de l'entretien avait participé à l'embrasement.

- "Ben Ali dégage!" -

L'exposition "Before the 14th" ("Avant le 14"), jusqu'au 30 mars à Tunis, puis jusqu'au 30 septembre à Marseille, en France, rassemble ces témoignages directs retraçant les 29 jours ayant conduit à la chute du dictateur.

Elle décrit les précédentes mobilisations, dès 2008, puis les premières régions à se soulever mi-décembre 2010 -Sidi Bouzid et Kasserine, jusqu'à la marée humaine scandant "Ben Ali dégage!" au coeur de la capitale.

La circulation de ces images sur les réseaux sociaux a transformé le désespoir d'un marchand ambulant en une révolution contagieuse, qui a bouleversé le sort du Moyen-Orient.

Mais nombre d'entre elles n'étaient conservées que dans l'historique de ces réseaux sociaux ou sur des téléphones portables.

Des militants et chercheurs ont ainsi tiré la sonnette d'alarme, signalant qu'un grand nombre d'images et de vidéos publiées sur internet aux moments des faits étaient en train de disparaître.

Un collectif d'associations s'est alors constitué, et il a collaboré avec des institutions comme la Bibliothèque nationale pour recenser et recueillir photos, vidéos, mais aussi blogs, slogans, poèmes, communiqués, statuts Facebook, auprès de citoyens à travers le pays, avec des formulaires identifiant lieux, dates, et auteurs.

Des dizaines de photos exposées dans la première mouture de l'exposition se sont avérées être des photos de presse, prises par des professionnels.

Mais elles ont depuis été remplacées par d'autres issues du fonds des archives de la révolution qui contient près de 2.000 photos et vidéos majoritairement prises par des acteurs et témoins des évènements, dont les prémisses furent compliqués à couvrir.

- "Défi technique" -

Après quatre ans de travail, ce fonds est désormais conservé pour la postérité aux Archives nationales.

"Il y a un défi technique, scientifique et méthodologique dans la recherche et la vérification du contenu numérique publié par son auteur qui avait bravé à l'époque la censure", explique l'historienne et membre de la commission organisatrice de cette exposition, Kmar Ben Dana.

"Notre approche doit être fiable" pour permettre "dans l'avenir d'écrire l'Histoire en se basant sur ces archives. C'est un traitement sans précédent, car il s'agit de matière numérique", poursuit-elle.

Pour cette historienne, le but "n'est pas d'écrire une version officielle de l'histoire (...), c'est une tentative pour une réconciliation entre la mémoire et l'Histoire".

Au-delà des archives, il s'agit de sauvegarder le processus même de la révolution, qui a fait naître d'immenses espoirs inassouvis, au point de faire regretter le dictateur déchu chez certains Tunisiens.

"Nous espérons que cela va contribuer à montrer que la révolution a été un évènement extrêmement positif, extrêmement libérateur. Même si nous sommes, aujourd'hui, dans des difficultés politiques et économiques qui peuvent faire oublier cette grande explosion politique", dit Mme Ben Dana.

Au Bardo, Hassen Tahri, 22 ans, cherche à comprendre ce qui s'est vraiment passé lorsqu'il n'était qu'un collégien.

"J'étais très jeune et je ne me souviens pas de grand-chose, mais à travers cette exposition, on peut reconstituer l'enchaînement des évènements", explique-t-il à l'AFP.

"Cela nous rappelle les souvenirs des 13 et 14 janvier, lorsque nous ne savions pas ce qui se passerait, surtout après (la) fuite" de Ben Ali, poursuit cet étudiant de la banlieue de Tunis.

Pour une autre visiteuse, Hiba Jebali, étudiante de 21 ans, "c'est important que les jeunes comprennent ce qui s'est passé exactement, parce qu'ils sont l'avenir du pays".

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