Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Côte d'Ivoire

Nord ivoirien: la ville de Ferké croit encore à l'étoile présidentielle de Guillaume Soro

Guillaume Soro, ancien chef rebelle et candidat potentiel à la présidentielle ivoirienne pose lors d'une séance photo à Paris le 29 janvier 2020. (Photo de Lionel BONAVENTURE / AFP)

"Je ne fais pas de politique, mais on n'abandonne pas son enfant", assure Kiali Ouattara, chef traditionnel de Ferkessédougou. La grande ville du Nord est le fief de l'ex-rebelle Guillaume Soro, qui reste candidat à la présidentielle d'octobre malgré un exil en France et des ennuis judiciaires.

Longtemps allié du président Alassane Ouattara, qu'il a aidé, en tant que leader de l'ex-rébellion du Nord, à accéder au pouvoir pendant la crise post-électorale de 2010-2011, il est devenu Premier ministre, puis président de l'Assemblée nationale, avant de rompre début 2019 avec le chef de l'Etat et son parti, le RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix). Depuis, son avenir s'est assombri.

Condamné fin avril par la justice ivoirienne à 20 ans de prison et à la déchéance de ses droits civiques notamment pour "recel de détournement de deniers publics", M. Soro, qui fait aussi face à des accusations de "tentative d'insurrection", avait renoncé à rentrer au pays en décembre dernier pour éviter une incarcération. Nombre de ses partisans sont en prison.

Il est également visé par une plainte déposée à Paris pour "torture", "assassinat" et "crimes de guerre" en 2004 et 2011.

- "Jugements farfelus" -

Pas de quoi décourager ses supporters à "Ferké", dont il est toujours député. Ici, on croit encore au destin présidentiel de l'enfant du pays, né dans le village voisin de Diawala.

"Le RHDP met ses partisans en prison, le condamne avec des jugements farfelus", comme les ex-présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo l'ont fait à Alassane Ouattara dans le passé, assure Ouattara Laragton, 55 ans, coiffeur au quartier Lanviara. "Je sais que si le petit se présente, il va gagner". "Le petit", c'est évidemment Guillaume Soro, 48 ans.

Carrefour commercial sur les routes menant au Mali et au Burkina, Ferké (160.000 habitants) a supplanté la ville historique voisine de Kong (capitale de l'empire Kong à l'époque de Samory Touré) au XXe siècle grâce au passage du chemin de fer. Kong étant le fief de la famille Ouattara, certains veulent y voir le symbole que Guillaume Soro, le "moderne" supplantera Alassane Ouattara, "l'ancien". Détail amusant: la capitale du Nord située à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest, est la ville du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le candidat du RHDP choisi par le chef de l'Etat pour lui succéder.

M. Soro a longtemps espéré que M. Ouattara le désignerait comme son successeur, avant de claquer la porte.

Pour Sougari Soro, 45 ans, mécanicien à Ferkessédougou, les "gens du RHDP" sont "des ingrats": "Ils l'ont trahi devant nos yeux alors qu'il a vendu sa vie pour les mettre au pouvoir", quand il était chef des ex-rebelles. "Nous sommes beaucoup en Côte d'Ivoire à le soutenir dans le silence".

Le RHDP est toutefois loin d'avoir perdu la main ici. Dès son arrivée au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara a fait investir dans le nord du pays, longtemps délaissé. Ferké, comme Korhogo, ont largement bénéficié de cette volonté de rattraper le retard du Nord (écoles, électrification, axes routiers).

"Il est trop pressé de prendre le pouvoir. Il doit continuer à se faire former, à apprendre à côté de son père Alassane Ouattara", tranche Ismael Ouattara, vendeur d'appareils électro-ménagers.

- Maison et chambres -

Tilkouete Sansan Dah, député de Bouna, à l'est de Ferké, à la frontière avec le Ghana et le Burkina, estime même que Guillaume Soro ne "peut affirmer que c'est son fief": "M. Soro ne pourrait pas être élu député à Ferké aujourd'hui".

La machine électorale du RHDP s'est d'ailleurs mise en marche, attirant de nombreux militants de l'ex-Premier ministre.

"Le RHDP était comme une maison avec des chambres. Il y avait la chambre pro-Soro, les pro-Gon Coulibaly, les pro-Hamed Bakayoko (ministre de la Défense)", parmi d'autres, explique M. Sansan Dah. "Les militants n'ont pas changé de maison. C'est Soro qui a quitté la maison".

"Certains de nos frères sont tentés. On leur offre du travail, des positions. On exerce des pressions... Mais, dans les urnes on est les plus forts", réplique un proche de Guillaume Soro.

Le maire de Ferké, Kiweli Ouattara, est un des irréductibles pro-Soro. "S'il n'en reste qu'un ce sera moi mais, je vous assure", promet-il, un brin exalté, "Guillaume Soro reviendra, il fera campagne et il sera élu président de la Côte d'Ivoire le 31 octobre au soir".

Toutes les actualités

Le représentant de l'ONU appelle a une présidentielle ivoirienne "pacifique et inclusive"

Le représentant de l'ONU appelle a une présidentielle ivoirienne "pacifique et inclusive"
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:16 0:00

Laurent Gbagbo doit être candidat à la présidentielle ivoirienne, tranche un tribunal

Le président ivoirien Laurent Gbagbo (à g.) et le général Philippe Mangou, chef des armées, lors du 49e anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, à Abidjan le 7 août 2009. (Photo REUTERS/Luc Gnago)

La Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples a tranché vendredi contre l'exclusion de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo de l'élection présidentielle ivoirienne du 31 octobre.

La Cour, qui est basée à Arusha (Tanzanie), ordonne à l'Etat ivoirien de "prendre toutes mesures nécessaires en vue de lever immédiatement tous les obstacles" empêchant M. Gbagbo de participer au scrutin.

L'ancien chef d'Etat (2000-2010) ne figure pas sur les listes électorales révisées cette année, il ne peut donc ni voter, ni être candidat.

Selon les autorités ivoiriennes, cette décision fait suite à la condamnation de M. Gbagbo par contumace en 2018 par la justice ivoirienne, à 20 ans de prison, liée aux événements de la crise post-électorale de 2010-2011.

Pour Ouattara, les candidatures de Gbagbo et Soro sont des "provocations".
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:13 0:00


Le Conseil constitutionnel ivoirien a rejeté sa candidature à la présidentielle déposée par ses partisans, lui-même ne s'étant pas exprimé sur le sujet.

La Cour africaine ordonne également à l'Etat ivoirien de "suspendre la mention de la condamnation pénale du casier judiciaire" de M. Gbagbo.

Acquitté en première instance de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, M. Gbagbo, 75 ans, ne peut pas rentrer en Côte d'Ivoire, les autorités ivoiriennes refusant, selon ses avocats, de lui délivrer un passeport.

La Cour africaine des droits de l'Homme a déjà prononcé un jugement similaire condamnant l'Etat ivoirien pour un autre opposant, l'ex-chef rebelle et ancien Premier ministre Guillaume Soro, dont la candidature avait aussi été rejetée par le Conseil constitutionnel après une condamnation par la justice.

La CADHP est un tribunal créé par l'Union africaine. Elle est composée de 11 juges. La Côte d'Ivoire ne reconnait pas son autorité.

Le CNDH s'inquiète des "graves menaces sur la paix sociale"

Des soutiens de Laurent Gbagbo à Abidjan, le 1er septembre 2020.

Le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), organisme public de Côte d'Ivoire, s'est inquiété jeudi de "graves menaces sur la paix sociale" à l'approche de l'élection présidentielle fin octobre et a appelé à un "dialogue inclusif", dans un communiqué.

Précisant avoir rencontré ces derniers jours les responsables des principaux partis d'opposition ainsi que du parti au pouvoir, le CNDH exprime sa "vive préoccupation" face à une situation socio-politique "qui crée assurément les conditions de graves violations des droits de l'Homme et fait peser de graves menaces sur la paix sociale" en Côte d'Ivoire.

Alors que de nombreux militants d'opposition et d'ONG ont été arrêtés ces derniers mois, le CNDH, qui est un organe consultatif pour le gouvernement, demande des "mesures pour garantir (...) l'exercice des libertés publiques par l'ensemble des forces politiques de la Nation" et appelle à "l'ouverture d'un dialogue pressant et inclusif" pour "trouver des solutions consensuelles durables".

Le CNDH demande aussi "l'ouverture d'enquêtes sur les allégations de violences constitutives de violations des droits de l'Homme".

La crainte de violences meurtrières est forte dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, dix ans après la crise post-électorale née de la présidentielle de 2010 qui avait fait 3.000 morts.

Des violences, dans le sillage de l'annonce de la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat controversé, ont fait une quinzaine de morts en août dans le pays.

Une figure de la société civile ivoirienne, Pulcherie Gbalet, qui avait appelé en août à des manifestations contre un troisième mandat du président Ouattara, est incarcérée depuis un mois.

Justin Koua, président de la jeunesse de l'opposition FPI-pro Gbagbo a été arrêté, il y a une semaine sur son lieu de travail à Korhogo (Nord) et transféré quelques jours après dans une prison à Bouaké (centre), a déploré son parti.

Mercredi, une dizaine de proches de l'ancien chef rebelle et ex-Premier ministre Guillaume Soro, dont la candidature à la présidentielle du 31 octobre n'a pas été retenue par le Conseil constitutionnel, ont été libérés après neuf mois de prison.

Pour Ouattara, les candidatures de Gbagbo et Soro sont des "provocations".

Pour Ouattara, les candidatures de Gbagbo et Soro sont des "provocations".
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:13 0:00

ADO: "La place de Guillaume Soro n’est pas dans la campagne électorale, mais en prison"

Le président ivoirien Alassane Ouattara descend de l’avion à son retour d’Accra, accueilli au bas de l’échelle par Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, à Abidjan, Côte d’Ivoire, 7 janvier 2017. Crédit : Présidence de la Côte d’Ivoire/Twitte

Le président ivoirien Alassane Ouattara, candidat à un troisième mandat controversé, a estimé que les candidatures de son prédécesseur Laurent Gbagbo et de l'ex-Premier ministre Guillaume Soro à la présidentielle du 31 octobre étaient des "provocations". 

"Soro, comme Gbagbo, a été écarté car son casier judiciaire n’est pas vierge. Tous deux le savaient parfaitement: leurs candidatures relèvent de la provocation", a affirmé le président Ouattara dans entretien publié jeudi par l'hebdomadaire français Paris Match.​ "La place de Guillaume Soro n’est pas dans la campagne électorale, mais en prison", a-t-il ajouté.

"Ce jeune homme, enivré par l’argent et le pouvoir, a simplement perdu la tête", a-t-il même lancé, en parlant de M. Soro, âgé de 47 ans.

Le Conseil constitutionnel a rejeté le 14 septembre les candidatures de MM. Soro et Gbagbo à la présidentielle (ainsi que 38 autres des 44 candidatures) parce que les deux hommes avaient été condamnés à des peines de prison par la justice ivoirienne.

M. Soro, qui est en France, a été condamné à 20 ans de prison pour recel de détournement de deniers publics et fait l'objet d'une procédure pour tentative d'insurrection.

L'ancien président Gbagbo, acquitté en première instance par la Cour pénale internationale (CPI) et dans l'attente d'un éventuel procès en appel, a lui été condamné à 20 ans de prison dans l'affaire dite du "braquage de la BCEAO", la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest, lors de la crise de 2010-2011.

Au grand dam des opposants qui estiment que sa candidature est une "forfaiture", le Conseil constitutionnel a validé celle de M. Ouattara. La Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels, mais le Conseil constitutionnel a estimé que l'entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution en 2016 a remis le compteur à zéro pour le chef de l'Etat.

"C’est un sacrifice. Et ce dernier mandat – si, comme je l’espère, je suis réélu – sera un sacerdoce", assure-t-il.

Le président a balayé toute idée de reporter le scrutin malgré les menaces de boycott de l’opposition, qui a appelé à la désobéissance civile: "Seuls des candidats qui savent qu’ils seront battus peuvent avoir envie de se retirer".

La crainte de violences meurtrières est forte dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, dix ans après la crise post-électorale née de la présidentielle de 2010 qui avait fait 3.000 morts, après le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

Des violences, dans le sillage de l'annonce de la candidature du président Ouattara, ont fait une quinzaine de morts en août dans le pays.

Voir plus

XS
SM
MD
LG