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Nigeria

Les manifestants nigérians battent en retraite, mais n'abandonnent pas

Les gens sont obligés de marcher les mains sur la tête lorsqu'ils passent les points de contrôle de sécurité, au marché d'Obalende, Lagos, Nigéria, le 24 octobre 2020.

La répression brutale de semaines de manifestations contre les violences policières n'a pas altéré l'envie de changement ni la colère de la jeunesse nigériane, même si pour l'instant personne ne sait quelle suite donner au mouvement.

"Les autorités ont tué des manifestants pacifiques de sang-froid, nous sommes toujours sous le choc", confie Leo DaSilva, manifestant de 28 ans.

Ces trois semaines de manifestations contre les violences policières et de contestation contre le pouvoir ont fait près de 60 morts dans tout le pays, dont au moins 10 au péage de Lekki, à Lagos, selon Amnesty International, déclenchant une vague d'émotion à travers le monde.

Après trois jours de chaos, le calme est revenu et pour les participants au mouvement, l'heure est à la réflexion sur les moyens de continuer à faire vivre la cause malgré les restrictions et la peur.

Feyikemi Abudu et Jola Ayeye, connues sous le nom de FK et Jollz, fondatrices de la Coalition féministe, l'une des nombreuses organisations nigérianes ayant collecté des fonds et aidé à organiser le mouvement, se réjouissent que ce mouvement ait pu "ouvrir le champ des possibles sur tout ce qui peut se produire dans ce pays".

Unité

Anita Izato, avocate de 24 ans basée à Abuja, la capitale fédérale, est particulièrement fière d'avoir participé à ces manifestations.

"Notre plus grande victoire, c’est l’unité. Et créer l’unité, ce n'est pas une mince affaire ici au Nigeria", explique-t-elle à l'AFP.

Dans le pays le plus peuplé d'Afrique, qui compte plus de 250 groupes ethniques et 500 langues, des religions et des cultures différentes, la jeunesse -essentiellement du sud- s'est entendue sur un objectif commun.

Les manifestants se sont organisés à une vitesse fulgurante, grâce aux réseaux sociaux, certains offrant une aide juridique, ou psychologique, d'autres en payant des factures médicales, ou des frais de transport.

"Il n’y avait peut-être personne à la tête de ce mouvement, mais ils ont fait preuve d'un grand leadership", note Aisha Yusuf, 46 ans, et militante de longue date pour la défense des droits de l'Homme.

Le chef de l’État nigérian a reconnu que les manifestations des jeunes sont légitimes
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"Ils ont acheminé des ambulances, se sont préoccupés du bien et de la sécurité des gens, presque comme le ferait un gouvernement!", confie-t-elle à l'AFP.

Les Nigérians de la diaspora ont également pris part au mouvement, organisant leurs propres manifestations à Londres, New York ou Paris, et portant le message de leurs concitoyens auprès de célébrités comme Rihanna, Kanye West ou Lewis Hamilton.

Mais le 20 octobre, les forces de l'ordre ont tiré sur un millier de manifestants pacifiques au péage de Lekki, faisant plusieurs morts et de nombreux blessés et mettant un coup d'arrêt à la contestation.

"Nous avons arrêté de manifester tout simplement parce que nous voulons rester en vie", poursuit Anita. "Nous faisons de notre mieux pour nous faire entendre, et le Nigeria est notre pays. Mais il ne vaut pas la peine de mourir".

Désormais, comment exprimer sa voix ? L'un des défis d'un mouvement sans leader est que chacun y apporte ses propres revendications: certains veulent la création de groupes de réflexion, d'autres un parti politique. Des voix encouragent d'ailleurs les jeunes à se concentrer sur les prochaines élections, en 2023.

Révélation

Le Parti démocratique de la jeunesse du Nigeria (Nigeria's Youth Democratic Party) est né de ce mouvement, et bien qu'il ne soit pas enregistré en tant que parti officiel, il espère gagner de nombreux membres d'ici trois ans.

"Ce mouvement était une révélation. La bataille vient de commencer. Nous rendrons le Nigeria grand", promet le nouveau parti.

Les idées pour l'avenir du mouvement fusent. "Mes DM (messages directs sur Twitter) sont pleins de messages et de suggestions, on a même reçu un article de trois pages avec des idées pour une nouvelle constitution", plaisantent FK et Jollz de la Coalition Féministe, dans un podcast largement partagé sur les réseaux sociaux.

Pour l'instant, l'avenir immédiat du mouvement dépendra surtout de la manière dont le gouvernement répondra aux revendications et des efforts déployés pour réformer les services de sécurité.

"Nous sommes une génération incroyablement intelligente, mais ne soyons pas arrogants", ont déclaré FK et Jollz. "Nous devons engager le dialogue avec eux."

Le gouvernement a promis une série de réformes, mais beaucoup restent sceptiques.

"Pour le moment, le dialogue et l'engagement avec le gouvernement sont la voie à suivre", explique Dipo Awojide, 35 ans, qui a aidé à organiser des manifestations à Londres.

"Mais s'ils ne sont pas sincères et s'ils ne sont pas disposés à mettre en œuvre des changements", ajouté Dipo Awojide, "alors je pense qu'il est tout à fait normal d'envisager de retourner dans la rue."

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Après une contraction de 3,62% du PIB, la microfinance se noie

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La microfinance nigériane frappée de plein fouet par la pandémie

Siège de la Banque centrale du Nigeria à Abuja, le 22 novembre 2020.

Au Nigeria, l’un des secteurs les plus frappés par la crise est le secteur de la microfinance malgré les mesures prises par le gouvernement fédéral pour aider les petites et moyennes entreprises.

Odo Diego Okenyodo, un entrepreneur nigérian, a été obligé de se tourner vers les institutions de microfinance pour développer son entreprise. Ceux qui lui sont redevables depuis quelques mois pour des services déjà rendus n’arrivent pas à honorer leurs engagements.

"En ce moment, nous sommes obligés de faire un bon auprès des microfinances. Nous voulons agrandir l’entreprise, construire un studio et recruter plus de personnel. Il nous faut emprunter de l’argent. Le gouvernement a un système de crédit en place mais nous n’avions pas eu accès à cela malgré nos efforts", témoigne Odo Diego Okenyodo​

Chez certaines structures de microfinance, les choses ne tournent également pas bien, mais elles ont mis en place des alternatives pour soutenir leurs clients en cette période de crise sanitaire. C'est le cas chez Benjamin Chukwuka, qui dirige une agence de microfinance.

"Ce que nous faisons c’est d’encourager nos clients d’économiser", souligne-t-il. "Et tout ce qu’ils pourront économiser sera utilisé. Certains reviennent pour leur argent en espèce. Pour d'autres, nous utilisons leur argent pour acheter des articles. Deuxièmement, certains clients auxquels nous avions prêté de l’argent durant cette période ont eu des problèmes et leurs affaires ont été fermées. Le remboursement devient ainsi un problème".

Pour les institutions de microfinance, le défi est immense. Compte tenu de la nature de leurs portefeuilles et des activités de leurs clients, les institutions de microfinance et le secteur de l’inclusion financière en général sont affectés par la crise sanitaire, à en croire l'économiste nigérian Odillim Envegbara.

"La majorité des institutions de microfinance sont en crise. Ce qui veut dire qu’elles ne peuvent pas emprunter de l’argent et donc les gens ne viennent pas aussi déposer de l’argent dans les agences. Et cela a eu un impact négatif sur la microfinance", explique-t-il.

La Banque centrale du Nigeria avait décaissé un montant de plus de 50 milliards de Naira (environ 130 millions de dollars) pour des crédits ciblés destinés aux ménages et aux petites et moyennes entreprises touchés par la pandémie.

Problème, seuls 9% des ménages nigérians ont obtenu des prêts auprès de banques et d'institutions de microfinance, depuis mars selon le Bureau national des statistiques.

La première économie d'Afrique en récession

Un homme porte des sacs de riz sur la tête à une frontière entre Abuja et l'État de Nasarawa le 30 mars 2020.

La pandémie de Covid-19 a fait entrer le Nigeria en récession pour la deuxième fois depuis 2016, menacant de faire basculer un peu plus dans la pauvreté les 200 millions d'habitants de la première économie d'Afrique.

Le PIB du premier producteur africain de pétrole s'est contracté de 3,62% au troisième trimestre, après avoir déjà reculé de 6% au trimestre précédent.

"Avant la pandémie, le gouvernement n'arrivait déjà pas à maintenir le pouvoir d'achat des Nigérians", explique à l'AFP Dominique Fruchter, économiste à la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur (Coface).

Le pays se remet à peine du choc pétrolier qui l'a très durement touché en 2016. Et si la croissance est repartie l'année suivante, elle était restée trop faible pour combler les besoins d'une population toujours plus nombreuse. Le taux de chômage des jeunes atteint les 40%.

Ainsi "la pandémie a accentué les difficultés antérieures et Nigeria doit désormais faire face à la plus sévère récession enregistrée depuis des décennies", note également Aurélien Mali, analyste pour l'Afrique à Moody's.

Fin mars, les autorités ont décrété un confinement de cinq semaines, une catastrophe pour la majorité de la population qui dépend de l'économie informelle pour survivre, mais aussi pour la classe moyenne.

"J'avais à peine de quoi payer ma nourriture et l'électricité", témoigne Joseph Olaniyan, professeur de français à Abuja, dont l'activité a repris en octobre mais tourne au ralenti.

Dépendance à l'or noir

Au confinement, "s'est ajoutée la chute des prix du pétrole", souligne M. Mali.

En avril, les cours du brut ont chuté en dessous des 20 dollars, et ils ont beau être remontés autour des 40 dollars depuis, l'avenir reste sombre pour un pays qui tire plus de la moitié de ses revenus et 90% de ses recettes d'exportation du pétrole.

Outre la baisse des cours, "la production nigériane de pétrole diminue", relève Benjamin Augé, spécialiste du Nigeria à Institut français des relations internationales (Ifri). "Une partie des gisements est arrivée à maturité et ces derniers ne sont pas compensés par suffisamment de grands projets".

Ainsi, "au moment où le gouvernement devrait soutenir l'économie, ses revenus ont drastiquement baissé", souligne M. Mali.

Le siège de la Banque centrale du Nigeria à Abuja, au Nigeria, le 22 novembre 2020.
Le siège de la Banque centrale du Nigeria à Abuja, au Nigeria, le 22 novembre 2020.

Pour faire face, l'Etat a immédiatement réagi en dévaluant la monnaie. Mais "cette dépréciation a encore appauvri les populations, les prix des biens de première nécessité souvent importés ont augmenté, créant une forte inflation", ajoute l'économiste.

"Avec l'inflation, nous avons été doublement frappés", confirme le professeur Olaniyan, qui affirme que les prix des transports ont presque doublé.

Plus encore, l'inflation a été portée par une hausse des prix de l'alimentation qui ont augmenté de 17,3% en octobre.

"Le sac de riz que nous achetions 100 nairas, coûte désormais 200 nairas", témoigne Edna Anidi, une mère de six enfants qui a récemment perdu son emploi dans le secteur pétrolier dans le sud-est.

La hausse des prix n'est toutefois pas nouvelle, et s'observe depuis plus d'un an.

En cause notamment, la fermeture des frontières avec les pays voisins, décidée en août 2019 par les autorités pour stimuler la production agricole locale.

Car depuis 2016, Abuja tente de diversifier son économie, en imposant des mesures protectionnistes pour développer des secteurs d'activités plus inclusifs.

7 millions de pauvres en plus

Mais d'ici là, "le pays va rester extrêmement dépendant de sa rente pétrolière", ajoute M. Mali. Et à moins d'observer "une envolée des cours, le pays va mettre plusieurs années à sortir de cette récession".

Le gouvernement table sur un retour à la croissance d'ici la fin de l'année ou début 2021, selon la ministre des Finances Zainab Ahmed lundi.

Pour les analystes, cette récession est un fléau: le pays détient déjà le triste record mondial du plus grand nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté.

La crise "devrait faire basculer cinq millions de Nigérians supplémentaires dans la pauvreté en 2020", prévoit la Banque mondiale. Un chiffre qui s'ajoute aux deux millions de nouveaux pauvres déjà prévus cette année.

La récession "va accentuer un peu plus les frustrations de la jeunesse", prévient M. Mali.

En octobre, plusieurs milliers de Nigérians ont manifesté contre les violences policières. La contestation, qui a fait une soixantaine de morts selon Amnesty International, s'était rapidement transformée en mouvement plus large contre le pouvoir.

La manque d'opportunité économique à venir pour ces jeunes, aggravé par la récession, risque de déboucher sur de nouvelles manifestations, préviennent les analystes.

Les universités publiques nigérianes restent fermées

Le bloc administratif de l'université d'Abuja au Nigeria, le 19 novembre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Au Nigeria les étudiants des universités publiques vont continuer à rester à la maison à cause d’une grève illimitée des enseignants qui dure déjà depuis 9 mois. Les négociations entre la représentation des enseignants et le gouvernement fédéral ont échoué.

Le syndicat des enseignants, exige le paiement des salaires et a demandé aux étudiants et aux parents de ne pas s'attendre à une reprise rapide des cours.

Pour le Syndicat des enseignants des universités publiques, il n'y a actuellement aucun espoir que la grève se termine bientôt car le gouvernement fédéral n'est pas disposé à faire des concessions. La centrale syndicale a ordonné à ses membres de rechercher des moyens alternatifs de survie.

L’un des points de litige concerne le Système intégré d'information sur le salaire des enseignants (IPPIS), un projet de nouvelle technologie lancé par le gouvernement fédéral.

Le professeur Biodun Ogunyemi, président du Syndicat des enseignants des universités publiques explique que "le système IPPIS n'est appliqué dans aucune université du monde. A côté de nous, au Ghana, ils ont essayé d’appliquer ce système mais ils ont découvert que ça ne peut pas marcher parce que ce système ferme la porte aux experts étrangers et à la diaspora qui devaient venir pour enrichir nos programmes d’enseignement".

Salles de classe vides

A l’Université d’Abuja, les activités tournent au ralenti à la suite de cette grève illimitée. Le campus est désert. Il n'y a ni étudiants, ni enseignants et les salles de classe sont vides. Les étudiants restent à la maison et certains se lancent dans d’autres activités, comme Samuel Oladosun qui étudie les mathématiques à l’Université d’Abuja.

"J’ai fait le tour de quelques endroits et de certaines écoles, c’est ce qui m’a permis de trouver du travail là où je suis ici maintenant. Je donne un cours sur les techniques de base de communication aux élèves maintenant", témoigne l'étudiant.

Il n’est pas le seul dans cette situation, beaucoup d’autres comme lui, à travers le pays, sont dans leurs familles et attendent impatiemment la fin de la grève pour reprendre les cours.

David Momo étudie la biochimie à l’Université de Minna, la capitale de l’Etat du Niger: "c’est vraiment difficile, il y a tout ce stress mental par le fait que nous ne sommes pas à l’école. En plus de l’absence des amis et collègues de l’école, il y a aussi la nostalgie de reprendre les études".

Le gouvernement intransigeant

Quant aux parents, ils appellent les autorités fédérales à trouver une solution à cette grève qui paralyse les universités publiques. Alima Momola, mère de David Momo, est particulièrement inquiète pour l’avenir de son fils. "Les autorités doivent essayer de faire face aux demandes des enseignants pour que nous enfants puissent reprendre les études", estime-t-elle.

Le gouvernement fédéral, intransigeant, menace qu'il pourrait même appliquer les dispositions de la législation sur le travail ou d'autres voies si le syndicat insiste à poursuivre la grève.

La crise affecte les enseignants eux-mêmes. Kamilu Sani Faggeest, professeur de sciences politiques à l’Université de Bayéro de Kano dans le nord-est du Nigeria, souligne que "les demandes du syndicat sont légitimes et cela traine depuis 2009, ils doivent trouver solution au problème".

La multiplication des grèves des enseignants du cycle supérieur est un coup dur pour le système éducatif dans un pays où le système universitaire est largement dominé par les établissements publics.

Les autorités nigérianes veulent réglementer les réseaux sociaux

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