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Nigeria

La justice ordonne la libération de l'Emir de Kano "détrôné"

L'émir de Kano, Muhammadu Sanusi II, au palais de Kano, Nigeria, le 18 juillet 2014.

Un tribunal d'Abuja a ordonné vendredi la libération de l'Emir de Kano, une des plus grandes figures traditionnelles du Nigeria, détenu par les services de renseignements après avoir été détrôné cette semaine par les autorités et "banni". 

"J'ordonne la libération du prévenu et j'appelle à la restauration de ses droits, de sa liberté de mouvement et d'association au Nigeria", a déclaré la juge de la Haute Cour fédérale, Anwuli Chikere.

Muhammadu Sanusi II est actuellement en détention à Awe, dans l'Etat de Nasawara (centre), où il a été emmené en hélicoptère.

Son avocat avait demandé sa libération et sa liberté de mouvement partout dans le pays, à l'exception de l'Etat de Kano, d'où il a été banni par le gouverneur local après des mois inimitiés politiques.

La juge Chikere a annoncé une prochaine audience le 26 mars, et a demandé aux autorités (police, procureur de l'Etat de Kano et procureur général) de préparer leur dossier d'accusation pour cette date.

Muhammadu Sanusi II, 58 ans, était une des plus grandes figures du pouvoir traditionnel au Nigeria, et son influence s'exerçait sur un vaste territoire de 10 millions de personnes dans le nord musulman.

Mais il a été "détrôné" manu militari lundi après un vote du Parlement de l'Etat de Kano, avec "effet immédiat" et le gouverneur local Abdullahi Umar Ganduje, qui l'accuse de soutenir l'opposition, a nommé aussitôt son successeur, Alhaji Aminu Ado Bayero.

En février, Sanusi II avait déclaré qu'"aucun leader dans le nord du Nigeria ne peut s'estimer heureux" face aux niveaux de pauvreté endémique dans la région.

Les chefs traditionnels ont perdu leur pouvoir politique sous la colonisation britannique, mais leur influence est énorme dans la société nigériane, certains considérant les plus grands chefs comme des demi-dieux.

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Ouverture du procès en appel de deux Nigérians condamnés pour blasphème

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Après une contraction de 3,62% du PIB, la microfinance se noie

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La microfinance nigériane frappée de plein fouet par la pandémie

Siège de la Banque centrale du Nigeria à Abuja, le 22 novembre 2020.

Au Nigeria, l’un des secteurs les plus frappés par la crise est le secteur de la microfinance malgré les mesures prises par le gouvernement fédéral pour aider les petites et moyennes entreprises.

Odo Diego Okenyodo, un entrepreneur nigérian, a été obligé de se tourner vers les institutions de microfinance pour développer son entreprise. Ceux qui lui sont redevables depuis quelques mois pour des services déjà rendus n’arrivent pas à honorer leurs engagements.

"En ce moment, nous sommes obligés de faire un bon auprès des microfinances. Nous voulons agrandir l’entreprise, construire un studio et recruter plus de personnel. Il nous faut emprunter de l’argent. Le gouvernement a un système de crédit en place mais nous n’avions pas eu accès à cela malgré nos efforts", témoigne Odo Diego Okenyodo​

Chez certaines structures de microfinance, les choses ne tournent également pas bien, mais elles ont mis en place des alternatives pour soutenir leurs clients en cette période de crise sanitaire. C'est le cas chez Benjamin Chukwuka, qui dirige une agence de microfinance.

"Ce que nous faisons c’est d’encourager nos clients d’économiser", souligne-t-il. "Et tout ce qu’ils pourront économiser sera utilisé. Certains reviennent pour leur argent en espèce. Pour d'autres, nous utilisons leur argent pour acheter des articles. Deuxièmement, certains clients auxquels nous avions prêté de l’argent durant cette période ont eu des problèmes et leurs affaires ont été fermées. Le remboursement devient ainsi un problème".

Pour les institutions de microfinance, le défi est immense. Compte tenu de la nature de leurs portefeuilles et des activités de leurs clients, les institutions de microfinance et le secteur de l’inclusion financière en général sont affectés par la crise sanitaire, à en croire l'économiste nigérian Odillim Envegbara.

"La majorité des institutions de microfinance sont en crise. Ce qui veut dire qu’elles ne peuvent pas emprunter de l’argent et donc les gens ne viennent pas aussi déposer de l’argent dans les agences. Et cela a eu un impact négatif sur la microfinance", explique-t-il.

La Banque centrale du Nigeria avait décaissé un montant de plus de 50 milliards de Naira (environ 130 millions de dollars) pour des crédits ciblés destinés aux ménages et aux petites et moyennes entreprises touchés par la pandémie.

Problème, seuls 9% des ménages nigérians ont obtenu des prêts auprès de banques et d'institutions de microfinance, depuis mars selon le Bureau national des statistiques.

La première économie d'Afrique en récession

Un homme porte des sacs de riz sur la tête à une frontière entre Abuja et l'État de Nasarawa le 30 mars 2020.

La pandémie de Covid-19 a fait entrer le Nigeria en récession pour la deuxième fois depuis 2016, menacant de faire basculer un peu plus dans la pauvreté les 200 millions d'habitants de la première économie d'Afrique.

Le PIB du premier producteur africain de pétrole s'est contracté de 3,62% au troisième trimestre, après avoir déjà reculé de 6% au trimestre précédent.

"Avant la pandémie, le gouvernement n'arrivait déjà pas à maintenir le pouvoir d'achat des Nigérians", explique à l'AFP Dominique Fruchter, économiste à la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur (Coface).

Le pays se remet à peine du choc pétrolier qui l'a très durement touché en 2016. Et si la croissance est repartie l'année suivante, elle était restée trop faible pour combler les besoins d'une population toujours plus nombreuse. Le taux de chômage des jeunes atteint les 40%.

Ainsi "la pandémie a accentué les difficultés antérieures et Nigeria doit désormais faire face à la plus sévère récession enregistrée depuis des décennies", note également Aurélien Mali, analyste pour l'Afrique à Moody's.

Fin mars, les autorités ont décrété un confinement de cinq semaines, une catastrophe pour la majorité de la population qui dépend de l'économie informelle pour survivre, mais aussi pour la classe moyenne.

"J'avais à peine de quoi payer ma nourriture et l'électricité", témoigne Joseph Olaniyan, professeur de français à Abuja, dont l'activité a repris en octobre mais tourne au ralenti.

Dépendance à l'or noir

Au confinement, "s'est ajoutée la chute des prix du pétrole", souligne M. Mali.

En avril, les cours du brut ont chuté en dessous des 20 dollars, et ils ont beau être remontés autour des 40 dollars depuis, l'avenir reste sombre pour un pays qui tire plus de la moitié de ses revenus et 90% de ses recettes d'exportation du pétrole.

Outre la baisse des cours, "la production nigériane de pétrole diminue", relève Benjamin Augé, spécialiste du Nigeria à Institut français des relations internationales (Ifri). "Une partie des gisements est arrivée à maturité et ces derniers ne sont pas compensés par suffisamment de grands projets".

Ainsi, "au moment où le gouvernement devrait soutenir l'économie, ses revenus ont drastiquement baissé", souligne M. Mali.

Le siège de la Banque centrale du Nigeria à Abuja, au Nigeria, le 22 novembre 2020.
Le siège de la Banque centrale du Nigeria à Abuja, au Nigeria, le 22 novembre 2020.

Pour faire face, l'Etat a immédiatement réagi en dévaluant la monnaie. Mais "cette dépréciation a encore appauvri les populations, les prix des biens de première nécessité souvent importés ont augmenté, créant une forte inflation", ajoute l'économiste.

"Avec l'inflation, nous avons été doublement frappés", confirme le professeur Olaniyan, qui affirme que les prix des transports ont presque doublé.

Plus encore, l'inflation a été portée par une hausse des prix de l'alimentation qui ont augmenté de 17,3% en octobre.

"Le sac de riz que nous achetions 100 nairas, coûte désormais 200 nairas", témoigne Edna Anidi, une mère de six enfants qui a récemment perdu son emploi dans le secteur pétrolier dans le sud-est.

La hausse des prix n'est toutefois pas nouvelle, et s'observe depuis plus d'un an.

En cause notamment, la fermeture des frontières avec les pays voisins, décidée en août 2019 par les autorités pour stimuler la production agricole locale.

Car depuis 2016, Abuja tente de diversifier son économie, en imposant des mesures protectionnistes pour développer des secteurs d'activités plus inclusifs.

7 millions de pauvres en plus

Mais d'ici là, "le pays va rester extrêmement dépendant de sa rente pétrolière", ajoute M. Mali. Et à moins d'observer "une envolée des cours, le pays va mettre plusieurs années à sortir de cette récession".

Le gouvernement table sur un retour à la croissance d'ici la fin de l'année ou début 2021, selon la ministre des Finances Zainab Ahmed lundi.

Pour les analystes, cette récession est un fléau: le pays détient déjà le triste record mondial du plus grand nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté.

La crise "devrait faire basculer cinq millions de Nigérians supplémentaires dans la pauvreté en 2020", prévoit la Banque mondiale. Un chiffre qui s'ajoute aux deux millions de nouveaux pauvres déjà prévus cette année.

La récession "va accentuer un peu plus les frustrations de la jeunesse", prévient M. Mali.

En octobre, plusieurs milliers de Nigérians ont manifesté contre les violences policières. La contestation, qui a fait une soixantaine de morts selon Amnesty International, s'était rapidement transformée en mouvement plus large contre le pouvoir.

La manque d'opportunité économique à venir pour ces jeunes, aggravé par la récession, risque de déboucher sur de nouvelles manifestations, préviennent les analystes.

Les universités publiques nigérianes restent fermées

Le bloc administratif de l'université d'Abuja au Nigeria, le 19 novembre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Au Nigeria les étudiants des universités publiques vont continuer à rester à la maison à cause d’une grève illimitée des enseignants qui dure déjà depuis 9 mois. Les négociations entre la représentation des enseignants et le gouvernement fédéral ont échoué.

Le syndicat des enseignants, exige le paiement des salaires et a demandé aux étudiants et aux parents de ne pas s'attendre à une reprise rapide des cours.

Pour le Syndicat des enseignants des universités publiques, il n'y a actuellement aucun espoir que la grève se termine bientôt car le gouvernement fédéral n'est pas disposé à faire des concessions. La centrale syndicale a ordonné à ses membres de rechercher des moyens alternatifs de survie.

L’un des points de litige concerne le Système intégré d'information sur le salaire des enseignants (IPPIS), un projet de nouvelle technologie lancé par le gouvernement fédéral.

Le professeur Biodun Ogunyemi, président du Syndicat des enseignants des universités publiques explique que "le système IPPIS n'est appliqué dans aucune université du monde. A côté de nous, au Ghana, ils ont essayé d’appliquer ce système mais ils ont découvert que ça ne peut pas marcher parce que ce système ferme la porte aux experts étrangers et à la diaspora qui devaient venir pour enrichir nos programmes d’enseignement".

Salles de classe vides

A l’Université d’Abuja, les activités tournent au ralenti à la suite de cette grève illimitée. Le campus est désert. Il n'y a ni étudiants, ni enseignants et les salles de classe sont vides. Les étudiants restent à la maison et certains se lancent dans d’autres activités, comme Samuel Oladosun qui étudie les mathématiques à l’Université d’Abuja.

"J’ai fait le tour de quelques endroits et de certaines écoles, c’est ce qui m’a permis de trouver du travail là où je suis ici maintenant. Je donne un cours sur les techniques de base de communication aux élèves maintenant", témoigne l'étudiant.

Il n’est pas le seul dans cette situation, beaucoup d’autres comme lui, à travers le pays, sont dans leurs familles et attendent impatiemment la fin de la grève pour reprendre les cours.

David Momo étudie la biochimie à l’Université de Minna, la capitale de l’Etat du Niger: "c’est vraiment difficile, il y a tout ce stress mental par le fait que nous ne sommes pas à l’école. En plus de l’absence des amis et collègues de l’école, il y a aussi la nostalgie de reprendre les études".

Le gouvernement intransigeant

Quant aux parents, ils appellent les autorités fédérales à trouver une solution à cette grève qui paralyse les universités publiques. Alima Momola, mère de David Momo, est particulièrement inquiète pour l’avenir de son fils. "Les autorités doivent essayer de faire face aux demandes des enseignants pour que nous enfants puissent reprendre les études", estime-t-elle.

Le gouvernement fédéral, intransigeant, menace qu'il pourrait même appliquer les dispositions de la législation sur le travail ou d'autres voies si le syndicat insiste à poursuivre la grève.

La crise affecte les enseignants eux-mêmes. Kamilu Sani Faggeest, professeur de sciences politiques à l’Université de Bayéro de Kano dans le nord-est du Nigeria, souligne que "les demandes du syndicat sont légitimes et cela traine depuis 2009, ils doivent trouver solution au problème".

La multiplication des grèves des enseignants du cycle supérieur est un coup dur pour le système éducatif dans un pays où le système universitaire est largement dominé par les établissements publics.

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