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Nigeria

Amnesty réclame une enquête formelle sur les atrocités liées à Boko Haram

La procureure générale de la Cour pénale internationale , Fatou Bensouda, rencontre la population à Conakry, le 4 juillet 2015.

Amnesty International a demandé lundi à la Cour pénale internationale (CPI) l'ouverture d'une enquête formelle sur les atrocités commises depuis le début de l'insurrection du groupe djihadiste Boko Haram, accusant le Nigeria d'avoir échoué à traduire les responsables devant la justice.

Le procureur de la CPI Fatou Bensouda a ouvert une enquête préliminaire en 2010 concernant huit affaires présumées de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans le cadre de ce conflit qui a débuté en 2009.

Six visent les insurgés, notamment soupçonnés de massacres de civils, d'enlèvements de masse, d'attaques contre des écoles, de violences sexuelles et d'avoir utilisé des enfants-soldats.

Les deux autres affaires, liées à des attaques de civils, des arrestations et détentions arbitraires, des actes de torture ou des exécutions sommaires, concernent les militaires.

Le conflit a fait plus de 27.000 morts et 1,8 million de déplacés dans le nord-est du Nigeria depuis 2009, provoquant une très grave crise humanitaire dans la région du lac Tchad.

Le président Muhammadu Buhari, un ancien dirigeant militaire, avait promis peu après son élection en 2015 de "ne négliger aucun effort pour promouvoir l'état de droit et s'occuper de tous les cas de violations des droits de l'homme".

Mme Bensouda a estimé dans son rapport annuel, publié le 5 décembre, que le Nigeria semblait avoir pris des "mesures concrètes" afin d'enquêter sur ces allégations.

Il existe aujourd'hui selon elle, des "perspectives tangibles" de voir des poursuites engagées à l'encontre des membres de Boko Haram, ce qui n'est pas le cas de l'armée, "les autorités nigérianes ayant tendance à nier toute allégation" visant leurs troupes.

Amnesty International accuse Abuja d'"entretenir le flou" en donnant à la CPI l'impression d'agir alors que peu ou rien a été accompli au plan national.

"Huit ans après l'ouverture d'une enquête préliminaire, alors que les crimes punis par le droit international continuent et face au risque (de voir s'étirer) des examens préliminaires sans fin, il est temps pour le Bureau du Procureur d'ouvrir une enquête formelle au Nigeria", affirme l'ONG dans un rapport de 74 pages.

'Simulacre' de justice

Les mesures adoptées par les autorités nigérianes suite aux allégations d'exactions commises par les militaires et les procès de milliers de membres présumés de Boko Haram sont au coeur du plaidoyer d'Amnesty.

Aucune des 20 demandes formulées par le gouvernement concernant les allégations d'abus commis depuis neuf ans par des soldats et des membres des milices civiles engagées à leurs côtés n'ont débouché sur des enquêtes formelles, voire des poursuites, dénonce l'ONG.

Il s'agit plutôt d'un "vernis" destiné à faire croire que les autorités sont prêtes à rendre des comptes, pour en réalité exonérer des officiers et "protéger les personnes concernées de toute responsabilité pénale", ajoute Amnesty.

L'organisation de défense des droits de l'homme relève également qu'un nombre "minime" de poursuites ont été engagées contre les djihadistes de haut rang pour des crimes de terrorisme ou de prise d'otages.

Les procès de masse où des milliers de suspects ont comparu depuis octobre 2017 étaient un "simulacre" destiné à donner une "couverture légale" aux détentions prolongées, arbitraires en violation des droits des accusés.

Les poursuites se sont fondées sur des témoignages ou des aveux peu fiables et non vérifiés. La plupart des accusés n'ont pas eu accès à un avocat et les procès ont été expédiés à la va-vite, selon Amnesty.

La majorité d'entre eux ont finalement été acquittés faute de preuves suffisantes ou ont été libérés parce qu'ils avaient déjà effectué leur peine en détention provisoire. Beaucoup étaient des civils qui se sont retrouvés piégés par le conflit.

Selon Amnesty, le Nigeria n'a pas respecté ses engagements internationaux consistant à poursuivre les responsables des crimes visés par l'enquête préliminaire de la CPI et de nouveaux retards risquent de "faciliter la destruction et la dégradation des preuves".

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Les universités publiques nigérianes restent fermées

Le bloc administratif de l'université d'Abuja au Nigeria, le 19 novembre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Au Nigeria les étudiants des universités publiques vont continuer à rester à la maison à cause d’une grève illimitée des enseignants qui dure déjà depuis 9 mois. Les négociations entre la représentation des enseignants et le gouvernement fédéral ont échoué.

Le syndicat des enseignants, exige le paiement des salaires et a demandé aux étudiants et aux parents de ne pas s'attendre à une reprise rapide des cours.

Pour le Syndicat des enseignants des universités publiques, il n'y a actuellement aucun espoir que la grève se termine bientôt car le gouvernement fédéral n'est pas disposé à faire des concessions. La centrale syndicale a ordonné à ses membres de rechercher des moyens alternatifs de survie.

L’un des points de litige concerne le Système intégré d'information sur le salaire des enseignants (IPPIS), un projet de nouvelle technologie lancé par le gouvernement fédéral.

Le professeur Biodun Ogunyemi, président du Syndicat des enseignants des universités publiques explique que "le système IPPIS n'est appliqué dans aucune université du monde. A côté de nous, au Ghana, ils ont essayé d’appliquer ce système mais ils ont découvert que ça ne peut pas marcher parce que ce système ferme la porte aux experts étrangers et à la diaspora qui devaient venir pour enrichir nos programmes d’enseignement".

Salles de classe vides

A l’Université d’Abuja, les activités tournent au ralenti à la suite de cette grève illimitée. Le campus est désert. Il n'y a ni étudiants, ni enseignants et les salles de classe sont vides. Les étudiants restent à la maison et certains se lancent dans d’autres activités, comme Samuel Oladosun qui étudie les mathématiques à l’Université d’Abuja.

"J’ai fait le tour de quelques endroits et de certaines écoles, c’est ce qui m’a permis de trouver du travail là où je suis ici maintenant. Je donne un cours sur les techniques de base de communication aux élèves maintenant", témoigne l'étudiant.

Il n’est pas le seul dans cette situation, beaucoup d’autres comme lui, à travers le pays, sont dans leurs familles et attendent impatiemment la fin de la grève pour reprendre les cours.

David Momo étudie la biochimie à l’Université de Minna, la capitale de l’Etat du Niger: "c’est vraiment difficile, il y a tout ce stress mental par le fait que nous ne sommes pas à l’école. En plus de l’absence des amis et collègues de l’école, il y a aussi la nostalgie de reprendre les études".

Le gouvernement intransigeant

Quant aux parents, ils appellent les autorités fédérales à trouver une solution à cette grève qui paralyse les universités publiques. Alima Momola, mère de David Momo, est particulièrement inquiète pour l’avenir de son fils. "Les autorités doivent essayer de faire face aux demandes des enseignants pour que nous enfants puissent reprendre les études", estime-t-elle.

Le gouvernement fédéral, intransigeant, menace qu'il pourrait même appliquer les dispositions de la législation sur le travail ou d'autres voies si le syndicat insiste à poursuivre la grève.

La crise affecte les enseignants eux-mêmes. Kamilu Sani Faggeest, professeur de sciences politiques à l’Université de Bayéro de Kano dans le nord-est du Nigeria, souligne que "les demandes du syndicat sont légitimes et cela traine depuis 2009, ils doivent trouver solution au problème".

La multiplication des grèves des enseignants du cycle supérieur est un coup dur pour le système éducatif dans un pays où le système universitaire est largement dominé par les établissements publics.

Les autorités nigérianes veulent réglementer les réseaux sociaux

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Professeurs impayés: les universités nigérianes tournent au ralenti

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NBA: 8 des 60 joueurs sélectionnés cette année ont des origines nigérianes

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Manifestations "#EndSARS": une enquête de CNN indexe les autorités nigérianes

Les gens sont obligés de marcher les mains sur la tête lorsqu'ils passent les points de contrôle de sécurité, au marché d'Obalende, Lagos, Nigéria, le 24 octobre 2020.

Dans une enquête approfondie, CNN revient sur la répression violente qui s'est abattue sur les manifestants nigérians en octobre, avec des témoignages incriminants à l'appui.

Les manifestations "#EndSARS" contre les violences policières qui ont secoué le Nigeria le mois dernier ont suscité une riposte brutale de la part des autorités, selon une enquête en profondeur de la chaîne américaine CNN dont les conclusions ont été publiées mercredi.

L’équipe de CNN a mené une enquête multidisciplinaire qui inclut des analyses balistiques, la cartographie et la géolocalisation, des enregistrements vidéo et des déclarations de témoins oculaires qui se sont exprimés devant un panel chargé d'enquêter sur les morts qui ont découlé de ces manifestations.

Le dossier de CNN se penche sur les morts du péage de Lekki, quartier relativement affluent de Lagos, devenu point focal des manifestations.

CNN commence par le cas d'Elisha Sunday Ibanga, la vingtaine, sœur d'un des jeunes qui étaient allés protester. Le 21 octobre, Elisha répond à un appel téléphonique du numéro de son frère aîné. A l'autre bout de la ligne, un inconnu lui annonce que son frère, Victor, a été abattu au péage.

"La personne m'a dit que la police avait emporté son corps", relate la jeune femme.

Selon CNN, les Ibanga sont l'une des nombreuses familles qui n'ont pas encore retrouvé les corps de leurs proches disparus.

Amnesty International a recensé 56 morts dans l'ensemble du pays en deux semaines de manifestations. L'ONG a demandé "l'ouverture immédiate d'une enquête indépendante".

Une manifestante tient une pancarte lors d'une manifestation contre les brutalités policières à Lagos, au Nigeria, le 17 octobre 2020.
Une manifestante tient une pancarte lors d'une manifestation contre les brutalités policières à Lagos, au Nigeria, le 17 octobre 2020.

L'enquête de CNN intervient deux semaines après une investigation similaire menée par le quotidien Premium Times, qui a livré ses conclusions le 31 octobre.

Le journal s'attarde sur le témoignage d'une Disc Jockey populaire, DJ Switch, qui avait diffusé les tirs sur les manifestants en direct sur Instagram. Elle affirme que les soldats ont par la suite emmené les morts et que des policiers sont arrivés plus tard pour nettoyer les lieux.

Après avoir nié l'usage de la force mortelle, les autorités ont finalement admis qu’il y a eu des morts par balles.

Beaucoup de questions autour de ce qui s'est passé dans la nuit du 20 au 21 octobre restent sans réponse.

Qui a donné l’ordre de déployer l’armée ? Qui a autorisé les militaires à tirer à balles réelles ? Où sont les corps des autres victimes ? Qu’en est-il des disparus ?

L'armée a déclaré que c'était le gouverneur de Lagos, Babajide Olusola Sanwo-Olu, qui avait appelé les soldats sur les lieux parce que la police était débordée. Mais le gouverneur nie cette version des faits, insistant sur le fait qu'il n'a pas l’autorité de mobiliser l'armée.

Le dossier de CNN a ravivé des blessures qui n'avaient pas encore cicatrisé : des milliers de Nigérians ont tweeté les hashtags #Lekkimassacre et #EndSARS tout au long de la journée de mercredi.

A Lagos, une personne décède
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