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Niger: attaque meurtrière contre un poste militaire du Sud-Est près de Diffa

Un soldat nigérien veille sur le site de Boudouri pour personnes déplacées à l'extérieur de la ville de Diffa, dans le sud-est du Niger, le 18 juin 2016. Photo prise le 18 juin 2016. REUTERS / Luc Gnago - S1BETRQABFAB

Le poste militaire de Blabrine, dans la région de Diffa, grande ville du sud-est du Niger ciblée à plusieurs reprises ces dernières semaines par des jihadistes, a subi une attaque meurtrière dans la nuit de lundi à mardi, a appris l'AFP de sources concordantes. 

"Une attaque contre la base de Blabrine a eu lieu lundi soir vers 23h00 (22h00 GMT). Ils (les assaillants) ont emporté des choses (matériels) et il y eu morts d'hommes", a affirmé Mara Mamadou, une figure de la société civile à Diffa.

Un élu local a confirmé l'attaque "dans la nuit de lundi à mardi par des hommes armés, probablement des combattants de Boko Haram", faisant état de "plusieurs morts".

Fin octobre 2019, 12 soldats nigériens ont été tués et huit blessés lors de l'attaque de cette base militaire, selon le ministère de la Défense.

Depuis début mai, de violents combats ont régulièrement lieu dans la région de Diffa entre l'armée nigérienne et des combattants islamistes.

Le 3 mai, d'intenses combats ont opposé l'armée nigérienne et des jihadistes du groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), issu d'une scission de Boko Haram, autour du pont de Doutchi. Deux soldats nigériens ont été tués, selon le ministère de la Défense.

Dans une vidéo de propagande diffusée par l'Iswap, on voyait de nombreux insurgés s'emparer au milieu de tirs nourris d'armes automatiques d'un camp de l'armée nigérienne, mettant la main sur des véhicules et des stocks d'armement.

Le 9 mai, des échanges de tirs ont opposé les deux camps dans le même secteur, selon les autorités nigériennes.

Samedi, des roquettes sont tombées sur Diffa.

Le pont de Doutchi, qui relie le Niger au Nigeria, est situé à une dizaine de kilomètres au sud de Diffa.

Le 13 mai, le Niger a affirmé qu'au moins 75 "terroristes de Boko Haram" ont été tués dans deux opérations militaires dans le sud-est du pays et en territoire nigérian.

La région de Diffa abrite selon l'ONU 300.000 réfugiés nigérians et déplacés, fuyant depuis 2015 les exactions commises par Boko Haram et l'Iswap.

L'insurrection de Boko Haram a fait plus de 36.000 morts depuis 2009 dans le nord-est du Nigeria et près de 2 millions de personnes ont dû fuir leurs foyers.

Le Niger doit aussi faire face dans l'Ouest, à ses frontières avec le Mali et le Burkina, aux attaques récurrentes des groupes jihadistes sahéliens dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS).

Les violences jihadistes au centre du Sahel - souvent entremêlées à des conflits intercommunautaires - ont fait 4.000 morts au Mali, au Niger et au Burkina Faso en 2019, selon l'ONU

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Boko Haram à nouveau à l'offensive au Niger

Des réfugiés nigérians à Diffa, dans le sud-est du Niger, le 21 juin 2016.

Malgré les fréquentes annonces officielles parlant de victoires et d'innombrables islamistes tués, les jihadistes de la galaxie Boko Haram ont multiplié les attaques ces dernières semaines dans le sud-est du Niger.

Diffa, la capitale régionale de 200.000 habitants située à la frontière avec le Nigeria, a été attaquée à quatre reprises en mai alors que 12 soldats nigériens au moins ont été tués dans l'attaque du poste de Blabrine, au nord-est de Diffa, proche du Tchad.

"Les bruits des armes font partie de notre quotidien. Quand ça commence à tirer +ratatata+, nos coeurs battent très fort", affirme Aïchatou Ibrahim, ménagère à Diffa qui réside près du pont de Doutchi où ont lieu une partie des attaques.

Habitants et autorités sur place ne distinguent pas Boko Haram de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), issu d'une scission de Boko Haram, et parlent indifféremment de "BH".

Mais la propagande jihadiste fonctionne à plein, notamment après l'attaque de Doutchi (pont d'entrée à 10 km de Diffa). Une vidéo de l'ISWAP montre des insurgés s'emparer au milieu de tirs nourris d'un camp de l'armée nigérienne, mettant la main sur des véhicules et des stocks d'armement. La vidéo se termine par un combattant tirant sur un soldat inanimé au sol.

"Les images de la vidéo ont fait peur. Si le pont +tombe+ qu'est-ce qui va se passer?", s'inquiète Lawan Boukar, un journaliste local.

Les habitants vivent avec la menace depuis 2015 et les premières attaques des islamistes nigérians de Boko Haram sur le sol nigérien. Diffa et Bosso, riveraine du bassin du lac Tchad (à cheval entre le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Tchad), avaient été visées.

Après des années de combats incessants, la situation avait connu une accalmie au cours des 8 derniers mois avec trois attaques seulement contre l'armée en octobre 2019 à Blabrine (12 soldats morts), mars 2020 à Chétima Wangou (8 soldats morts) et Toumour (50 combattants de Boko Haram tués).

- Offensive tchadienne -

Fin mars, l'armée tchadienne a déclenché une grande offensive pour venger la mort d'une centaine de ses soldats tués sur la presqu'île de Bohoma, plus lourde perte jamais enregistrée par le Tchad. N'Djamena a affirmé avoir tué 1.000 combattants et chassé les jihadistes de son sol.

Pour certains, "les attaques répétées contre Diffa" sont le contre-coup de cette offensive tchadienne. "Elles sont menées par de petits groupes de rescapés de l'offensive tchadienne qui veulent se réarmer et se restructurer", affirme Mara Mamadou, un acteur de la société civile de Diffa.

"A Blabrine et Doucthi, Boko Haram s'est attaqué aux deux portes d'entrée de Diffa: Blabrine est le seul verrou du côté du Tchad et Doutchi le seul rempart vers le Nigeria", s'alarme-t-il.

Pour un ex-maire de Diffa, il y a une autre explication: l'étiage de la rivière Komadougou qui sert de rempart naturel à la zone pendant une partie de l'année. "+BH+ cherche à reconstituer ses stocks d'armement et de vivres avant la crue en juin de la Komadougou".

Cette rivière, qui sert de frontière naturelle, prend sa source au Nigeria et s'étend le long des 150 km séparant les deux Etats avant de se jeter dans le Lac Tchad, une vaste zone truffée d'îlôts et de marécages servant de refuge à l'Iswap.

La période d'étiage d'avril à mai "met à rude épreuve le dispositif de sécurité", confirme une source sécuritaire.

Autre explication: le vide sécuritaire nigérian.

- Le Nigeria grand absent -

Le président tchadien Idriss Déby Itno a dénoncé à plusieurs reprises l'inaction de ses voisins du Niger et du Nigeria. Le Niger se plaint aussi de l'inaction du Nigeria.

"Ce sont nos militaires qui traversent parfois la frontière (nigériane) pour faire des patrouilles. Tout le problème c'est le Nigeria!", estime Ali Moussa, un résident de Diffa.

"Le Nigeria n'a rien dans cette bande (des 150 km): pas de forces armées, pas d'administration", atteste un douanier à la retraite.

Un élu local résume: "Nous ne faisons plus frontière avec le Nigeria, mais avec BH. Ils nous attaquent et se replient dans leur zone où il n'y a plus aucune force armée pour les contenir".

Contactée par l'AFP, l'armée nigériane n'a pas souhaité répondre à ce sujet.

Amadou Bounty Diallo, un ancien militaire nigérien, pointe également "la collaboration déterminante" dont bénéficie Boko Haram de la part "d'une partie de la population" soucieuse d'accéder au Lac pour assurer sa survie. L'eau du lac permet pêche et culture dans une zone du continent désertique.

D'après une source humanitaire, le retrait en 2017 des soldats tchadiens réputés très efficaces, - appelés en renfort en 2016 après une attaque meurtrière- a "privé la zone d'un solide bouclier" anti-jihadiste.

Le Niger a annoncé en février avoir acquis deux nouveaux hélicoptères de combat pour "renforcer" son arsenal. "Nos forces de défense et de sécurité prennent de plus en plus l'ascendant sur les terroristes", s'est satisfait récemment le président nigérien Mahamadou Issoufou.

La région de Diffa abrite selon l'ONU 300.000 réfugiés nigérians et déplacés, fuyant depuis 2015 les exactions des jihadistes. Le Niger doit aussi faire face dans l'Ouest, à ses frontières avec le Mali et le Burkina, à de fréquentes attaques des groupes jihadistes sahéliens dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS).

Une nouvelle loi nigérienne autorise l'interception des échanges électroniques

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Le Niger adopte une nouvelle loi sur les écoutes pour lutter contre le jihadisme

Un soldat nigérien monte la garde dans un camp de la ville de Diffa à la suite des attaques des combattants de Boko Haram dans la région de Diffa, Niger, le 18 juin 2016.

Le parlement nigérien a adopté vendredi une nouvelle loi autorisant les interceptions des communications téléphoniques pour lutter contre "le terrorisme et la criminalité transnationale".

Les députés de l'opposition, très minoritaires, ont dénoncé le texte et quitté l'hémicycle avant les débats. Selon la Constitution nigérienne "le secret de la correspondance et des communications est inviolable" et il "ne peut y être dérogé que dans les conditions et les formes définies par la loi".

La nouvelle loi s'inscrit dans "la recherche des renseignements" concernant "l'atteinte à la sécurité de l'Etat" ou dans la "lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée".

"Les preuves recueillies peuvent être utilisées dans le cadre des enquêtes et poursuites pénales diligentées par les autorités judiciaires", selon les termes du document.

Les interceptions des communications seront effectuées par "des services techniques compétents" sur "toute personne contre laquelle il existe des sérieuses raisons", souligne le texte.

"Cette loi n'est pas liberticide. Elle est indispensable et elle procède de la volonté du gouvernement de sécuriser nos populations", a déclaré Barkaï Issouf, le ministre chargé des Relations avec les institutions.

"Vous craignez d'être écoutés? Et bien vous l'étiez depuis et vous l'êtes encore, c'est maintenant que ça va être organisé", a lancé Marou Amadou, le ministre de la Justice.

Dans un communiqué, l'opposition parlementaire a dénoncé "la volonté du pouvoir de priver les Nigériens (...) de toute vie privée dans leurs communications".

"Cette loi permettra (...) de surveiller tous les Nigériens, ainsi que tous ceux qui vivent au Niger, sous de fallacieux prétextes, autres que ceux relatifs à la sécurité et la lutte antiterroriste", selon les termes du communiqué.

Le Niger fait face aux attaques récurrentes des groupes jihadistes sahéliens dans l'Ouest, à ses frontières avec le Mali et le Burkina et dans le Sud-est aux raids meurtriers des islamistes de Boko Haram ou du groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap, issu une scission de Boko Haram).

South African Airways ne reprendra pas ses vols intérieurs à partir de la mi-juin

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Surfacturations à l'armée nigérienne: que "lumière soit faite"

Manifestation à Niamey, Niger, contre la corruption au gouvernement, 21 décembre 2016 (VOA / Abdoul-Razak Idrissa)

Une organisation de la société civile du Niger a exigé mercredi que "lumière soit faite" dans la médiatique affaire des surfacturations et des livraisons non effectuées lors d'achats d'équipements militaires ces dernières années.

"Nous sommes engagés à nous battre pour que lumière soit faite : tous ceux qui de près ou de loin sont impliqués dans cette malversation doivent non seulement rembourser l'intégralité des sommes indûment perçues, mais ils doivent également répondre pénalement de leurs actes", a déclaré à l'AFP Maman Kaka Touda, un responsable d'Alternative espace citoyen (AEC), une des plus importantes ONG nigériennes.

"Des centaines de nigériens ont perdu la vie sur les théâtres des opérations (anti-jihadistes) pendant que certains sont dans des bureaux climatisés en train de détourner des milliards de francs CFA", a-t-il dénoncé.

La justice avait annoncé le 8 avril ouvrir une enquête sur cette affaire qui a éclaté en février.

La réaction d'AEC intervient après la diffusion sur les réseaux sociaux d'extraits d'un rapport d'audit sur ces irrégularités. D'après ces extraits, ces malversations ont causé "un manque à gagner" de plus de 76 milliards FCFA (plus de 116 millions d'euros) pour l'Etat du Niger entre 2017 et 2019.

Les surfacturations représentent 48,3 milliards FCFA (66 millions d'euros) et les montants pour le matériel non-livré s'élèvent à 27,8 milliards FCFA (42 millions d'euros), selon ce rapport.

Interrogé par l'AFP, les services du procureur de Niamey ont indiqué qu'il "s'agit d'extraits du rapport provisoire" de l'audit et "non du rapport définitif" qui avait été transmis par le gouvernement à la justice.

Fin février, le gouvernement avait annoncé qu'un audit demandé par le président Mahamadou Issoufou avait révélé des surfacturations ainsi que des livraisons non effectuées dans des achats d'équipements pour l'armée, qui combat depuis 2015 les jihadistes dans le sud-est et l'ouest du pays.

Cet audit avait "passé au peigne fin un total de 177 dossiers dont les conditions de passation, d’exécution et de paiement pour certains d’entre eux" étaient "susceptibles de qualifications pénales".

Le 15 mars, de violents heurts avaient opposé les forces de l'ordre et des manifestants demandant des sanctions dans ce scandale. Au moins trois figures de la société civile sont encore incarcérées.

Le scandale a d'autant plus choqué l'opinion qu'entre décembre 2019 et janvier 2020, près de 200 soldats nigériens ont été tués dans des attaques jihadistes.

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