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Menace de dissolution de la société civile au Tchad


Mahamat Nour Ibédou secrétaire général de la convention tchadienne pour la défense des droits humains, N’Djamena, Tchad, 20 juin 2018. (VOA/ André Kodmadjingar)

Mahamat Nour Ibédou de la convention tchadienne pour la défense des droits humains (CTDDH) est dans le viseur du pouvoir. Et le pouvoir n'entend pas s'arrêter là. Il initie un projet de révision de l'ordonnance n°27 de 1962 portant régime des associations et organisations de la société civile au Tchad.

La 4ème République s’annonce plus sombre pour les organisations de la société civile, critiques du président Déby qui gouverne le Tchad d’une main de fer depuis 27 ans, sans partage.

Après avoir acquis à sa cause, la plupart des partis politiques dits "de l’opposition démocratique" qui ont contesté sa réélection en avril 2016, Idriss Déby Itno, tourne son canon contre la société civile indépendante qui œuvre sans relâche pour un Etat de droit et une alternance au haut sommet de l’Etat.

Mahamat Nour Ibédou secrétaire général de la CTDDH, qui continue à contester la légitimité du président de la république, vit caché depuis quelques jours. Il raconte à VOA Afrique sa mésaventure dans son retranchement.

"Des individus se pointent chez moi pour dire que le carré que j’habite est une réserve et que ça doit être démoli. Ils se sont ensuite présentés à notre siège pour intimider le propriétaire afin qu’il nous mette dehors. J’appartiens à une lignée de la chefferie traditionnelle, ils ont destitué mon petit frère qui est chef de canton en utilisant même le terme d’intelligence avec l’ennemi. L’ennemie d’après eux, c’est moi et c’est pour faire pression sur moi. On abandonnera jamais la lutte malgré les pressions."

>> Lire aussi : Manifester son mécontentement reste un pari risqué au Tchad

Pour Dobian Assingar, président d’honneur de la Ligue tchadienne des droits de l’homme et représentation de la FIDH auprès de la CEMAC, le gouvernement tchadien est allé trop loin.

"Non seulement Mahamat Nour Ibédou fait l’objet de harcèlement et de persécution, mais c’est aussi sa communauté et sa famille en générale. Nous sommes de plus en plus dans un pouvoir répressif, un pouvoir qui n’hésite pas à brutaliser, à arrêter et à bâillonner tous ceux qui élèvent la voix pour dire non à l’injustice. Si ça continue nous allons saisir le rapporteur général auprès des Nations-Unies et je pense que ça ne sera pas dans l’intérêt du gouvernement", affirme M. Assingar.

Le ministre en charge de la Sécurité publique, Ahmat Mahamat Bachir, réfute ces allégations. Il invite les défenseurs des droits de l’homme à faire la part des choses.

Ahmat Mahamat Bachir ministre en charge de la sécurité publique, N’Djamena, Tchad, 20 juin 2018. (VOA/ André Kodmadjingar)
Ahmat Mahamat Bachir ministre en charge de la sécurité publique, N’Djamena, Tchad, 20 juin 2018. (VOA/ André Kodmadjingar)

"Il ne faut pas lier les affaires de son frère chef de canton et ses activités des droits de l’homme. M. Ibédou fait des déclarations qui n’engagent que lui. Personne ne l’a menacé. Qu’il fasse son travail dans la loi. Qu’il s’arrange pour régler son problème de bureau avec son locataire, ça ce n’est pas notre problème. S’il est sur une réserve ou pas il n’a qu’à voir avec la mairie pour régler son problème. Si on est sur une réserve est ce qu’on est autorisé de rester ? Ça n’engage que M. Ibédou. La responsabilité elle est individuelle et non collective. Il est qui pour être menacé, c’est un citoyen comme les autres", dément le ministre Bachir.

2.790 associations et organisations de la société civile nationale et étrangère enregistrées en république du Tchad disent aussi être menacées de dissolutions.

Ce projet de révision de l’ordonnance 27 du 28 juillet 1962 portant régime des associations et organisations de la société civile en cours dénichera selon le gouvernement, certaines associations dont le rôle et l'impact sont très mitigés et menacent l’ordre public et la cohésion sociale.

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