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Deuil national et manifestations de colère après un lourd revers militaire

Deux jours d'intense bataille autour des camps de Boulkessy et Mondoro, près du Burkina Faso, se sont soldés par la mort d'au moins 25 soldats maliens, selon un bilan officiel provisoire.

Des centaines de jeunes Maliens et de femmes de soldats en colère ont manifesté mercredi après-midi à Bamako pour réclamer la vérité sur le lourd revers infligé en début de semaine à l'armée par les jihadistes dans le centre du pays en guerre, ont rapporté les correspondants de l'AFP.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a "déclaré un deuil national de trois jours, à compter de jeudi à zéro heure", selon un communiqué.

Deuil national de trois jours
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Plusieurs centaines de femmes se sont rassemblées devant un camp de parachutistes pour exprimer leur exaspération après la mort d'au moins 25 soldats dans des combats avec les jihadistes lundi et mardi, selon un bilan gouvernemental provisoire.

Une soixantaine d'autres soldats avaient été portés disparus après ce qui constitue le coup le plus dur essuyé par les forces maliennes depuis mars. Les opérations de "ratissage" de la zone, "qui se poursuivent", ont permis à 11 d'entre eux de regagner leur base, a indiqué dans la soirée l'armée malienne.

"Nous sommes sorties parce que le gouvernement ne dit pas la vérité sur le nombre des morts", a déclaré l'une des manifestantes à l'AFP. "Ce sont nos maris bérets rouges qui sont à Boulkessy", l'une des positions attaquées par les jihadistes.

"Nous exigeons que le nombre exact des morts soit communiqué", a-t-elle ajouté en larmes, répercutant les doutes circulant sur la réalité du bilan gouvernemental.

Au même moment, quelques centaines de jeunes incendiant des pneus ont bloqué l'avenue donnant accès au rassemblement des femmes et stratégiquement située sur la route menant à la résidence présidentielle. Quelques dizaines d'autres ont manifesté sur une route menant, elle, au palais présidentiel.

"Mon père est militaire, il est à Boulkessy, et je n'ai pas de nouvelles. On nous ment, l'armée n'est pas équipée", a dit l'un de ces jeunes, Ali Oumar Diakité, 15 ans.

"Depuis le 23 septembre nos papas (attendaient) du renfort" alors qu'ils savaient qu'ils seraient attaqués, a dit un autre fils de soldat. "Nous voulons la vérité et nous demandons aux autorités de nous dire qui est mort, qui est vivant".

Deux jours d'intense bataille autour des camps de Boulkessy et Mondoro, près du Burkina Faso, se sont soldés par la mort d'au moins 25 soldats maliens, selon un bilan officiel provisoire.

Quinze jihadistes ont été tués, selon le gouvernement malien.

Le ministre française des Armées, Florence Parly, a salué "la réaction des forces maliennes qui ont très rapidement dépêché des unités en renfort pour pourchasser les groupes terroristes et reprendre le contrôle des deux postes avec l'appui d'avions de chasse et d'hélicoptères Tigre de la force (antijihadiste française) Barkhane". "La détermination de ces unités a permis de rétablir une situation délicate et compromise et d'infliger des pertes aux terroristes", a-t-elle ajouté.

Motif supplémentaire d'alarme: les assaillants se seraient emparés d'importantes quantités d'armes, de munitions et de matériel, l'un des objectifs présumés de leur offensive.

Impuissance

Ces hostilités sont une nouvelle illustration de la dégradation continue de la situation dans le pays en proie depuis 2012 aux insurrections indépendantistes, salafistes et jihadistes et aux violences interethniques meurtrières.

Elles mettent une fois de plus en lumière l'incapacité du pouvoir central à contrôler de larges pans du territoire, malgré l'appui de missions armées française, africaine et onusienne. Et elles alimentent les accusations répandues parmi les Maliens de faillite de leur Etat.

Les forces maliennes n'avaient pas connu un tel bain de sang depuis le 17 mars quand une attaque jihadiste contre un camp de l'armée à Dioura (centre) avait fait près de 30 morts.

C'est aussi une claque pour la Force conjointe du G5 Sahel, créée en 2017 par le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, avec le soutien de la France, pour faire face à la propagation de la menace à travers la sous-région.

Le bataillon malien attaqué à Boulkessy relevait de cette Force conjointe encore embryonnaire. Cette dernière n'avait encore jamais subi d'aussi lourdes pertes.

En mars, l'attaque jihadiste contre le camp militaire de Dioura, suivie une semaine après par le massacre de 160 villageois peuls au cours de violences intercommunautaires, avait débouché sur le limogeage des principaux chefs d'état-major. Le gouvernement avait démissionné en avril sous la pression de manifestations contre l'impuissance de l'Etat.

En 2012, l'inaptitude imputée au pouvoir à défendre le pays face aux insurrections émergentes dans le nord avait donné lieu à un coup d'Etat conduit par des officiers. Le renversement du gouvernement avait précipité la plongée du Mali dans la crise toujours en cours.

Les solutions sécuritaire et politique à la détérioration paraissent pour l'heure introuvables. Les violences jihadistes persistent et se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant à des conflits intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a encore déploré la lenteur des réformes politiques et sécuritaires au Mali dans un rapport trimestriel remis cette semaine au Conseil de sécurité et rédigé avant les événements de lundi et mardi.

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Les populations en colère depuis l'attaque d’Indelimane

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Mesures disciplinaires à l'aéroport de Bamako après la diffusion d'une vidéo

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Quelques milliers de Maliens manifestent leur soutien à l'armée après les revers

Général Ibrahim Dahirou Dembélé, ministre de la Défense et Général Keba Sangaré chef d'état major armée de terre, au Mali, le 8 septembre 2019. (VOA/Kassim Traoré)

Quelques milliers de Maliens se sont réunis vendredi à Bamako pour manifester leur soutien à l'armée nationale, frappée par deux attaques meurtrières en un mois et confrontée aux doutes quant à sa capacité à faire face aux menées djihadistes, a rapporté un correspondant de l'AFP.

"Je soutiens mon armée", "L'armée malienne se bat pour sauver le pays", ou "Il faut donner les équipements nécessaires aux hommes", pouvait-on lire sur les banderoles ou les calicots lors de ce rassemblement à l'initiative d'organisations de la société civile.

Vêtues de noir, plusieurs veuves de soldats morts au combat se sont mêlées aux manifestants qui étaient au nombre de 5.000 selon les organisateurs, de 3.500 selon la police.

L'armée malienne vient de perdre en quelques semaines une centaine de soldats dans les deux attaques djihadistes les plus meurtrières qu'elle ait essuyées depuis des années.

Ces revers et la dégradation de la situation sécuritaire ont renforcé les interrogations sur la faculté de l'armée à faire pièce aux agissements djihadistes et aux autres violences auxquelles ce vaste pays est en proie depuis 2012 et qui ont fait des milliers de morts, civils et combattants.

"Nous voulons qu'on donne de bon équipements à l'armée. Nos maris ont choisi le métier qui donne vite la mort. Mais il faut les protéger sur le terrain avec l'équipement indiqué", a déclaré à l'AFP Aïcha Diakité, 33 ans, dont le mari soldat est décédé lors d'une des deux récentes attaques, à Boulkessy, près du Burkina Faso.

Les événements des dernières semaines ont aussi suscité des expressions de rejet des forces française et onusienne présentes au Mali. Une frange des manifestants a réclamé leur départ vendredi.

"Nous demandons le départ des troupes de l'ONU et françaises. Si elles ne peuvent pas intervenir contre les terroristes, elles n’ont pas leur place ici. Nous demandons aux Russes de venir", a déclaré Ousmane Coulibaly, 24 ans, étudiant diplômé sans emploi.

"Barkhane, Minusma, dégage!", lisait-on sur des banderoles faisant référence aux forces française et onusienne.

Plus de 60 victimes de trafic humain libérées

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Un chef djihadiste malien placé sur la liste terroriste américaine

Dialogue entre Dogons et Peuls, Koro, région de Mopti, Mali.

Les Etats-Unis ont placé jeudi sur leur liste terroriste Amadou Koufa, le chef d'un groupe djihadiste malien affilié à Al-Qaïda accusé d'avoir mené de multiples attaques dans le centre du pays.

Amadou Koufa, un prédicateur membre de la communauté peule, est le chef de la "katiba Macina", active dans la région au nom du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance djihadiste du Sahel.

Issu d'une famille pauvre de la région de Mopti, Amadou Koufa recrute en priorité au sein des Peuls, dont il se pose en défenseur. Depuis 2015, les affrontements se sont multipliés entre cette communauté d'éleveurs nomades et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense".

Selon le département d'Etat, le GSIM est responsable de la mort de plus de 500 civils depuis deux ans. L'alliance, créée en 2017 et placée l'année dernière sur la liste terroriste américaine, est responsable de la mort de plus de 500 civils depuis 2017. Parmi les attaques figure une action simultanée contre l'état-major général des armées du Burkina Faso et l'ambassade de France à Ouagadougou en mars 2018 (8 morts et 85 blessés).

La décision américaine intervient deux jours après l'annonce de la mort d'un des principaux responsables du GSIM, le Marocain Ali Maychou. Considéré comme le numéro deux de l'alliance, il a été tué par les forces françaises au Mali début octobre, selon la ministre française des Armées, Florence Parly.

Maychou était "le deuxième terroriste le plus recherché au Sahel" derrière le chef du GSIM Iyad ag Ghali, a souligné à l'AFP Mme Parly.

Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a salué l'opération militaire française, assurant qu'il fallait "rechercher et détruire les terroristes où qu'ils se trouvent".

Selon un responsable de la diplomatie américaine, la progression d'Al-Qaïda et du groupe Etat islamique (EI), également actif dans la région, est un défi majeur dans la région.

Le nord du Mali était tombé en 2012 sous la coupe des djihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, qui se poursuit. Mais des zones entières du pays échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU et les pays du Sahel, parmi les plus pauvres au monde, semblent incapables d'enrayer les attaques des djihadistes qui visent désormais le centre et le sud du Mali et les pays voisins.

Avec AFP

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