Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Europe

Les "zoos humains", vecteurs du racisme, au coeur d'une exposition en Belgique

Moulages en plâtre de "Live Congolese" de l'artiste Arsène Matton en 1911 au Musée royal de l'Afrique centrale (MRAC) lors de l'exposition temporaire "Human Zoo L'âge des expositions coloniales", à Tervuren, près de Bruxelles, le 25 novembre 2021.

Les villages africains reconstitués en Europe au tournant du XXe siècle devaient divertir le public tout en justifiant la suprématie des empires coloniaux. Ils ont aussi été des puissants vecteurs de stéréotypes racistes, comme l'illustre une exposition en Belgique.

Baptisée "Zoo humain. Au temps des exhibitions coloniales", l'exposition se tient jusqu'à début mars au Musée de l'Afrique (Africa Museum) à Tervuren.

Institution mondialement connue, le musée est historiquement lié à cette thématique puisqu'il est né à l'endroit précis où le souverain belge Léopold II avait recréé en 1897 trois "villages congolais" avec leurs cases aux toits de paille, dans une propriété de la famille royale.

Le futur Congo belge était alors la propriété personnelle du roi, et 267 femmes et hommes avaient été amenés de force pour être offerts en spectacle, assis devant leurs cases, à l'Exposition universelle de Bruxelles. Sept de ces Congolais en sont morts, de froid ou des suites d'une maladie.

Cet épisode dramatique figure en bonne place dans l'exposition "Zoo humain", qui retrace avec quelque 500 objets et documents (écrits, affiches, photos etc) une mode qu'ont fait subir aux peuples indigènes toutes les puissances coloniales, de l'Amérique à l'Europe en passant par le Japon.

Il s'agissait d'"exhiber l'autre comme primitif", de "fabriquer du 'sauvage'" pour "renforcer la supériorité des Blancs", expliquent les organisateurs. Des mesures de la taille des crânes étaient censées appuyer la thèse des soi-disant "races inférieures".

Les commissaires de l'exposition estiment que cette "industrie de l'exhibition humaine" a attiré environ un milliard et demi de visiteurs entre le XVIe siècle et 1960.

"Des micro-agressions"

Elle puise ses racines dans les tournées de "monstres" et autres phénomènes de foire au physique hors normes (géants, femmes à barbe etc). Phineas Taylor Barnum, un directeur de cirque américain, a inscrit son nom dans l'histoire en en faisant sa spécialité au XIXe.

En Europe, les "zoo humains" connaissent leur apogée à partir des années 1880 avec les nouvelles conquêtes coloniales. Des décors exotiques donnent l'illusion de visiter de véritables villages africains.

Alors qu'en Allemagne et en France (au Jardin d'acclimatation à Paris) des initiatives similaires ont déjà connu un vif succès, le premier "village nègre" de Belgique est créé à Anvers en 1885, avec 12 Africains.

Douze ans plus tard, à Tervuren, ils sont vingt fois plus nombreux, et la section coloniale de l'Expo universelle revendique plus d'un million de visiteurs.

Dans ces présentations, "le même message était répété des milliers de fois, et à la fin les gens pensaient vraiment que l'Africain était cannibale, inférieur, sale, paresseux", dit à l'AFP Maarten Couttenier, un des commissaires de l'exposition.

"Et ces stéréotypes existent encore aujourd'hui, preuve que la propagande coloniale a bien fonctionné", poursuit cet anthropologue.

A la fin du parcours, cette question de la persistance des clichés sur les Noirs surgit sous la forme d'une quinzaine de phrases reproduites en gros caractères sur un mur blanc. "J'aime trop les blacks!", "Oh! you did better than I expected" ("Tu as mieux réussi que ce que je croyais"), "Ah, ça sent fort la nourriture de chez vous!", "L'appartement est déjà loué".

Pour Salomé Ysebaert, qui a imaginé cette installation pour le musée, ces remarques d'apparence banale et inoffensive sont en réalité des "micro-agressions" pour leur destinataire. Et démontrent qu'une forme de "racisme ordinaire" est encore ancrée dans les esprits, plus de 60 ans après le dernier zoo humain montré à Bruxelles, en 1958.

Toutes les actualités

France: début d'une "primaire populaire" controversée pour la gauche

Jean-Luc Mélenchon prononce un discours lors d'un meeting de campagne au théâtre Femina à Bordeaux, le 24 janvier 2022.

Une "primaire populaire", consultation citoyenne à laquelle se sont inscrites près de 467.000 personnes, a commencé jeudi en France pour désigner la personnalité qui représentera la gauche à la présidentielle, un processus pourtant rejeté par la quasi totalité des candidats de gauche.

Parmi les sept personnalités sélectionnées pour être soumises à ce vote en ligne figure l'ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira, qui a tout récemment déclaré sa candidature à la présidentielle. Elle apparaît comme favorite de la consultation.

Ses trois principaux concurrents, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, l'écologiste Yannick Jadot et la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo ont réclamé, en vain, que leurs noms ne soient pas soumis à cette primaire populaire. Ils ont déjà fait savoir qu'ils n'en reconnaîtraient pas le résultat.

Le nombre d'électeurs inscrits pour cette consultation, qui se déroulera jusqu'à dimanche, rendra cependant le vote "difficile à balayer d'un revers de main", selon le politologue Mathieu Gallard.

Outre les quatre poids lourds, les électeurs ont aussi le choix entre le député européen Pierre Larrouturou et deux personnes de la société civile, Charlotte Marchandise et Anna Agueb-Porterie, présélectionnées comme les autres lors d'une première étape de parrainage en octobre.

Affaiblie et fragmentée, la gauche compte pour l'heure, avec le communiste Fabien Roussel, cinq candidats principaux à la présidentielle, mais aucun ne dépasse les 10% dans les sondages et n'apparaît en mesure de rivaliser avec le président sortant Emmanuel Macron ni avec le camp de droite.

Pour les organisateurs de la primaire populaire, le processus vise à désigner "la candidature la plus en capacité de rassembler".

"C'est le plus grand processus de départage de candidats en France, il ne peut pas être ignoré", a expliqué à l'AFP Mathilde Imer.

"C'est la première fois qu'il y a un mouvement citoyen d'une telle ampleur qui fait irruption dans le jeu électoral", selon Samuel Grzybowski, un autre organisateur, rappelant que la majorité des électeurs de gauche souhaitent le rassemblement à la présidentielle.

Ukraine: les États-Unis sont convaincus que la Russie va faire "usage de la force militaire"

Ukraine: les États-Unis sont convaincus que la Russie va faire "usage de la force militaire"
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:58 0:00

Ukraine: des sanctions sur la Russie et Vladimir Poutine lui-même?

Ukraine: des sanctions sur la Russie et Vladimir Poutine lui-même?
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:00:57 0:00

Ukraine: les États-Unis placent 8.500 soldats en état d'alerte

Ukraine: les États-Unis placent 8.500 soldats en état d'alerte
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:03:16 0:00

L'UE finance les garde-côtes libyens malgré leurs abus à l'encontre des migrants

Des migrants sont ramenés sur le rivage après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens en mer Méditerranée, à Garaboli, en Libye, le 18 octobre 2021.

Les critiques à l'égard des politiques migratoires de l'Europe sont de plus en plus nombreuses.

Un rapport militaire confidentiel de l'Union européenne préconise la poursuite d'un programme controversé visant à former et à équiper la marine et les garde-côtes libyens, malgré les inquiétudes croissantes concernant la façon dont ils traitent les migrants, l’accumulation de morts en mer et l'absence d'autorité centrale dans le pays.

Le rapport, distribué aux fonctionnaires de l'UE ce mois-ci et obtenu par l'agence Associated Press, offre un rare aperçu de la détermination de l'Europe à soutenir la Libye dans l'interception et le retour de dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants en Libye, où ils subissent des abus intolérables.

Compilé par le contre-amiral de la marine italienne Stefano Turchetto, chef de la mission de surveillance de l'embargo sur les armes de l'UE, ou opération Irini, le rapport reconnaît le "recours excessif à la force" des autorités libyennes, ajoutant que la formation prodiguée par l'UE n'est "plus entièrement suivie".

Des centaines de milliers de migrants d'Afrique subsaharienne espérant atteindre l'Europe passent par la Libye, où l'absence d'un gouvernement opérationnel est propice aux trafics et à la contrebande.

"No comment"

Le rapport reconnaît que "l’impasse politique" en Libye a entravé le programme de formation de l'Europe, notant que les divisions internes du pays rendent difficile l'obtention d'un soutien politique pour l'application de "normes comportementales correctes" conformes aux droits humains.

La Commission européenne et le Service européen pour l'action extérieure – l'équivalent du ministère des Affaires étrangères des 27 nations – ont refusé de commenter le rapport.

Sanctions américaines et de l'ONU contre un Libyen
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:28 0:00


Mais le porte-parole de la Commission européenne Peter Stano a confirmé que l'UE était déterminée à former le personnel des garde-côtes et à renforcer la capacité de la Libye à gérer une vaste zone de recherche et de sauvetage en Méditerranée.

Environ 455 millions d'euros affectés à la Libye

Quelque 455 millions d'euros ont été affectés à la Libye depuis 2015 par le biais du Fonds fiduciaire d’urgence de l'UE pour l'Afrique, dont des montants substantiels ont servi à financer la gestion des migrations et des frontières.

Cependant, des sommes énormes ont été détournées vers des réseaux de miliciens et de trafiquants qui exploitent les migrants, selon une enquête d'AP menée en 2019. Des garde-côtes sont également complices, remettant les migrants interceptés en mer à des centres de détention dans le cadre d'accords avec des milices ou exigeant des pots-de-vin pour en laisser partir d'autres.

L'argent de l'UE, dont une grande partie a transité par l'Italie, a servi à former le personnel et à remettre à neuf les bateaux des autorités libyennes. Les garde-côtes libyens ont également reçu des téléphones satellites et des uniformes et trois nouveaux navires de patrouille leur seront fournis au cours des deux prochaines années.

Pour intercepter les petits bateaux de migrants pas en état de naviguer en Méditerranée, les autorités libyennes dépendent également de la surveillance fournie par les drones, les avions et les radars européens.

Trois plaintes à la CPI

Les critiques à l'égard des politiques migratoires de l'Europe sont de plus en plus nombreuses. Au moins trois requêtes ont été déposées auprès de la Cour pénale internationale (CPI), pour demander à ce que des responsables libyens et européens, ainsi que des trafiquants, des miliciens et d'autres personnes fassent l'objet d'une enquête pour crimes contre l'humanité.

Une enquête de l'ONU publiée en octobre a également fourni des preuves d’abus commis en Libye qui pourraient constituer des crimes contre l'humanité.

La semaine dernière, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé les pays à "réexaminer les politiques qui soutiennent l'interception en mer et le retour des réfugiés et des migrants en Libye".

"Les Européens font semblant de montrer leur meilleur profil", dénonce une Camerounaise arrivée en Libye en 2016 avec son enfant en pensant trouver du travail. Au lieu de cela, elle a été victime du trafic d’êtres humains et a été contrainte de se prostituer après avoir été séparée de sa fille.

En 2018, elle a embarqué sur un bateau avec des passeurs à destination de l'Europe, mais son groupe a été intercepté par les autorités libyennes et emmené dans le tristement célèbre centre de détention de Tajoura, où les détenus étaient battus et maltraités. Elle n'a été libérée qu'après le paiement aux gardes d’une rançon de 700 dollars par un ami.

Un "rapport d'incident grave"​

Le mois dernier, le gouvernement libyen a nommé Mohammed Al-Khoja, un chef de milice impliqué dans des abus contre des migrants, à la tête du département de lutte contre la migration irrégulière, qui supervise les centres de détention.

"Les personnes chargées de démanteler les trafics sont eux-mêmes des trafiquants", déplore Violeta Moreno-Lax, fondatrice du programme d’études sur les lois migratoires à l'université Queen Mary de Londres.

Émirats arabes unis: des Africains victimes d'expulsions "racistes", selon Amnesty
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:03:03 0:00


Le rapport de l'UE fait état d'un "usage excessif de la force physique" par une patrouille libyenne lors de l'interception, le 15 septembre, d'un bateau en bois contenant une vingtaine de migrants au large des côtes libyennes.

Les forces libyennes ont utilisé des tactiques "jamais observées auparavant et non conformes à la formation (prodiguée par l'UE)", indique le rapport, sans fournir d'autres détails sur ce qui s'est passé exactement.

Un porte-parole des garde-côtes libyens n'a pas répondu aux demandes de commentaires d’AP concernant cet incident ou le rapport de l'UE. Par le passé, les responsables du ministère de l’Intérieur et des garde-côtes libyens ont déclaré qu'ils faisaient de leur mieux avec des ressources limitées dans un pays rongé par des années de guerre civile.

En réponse aux questions d'AP, Frontex, l'agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes qui a documenté l'interception du 15 septembre, a déclaré qu'elle avait déposé un "rapport d'incident grave", mais ne pouvait pas en divulguer les détails.

Ozlem Demirel, députée allemande membre du Groupe de la gauche au Parlement européen, a déclaré que le rapport offrait "une preuve supplémentaire qu'il ne devrait y avoir aucune coopération avec cette force". "Le fait qu'Irini cherche même à poursuivre la formation est, à mon avis, scandaleux", a-t-elle ajouté.

Les violentes méthodes employées par les autorités libyennes en mer sont largement documentées depuis des années. La semaine dernière, des militants à bord d'un navire de sauvetage bénévole ont rapporté avoir vu un patrouilleur libyen "tirer sur une personne qui avait sauté dans l'eau".

Plus de 1500 victimes en 2021

L’émigration irrégulière de l'Afrique du Nord vers l'Italie et Malte a connu un pic en 2021 après une baisse en 2020 largement due à la pandémie de coronavirus. Les traversées en Méditerranée centrale ont représenté un tiers de tous les franchissements illégaux de frontières signalés en Europe, selon Frontex.

Mais si les départs ont augmenté, les interceptions aussi. L'année dernière, les garde-côtes libyens ont récupéré et renvoyé en Libye plus de 32 000 migrants, près de trois fois plus qu’en 2020.

Pourtant, malgré tout le matériel et la formation fournis à la Libye pour sauver des vies, plus de 1 500 personnes sont mortes ou ont disparu l'année dernière, soit le bilan le plus lourd depuis 2017.

Ces migrants qui visaient l'Europe mais qui se sont plutôt installés à Casablanca
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:03:04 0:00

Voir plus

XS
SM
MD
LG