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Les Vénézuéliens retournent aux urnes après des mois de protestations

  • VOA Afrique

Les élections régionales au Vénézuela, le 15 octobre 2017. (VOA/Álvaro Algarra)

Lassés par une crise économique sans fin, 18 millions de Vénézuéliens élisent dimanche les gouverneurs régionaux, un scrutin test pour le gouvernement et l'opposition, qui mesurent leurs forces dans les urnes après des mois de manifestations violentes.

C'est le premier duel électoral, avec un an de retard, depuis la large victoire de la coalition d'opposition de la Table de l'unité démocratique (MUD) lors des législatives de décembre 2015, qui a mis fin à plus de 15 ans d'hégémonie chaviste (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013 et mentor de l'actuel chef de l'Etat Nicolas Maduro).

M. Maduro a appelé à voter pour "montrer que le Venezuela est doté d'une démocratie vigoureuse et exemplaire", au cours de ce scrutin destiné à désigner ceux qui dirigeront les 23 Etats vénézuéliens pour les quatre prochaines années.

Le vote intervient alors qu'un calme surprenant règne au Venezuela depuis deux mois, après la vague de manifestations souvent violentes qui a submergé le pays d'avril à juin, faisant 125 morts. A l'appel de l'opposition, les protestataires exigeaient le départ du président Maduro, mais ils n'ont rien obtenu.

"Soit ce pays change, soit il sombre définitivement. Le changement n'est pas aisé, il faut se battre", a expliqué à l'AFP Mary Delgado, 63 ans, après avoir voté dans l'est de Caracas.

A Maracaibo, ville pétrolière de l'est du pays, Carmen de Guillen, une électrice chaviste de 52 ans, considère, elle, que le gouvernement "s'inquiète du sort des plus pauvres".

Après avoir boycotté l'élection des membres de l'Assemblée constituante, les anti-Maduro ont revu leur stratégie et appellent la population à voter pour "libérer le pays de la dictature de Maduro", selon un des leaders de l'opposition, Henrique Capriles.

Le chef de l'Etat socialiste considère, lui, avoir remporté le bras de fer dans la rue et fait de ce scrutin une consécration de sa toute-puissante Assemblée constituante, élue fin juillet mais hautement contestée par ses adversaires et une bonne partie de la communauté internationale.

"Ceci est une victoire de la démocratie socialiste. Celui qui ira voter le fera en faveur de la Constituante et de la démocratie révolutionnaire", a déclaré le président à la veille du scrutin.

Nouveau bras de fer

Nicolas Maduro a d'ores et déjà prévenu que les futurs gouverneurs devront "prêter serment et se soumettre" à l'Assemblée constituante, faute de quoi ils seront destitués.

Ce qui laisse entrevoir un nouveau bras de fer dès lundi, l'opposition ayant rejeté cette exigence.

"Ce processus (électoral) n'a pas été convoqué par la Constituante, ou par Maduro, il a été convoqué par le peuple vénézuélien et le mandat (délivré par) la Constitution", a affirmé Gerardo Blyde, directeur de campagne de la coalition d'opposition, après avoir voté.

Le camp de M. Maduro détient 20 Etats sur 23, les trois gouverneurs restants étant membres de la coalition d'opposition. Les instituts de sondage prévoient 11 à 18 gouverneurs pour le camp anti-Maduro. Le taux de participation sera décisif, une abstention élevée jouant en faveur du gouvernement, estiment les analystes.

"Il ne s'agit pas de gouverneurs ou de partis, mais de battre Maduro. C'est une journée historique, le début d'une nouvelle étape de pression qui va se poursuivre", a prévenu le député Freddy Guevara, un des leaders de l'opposition qui fait face au découragement de ses partisans.

"La haine accumulée et l'impuissance face au manque de solution à la crise font de ces élections une opportunité pour envoyer un message de mécontentement", a déclaré à l'AFP Jesus Seguias, directeur de l'institut Datincorp.

Plombé par un taux d'impopularité record, le chef de l'Etat cherche à retrouver un peu d'air, tant au Venezuela qu'à l'extérieur après une série de sanctions financières américaines.

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit un effondrement du PIB de 12% en 2017 et une inflation de 652,7%.

Le dialogue entre les deux camps, qui avait timidement repris début septembre en République dominicaine, a été gelé depuis, l'opposition estimant que les conditions n'étaient "pas réunies".

Anti et pro-gouvernement "attendent le résultat (du scrutin) pour voir ce qui se passe" et quel sera le rapport de force, selon le politologue Francisco Suniaga.

Aucun observateur international n'a été accepté pour le vote de dimanche. Les 13.559 bureaux de vote doivent fermer à 18h00 (22h00 GMT).

Avec AFP

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