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Togo

L'opposition togolaise se mobilise pour les municipales

Les électeurs examinent une liste électorale devant un bureau de vote dans le quartier de Be à Lomé le 20 décembre 2018 lors de la procédure de vote pour les élections législatives.

La révision des listes électorales en vue des municipales du 30 juin au Togo, les premières depuis plus de 30 ans, a démarré jeudi, avec une forte mobilisation des partisans des principaux partis d'opposition qui avaient boycotté les dernières législatives ainsi que le recensement électoral.

"Nous avons lancé un appel aux populations, afin qu'elles s'inscrivent massivement sur les listes électorales, car lors de notre appel au boycott la veille des législatives (du 20 décembre, ndlr), une grande partie des populations n'avaient pas pris leur carte d'électeur", a déclaré à l'AFP Jean-Pierre Fabre, président de l'Alliance nationale pour le changement.

Plusieurs organisations de la société civile ont elles aussi appelé les Togolais à "sortir massivement" pendant les trois jours prévus pour mettre à jour les listes électorales (16, 17 et 18 mai).

Au total 1.527 conseillers municipaux doivent être élus dans 117 communes. Les dernières élections locales remontent à 1987. Les mairies togolaises sont actuellement dirigées par des "présidents de délégation spéciale" nommés par le président de la République.

Jeudi, de petites filles s'étaient formées devant certains centres de recensement à Lomé, a constaté un journaliste de l'AFP.

"J'ai décidé de m'inscrire cette fois-ci pour retirer ma carte d'électeur et voter, car nous avons commis une erreur lors des législatives de décembre en laissant le boulevard ouvert au parti au pouvoir", a confié Afia Tinhou, une étudiante rencontrée au centre de recensement de l'Ecole primaire publique Bè gare.

"Je ne bougerai pas d'ici sans avoir retiré ma carte d'électeur. L'opération est lente, mais je ne vais pas me décourager", a déclaré de son côté Joseph Adra, un sexagénaire assis sur banc dans un autre centre de recensement.

A l'exception notable du Parti National Panafricain (PNP), presque tous les partis de l'opposition prendront part au scrutin.

"Nous n'irons pas à ces locales dans des conditions où les leaders de notre parti ainsi que nos militants sont persécutés et jetés en prison", a déclaré un responsable du PNP.

Trois responsables du PNP - dont le leader Tikpi Atchadam vit en exil - sont écroués depuis mi-avril à la suite de manifestations contre le pouvoir le 13 avril.

Il leur est reproché de n'avoir pas tenu compte de l'avis des autorités sur les itinéraires de ces manifestations qui ont fait un mort à Bafilo (centre-nord) et des dizaines de blessés, selon le PNP.

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Présidentielle au Togo: le domicile d'un candidat de l'opposition encerclé après le scrutin

Agbéyomé Kodjo, lors d’un meeting à Agbodrafo, le 20 février 2020. (VOA/Kayi Lawson)

Quelques heures après la fermeture des bureaux de vote au Togo, le domicile du candidat de l'opposition à la présidentielle, Agbéyomé Kodjo, a été encerclé samedi soir par les forces de l'ordre qui assurent vouloir "garantir sa sécurité". 

L'opposant semblait indiquer une certaine avance dans le dépouillement des premiers bulletins de vote à Lomé,

"Nous sommes largement en tête partout (dans l'élection présidentielle), ma maison est entourée de +militaires+", a déclaré à l'AFP M. Kodjo. Une équipe de l'AFP a constaté la présence d'un important dispositif de forces de l'ordre autour des accès à son domicile de Lomé.

Ailleurs dans la capitale togolaise, des barrages militaires se mettaient en place et l'accès à internet était interrompu de manière sporadique.

"Les domiciles de Agbéyomé et de Mgr Kpodzro (ancien archevêque de Lomé, et soutien au candidat de l'opposition) ont été encerclés pour leur propre sécurité", a déclaré à l'AFP Yark Damehame, ministre de la Sécurité.

"Nous avons reçu des informations selon lesquelles il risque d’être agressé dans sa maison par des individus incontrôlés mais je ne peux pas vous dire de quel bord. Il vaut donc mieux jouer sur la prévention", a ajouté le ministre.

Ce dispositif sécuritaire a été mis en place à la fin d'une journée au cours de laquelle les Togolais ont voté dans le calme pour choisir leur président, un scrutin sans incident majeur auquel le président sortant, Faure Gnassingbé, héritier d'une famille au pouvoir depuis plus d'un demi siècle, est en lice pour un quatrième mandat.

Les 9.383 bureaux de vote du pays ont fermé comme convenu à 16 heures (locales et GMT), et ont connu une affluence moyenne, selon des informations recueillies par des journalistes de l'AFP.

Dans de nombreux bureaux de vote de la capitale togolaise, le candidat Agbéyomé Kodjo, ancien Premier ministre, qui a surpris par sa popularité pendant la campagne électorale, enregistrait de nombreuses voix par rapport à ses rivaux, notamment l'opposant historique Jean-Pierre Fabre de l'Alliance nouvelle pour le changement (ANC), ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Les Togolais veulent le changement, ils veulent l'alternance", avait-il déclaré samedi matin en votant à Lomé.

Des électeurs surexcités à Bè, quartier traditionnellement acquis à l'ANC interpellaient les observateurs: "Vous avez vu non, on a donné nos votes à Agbeyome. C'est un vote sanction pour Fabre. On l'a soutenu en 2005, en 2010, en 2015 et il nous a trahi".

- Second tour -

Les résultats officiels sont attendus en début de semaine, selon des sources au sein de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et les six candidats de l'opposition ont d'ores et déjà déclaré qu'ils s'uniraient pour faire bloc contre le président sortant en cas de second tour.

Si aucun des candidats n'obtient la majorité des voix, un second tour doit être organisé quinze jours après la déclaration des résultats et pourrait être préjudiciable pour le pouvoir en place.

Toutefois, l'opposition qui a contesté tous les précédents scrutins de 2005, 2010 et 2015, craint des "fraudes".

L'institution de la société civile Togo Debout a déclaré avoir recensé "des bourrages d'urnes ici et là, à Lomé et à Vogan (sud)".

Des délégués de l'opposition se sont également vus refuser les accès dans certains bureaux de vote, selon la société civile.

Ces incidents s'ajoutent toutefois au retrait d'accréditation de nombreux observateurs de la société civile, ainsi que l'abandon du système de sécurisation électronique des résultats quelques jours avant le vote.

Mais dans l'ensemble, le vote s'est déroulé sans violence, dans le calme et Faure Gnassingbé qui a voté dans son fief, dans le nord du pays, s'est dit "fier" du "déroulement pacifique du processus électoral" de la journée.

Pendant cette campagne, beaucoup de Togolais se sont dits "déçus" par l'opposition traditionnelle après l'échec des manifestations de 2017-2018.

Des dizaines voire des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues pour demander la démission de Faure Gnassingbé, arrivé au pouvoir en 2005 après le décès de son père, qui avait lui-même dirigé le pays pendant 38 ans.

Le président peut se targuer d'un bilan économique plutôt positif, avec une croissance stable de 5% mais ses détracteurs dénoncent une gouvernance autoritaire et la corruption de son entourage quand la moitié de la population vit sous le seuil de la grande pauvreté, avec moins d'1,90 dollar par jour.

La France, ex-puissance coloniale, allié traditionnel de la dynastie Gnassingbé et présente au Sahel voisin dans la lutte contre les mouvements jihadistes, est particulièrement sensible à la stabilité du Togo dans une Afrique de l'Ouest en proie à la violence jihadiste.

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