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Le président sénégalais parle d'amnistie et ébranle la scène politique


Le président sénégalais Macky Sall à la huitième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD) à Tunis, Tunisie, le 28 août 2022.

Avec l'éventualité du retour de Karim Wade et Khalifa Sall, l'hégémonie d'Ousmane Sonko sera "nécessairement remise en cause".

Le président sénégalais Macky Sall a demandé au ministère de la Justice d'examiner un plan d'amnistie qui pourrait permettre à deux de ses plus grands opposants condamnés pour corruption, de recouvrer leur droit de vote, et de se présenter éventuellement à l'élection présidentielle en 2024.

Lors d'une réunion du cabinet mercredi 28 septembre, le président sénégalais Macky Sall a chargé le ministre de la Justice "d'examiner, dès que possible, les possibilités et le schéma approprié d'amnistie pour les personnes qui ont perdu leur droit de vote", indique le procès-verbal de la réunion.

Son objectif est d'apaiser les tensions politiques qui se sont réchauffées ces derniers mois et abouti à des élections législatives tendues et à des échauffourées au parlement. Mais les analystes estiment que cette décision pourrait être un stratagème pour diviser l'opposition avant le scrutin de 2024.

"Le président Macky Sall doit briser cette unité qui est dangereuse pour lui. Trois (partis) concurrents seraient plus faciles à affronter qu'un seul bloc", a déclaré l'analyste politique Mame Less Camara.

"Avec l'éventualité du retour de Karim et Khalifa, l'hégémonie de Sonko et Pastef (le parti de Sonko) sera nécessairement remise en cause", estime Mamadou Sy Albert, un autre analyste politique.

Deux des personnalités les plus connues de l'opposition sénégalaise, l'ancien maire de Dakar Khalifa Sall, et Karim Wade, le fils de l'ancien président Abdoulaye Wade, ont été emprisonnés pour corruption en 2018 et 2015 respectivement.

Tous deux ont été libérés mais il leur a été interdit de se présenter aux élections de 2019, que Macky Sall a remportées. Par ailleurs, beaucoup soutiennent que les accusations portées contre eux étaient politiquement motivées.

Depuis lors, un autre leader de l'opposition, Ousmane Sonko, a pris de l'importance et a mobilisé de grandes manifestations contre le parti au pouvoir, qui a perdu sa majorité absolue au parlement au profit d'une coalition d'opposition en août.

"Simple opposant"

Emprisonné en 2017, il a recouvré la liberté en 2019 à la faveur d'une grâce présidentielle. Mais la Cour constitutionnelle a auparavant rejeté sa candidature à la présidentielle en invoquant sa condamnation.

Khalifa Sall et Karim Wade crient à l'instrumentalisation de la justice pour les écarter, ce que nient les autorités.

Ils restent engagés en politique avec l'opposition. Mais les contraintes ou les incertitudes attachées à leurs condamnations brident leur action.

Karim Wade vit au Qatar et encourt une arrestation s'il rentre sans payer son amende.

Pendant ce temps, Ousmane Sonko, 48 ans, occupe largement le terrain avec un discours à la fois souverainiste, panafricaniste et social, hostile aux élites et à l'influence française.

Lui-même est depuis 2021 sous le coup d'une inculpation pour viols présumés. Lui aussi dénonce un complot.

Remettre en selle Khalifa Sall et Karim Wade permettrait à Macky Sall "d'en finir avec le face-à-face qu'Ousmane Sonko voudrait imposer", écrit le Quotidien. "Aux côtés de Karim Wade et Khalifa, chacun maître d'un appareil politique bien rôdé et disposant de bases politiques fidèles, Ousmane Sonko redevient un simple opposant parmi d'autres".

Macky Sall, 60 ans, entretient le flou sur ses intentions en 2024, alors que les avis divergent sur sa légitimité à se représenter et que l'opposition promet une résistance farouche s'il franchit le pas.

Dans un climat social déjà tendu, le non à un troisième mandat a été l'un des cris de ralliement des émeutes meurtrières qui ont secoué en 2021 un pays réputé comme un îlot de stabilité dans une région troublée.

Les tensions affleurent toujours, les conditions sociales demeurent difficiles.

L'autorité de Macky Sall, par ailleurs président de l'Union africaine et interlocuteur écouté de la communauté internationale, est sortie érodée des élections locales et parlementaires de janvier et juillet. Les dissensions parcourent son camp au point qu'il paraît ne plus avoir la majorité parlementaire.

Le quotidien l'Observateur évoque une possible volonté "d'apaisement" dans un acte de mansuétude envers les deux proscrits. Mais, dit-il aussi, "faire revenir toutes ces personnalités veut dire que Macky Sall est plus proche du oui que du non" à un troisième mandat.

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