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L'histoire de l'esclavage retracée dans l'ADN de dizaines de milliers d'Américains


Défilé, à Flint, Michigan, le 19 juin 2018, à l'occasion de la fête qui commémore la fin de l'esclavage aux États-Unis, Il y a 155 ans, (Jake May / The Flint Journal via AP, archives)

Le trafic d'esclaves entre l'Afrique et les Amériques, ainsi que l'exploitation économique et sexuelle peuvent être retracées dans l'ADN de leurs descendants.

C'est ce que décrit une grande étude publiée jeudi et réalisée grâce aux profils génétiques accumulés par la société 23andMe.

La traite négrière, qui a causé la déportation des millions de Noirs entre de l'Afrique vers les Amériques et l'exploitation économique et sexuelle de ces millions d'hommes et de femmes jusqu'au 19e siècle peuvent être retracées dans l'ADN des descendants de ces derniers.

Plus de 50.000 personnes dans les Amériques, en Europe et en Afrique ont participé à cette étude surprenante mariant des analyses d'ADN individuels et des archives détaillées sur les navires ayant transporté les esclaves, 12,5 millions d'hommes, de femmes et d'enfants entre 1515 et 1865, dont 70% ont été débarqués en Amérique latine, et entre 300.000 et 500.000 en Amérique du Nord continentale. Plus de deux millions sont morts durant le voyage.

"Nous voulions comparer nos résultats génétiques aux manifestes de transports pour trouver d'éventuels désaccords, ce qui est apparu dans certains cas de façon assez flagrante", explique à l'AFP Steven Micheletti, généticien de la société.

Ils se sont aperçus que, bien que les esclaves étaient majoritairement des hommes, les femmes africaines ont au fil des siècles beaucoup plus contribué génétiquement à la population actuelle, ce qu'ils ont observé en analysant les gènes du chromosome X, que les femmes ont en double.

"Dans certaines régions, nous estimons que 17 femmes africaines se reproduisaient pour chaque homme africain, nous n'aurions jamais pensé que ce ratio était aussi élevé", poursuit le chercheur.

Cela s'explique par la politique de "dilution" ou de "blanchissement racial" pratiquée alors en Amérique latine: la politique était de "blanchir" la population en encourageant la reproduction entre colons et esclaves, notamment au Brésil au début du 19e siècle, rappellent les auteurs de l'étude, publiée dans l'American Journal of Human Genetics.

A l'inverse, les Africains hommes et femmes aux Etats-Unis se reproduisaient presque dans les mêmes proportions.

"La tendance était d'encourager la procréation entre les esclaves afin de produire plus d'esclaves", dit Joanna Mountain, directrice de recherche à 23andMe, même si les viols d'esclaves par leurs propriétaires étaient également courants.

L'étude révèle aussi que les Afro-Américains des Etats-Unis sont majoritairement reliés génétiquement aux populations qui habitaient dans une région d'Afrique correspondant au Nigeria actuel, alors qu'à l'époque, ces populations ne représentaient qu'une minorité des esclaves envoyés aux Etats-Unis.

En fait, ils étaient arrivés aux Caraïbes puis ont été retransportés vers les Etats-Unis, une phase inter-américaine du commerce d'esclaves qui commence à peine à être redécouverte.

La sous-représentation de l'héritage génétique de la Sénégambie aux Etats-Unis a quant à elle une explication sinistre: "Comme les Sénégambiens étaient souvent cultivateurs de riz en Afrique, ils étaient souvent transportés dans les plantations de riz aux Etats-Unis. Ces plantations étaient souvent envahies par le paludisme et avaient un taux de mortalité élevé, ce qui a sans doute conduit à la sous-représentation génétique de la Sénégambie dans les Afro-Américains aujourd'hui", écrit Steven Micheletti.

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