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États-Unis

Que tombent les statues: en Virginie, un vent de changement et des résistances

Une équipe inspecte la statue du général confédéré Robert E. Lee sur l'avenue Monument le 8 juin 2020, à Richmond, en Virginie. Le gouverneur de Virginie Ralph Northam a ordonné le retrait de la statue.

Armée d'une brosse, Carolyn McCrea frotte furieusement le marbre gris. Quelqu'un a plusieurs fois écrit "La vie des Blancs compte" sur la seule statue à représenter un homme noir sur cette avenue de Richmond, en Virginie, et la jeune femme compte bien laver l'affront.

Ce slogan, c'est celui de ceux qui, dans l'ancienne capitale des Etats confédérés et ailleurs, sont ulcérés de voir le mouvement contre le racisme et les violences policières "Black Lives Matter" (La vie des Noirs compte) prendre de l'ampleur, au point de faire tomber les statues autrefois intouchables de responsables sudistes.

Car depuis la mort de George Floyd, de nombreux Américains questionnent des pans de leur histoire, et des revendications longtemps en suspens ont fait un retour fracassant.

C'est ainsi que trois statues de figures de la Confédération - les Etats du Sud qui ont fait sécession et pris les armes contre les Etats du Nord dirigés par Abraham Lincoln, principalement pour se battre contre l'abolition de l'esclavage - ont été mises à terre à Richmond par des manifestants. Une statue de Christophe Colomb, considéré par les Amérindiens comme un symbole de la colonisation violente de l'Amérique par les Européens, a aussi été déboulonnée.

- Tensions -

Avec ses plus de 600.000 morts, la guerre civile (1861-1865) fut "probablement l'expérience la plus traumatique de la nation", un "évènement cataclysmique aboutissant à l'abolition de l'esclavage" alors que ce système "fut un élément fondateur de l'économie et des relations sociales de ce pays pendant si longtemps", explique Ryan K. Smith, professeur associé d'histoire à la Virginia Commonwealth University.

Et des Américains blancs originaires du Sud ont grandi avec une version romancée du passé, l'idée que la Confédération était "quelque chose dont il ne fallait pas avoir honte mais qu'il fallait célébrer", poursuit-il.

D'où des frictions persistantes.

En cette matinée pluvieuse, un échange tendu se tient au pied de la statue du grand tennisman noir Arthur Ashe, natif de Richmond, sur la "Monument Avenue" qui accueille plusieurs statues confédérées.

Un homme, le visage caché par un foulard aux couleurs du drapeau américain, a arrêté sa voiture en plein rond-point et gesticule. Les personnes présentes le soupçonnent d'avoir vandalisé la statue.

"Il n'arrêtait pas de dire +toutes les vies comptent+, il était très agressif, en colère", raconte Fatima Pashaei, 38 ans.

Carolyn McCrea, 35 ans, est allée chercher de quoi laver la peinture chez elle. "On ne pouvait pas rester assis là à ne rien faire et voir (la statue) dégradée. Nous avons tellement de respect pour Arthur Ashe", lui-même militant des droits civiques, explique la jeune femme blonde, qui soutient le déboulonnage des statues confédérées.

- Tournant -

De son côté, Rick, un chef de chantier blanc de 58 ans, dit ne pas comprendre pourquoi les effigies, "héritage sudiste", devraient disparaître de l'espace public. Il est aussi imperméable au mouvement "Black Lives Matter".

"Je suis peut-être un plouc mais je ne suis pas raciste", affirme-t-il. Mais "toutes les vies comptent, celles des animaux, des chiens, des Blancs, des Espagnols, des Asiatiques".

Malgré les résistances, le vent tourne.

Le gouverneur de Virginie, Ralph Northam, a annoncé début juin qu'il avait ordonné le déboulonnage de l'imposante statue équestre de Robert E. Lee, le commandant en chef de l'armée sudiste, "dès que possible".

Un recours en justice contre cette décision a aussitôt été déposé, mais les militants ont bon espoir. Et le conseil municipal de Richmond, unanime, s'est dit en faveur du déboulonnage du reste des statues.

Depuis quelques semaines, plusieurs de ces dernières ont été couvertes de graffitis, une explosion de couleurs au milieu des coquettes maisons de la ville et des magnolias à grandes fleurs blanches.

Plein d'une émotion contenue, Jay Lambert contemple ce que les militants ont fait autour de la statue de Robert E. Lee.

La place est devenue un mémorial, le flux de visiteurs est continu. Des pancartes racontent l'histoire de George Floyd et de nombreux autres Afro-Américains, hommes et femmes, tués par la police.

"C'est un moment très important de l'Histoire. Nous voulions en faire partie, pour nous, pour le transmettre à nos enfants. Des choses que nous appelions de nos voeux sont en train de se passer sous nos yeux", dit Jay, ingénieur noir de 47 ans.

Pour l'historien Ryan K. Smith, le mouvement semble en effet s'étendre.

"On a vraiment le sentiment que c'est l'un de ces moments où vous regardez autour de vous et où vous voyez l'histoire se faire. L'énergie vient d'en bas, du peuple, des manifestants", explique-t-il. "C'est vraiment un moment charnière".

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Peine commuée par Trump : le républicain Mitt Romney dénonce une "corruption historique"

Le sénateur Mitt Romney, à Capitol Hill à Washington, le 10 juin 2020.

Le sénateur républicain Mitt Romney, l'un des rares membres du parti présidentiel à critiquer ouvertement Donald Trump, a vivement attaqué samedi la décision du président la veille de commuer la peine de son ami Roger Stone.

"Corruption historique, sans précédent: un président américain commue la peine de prison d'une personne condamnée par un jury pour avoir menti afin de protéger ce même président", a tweeté Mitt Romney, ancien candidat républicain à la présidentielle de 2012.

Roger Stone avait été reconnu coupable en novembre d'avoir menti au Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l'enquête sur de possibles liens entre l'équipe de campagne de Trump et la Russie.

Conseiller politique de Trump par intermittence depuis plus de 20 ans, le sexagénaire haut en couleur avait été condamné à passer 40 mois derrière les barreaux. Il devait commencer à purger sa peine la semaine prochaine.

Mais Donald Trump n'avait jamais caché sa volonté d'épargner la prison à son ancien conseiller. "Roger Stone a été la cible d'une chasse aux sorcières qui n'aurait jamais dû avoir lieu", a-t-il encore affirmé dans un tweet samedi matin.

Mitt Romney, seul membre du Grand Old Party à avoir voté en février en faveur de la destitution de Donald Trump dans le cadre de l'affaire russe, est le premier membre influent du parti républicain à s'élever publiquement contre cette décision présidentielle.

Les démocrates crient eux au scandale depuis l'annonce, vendredi.

"La décision de Donald Trump de commuer la peine de son conseiller de campagne Roger Stone (...) est un acte de corruption stupéfiant", a déclaré vendredi la cheffe des démocrates au Congrès américain, Nancy Pelosi.

"Le Congrès va prendre des mesures pour empêcher ce genre de méfait éhonté", a-t-elle poursuivi dans un communiqué. "Nous avons besoin de légiférer pour s'assurer qu'aucun président ne puisse grâcier ou commuer la peine d'un individu impliqué dans une campagne de dissimulation pour protéger ce même président de poursuites pénales."

Trump commue la peine de prison de son ami Roger Stone

Roger Stone arrive pour sa condamnation à la cour fédérale de Washington, le 20 février 2020. (Photo AP)

Le président américain Donald Trump a commué la peine de prison de son ami Roger Stone, condamné en février à 40 mois de prison dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe pendant la campagne présidentielle américaine de 2016, a indiqué vendredi la Maison Blanche.

"Aujourd'hui, le président Donald J. Trump a ordonné une mesure de clémence exécutive pour commuer la peine injuste de Roger Stone", a annoncé la Maison Blanche dans un communiqué, ajoutant que cet ami de longue date du président, une "victime du canular russe", était dorénavant "un homme libre".

La peine de prison de Roger Stone, qui avait été reconnu coupable en novembre de mensonges au Congrès et de subordination de témoin, devait commencer la semaine prochaine.

Dès la condamnation de M. Stone, Donald Trump avait expliqué qu'il voulait gracier son ex-collaborateur de 67 ans, un conseilleur politique sulfureux connu pour son style haut en couleur et son tatouage de Richard Nixon dans le dos.

Selon le quotidien USA Today, en février le président Trump a commué la peine de prison de l'ancien gouverneur de l'Illinois Rod Blagojevich, un démocrate, et a accordé la grâce à l'ancien commissaire de police de la ville de New York Bernard Kerik, au financier véreux Michael Milken et à l'ancien propriétaire des 49ers, Edward DeBartolo Jr.

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