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République du Congo

L'argent, au cœur des tensions sur le front de la riposte contre Ebola en RDC

Le Directeur Général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est plié au rite du lavage des mains, précaution de base dans la prévention contre la maladie à virus Ebola, à son arrivée à l’aéroport de Beni, Nord-Kivu, RDC, 15 août 2018. (Twitter/Monu

Pas suffisant, mal réparti, ou dépensé sans transparence : l'argent nourrit des jalousies, des frustrations et des violences sur le front de la guerre contre l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo où l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) déplore des "retards de financement".

Le gouvernement, l'OMS, les ONG, les Etats-Unis ... investissent des millions de dollars et des grands moyens ostentatoires (4X4 ultra-modernes) entre Beni et Butembo (est) pour lutter contre la fièvre hémorragique, élevée mercredi soir au rang "d'urgence de santé publique de portée internationale" par l'OMS.

Cet argent ne fait pas forcément le bonheur des habitants ni ne suscite leur gratitude. Il pourrait même expliquer une partie des violences qui entravent le travail des équipes de la riposte.

"Ici, la population ne connaissait pas les ONG, les humanitaires. D'un coup, ils ont vu beaucoup de grandes Jeeps apparaître dans la ville", analyse le maire de Butembo, Sylvain Kanyamanda.

- "Frustrations" -

"Il y a eu une forte réaction dans la population parce qu'ils ne comprenaient pas comment le gouvernement et la communauté internationale pouvaient investir autant d'argent et de moyens pour Ebola alors qu'ils ne font rien pour lutter contre les massacres des ADF (une milice armée) autour de Beni", ajoute-t-il.

Une revendication revient chez les habitants de Butembo: qu'au moins cet argent profite aux locaux et non aux Congolais venus d'autres régions ou aux expatriés.

"Les revendications sont toujours les mêmes depuis le début de l'épidémie : remplacer les expatriés par des nationaux. Certains disent +vous venez de vos pays pour venir récolter de l'argent sur nos morts+", déclare le vice-président de la Société civile Edgar Mateso.

Les différences de traitement entre les locaux et les autres sont régulièrement dénoncées.

"Avant d'être détaché à la riposte, je gagnais environ 100$ par mois, aujourd'hui je gagne près de 600$ (...) mais les médecins qui viennent de Kinshasa touchent 4.500$ par mois, plus 150$ de per diem par jour. C'est sûr, ça crée des frustrations", glisse un médecin généraliste originaire de Butembo.

"Il y a de grandes différences de traitement entre les équipes, alors que nous faisons tous le même travail", relève un Congolais engagé dans des actions de prévention, et payé par une organisation internationale.

"Celles qui sont prises en charge par les partenaires internationaux (OMS, Unicef, ...) sont payées dans les temps, mais ceux qui sont pris en charge par le PDSS (un programme du ministère de la Santé congolais) ont toujours des retards sur le paiement de leurs salaires", affirme-t-il.

Investi dans l'emploi de nationaux originaires de la région, l'argent de la "riposte" nourrit des jalousies de voisinage.

Deux responsables locaux ont été assassinés en début de semaine entre Beni et Butembo. "Selon plusieurs sources, les assaillants seraient des personnes du même quartier qui les enviaient car ils avaient trouvé un emploi dans la riposte contre Ebola", d'après le ministère de la Santé.

L'une des victimes, une femme, "avait déjà été attaquée une première fois il y a quelques semaines mais elle avait eu la vie sauve parce qu'elle avait donné de l'argent aux assaillants".

- "Menaces de mort" -

"Beaucoup de mes collègues ont fui Butembo parce qu'ils craignaient pour leur peau", reprend le Congolais engagé dans des actions de prévention.

"Dans leurs communautés on savait qu'ils travaillaient pour des ONG internationales, et pour ça, ils pouvaient être poursuivis jusqu'à chez eux. Ils ont été menacés, allant même jusqu'à des menaces de mort : c'est vous qui êtes en train de manger l'argent de la riposte. Donne-moi 2.000$ ! Si tu n'as pas 2.000$, on va tirer sur toi", raconte-t-il.

Loin de Butembo, depuis Genève, les experts de l'OMS ont déploré "des retards dans le financement qui ont entravé la riposte" en décidant d'élever l'épidémie au rang d'urgence sanitaire internationale.

Une décision qui n'enthousiasme pas le ministre congolais de la Santé, Oly Ilunga.

Le ministre, par ailleurs médecin, "espère" que la décision de l'OMS "n'est pas le résultat des nombreuses pressions (...) pour lever des fonds pour les acteurs humanitaires".

"Nous espérons qu'il y aura une plus grande transparence et redevabilité des acteurs humanitaires par rapport à leur utilisation des fonds pour répondre à cette épidémie d'Ebola", ajoute le ministre.

"L'épidémie d'Ebola est avant tout une crise de santé publique qui nécessite une réponse par des acteurs ayant une réelle expertise technique".

Message reçu, promet jeudi une ONG présente à la marge dans la riposte, Oxfam : "Tout nouveau financement doit s'accompagner d'une responsabilisation plus stricte afin de garantir que tout le monde travaille efficacement".

Les Etats-Unis via USAID se présentent comme les premiers donateurs (98 millions de dollars) et estiment que "d'autres donneurs doivent s'y mettre".

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Inès Ingani démise de ses fonctions de ministre de la femme

La ministre de la Promition de la Femme, Inès Nefer Ingani a été démise de ses fonction, à Brazzaville, le 17 septembre 2019. (VOA/Arsène Séverin)

La ministre de la Promotion de la femme Inès Nefer Ingani a été démise de ses fonctions le 17 septembre à Brazzaville, après la divulgation sur les réseaux sociaux de la remise d'une importante somme d'argent au chef de file de l'opposition par les services de la présidence. Selon certaines sources, la ministre aurait favorisé cette publication.

Dans le décret qui démet Inès Nefer Ingani de ses fonctions, le président de la République n'en souligne pas la cause.

Mais la semaine dernière, le chef de file de l'opposition, Pascal Tsaty Mabiala et son parti, l'UPADS, avaient réclamé sa tête, menaçant de la traduire en justice pour propos diffamatoires.

Une conversation téléphonique qui impliquerait la désormais ex-ministre de la Femme et un jeune cadre du PCT, le parti au pouvoir, dévoilait que le chef de l'opposition avait reçu d'importantes sommes d'argent de la part de la présidence de la République. Par conséquent, le chef de l'Etat et son Premier ministre n'ont pas hésité à pousser la ministre vers la porte, elle qui est, par ailleurs, députée à Brazzaville.

Quelques mois avant, une autre conversation téléphonique impliquant la ministre de la Jeunesse et un officier supérieur de la police s'était retrouvée sur les réseaux sociaux, mais sans coûter un quelconque poste.

Lors des récentes affaires politiques au Congo, jamais un ministre n'a été démis de ses fonctions au sein du gouvernement, fut-il par décret présidentiel. C'est toujours par un remaniement que les ministres, même démissionnaires, quittent le gouvernement.

Le cas Ingani est donc emblématique et devrait interpeller sur le fait que les réseaux sociaux sont en train de devenir une arme politique très redoutable au Congo.

La ministre de la Promotion de la femme démise de ses fonctions à Brazzaville

La ministre de la Promotion de la femme démise de ses fonctions à Brazzaville
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Le maraîchage reprend à Mindouli grâce à la maîtrise de l'eau

Une agricultrice satisfaite de sa récolte à Mindouli, au Congo-Brazzaville, le 16 septembre 2019. (VOA/Arsène Séverin)

Les populations de Mindouli, dans le Pool, au sud-ouest du Congo-Brazzaville, connaissent du succès dans la production maraîchère et piscicole grâce à la nouvelle technique de maîtrise d'eau. Connu comme bassin légumier du Congo, Mindouli avait tout perdu suite au conflit armé.

Après la guerre, le travail dans le Pool. Mindouli a repris depuis quelques mois une activité traditionnelle de production des fruits et légumes qui permet à chaque famille de vivre dans cette localité.

Dans le Pool, Mindouli renaît grâce à la production maraîchère et piscicole
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"Maintenant cela a repris. En tout cas, ici à Mindouli, au moins 75% des familles ont un petit étang et font du maraîchage", confie un producteur, tandis qu'un autre ajoute : "Maintenant, nous savons que Mindouli redeviendra Mindouli 1 comme auparavant, parce que la guerre nous a emportés et nous a remis à zéro".

Pendant les conflits armés, l'activité agricole a été déstructurée à Mindouli, qui pourtant est connu comme bassin maraîcher dans le pays. La technique de la canalisation d'eau a redonné espoir aux populations qui produisent beaucoup plus qu'avant.

Gérald Menga Nzitoukoulou, producteur agricole, salue la canalisation de l'eau à Mindouli. (VOA/Arsène Séverin)
Gérald Menga Nzitoukoulou, producteur agricole, salue la canalisation de l'eau à Mindouli. (VOA/Arsène Séverin)


Le producteur agricole Gérald Menga Nzitoukoulou, se dit satisfait de l'étendue de terre déjà cultivée et réclame plus d'eau. "On cherche qu'on augmente encore la quantité d'eau. Nous avons 21 étangs, et nous exploitons sur 149 ares", plaide-t-il.

Le site Lamba Kua Ndolo est le plus important bassin de production à Mindouli où on pratique aussi de la pisciculture.

Justin Mandou, opérateur de moto-pompe à Mindouli. (VOA/Arsène Séverin)
Justin Mandou, opérateur de moto-pompe à Mindouli. (VOA/Arsène Séverin)


L'opérateur de la moto-pompe, Justin Mandou note la réduction des corvées d'eau grâce à cette nouvelle technique.

"Par semaine si on pouvait arroser deux fois avec la moto-pompe, et qu'après les gens passent avec les arrosoirs, il y aura toujours de l'humidité. Les légumes et certains fruits comme la tomate demandent toujours beaucoup d'eau", indique-t-il.

L'eau est captée depuis les hauteurs d'une colline, à l'est de la ville. Le PAM en a assuré la logistique.

Jean Martin Bauer, représentant du PAM au Congo à Mindouli. (VOA/Arsène Séverin)
Jean Martin Bauer, représentant du PAM au Congo à Mindouli. (VOA/Arsène Séverin)


Jean Martin Baeur est le représentant du PAM au Congo.

"Nous avons reconstruit les étangs piscicoles, c'est-à-dire avec des techniques de gestion d'eau améliorées. La technique traditionnelle veut que quand le poisson est prêt à être commercialisé, on crève la digue et c'est beaucoup de travail. Et ce que nous avons mis en place ici, c'est la construction des moines, des outils de régulation de l'eau", précise Jean Martin Baeur.

La production maraîchère redevient un marché juteux dans le Pool, si bien que le Haut-Commissaire à la réinsertion des ex-combattants, Landry Euloge Kolelas appelle les ex-ninjas à en profiter. "Bien sûr ! Nous disons que cette station peut déjà servir de formation à ceux des ex-combattants qui veulent se lancer dans la pisciculture".

D'ici là, les premiers étangs vont livrer leurs poissons, au grand bonheur des coopératives qui ont longtemps souffert pendant la guerre.

Dans le Pool, Mindouli renaît grâce à la production maraîchère et piscicole

Dans le Pool, Mindouli renaît grâce à la production maraîchère et piscicole
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L'Afrique sollicite la générosité de la Chine pour ses projets de développement

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