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République du Congo

Brazzaville et Pékin conviennent de restructurer la dette congolaise

Le président chinois Xi Jinping et le président de la République du Congo Denis Sassou Nguesso

Les présidents congolais Denis Sassou Nguesso et chinois Xi Jinping ont convenu lundi, lors d'un entretien téléphonique, de restructurer la colossale dette congolaise envers Pékin, qui empêche ce pays d'Afrique centrale de reprendre des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI).

"La question de la dette a été évoquée par les deux présidents et le président Sassou Nguesso a posé le problème à son pair (...) en lui faisant une proposition d'une deuxième restructuration", a déclaré à la presse Rigobert Roger Andely, ministre congolais des Finances.

"Le président Xi Jinping a approuvé (la demande)", a-t-il ajouté, rendant compte d'un entretien téléphonique des deux chefs d'État.

"Cette restructuration, c'est pour permettre au pays d'avoir un peu plus de ressources pour faire face à ses propres besoins internes et de lever cet obstacle aux bonnes relations avec le FMI", a expliqué M. Andely.

Les experts chinois et congolais sont chargés "de pouvoir en fixer les modalités et les conditions", a-t-il expliqué.

A Pékin, l'agence Chine nouvelle a également évoqué le coup de téléphone entre les deux dirigeants, mais sans faire mention d'une restructuration de la dette congolaise.

Xi Jinping a assuré que la Chine encouragerait ses entreprises à investir davantage au Congo, notamment dans les domaines de la santé et de l'agriculture, a précisé l'agence de presse chinoise.

En 2019, la Chine avait déjà restructuré la dette du Congo, ce qui avait permis au pays de conclure un programme axé sur la Facilité élargie de crédit avec le FMI.

Mais depuis lors, la dette congolaise évaluée à 110% du Produit intérieur brut (PIB) par le FMI est jugée "insoutenable", la norme communautaire en Afrique centrale étant de 70% du PIB, a expliqué lundi à l'Assemblée nationale le Premier ministre congolais Anatole Collinet Makosso.

Le FMI a suspendu son appui. Le pays est doublement frappé par la crise économique et sanitaire due à la baisse des prix du pétrole et la propagation du Covid-19.

Le Congo doit à la Chine 1.300 milliards de FCFA (2 milliards d'euros), selon le gouvernement, alors que la dette globale du pays "s'élève actuellement en réalité à 6.016,5 milliards de FCFA (plus de 10 milliards d'euros) au 31 décembre 2020, soit 98% du PIB" a estimé le Premier ministre Makosso.

Les latrines modernes manquent dans la ville congolaise de Nkayi

Un habitant de Nkayi, la 4e ville congolaise, dévoile ses latrines, à Nkayi le 16 juin 2021,

Les habitants de ville de Nkayi, à près de 350 km au sud-ouest de Brazzaville, ne disposent pas de toilettes modernes. Nombreux défèquent encore dans la savane. L’Union européenne a décidé d’apporter 5 milliards de francs CFA pour aider ces habitants.

Avec ses quelque 70.000 habitants, Nkayi est la quatrième ville de la République du Congo. Depuis des décennies, une unité de production industrielle de sucre y est en cours. Mais la population, a un problème d’hygiène dans les ménages: les latrines ne sont pas modernes.

"Le commun d’habitants n’a pas de latrine moderne", indique un habitant de la ville. Lorsqu’on lui pose la question sur les latrines chez lui, Fidèle Mankissa, 70 ans, répond avec ironie. "Les latrines ? Nous allons n’importe où. Même dans l’herbe... on prend un sachet et on fait comme dans l’ancien temps, après on jette dans l’herbe", dit-il.

Même dans les écoles, les enseignants et les élèves sont confrontés au même problème. Et c’est plus compliqué à l’école primaire Kingoma 1 qui reçoit plus de 2.000 élèves.

"Parfois c’est dans les herbes, ou les élèves viennent déposer sur la dalle, car les toilettes sont déjà pleines", témoigne Marius Kinzenze Nkaya, directeur adjoint de cette école.

"Le corps enseignant se débrouille dans le voisinage. On demande par-ci par-là, et vous êtes autorisé", ajoute-t-il.

Et comment vider une latrine quand elle est pleine ? C’est une pratique presque pas connue à Nkayi, selon le conseiller à l’urbanisme, Alphonse Madienguila.

"Nous bénéficions du sol qui est très consistant, et donc quand nous creusons les latrines, c’est difficile que nous ayons besoin de vidanger. Nous n’avons pas des odeurs fétides, il y en a pas. C’est l’une des villes où nous vivons sainement", assure-t-il.

Un problème mondial

Selon une enquête de l’UNICEF, plus de 470.000 Congolais des zones rurales continuent à déféquer dans la savane. Ici, le taux d’accès à l’assainissement basique n’est que de 6% contre 27 dans les villes.

Le manque de latrines est un problème mondial. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 2 milliards de personnes ne disposent toujours pas de toilettes ou de latrines. Parmi elles, précise l’OMS, “673 millions défèquent à l’air libre, par exemple dans les caniveaux, derrière des buissons ou dans des plans d’eau”. Au moins 10% de la population mondiale consomme des aliments provenant de cultures irriguées par des eaux usées, précise l’agence onusienne.

Ce qui est problématique à plusieurs niveaux: le choléra, maladie mortelle, peut être évité grâce à de meilleures installations sanitaires. Une étude de l'ONG internationale Save The Children montre que dans de nombreux pays, les filles abandonnent l'école en raison du manque de toilettes.

Au Congo, l’Union européenne soutient un programme qui vise à construire des latrines pour la population. Gaston Mampassi, le maire de Nkayi, se dit soulagé.

"Nous avons passé près de 5 ans en train de parlementer avec l’AFD, l’Union européenne et le gouvernement de la République. Et aujourd’hui, c’est le bout de tunnel qui est aperçu. C’est déjà la toute première étape de la mise en œuvre de ce programme au bonheur des populations de Nkayi", déclare l’autorité municipale.

A Brazzaville et à Pointe-Noire, du porte à porte pour la vaccination anti-covid

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Disparition du 17e roi Makoko, Auguste Nguempio, à l'âge de 94 ans

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Il y a 30 ans, la conférence nationale de Brazzaville

Une affiche de campagne du président congolais réélu Denis Sassou Nguesso est photographiée à l'extérieur du siège du Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir à Brazzaville le 23 mars 2021.

"On peut dire que la déception est totale": plus qu'ailleurs en Afrique, les opposants au Congo-Brazzaville célèbrent avec amertume le 30e anniversaire de leur "conférence nationale" vers la démocratie, quelques semaines après la réélection écrasante de l'indéboulonnable président Sassou Nguesso.

C'était en 1990-91, dans la foulée de la chute des dictatures soviétiques. Le président français François Mitterrand mettait en garde les autocrates africains -dont Denis Sassou Nguesso- au sommet de la Baule: sans démocratie, moins d'aide.

Du Bénin au Zaïre (actuelle RDC), en passant par le Gabon et la Côte d'Ivoire, des "conférences nationales" ouvertes aux opposants ont tenté d'écrire les règles du multipartisme.

Le succès a été foudroyant à Brazzaville. Un an après la fin de la conférence le 10 juin 1991, le président Denis Sassou Nguesso était battu par Pascal Lissouba aux élections.

Encore aujourd'hui, il s'agit du seul exemple d'alternance en Afrique centrale, mis à part le compromis politique qui a conduit à la passation de pouvoir entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi en République démocratique du Congo en janvier 2019.

Trente ans et quatre guerres civiles plus tard, le président Denis Sassou Nguesso, 77 ans dont 37 au pouvoir, a été réélu en mars pour un quatrième mandat avec plus de 88% des voix. Son fils a été nommé ministre.

Né de la conférence nationale, le principal parti d'opposition UPADS a boycotté le scrutin du 21 mars, en dénonçant ses conditions d'organisation.

Fils d'une figure de 1991, le candidat de l'opposition Guy-Brice Parfait Kolélas est décédé du Covid le lendemain du scrutin. Il a été crédité de 7,84% des voix selon le résultat officiel.

Les opposants du précédent scrutin de 2016 (Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa) sont en prison, condamnés à des peines de 20 ans pour "atteinte à la sécurité de l'Etat".

Dans ce pays où l'opposition est décapitée, l'esprit de la "conférence nationale" s'est largement dissipé.

"On peut constater avec regret que la plupart des acquis de la conférence ont été remis en cause", affirme à l’AFP l’opposant Clément Miérassa.

Réélu, Denis Sassou Nguesso souligne la responsabilité collective pour construire l'avenir
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Espoirs déçus

La promotion de la démocratie, la lutte contre la corruption, la réconciliation nationale étaient entre autres valeurs prônées par la conférence nationale, se souvient M. Muiérassa, 72 ans, un économiste qui a joué un rôle actif à l'époque.

Fondateur du Parti social démocrate congolais (PSDC) il a fait partie du gouvernement de transition (1991-1992) avec un Premier ministre, André Milongo, disposant des prérogatives d’un chef d’Etat.

La lutte contre la corruption passait par "la Commission des biens mal acquis", ajoute Clément Miérassa.

"Aujourd’hui l’indice de perception de la corruption est de 19/100, faisant apparaître le Congo comme l’un des pays les plus corrompus du monde, dans le top 10 des pays les plus corrompus d’Afrique", constate-t-il.

Des enquêtes ont été ouvertes en France sur les "bien mal acquis" de la famille présidentielle.

"La Conférence a suscité beaucoup d’espoirs au sein de la population", se rappelle Grégoire Lefouoba, un autre ancien de 1991.

La conférence voulait débarrasser le Congo de tous ses vieux démons, ajoute-t-il: "le tribalisme, le clanisme, le favoritisme, le clientélisme et surtout la violence politique érigée en art politique".

Participant à la conférence nationale, M. Lefouoba a été ministre du président Lissouba. Il milite aujourd’hui au PCT, le parti au pouvoir.

Le président nouvellement réélu, Denis Sassou Nguesso, à Brazzaville, le 23 mars 2021.
Le président nouvellement réélu, Denis Sassou Nguesso, à Brazzaville, le 23 mars 2021.

Des regrets

En 30 ans de démocratie, le Congo a enregistré au moins quatre guerres civiles, dont celle de 1997 qui a permis le retour au pouvoir de Denis Sassou Nguesso.

"L’histoire politique du Congo depuis l’indépendance n’est qu’une succession de violences", remarque Ulrich Stevio Baralangui, enseignant d’histoire à l’université Marien Ngouabi.

Dans son dernier discours d'investiture, le président Sassou Nguesso a parlé de "rupture avec les mentalités déviantes et les comportements pervers du passé", dont "la corruption, la fraude" et "le népotisme et la tendance à la gabegie".

Ailleurs en Afrique, les "conférences nationales" ont connu des fortunes diverses, des alternances au Bénin au maintien de la famille Bongo au pouvoir au Gabon, en passant par des épisodes de violence en Côte d'Ivoire et en RDC.

Quant au président Sassou Nguesso, ses homologues de Guinée et de Côte d'Ivoire l'appellent désormais "l'Empereur".

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