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Mali

Kidal, ville du nord, inquiète les pays voisins

Un combattant touareg de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) debout sur un pick-up avec une mitraillette près de Kidal, dans le nord du Mali, le 28 septembre 2016.

La situation de Kidal suscite l'inquiétude des pays du Sahel, pour qui cette ville du nord-est du Mali en guerre sert de base arrière à des jihadistes pour semer la terreur dans la région.

Jusqu'alors prononcées sous le manteau, les accusations visant Kidal, à quelques centaines de kilomètres de l'Algérie et du Niger, ont été lancées haut et fort par le président nigérien Mahamadou Issoufou début septembre.

"Le statut de Kidal est une menace" pour la stabilité du Sahel, a déclaré M. Issoufou malgré la présence à ses côtés de son homologue malien Ibrahim Boubacar Keïta.

Kidal fait partie de ces vastes zones du Mali qui échappent de facto à l'autorité de l'Etat. Prise en 2012 par les rebelles salafistes, elle est aujourd'hui, malgré la présence de bases française et des forces onusiennes, sous le contrôle d'ex-rebelles séparatistes touareg qui se sont soulevés contre le pouvoir central en 2012 avant de signer un accord de paix à Alger en 2015.

Aujourd'hui, Kidal est devenue une "évidente base arrière et rampe de lancement de plusieurs opérations terroristes", a déclaré mi-septembre auprès de la presse burkinabè Maman Sidikou, secrétaire général du G5 Sahel engagée dans la lutte contre le jihadisme.

A l’origine de cette escalade verbale, selon le chercheur Ibrahim Yahya Ibrahim, du think-thank International Crisis Group (ICG), l'attaque menée en juillet par des jihadistes contre un camp militaire nigérien proche de la frontière. Dix-huit soldats ont été tués.

"Beaucoup au sein du gouvernement nigérien pensent que les assaillants sont partis d'une base de la Coordination des mouvements de l'Azawad", CMA, dont une des composantes contrôle Kidal, explique Ibrahim Yahya Ibrahim. Le Niger assure en avoir les preuves, mais ne les a jamais rendues publiques, ajoute-t-il.

"Se faire attaquer par des terroristes venant de la base d'un groupe signataire de l'accord d'Alger a agacé l'Etat" nigérien, poursuit le chercheur.

De fait, le président Issoufou se plaint que des groupes armés maliens signataires de l'accord d'Alger aient une "position ambiguë" vis-à-vis des jihadistes, faisant peser le soupçon d'alliances locales et opportunistes entre séparatistes et jihadistes.

Les informations indépendantes sont très difficiles à obtenir dans un secteur dangereux. Mais le CMA réfute les accusations nigériennes.

- "Chimère" -

Réunis à Ouagadougou samedi, les pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont lancé un appel aux Etats sahéliens pour "ne pas accepter que les terroristes utilisent leur territoire comme sanctuaire ou base de repli". Un apparent tacle au Mali pour son incapacité à restaurer son autorité étatique à Kidal, selon un observateur à Bamako.

Lors de la même conférence, une source haut placée du Tchad disait ne pas vouloir que les troupes tchadiennes déployées au Mali au sein de la mission de l'ONU "restent l’arme au pied". Elle souhaitait que ces troupes "aillent combattre là où ça se passe", laissant entrevoir la tentation éprouvée par certains d’intervenir militairement dans la zone.

Signe du sérieux de l'affaire, une réunion du comité de suivi de l'accord (CSA) d'Alger de 2015, initialement prévue à Kidal mardi, a été reportée. C'était la première fois qu'une telle réunion était délocalisée, dans ce qui devait symboliser un retour de l'Etat malien dans le nord et illustrer la mise en oeuvre de l'accord.

"Des éléments nouveaux (sont) intervenus", a justifié devant des diplomates le ministre malien des affaires étrangères Tiébilé Dramé, sans préciser lesquels. Selon un représentant d'un pays africain au CSA, tenir la réunion à Kidal revenait du point de vue malien à "conforter les indépendantistes dans leur chimère".

La CMA a demandé une réunion urgente en terre "neutre" pour "clarifier l’ensemble des questions" liées à la non-tenue de la réunion.

Le président du CSA, Ahmed Boutache, qui a quitté ses fonctions mardi, a estimé en réponse que cette demande de clarifications "n'augure pas de jours meilleurs pour l'application de l'accord menée si patiemment tout au long de ces cinq dernières années".

La mise en place de l'accord reste fastidieuse, tandis que les violences se multiplient au Mali et que les attaques jihadistes se sont étendues ces dernières années au Burkina Faso et au Niger.

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L'ex-putschiste Amadou Sanogo recouvre la liberté dans un Mali en crise

Le chef de l'ex-junte Amadou Haya Sanogo devant la cour d'assises de Sikasso, dans le sud du Mali, le 30 novembre 2016.

Le général Amadou Sanogo, meneur d'un coup d'Etat en 2012, est sorti de prison mardi sur décision de la justice malienne qui a ordonné sa libération et celle de douze autres militaires détenus depuis six ans.

Le général Sanogo a quitté la prison souriant mais a gardé le silence, a constaté un correspondant de l'AFP. Les défenseurs des droits humains ont exprimé, eux, leur inquiétude devant l'éventualité que les accusés ne finissent par être amnistiés pour des raisons purement politiques dans une période très difficile pour le pays.

La décision de la Cour d'appel de Bamako était guettée avec attention, compte tenu des enjeux extrajudiciaires d'une reprise de leur procès et de la possible comparution devant la cour d'assises du ministre de la Défense en exercice, Ibrahima Dahirou Dembélé.

M. Dembélé, mis en cause en tant qu'ancien chef d'état-major de la junte en 2012-2013, passe aujourd'hui pour un acteur important du combat contre les jihadistes alors que l'armée et l'Etat maliens sont soumis à la pression d'attaques qui ont fait des centaines de morts ces derniers mois.

M. Dembélé n'est pas détenu, contrairement au général Sanogo. Mais il devrait être appelé à la barre, sinon poussé à la démission si le procès reprend, avec des conséquences difficilement prévisibles dans un contexte sécuritaire et politique dégradé.

L'affaire renvoie le Mali aux premiers mois de la crise qu'il continue à traverser et qui s'est propagée aux pays voisins, sans règlement en vue.

Le 21 mars 2012, alors que les rebelles touareg ont lancé une offensive majeure dans le nord et que les jihadistes affluent en provenance des pays voisins, des soldats, parmi lesquels Amadou Sanogo, alors obscur capitaine, se mutinent contre l'inaptitude du gouvernement à faire face à la situation. Ils chassent le président Amadou Toumani Touré.

Le coup d'Etat précipite en fait la déroute de l'armée. La région tombe sous la coupe des jihadistes qui ont évincé les rebelles touareg.

Sous la pression internationale, la junte finit par céder le pouvoir à des autorités civiles intérimaires. Elu président en août 2013, Ibrahim Boubacar Keita, encore en poste aujourd'hui, élève Amadou Sanogo au rang de général quatre-étoiles, promotion largement considérée comme politique.

Mais, fin 2013, Amadou Sanogo est arrêté pour son implication présumée dans la mort de 21 membres d'une unité d'élite, les "Bérets rouges", retrouvés dans un charnier. Opposés au coup de force de mars 2012, les "Bérets rouges" avaient vainement tenté un contre-putsch un mois plus tard.

- Vers l'amnistie ?-

Le procès d'Amadou Sanogo et d'une quinzaine de co-prévenus, tous militaires, s'est ouvert fin 2016 pour "enlèvement et assassinat, complicité d'enlèvement et d'assassinat". Depuis, un des accusés est décédé, deux autres ont été remis en liberté.

Parmi les accusés, Ibrahima Dahirou Dembélé, pas encore ministre.

Le procès avait rapidement été ajourné et est resté dans les limbes depuis fin 2016 jusqu'à une nouvelle audience, récemment fixée au 13 janvier 2020. M. Dembélé, devenu ministre de la Défense en 2019, aurait dû y comparaître et a offert sa démission, ont rapporté les médias.

Le procès a encore été reporté. Le gouvernement a invoqué la nécessité de maintenir "la cohésion des forces armées".

Après l'arrêt de mardi, l'incertitude règne sur l'avenir de ce procès.

L'un des avocats du général Sanogo, Me Cheik Oumar Konaré, a estimé que "justice (était) rendue" après plus de six années de préventive alors que le code fixe à trois ans la durée maximale de la détention provisoire.

Les défenseurs des droits humains s'alarment. La libération des accusés "jettent le doute sur l'engagement des autorités à rendre la justice et apporter la vérité aux familles des 21 soldats assassinés", s'est ému Amnesty International dans un communiqué. La préoccupation est partagée par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

Sous le couvert de l'anonymat, une source proche du gouvernement a admis "un souci de ne pas destabiliser notre outil de défense" de la part des autorités. Que le ministre soit contraint de démissionner, ce "n'est pas possible parce qu'il est actuellement un élément clé" du dispositif antijihadiste.

Amnesty International et la FIDH ont dit redouter à présent que les accusés ne bénéficient d'une amnistie en vertu d'une loi controversée de réconciliation adoptée en 2019.

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Remise en liberté provisoire du général Amadou Sanogo

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