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Sénégal

Un maître d'école coranique condamné avec sursis pour avoir enchaînés ses élèves

Des élèves dans une école coranique à Dakar, au Sénégal, le 31 août 2010.

Un tribunal sénégalais a condamné mercredi à deux ans de prison avec sursis le maître d'une école coranique où les élèves fugueurs étaient enchaînés, une affaire divisant le pays entre traditions et droits de l'enfant, emprise religieuse et autorité de l'Etat.

Les faits ont déchaîné les passions dans un pays très majoritairement musulman qui compte des milliers d'écoles coraniques, ou daaras, mais qui est aussi touché par l'évolution des moeurs.

Une affaire de maltraitance d’enfants défraie la chronique au Sénégal
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Anticipant un possible accès de violence de la part des partisans du maître, des policiers au béret rouge avaient bloqué tous les accès au tribunal de Louga (nord-ouest).

Les dizaines de fidèles massés derrière des barrières ont paru accueillir avec satisfaction l'absence de prison ferme, contrairement aux réquisitions du procureur, qui avait réclamé deux ans d'emprisonnement, dont deux mois ferme. "La paix va revenir maintenant", a lancé l'un d'eux.

Il y a quelques jours, les sympathisants du marabout, Cheikhouna Guèye, avaient saccagé le tribunal quand ce dernier avait refusé de le relâcher avec ses cinq co-prévenus : quatre pères et mères et le forgeron qui a fabriqué les chaînes.

Dans un tribunal récent vidé de tout public en dehors de journalistes, le président Madické Diop a déclaré mercredi tous les prévenus coupables et prononcé la même peine pour tout le monde : deux ans avec sursis.

Tous avaient été arrêtés fin novembre après la découverte fortuite que plusieurs enfants de l'école coranique de Ndiagne (nord-ouest) avaient les pieds entravés.

Les uns comme les autres ont déclaré la semaine dernière lors de leur procès que les enfants étaient enchaînés à la demande des parents parce qu'ils fuguaient. Faisant acte de contrition, ils ont aussi assuré qu'ils ignoraient que la pratique était interdite par la loi.

Dans un pays en développement, mais où la pauvreté affecte environ 40% de la population, la condition misérable de nombreux enfants, y compris les élèves d'école coranique, ou talibés, n'est pas un secret. Human Rights Watch avait dénoncé en juin le fait que de nombreux talibés étaient forcés à mendier par leur maître, et soumis à des abus sévères et des négligences qui ont entraîné la mort d'une quinzaine d'entre eux ces deux dernières années.

"Bon musulman"

Dans d'autres pays d'Afrique comme le Nigeria, le sort des talibés est une préoccupation.

L'affaire de l'école de Ndiagne n'aurait pas pris une telle ampleur si les témoins qui avaient repéré un enfant errant chaînes aux pieds n'avaient largement diffusé les photos sur les réseaux sociaux, disent beaucoup.

De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer des agissements attentatoires aux droits de l'enfant, convoquant même le souvenir de la traite négrière.

Les nombreux avocats du marabout ont invoqué la coutume. Ils ont contesté que les enfants aient été maltraités. Ils ont crié à la campagne ourdie par des organisations étrangères contre les maîtres coraniques et même l'islam.

Les informations publiées par la presse sur l'école la décrivent comme bien tenue.

Le sujet est remonté au plus haut des autorités étatiques et spirituelles. Une délégation de maîtres coraniques outrés est allée chercher les instructions du calife général des mourides, l'une de ces confréries qui jouent un rôle prépondérant dans la vie quotidienne des Sénégalais et dont les chefs respectés ont l'oreille des politiques.

Devant le risque de débordements, les forces de sécurité, dépassées par le saccage du tribunal la semaine passée, se sont déployées en nombre. Les partisans du marabout ont été contenus derrière des barrières où ils ont tué l'attente en lisant le Coran et des "khassidas" (poèmes) du fondateur de leur confrérie, et en entonnant des chants religieux.

En apprenant la décision du juge, ils ont estimé leurs prières exaucées et déclamé "Serigne Bamba dieuredieuf": "Merci Cheikh Ahmadou Bamba", le nom du fondateur de la confrérie.

Mor Guèye, le frère du marabout, s'est dit "très content". "Cheikhouna est un bon musulman. Il ne travaille que pour le Coran", a-t-il assuré.

Mansour Sur, son neveu, était "satisfait" lui aussi. Mais, ajoutait-il, "il est temps que les maîtres coraniques revoient leurs pratiques". Enchaîner les talibés, pratique ancienne tenant de la punition, mais pas de la maltraitance, "n'est plus acceptable aujourd'hui" selon lui.

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L'arachide pose un dilemme au Sénégal

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L’arachide, un pilier de l’économie du Sénégal

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A Dakar, la hausse des loyers fragilise les familles les plus pauvres

Scène de rue à Dakar, Sénégal, le 15 juin 2016. (R. Shryock/VOA)

Sous la pression conjuguée d'une très forte croissance démographique, de l'exode rural et de la présence dans un pays réputé pour sa stabilité politique de nombreuses organisations internationales, Dakar s'est hérissée de grues et les loyers se sont envolés.

Après des mois d'allers-retours au commissariat, de menaces de son propriétaire et de vaines procédures judiciaires, Djibril Diagne a dû constater que l'eau avait été coupée dans son appartement de la banlieue de Dakar.

L'histoire de M. Diagne et de sa famille fait écho à celle de milliers de locataires précaires que les propriétaires tentent d'expulser pour ensuite augmenter leurs loyers.

Depuis le 1er janvier, cet électricien sénégalais de 64 ans, sa seconde épouse et leurs cinq enfants se servent aux robinets municipaux pour se laver et faire la cuisine. Mais ils ne veulent pas quitter cet appartement plutôt vaste, bien que sombre, situé à une quinzaine de kilomètres du centre de la capitale sénégalaise.

Les locataires d'en bas et ceux d'en haut sont déjà partis, soupire le père de famille, assis dans le salon défraichi de son logement, niché dans cette banlieue populaire où les charrettes tirées par des chevaux croisent sur des routes en sable les ouvriers d'un chantier voisin.

Implantée sur une étroite péninsule de 550 km2 (0,3% du territoire national), Dakar abrite 3,7 millions d'habitants, soit près du quart de la population sénégalaise, estimée à 16 millions d'habitants.

Sous la pression conjuguée d'une très forte croissance démographique, de l'exode rural et de la présence dans un pays réputé pour sa stabilité politique de nombreuses organisations internationales, Dakar s'est hérissée de grues et les loyers se sont envolés. Il manque 150.000 logements rien qu'à Dakar, selon le gouvernement.

Dans la grande banlieue, désormais reliée par une autoroute au centre-ville et à la ville nouvelle de Diamniadio, ainsi qu'au nouvel aéroport international Blaise Diagne, une maison qui se louait en moyenne 70.000 francs CFA (105 euros) il y a trois ans en vaut maintenant 150.000 FCFA (225 euros), selon des habitants, alors que le salaire minimum au Sénégal est d'environ 75 euros.

Entre 1994 et 2010, la hausse des loyers dans la capitale a été de 115%, selon les dernières statistiques disponibles de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie, (ANSD), qui reconnaît que les plaintes de locataires sont devenues monnaie courante.

- 'Une loi universellement ignorée' -

En 2014, le Parlement sénégalais a adopté une loi pour alléger les charges des locataires les pauvres, premiers touchés par cette hausse des prix. Le texte mettait en place une réduction obligatoire de 29% des loyers inférieurs à 150.000 francs CFA (227 euros).

Mais elle n'a pas été suivie de l'effet escompté.

Car pour contourner cette règle, "les propriétaires expulsent leurs locataires en affirmant qu'ils occuperont eux-mêmes leurs appartements, puis ils les remettent en location à des prix plus élevés", se désole le président de l'Association de défense des locataires du Sénégal, Elimane Sall. "La demande est supérieure à l'offre et les gens en profitent", soupire cet instituteur.

Non seulement les dispositions de la loi sont "universellement ignorées", selon des experts interrogés par l'AFP, mais elles n'ont fait qu'aggraver la situation, estime l'avocat d'affaires Bassirou Sakho, qui qualifie "d'astronomique" le nombre d'expulsions dont il a eu connaissance.

Comme dans le cas de la famille Diagne, certains propriétaires n'hésitent pas adopter des techniques abusives pour faire partir leurs locataires, comme les priver d'eau, dit l'avocat.

De novembre 2018 à octobre 2019, le tribunal de Dakar a prononcé 5.079 avis d'expulsion, contre 463 avis contraires, selon des documents obtenus par l'AFP.

- 'Plus de logements sociaux' -

En justice, les locataires ont peu de chances de gagner, car de nombreux baux sont informels. Et beaucoup renoncent à se présenter devant les tribunaux, comme Pape Moussa Wade, 43, qui avait reçu en janvier une convocation après avoir refusé une augmentation de 20% de son loyer.

Pour éviter d'onéreux frais de justice, il s'est résolu à quitter son appartement sans attendre le jugement. "Les gens n'en ont rien à foutre des lois... Ils font comme ils veulent", peste M. Wade, qui en tant qu'agent immobilier peut pourtant se prévaloir d'une bonne connaissance des règles du marché.

"Nous travaillons pour faire en sorte que les gens n'aient aucun problème pour accéder à un logement décent", a déclaré en décembre devant les députés le ministre de l'Urbanisme, Abdou Karim Fofana. Sollicité par l'AFP, le ministre s'est refusé à tout commentaire supplémentaire.

Les abus vont dans les deux sens, souligne pour sa part un ex-diplomate sénégalais, Ababacar Diop. Il explique qu'un de ses anciens locataires, un mécanicien, avait signé un bail pour un loyer de 100.000 francs CFA (150 euros) mais qu'après avoir payé une caution et emménagé, il n'avait plus versé un sous.

"Que faire? Je suis allé au tribunal, j'ai gagné", explique M. Diop, pour qui la solution passe par la construction de plus de logements sociaux. Le gouvernement prévoit d'en construire 100.000 en cinq ans dans le pays, dont une partie dans la région de Dakar.


L'impact économique du coronavirus se ressent de plus en plus à Dakar

Le marché chinois à Dakar, Sénégal, le 11 février 2020. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Le Coronavirus affecte les économies des pays qui entretiennent des liens commerciaux forts avec la Chine. En plus du ralentissement des importations, les enseignes chinoises et leurs partenaires sénégalais sont souvent désertés par des clients apeurés.

Aux Allées Centenaires de Dakar, l'affluence dans les magasins chinois et sur les rues adjacentes n'est pas aussi grande que d'habitude.

L'impact économique du coronavirus se ressent de plus en plus
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Depuis l'apparition du Coronavirus, une certaine peur s'est emparée des clients et des vendeurs sénégalais qui travaillent avec les citoyens chinois.

Khadija Gaye explique qu'elle "a peur quand on entend que les Chinois débarquent toujours au Sénégal". D'après elle, même les clients ont peur, c'est pourquoi "certains mettent des masques pour venir acheter", tandis que "d'autres se contentent juste de rester devant la boutique pour marchander".

Même si aucun cas de coronavirus n'a été détecté au Sénégal, Khadija affirme que les vendeurs du marché chinois de Dakar ne sont "pas vraiment rassurés" parce que "les frontières ne sont pas fermées" et il est "normal" que ça "suscite de l’inquiétude d'autant plus qu'il y a des Chinois qui débarquent jusqu’à présent au Sénégal".

La vendeuse ne cache pas sa "peur" et son "impuissance" face à l'absence de dispositif "visible" de l'État dans ce marché d'habitude très prisé.


Cette peur a fini par avoir une forte incidence sur le chiffre d'affaires des marchands de produits venant de la Chine.

C'est le cas d'Adama Diaw, un marchand qui côtoie les Chinois de Dakar depuis plusieurs années. Il avoue que c'est la première fois qu'il observe un tel ralentissement des activités. "Le rythme du travail a considérablement baissé et bon nombre de nos marchandises en provenance de la Chine commence à se raréfier", confie le vendeur.

Il estime qu'il y a de quoi avoir peur pour les affaires parce que le marché chinois est mondial alors si que leurs produits ne passent plus ça se ressent.

Pour Adama, les grands pays comme les États-Unis et la France ressentent certainement moins alors que pour "les pays comme le Sénégal qui ne vivent que de produits importés", c’est très difficile dans tous les domaines.

L'OMS confirme un premier cas de coronavirus en Afrique
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Malgré cette baisse du chiffre d'affaires et la présence dans les esprits du Coronavirus, certains vendeurs comme Khadim Diagne gardent espoir et estiment qu'il ne sert à rien de stigmatiser les Chinois vivant au Sénégal. "On n'a pas peur parce qu’au moment de l’épidémie nos collaborateurs n'étaient pas en Chine" déclare-t-il avant de tempérer "il est quand même important de prendre toutes les précautions et bien filtrer les entrées dans le pays".

Pour Khadim, il n'y a aucune raison d’avoir peur. "Certes, je n'ai pas vu de nouveaux entrants chinois dans le pays mais les rumeurs persistent là-dessus et cela peut amener la panique même si on est habitué à les côtoyer quotidiennement", reconnaît le jeune marchand qui pense que "globalement il n'y pas de raison d'avoir peur parce qu'il n'y pas encore de cas confirmés au Sénégal".

Au-delà des interrogations et des polémiques que le coronavirus a soulevées avec notamment la question du rapatriement des 13 étudiants sénégalais de Wuhan, force est de constater que ce virus qui fait des ravages en Chine n'épargne pas les commerces de produits chinois dans la capitale sénégalaise.

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