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Mali

Des routes, des routes, des routes ! Le nord réclame la fin de l'isolement

Manifestations à Bamako, Mali, le 17 août 2016. (VOA/Kassim Traoré)

Ousmane Maïga, dit "Rougeot", faisait souvent l'aller-retour entre Gao, grande ville du nord du Mali, et Bamako. "Ça prenait 48 heures, parfois même seulement 24 heures". Mais depuis fin 2018, il ne prend plus la route: trop chère, trop longue, et surtout trop dangereuse.

Aujourd'hui, il faut "au moins cinq jours" pour relier les villes du nord à Bamako "et la route est tellement +gâtée+ que la plupart des gens passent par le Burkina et le Niger, où il faut payer les taxes en plus", souligne "Rougeot", un membre en vue de la société civile de Gao, où une soixantaine d'organisations ont appelé les habitants à observer mercredi une "journée ville morte" et un sit-in pour réclamer des routes.

Le seul goudron présent dans le nord, zone grande comme deux fois la Suède, est la RN 16, qui relie Gao à Sévaré, dans le centre. "C'est le parcours du combattant, il n'y a aucun véhicule qui roule à plus de 40 km/h, sinon 20 km/h, avec la poussière, la chaleur et maintenant l'insécurité", souligne l'activiste de 43 ans.

- Un affront pour le nord -

Aux attaques des jihadistes et des bandits, il faut ajouter les dégâts occasionnés par les intempéries, l'absence des services de l'Etat et, selon de nombreux Maliens, une corruption généralisée.

A l'autre bout du pays, dans la région de Kayes (sud-ouest), les habitants ont remporté fin août une victoire symbolique. Pendant plusieurs jours, ils ont bloqué le principal pont de la ville, interrompant le transit de milliers de camions vers le Sénégal, essentiel pour l'économie du pays, tandis que d'autres manifestants montaient des barrages à l'entrée de Bamako.

Après avoir effectué le trajet de Kayes en voiture, le Premier ministre Boubou Cissé a dégagé des moyens d'urgence et promis la reprise rapide des travaux.

Dans le nord, où le sentiment d'être délaissé par Bamako reste très présent, cet empressement a été ressenti comme un affront, d'autant plus qu'une rumeur, démentie par le gouvernement, affirmait qu'une entreprise chargée de la construction d'une route destinée à désenclaver Tombouctou avait été redirigée vers la région de Kayes.

Victoire pour les jeunes manifestants de Tombouctou
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A Tombouctou, cité historique classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, des centaines de jeunes bloquent depuis le weekend dernier l'accès à l'aéroport --pendant trois jours, ils ont également immobilisé la navette fluviale vers le centre et le sud du pays. Ils réclament eux aussi la construction de routes et un renforcement de la sécurité.

- Une route du temps des colons -

Les autorités de Bamako, dont des représentants doivent rencontrer mercredi les manifestants de Tombouctou, semblent hésiter entre la dénonciation d'un mouvement "abusif", l'appel à la compréhension et à la patience --"le gouvernement n'a pas les moyens de faire face à toutes les revendications"-- et les promesses que les travaux reprendront rapidement.

Cette semaine, le mouvement a fait tache d'huile. A Ménaka, dans le nord-est frontalier du Niger, au coeur d'une région où sévit le groupe jihadiste se faisant appeler "Etat islamique dans le Grand Sahara" (EIGS), les habitants ont manifesté pour réclamer "la fin des assassinats, des braquages, des tirs", ainsi qu'une nouvelle route.

"On nous a toujours dit que le financement de la route allait venir, mais jusqu'à présent il n'y a rien. Cette route date du temps des colons et n'est même pas bitumée", proteste Harouna Ibatane Yattara, membre du mouvement "Algafiat i Minika", "La paix pour Ménaka".

Selon les données officielles, sur les 21.681 km de routes recensés en 2018, seuls 7.156 km étaient goudronnées.

Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes ont été en grande partie chassés ou dispersés à la suite du lancement en janvier 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire, qui se poursuit actuellement. Cependant, les violences jihadistes ont persisté, puis se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

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Le chef d'Al Qaïda au Maghreb islamique a été tué au Mali, selon l'armée française

Les forces françaises à Gao au Mali le 1er août 2019. (Photo Reuters/Benoit Tessier)

Le  leader d'Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), l'Algérien Abdelmalek Droukdal, a été tué par les forces françaises dans le nord du Mali, près de la frontière algérienne, a affirmé vendredi sur Twitter la ministre des Armées Florence Parly, confirmant des informations obtenues par l'AFP.


Ce chef historique du jihad au Maghreb, commandant de plusieurs groupes jihadistes sahéliens, a été tué jeudi au nord-ouest de la ville malienne de Tessalit, a appris l'AFP. "Plusieurs de ses proches collaborateurs" ont également été "neutralisés", selon Mme Parly.


Le président malien de plus en plus contesté face à une insécurité grandissante

Le président IBK parle à la population à Bamako, le 14 décembre 2019. (VOA/Kassim Traoré)

Les rivaux politiques du président malien Ibrahim Boubacar Keita ont réuni leurs partisans vendredi pour une grande manifestation à Bamako.

Une coalition d'hommes politiques, de religieux et de la société civile au Mali, a lancé vendredi un ultimatum au président Ibrahim Boubacar Keita ("IBK") pour qu'il démissionne, lors d'une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Bamako.

"Nous sommes ici pour demander la démission du président IBK", a lancé Issa Kaou N'Djim, un responsable du Rassemblement des forces patriotiques du Mali, à l'initiative de la manifestation sur la Place de l'Indépendance, dans la capitale malienne.

Élu en 2013 et réélu en 2018 pour cinq ans, le président Keïta est soutenu par plusieurs puissances occidentales, qui saluent notamment son engagement ferme dans la lutte contre la violence jihadiste.

La foule des manifestants a été estimée à 20.000 personnes par une source policière et à un million par les organisateurs.

Ces derniers sont réunis dans une nouvelle alliance formée d'un mouvement ayant à sa tête l'imam charismatique Mahmoud Dicko, du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) qui regroupe des partis d'opposition dont le principal d'entre eux, et d'Espoir Mali Koura (EMK), un mouvement de la société civile dirigé par le cinéaste et ancien ministre de la Culture Cheick Oumar Sissoko.

Dans une déclaration commune publiée le 26 mai, le trio avait dénoncé “la gouvernance chaotique et prédatrice” du pouvoir, selon le quotidien national L’Essor.

Vendredi, la coalition tripartite a rempilé. "Nous condamnons la mauvaise gestion du régime, les malversations, les détournements, le mensonge", a déclaré, tout de blanc vêtu et coiffé d'un turban, l'imam Dicko, lors de cette manifestation encadrée sans incident majeur par la police.

La manifestation de vendredi est la plus grande depuis celle que l'imam Dicko avait organisée en avril 2019. A l'époque, il avait lancé un appel à la démission du Premier ministre d'alors, Soumeylou Boubèye Maiga, qui avait rendu son tablier quelques jours tard, après la tuerie de quelque 160 civils peuls à Ogossagou (centre) et une série de manifestations contre la gestion de l'Etat.

L'imam, qui souscrit à un islam rigoriste, fut autrefois proche du président Keita. Récemment entré en politique, il est devenu un critique vigoureux du pouvoir.​

Appel à libérer Soumaïla Cissé

"7 ans de pouvoir, ça suffit", "IBK dégage", pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants munis de vuvuzelas, ont constaté des des journalistes de l'AFP.

Des banderoles réclamaient aussi la libération de l'ex-Premier ministre et principal opposant Soumaïla Cissé, enlevé le 25 mars alors qu'il était en campagne pour les élections législatives dans sa région d'origine du centre du Mali. Le scrutin avait été remporté par le pouvoir et une grogne populaire s’en est suivi.

La nouvelle alliance composite a appelé vendredi "à la mise en oeuvre de toutes les actions nécessaires pour la libération de l'honorable Soumaila Cissé". M. Cissé serait détenu par des jihadistes, selon des sources locales et de sécurité.

L'insécurité persiste malgré une forte présence militaire

Le Mali est en proie depuis 2012 à une profonde crise multiforme, sécuritaire, politique, économique.

Les insurrections indépendantistes, puis jihadistes menées par les groupes liés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique, ainsi que les violences intercommunautaires, ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Parties du nord du Mali, les violences se sont propagées au centre, puis au Burkina Faso et au Niger voisins. Elles se doublent de toutes sortes de trafics et de vastes pans du territoire échappent à l'autorité de l'Etat.

Ceci malgré des dizaines de milliers de militaires armés.

A commencer par la France, ancienne puissance colonisatrice, qui maintient une forte présence militaire de plus de 5000 hommes dans le cadre de l'opération Barkhane.

De même, la MINUSMA, force onusienne, a déployé plus de 12 000 hommes au Mali, selon le tout dernier rapport du secrétaire général de l’ONU sur la question, dans lequel il note “la complexité des problèmes” auquel le pays fait face.En mars, le Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel) a annoncé son entrée dans la dance, avec une première opération régionale.

Malgré ces déploiements massifs, l’insécurité persiste et le ressentiment des populations aussi. L'annonce vendredi de la mort du leader d'Al Qaïda au Maghreb islamique, l'Algérien Abdelmalek Droukdal, pourrait changer la donne.

Armées du Sahel: multiplication d'accusations d'exactions, l'ONU s'inquiète

La Fama (force armée malienne) patrouille dans le cercle d'Ansongo, région de Gao, au Mali, le 13 mars 2017. (VOA/Kassim Traoré)

Disparitions forcées, exécutions sommaires... Les accusations d'exactions sur les populations locales se multiplient contre les soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger engagés contre les jihadistes au Sahel, suscitant l'inquiétude de l'ONU.

"J'exhorte la Force conjointe du G5 Sahel et ses Etats membres à ne ménager aucun effort" pour respecter les droits humains, a déclaré vendredi le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, lors d'une visioconférence du Conseil de sécurité consacrée au Sahel.

La préoccupation s'exprime avec insistance depuis plusieurs mois, en même temps que la dénonciation des agissements jihadistes et des violences intercommunautaires.

Début avril, la mission de l'ONU au Mali (Minusma) a dénoncé la "multiplication" des méfaits imputés aux armées nationales.

L'ONU a dénombré 101 exécutions extrajudiciaires par l'armée malienne entre janvier et mars, et une trentaine d'autres par l'armée nigérienne sur le sol malien. "Ces chiffres, les noms et les circonstances ont été documentés", avait indiqué Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l'homme de la Minusma.

Douze personnes arrêtées pour complicité avec les jihadistes sont mortes dans des cellules de gendarmerie mi-mai au Burkina Faso. Des proches et des ONG disent qu'il s'agissait de civils, sommairement abattus. La justice a promis des investigations.

- "Allégations très sérieuses" -

Au Niger, ce sont 102 personnes qui auraient été tuées par l'armée dans la région de Tillabéri (ouest), selon une liste de personnes disparues qui a circulé en avril. Le ministère de la Défense a dit qu'une enquête serait diligentée, tout en saluant le "professionnalisme" des troupes.

A chaque fois, des organisations de protection des droits humains publient des listes de noms, des photos, en déplorant la disparition des intéressés après le passage de soldats. En majorité, les disparus sont des peuls, volontiers assimilés à des complices des jihadistes.

"On a beau faire des rapports, dénoncer que tant de peuls ont été tués et jetés dans un puits, ou bien montrer au monde une fosse commune, rien n'est fait ensuite", déplore un cadre de l'association malienne peule Tabital Pulaaku sous le couvert de l'anonymat.

"Il est indéniable que quelques peuls ont pris le chemin du jihadisme, mais c'est faire preuve de naïveté que de ramener le jihadisme à une seule ethnie", a pour sa part indiqué à la presse le président de Tabital Pulaaku, Abou Sow.

Les gouvernements sahéliens ont toujours fait bloc derrière leurs armées, qui, souvent sous-équipées et sous-formées, paient un lourd tribut à la lutte contre le jihadisme.

Parlant devant le Conseil de sécurité au nom du G5 Sahel (Mauritanie, Tchad, Niger, Burkina Faso et Mali), le chef de la diplomatie mauritanienne, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a déclaré que "l’atteinte d’une complète capacité de la Force conjointe s’entendait par sa capacité d’appréhender pleinement la dimension des droits de l’homme".

La Mauritanie "conduit des actions en vue de faire respecter le droit", a-t-il assuré. "Nous adhérons pleinement aux droits humains", a renchéri l'ambassadeur du Niger, membre non permanent du Conseil, Abdou Abarry, alors que des pays comme la Belgique s'inquiétaient "d'allégations très sérieuses".

- "Objectif connexe" -

Dans une déclaration publiée vendredi après sa réunion, le Conseil de sécurité dit "avoir pris note des mesures annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel face à ces allégations de violations des droits humains, et encourager leur finalisation".

Les armées nationales sont mises en cause à un moment charnière pour le Sahel.

L'ONU, d'abord, fait face au scepticisme de certains membres du Conseil de sécurité sur l'ampleur de sa mission au Mali (13.000 hommes mi-juin).

La France a de son côté réexaminé les conditions de son engagement au Sahel après la mort de 13 de ses soldats français en novembre.

Sa présence et celle de la Minusma dont le mandat doit être renouvelé, comme celle de la nouvelle force conjointe du G5 Sahel créée en 2017, n'ont pas réussi à endiguer le flot de violences qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés depuis 2012.

Pour Ibrahim Maïga, de l'Institut d'études de sécurité (ISS) à Bamako, "la protection des civils n'est qu'un objectif connexe" à la "priorité numéro 1 des forces militaires (qui) est de mettre hors d'état de nuire" les jihadistes.

Interrogé en mai par l'AFP sur les exactions imputées aux armées nationales, le général Pascal Facon, commandant de la force antijihadiste française, les avait qualifié d'"intolérables" et pouvant "poser un problème en terme de crédibilité des forces".

La société civile malienne exige la démission du président Ibrahim Boubacar Kéïta

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Inauguration du nouveau poste de commandement de la force du G5 Sahel

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