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Oualata, petite soeur de Tombouctou, rêve de sortir de l'oubli en Mauritanie

Des chameaux se reposent près d'Oualata en Mauritanie le 20 novembre 2018.

Au son des flûtes et des tambours, une foule joyeuse déambule le long des murs ocres richement décorés de Oualata : nichée dans les sables, l'ancienne cité caravanière du sud-est de la Mauritanie célèbre son glorieux passé le temps d'un festival.

Concours de poésie, course de chameaux, expos photo et conférences culturelles: le festival des villes anciennes bat son plein depuis une semaine à Oualata, inscrite depuis plus de vingt ans au patrimoine mondial de l'Unesco.

A l'entrée de la ville, située à une centaine de kilomètres de la frontière malienne, une cinquantaine de nomades enturbannés et vêtus d'amples boubous accueillent à dos de dromadaire les visiteurs venus des quatre coins du pays pour célébrer leur patrimoine.

"Je suis un grand amoureux des vieilles villes du Sahara. J'y puise mon inspiration. Oualata, sa couleur ocre, sa rivière de sable... Pour nous, ce n'est pas un désert. Chaque dune a un nom", confie Beyrouk, écrivain mauritanien et conseiller culturel du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Créé en 2011, ce festival tournant entre quatre villes anciennes -- Oualata, Chinguetti, Ouadane, Tichitt -- attire plusieurs milliers de personnes chaque année.

"Ces cités sont notre histoire, notre identité commune, mais elles vivaient dans l'isolement, l'enclavement. Le festival a permis de les sortir de l'oubli et de générer une économie locale" salutaire dans cette région pastorale aux confins du pays, fait valoir le directeur du festival, Mohamed Adnan Beyrouk.

Au bord d'un plan d'eau, non loin de grandes tentes blanches où s'affiche l'artisanat local, de jeunes nomades délestent leurs chameaux de gros sacs de sel le temps d'une pause, avant de reprendre la route vers les souks maliens.

Fondée au VIIe siècle, Oualata fut longtemps une importante étape des routes caravanières transsahariennes, Célèbre pour son intense activité culturelle, la cité, alors surnommée "rivage de l'éternité", connut son apogée au XVe siècle.

Son déclin progressif marqua le début de la prospérité de Tombouctou, sa rivale du nord du Mali.

Dans les années 1980, Oualata devient tristement célèbre pour son fort colonial transformé en bagne, où sont jetés les prisonniers politiques.

- Zone rouge -

Entre 2005 et 2011, la vague d'attentats qui frappe la Mauritanie porte le coup de grâce à la ville.

"Il y a dix ans, Oualata était une ville quasiment abandonnée, à cause du développement catastrophique du terrorisme et du grand banditisme dans cette région, où les frontières étaient poreuses", souligne Mohamed Mahmoud Ne, le directeur de l'Office national du tourisme.

"Mais aujourd'hui nos frontières sont sécurisées", affirme-t-il, en confiant son "espoir" de voir revenir les touristes dans cette belle endormie "au cachet particulier, qui conjugue les cultures arabo-berbère et africaine".

Oualata et ses dédales de maisons pourpres, ornées de gracieux dessins géométriques dessinés à l'argile, ont servi de décor au long-métrage "Timbuktu", du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako, couronné par le César français du meilleur film en 2015.

Malgré ce regain de notoriété, les touristes étrangers restent rares.

Le ministère français des Affaires étrangères a allégé au printemps 2017 ses restrictions de voyage pour plusieurs zones de la Mauritanie, classées "rouge" depuis la vague d'attentats et d'enlèvements ayant frappé le pays pendant les années 2000.

Conséquence: la Mauritanie a accueilli 1.500 touristes la saison passée, et compte tripler la fréquentation cette année. Une fois par semaine, de fin octobre à fin avril, un charter de touristes en provenance de Paris atterrit à Atar (centre), une région prisée pour ses circuits de trekking dans le désert.

Mais la région de Oualata, elle, reste "formellement déconseillée".

"J'espère que le Quai d'Orsay puisse faire évoluer cette zone rouge en Mauritanie. Elle s'explique de moins en moins. Depuis des années nous avons fait beaucoup d'efforts pour sécuriser le pays", affirme le président mauritanien Aziz, venu inaugurer le festival.

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Les Haratine protestent pour leurs droits en Mauritanie

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Des milliers de personnes à une marche des descendants d'esclaves à Nouakchott

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Des milliers de personnes dont des représentants du parti au pouvoir en Mauritanie ont participé lundi soir à Nouakchott à la marche annuelle des Haratine, les descendants d'esclaves qui dénoncent des discriminations.

Les leaders de l’opposition étaient aussi au rendez-vous pour cette sixième marche annuelle, qui vise à dénoncer la persistance de formes d'esclavage dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Le mouvement représentant les Haratine, le "Manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratine au sein d'une Mauritanie unie, égalitaire et réconciliée avec elle-même", étant scindé en deux courants depuis 2018, deux marches et deux meetings ont eu lieu simultanément, comme l'an dernier.

Les représentants des partis politiques, pouvoir et opposition, étaient présents aux deux manifestations auxquelles ont participé des milliers de personnes, selon un journaliste de l'AFP.

El Id ould Mohameden, un avocat qui préside le comité de direction d'une des factions du Manifeste, a estimé que la marche a envoyé un "message clair" aux candidats à la présidentielle de juin 2019: le règlement de la question haratine doit être une de leurs priorités.

"Celui qui présidera aux destinées de ce pays doit faire en sorte que les enfants des Haratine ne soient plus des marginaux par rapport à l’éducation, aux chances d’accès à la richesse et ne soient plus des laissés-pour-compte", a-t-il déclaré.

"Cette cause a réuni autour d’elle l’ensemble de la classe politique mauritanienne, tous les acteurs de la société civile, tous les militants des droits de l’homme. C'est un consensus sans précédent. Nous espérons que prochainement, ce consensus va (se traduire par) des mesures concrètes menées par les gouvernants, les responsables et acteurs de la chose publique", a-t-il ajouté.

Le dirigeant de l'autre composante du Manifeste, Mohamed Vall ould Hindeya, a appelé de son côté à une politique de discrimination positive au profit des Haratine.

"Nous voyons que tous les Mauritaniens sont autour de nous, qu’ils soient de teint clair ou qu’ils soient des négro-africains ou des haratine. Tout ce monde est réuni pour dire non à l’élimination, non à la marginalisation de la communauté haratine. Je pense que déjà c’est un progrès", a de son côté affirmé Saleck Messaoud, un militant de la cause des Haratine.

Officiellement, l'esclavage a été aboli en 1981 en Mauritanie. Mais le phénomène persiste, selon des ONG, notamment sous la forme de cession gratuite par les descendants d'esclaves d'une partie de leur récolte à leurs maîtres traditionnels, de mariage forcé d'esclaves ou même de vente.

En août 2015, la Mauritanie a adopté une nouvelle loi faisant de l'esclavage un "crime contre l'humanité", réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison.

La population de ce pays de 4,5 millions d'habitants se compose de communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes (Peuls, Soninkés ...).

Jusqu'à 43.000 personnes en Mauritanie étaient encore réduites en esclavage en 2016, soit environ 1% de la population totale, selon un rapport d'Amnesty International publié le 22 mars, citant des estimations d'organisations spécialisées.

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