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Le concours d’accès à la fonction publique en Côte d’Ivoire montré du doigt


Des fonctionnaires forment une file d'attente devant la branche d’une banque à Abidjan pour percevoir leurs salaires, Côte d’Ivoire, 1er mars 2011.

La période des concours d’accès à la fonction publique a démarré en Côte d’Ivoire. Mais bien qu’étant candidats à ces concours, très peu sont les élèves et étudiants qui croient en leurs chances de réussite. La corruption, disent-il, a pris le dessus sur le mérite. Reportage de Georges Ibrahim Tounkara, notre correspondant à Abidjan.

Le monde en parle et en est convaincu en Côte d’Ivoire. Pour être admis à un concours d’accès à la fonction publique, il faut délier les cordons de la bourse et payer de l’argent pour espérer être sur la liste des élus.

"Pour ma fiancée, j’ai dû débourser l’an dernier 400 mille francs CFA pour qu’elle soit admise au Cafop, le Centre d’animation et de formation pédagogique. Auparavant à trois reprises, j’ai eu à payer sans succès. A cause sans doute du fait que ce n’était pas les bons interlocuteurs que j’avais en face. Donc c’est une réalité. Il faut payer pour être admis", se plaint Augustin Séry qui est étudiant.

Autre témoignage, celui de Koue Bi qui explique ici ses différents échecs.

"J’ai eu à me présenter à plusieurs reprises à des concours notamment celui d’entrée à la gendarmerie et au Cafop mais cela n’a pas marché. Mais je connais des personnes qui ont déboursé de l’agent et ça a marché pour elles. Ici, les méritants ne sont pas admis. Ce sont ceux qui ont de l’argent qui sont admis. Il faut avoir de l’argent et connaître aussi les réseaux pour ne pas se faire arnaquer", prévient également pour sa part M. Bi.

Après plusieurs échecs, Koué Bi a décidé de ne plus tenter sa chance.

"Moi j’ai décidé de ne plus me présenter à ces concours puisque je n’ai pas d’argent à payer et je ne connais pas les bons réseaux pour payer cet argent. Mieux vaut ne pas me fatiguer avec le peu de moyens financiers dont je dispose", jure-t-il.

Koffi Mireille est étudiante en économie. Deux échecs à ces concours ont fini par la convaincre sur la puissance de l’argent dans ce milieu.

"Pour moi ça n’a pas marché à cause de la corruption. Les sujets étaient abordables et j’étais sûr de réussir. Mais parce que je n’ai pas misé, je n’ai pas été retenu", déplore-t-elle, elle aussi.

Les témoignages sont nombreux et la pratique, disent les candidats, ne date pas d’aujourd’hui. Les concours les plus prisés sont ceux relatifs à l’école de la police, l’école de la gendarmerie ou encore le Cafop, l’école qui forme les enseignants et éducateurs.

Yeo Poroban est fonctionnaire. Après plusieurs tentatives infructueuses, il a fini par avoir gain de cause sans avoir, précise-t-il, débourser le moindre centime. Il admet l’existence de ces réseaux de corruption. Pour lui, le nombre pléthorique de candidats est l’une des explications à ce fléau.

"Pour un concours de 20 à 50 places, il y a des milliers de candidats, tous valables. Ce sont des diplômés qui pensent qu’ils peuvent être admis. Cette situation amène certains de ces candidats à débourser de l’argent pour être admis", regrette-t-il.

La direction des examens et concours, la Deco, réfute l’existence d’une filière liée à la corruption.

Certains de nos interlocuteurs admettent, cependant, avoir eu vent de cette pratique.

Les autorités gouvernementales soutiennent de leur côté avoir tout mis en œuvre pour assainir l’organisation des concours. En attendant que les choses changent, Augustin Sery veut lancer ce cri de cœur.

"C’est un cri de cœur pour nous les pauvres qui n’avons pas assez de moyens pour payer ces concours. Nous sommes obligés de poursuivre les études jusqu’au doctorat. Les parents ne peuvent plus s’occuper de nous à un certain âge. Où est l’égalité des chances ici. On nous avait parlé de changement mais ce sont, hélas, les mêmes bêtises qui continuent", lance M. Sery.

Les Ivoiriens que nous avons rencontrés sont donc unanimes. Depuis des années, le mérite a laissé place à la médiocrité en Côte d’Ivoire. Pour se faire une place dans l’administration, il faut faire appel au porte monnaie ou être parrainé par une personnalité influente. Alassane Ouattara avait promis une lutte sans merci contre ces pratiques. La réalité est tout autre, six ans après son arrivée au pouvoir.

Reportage de Georges Ibrahim Tounkara, à Abidjan, pour VOA Afrique

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