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La mutinerie rouvre les cicatrices de la Côte d'Ivoire


Des soldats de la garde présidentielle ont pris position en face des mutins au centre d’Abidjan, Côte d’Ivoire, 12 mai 2017.

En Côte d’Ivoire, la mutinerie de ces derniers jours est encore dans tous les esprits. Cette mutinerie a rappelé à tous la fragilité de ce pays qui tente de se remettre de plus d’une décennie de crise politique et militaire.

La mutinerie est certes finie mais les soubresauts au sein de l’armée ivoirienne sont sans doute loin d’être terminée. Selon certains spécialistes, après la satisfaction des mutins qui ont fait parler la poudre les 12, 13, 14 et 15 mai derniers, d’autres entités au sein des forces de défense et de sécurité pourraient eux aussi se faire entendre.

Pour Flan Moquet César, analyste politique au Centre de recherche politique d’Abidjan, il faut au plan militaire tirer les enseignements de ce dernier soulèvement.

"Je pense que les autorités vont saisir le message que ces soldats mutins viennent de leur donner. C’est l’occasion d’enclencher la reforme qui est prévue dans la loi de programmation militaire pour que l’armée retrouve sa stabilité", souligne l'analyste.

La réforme des forces de défense et de sécurité apparaît plus que jamais nécessaire pour mettre de l’ordre dans une armée souvent décrite comme "pléthorique" et "indisciplinée".

Cette nouvelle mutinerie a mis en évidence la fragilité du processus de normalisation dans le pays en sapant les efforts des autorités ivoiriennes de faire de la Côte d’Ivoire une destination prisée par les investisseurs.

Pour le président de la Lidho, la ligue ivoirienne des droits de l’homme, il est temps que les Ivoiriens se retrouvent pour aplanir leurs divergences.

"Nous demandons au chef de l’Etat qu’il y ait un dialogue social inclusif pour que nous puissions nous parler comme sous l’arbre à palabre. Nous sommes inquiets car il y’a beaucoup de problèmes à régler dans le pays. Les problèmes des fonctionnaires et des démobilisés par exemple", souligne Pierre Kouamé Adjoumani.

Nous demandons au chef de l’Etat qu’il y ait un dialogue social inclusif"

Les fonctionnaires ivoiriens pourraient en effet donner de la voix. Ils attendent de l’Etat le paiement de quelque 249 milliards de francs CFA d’arriérés de salaires.

Ils n’excluent pas de déclencher un nouveau mouvement de grève. Pour Théodore Gnagna Zadi secrétaire général de la plateforme des organisations professionnelles, ils ne demandent "pas à l’Etat de payer ici et maintenant ce qu’il doit aux fonctionnaires", mais veulent "un accord sur ce que l’Etat doit aux soldats".

"Ce qui s’est passé avec les militaires a eu un impact psychologique sur les fonctionnaires qui attendent un geste de l’Etat", conclut-il.

Les autorités ivoiriennes ne sont pas au bout de leur peine. Déjà confrontées à une baisse des cours du cacao, elles doivent faire face à plusieurs mouvements d’humeur. Quant au président Ouattara, il a demandé un rapport détaillé sur cette mutinerie aux préfets alors que les députés pourraient mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire.

Georges Ibrahim Tounkara, correspondant à Abidjan

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